‹ Archives d'Anthropologie criminelleChapitre 27 sur 134 · VI. — Sociologie · texte numérisé non relu

VI. — Sociologie

M. P. Pbrrin (Les mariages consanguins et leurs conséquences ; Paris, 26 mars 1896) se rallie à peu près à cette opinion déjà émise par d'autres que les mariages consanguins sont bons ou mauvais suivant que les auteurs sont exempts ou atteints de maladies constitutionnelles. Son travail est incomplet et peu original.

M. J. Praud (Troubles névropathiques consécutifs à C ablation de tutérus et des annexes ; Paris, 23 juillet 1896) montre que si Tovariotomie a pu, dans certains cas, atténuer des accidents nerveux; probablement par action suggestive, elle peut, ainsi que l'hystérectomie, être suivie, à plus ou moins longue échéance, de phénomènes névropathiques. L'ablation des organes génitaux de la femme peut ou bien exagérer les troubles présentés par la malade, ou bien réveiller des accidents anciens calmés, ou bien faire éclore ces accidents et créer de toutes pièces un état névropathique. Les phénomènes névropathiques ainsi déterminés sont très variables. Us peuvent ressortira l'hystérie, à la neurasthénie, au goître exophtalmique et à l'aliénation mentale; parfois ils ne se rapprochent d'aucune névrose classée. L'intervention chirurgicale agit de deux façons : ou par choc matériel, trouble vaso-moteur ou rétlexe (les accidents alors éclatent iinmé-

BIBLIOGRAPHIE ll7

diateinent après l'opération); ou par action psychique (les accidents se développent lentement, insidieusement, plus ou moins longtemps après l'opération).

On comprend tout de suite quelle importance ont ces faits au point de vue sociologique. Il faut bien l'avouer, avant de prendre le bistouri, les chirurgiens ne pèsent pas toujours le pour et le contre : ils tranchent quelquefois avec trop d'audace et souvent avec légèreté. Certes, grâce à l'antisepsie, on a réalisé des progrès sérieux, on a pu réséquer le foie, l'estomac, le rein, le poumon. Mais toutes ces opérations ont-elles donné des résultats bien utiles ? Elles ont eu un grand retentissement en général,. et le chirurgien en a toujours retiré le bénéfice d'une grande notoriété de bon ou de mauvais aloi. Mais le malade, celui qu'on considère trop comme l'accessoire ? Souvent il échangé une maladie contre une infirmité, prolongé sa vie misérable de quelques semaines ou quelques mois, rarement de quelques années, et au prix de quelllBS souffrances! Certes, le premier des devoirs et le plus impérieux pour le médecin est de chercher à prolonger la vie de ceux que frappe la maladie. Pourtant si cette vie ne doit être qu'un fardeau, un calvaire semé de misères et de souffrances ? S'il faut, pour obtenir ce maigre résultat, risquer de briser la trame fragile de la vie, s'il faut crucifier, martyriser ? Toute tentative de ce genre est mauvaise, criminelle même.

La femme a été ces derniers temps plus particulièrement victime des chirurgiens, et c'est à son sexe qu'ils s'en sont pris. Il y a des services de chirurgie où l'on pratique, depuis quelques années, un nombre vraiment effrayant de castrations féminines. Dans certaines cliniques privées, on châtre les femmes d'une manière indigne, coupable, soit pour acquérir quelque notoriété, soit par intérêt direct.

Bien que les séances de nos académies et de nos sociétés savantes aient été remplies par le compte rendu des statistiques vantant les bienfaits de cette opération, M. Ë. Canu, dans une thèse qui a fait un certain tapage (Résultais thérapeutiques de la castration chez les femmes ;?aris 25 juin 4896), a étudié, dans un arrondissement de Paris, les résultats éloignés de la castration chez la femme, et il est arrivé à des conclusions basées sur un nombre respectable de faits, qui donneraient peut-être à réfléchir aux malheureuses qui vont se faire éventrer ainsi inutilement, si elles pouvaient le lire. Les statistiques enregistrent comme des succès des cas où la guérison opératoire a été suivie des conséquences les plus déplorables. On a châtré des femmes en grand nombre — on en a châtré de trente à quarante mille à Paris depuis 4883 — on les a châtrées sans même essayer les méthodes thérapeutiques inoffensives qui donnept souvent de hon$

It8 BIBLIOGRAPHIE

résultats et des guérisons ; on a fait de ces malheureuses des êtres sans sexe, sans désirs vénériens, incapables de reprendre leur rôle d*épouses dans leur ménage, souvent infirmes, éventrées et souillées par des suppurations infectes, pleurant les attributs de leur sexe, mutilées sans aucun profit thérapeutique. Souvent même ces femmes ont été à peine consultées ou au moins n'ont été que fort imparfaitement renseignées sur la nature de l'opération qu'on allait leur faire subir, sur ses conséquences physiologiques et sociales. Quelquefois le chirurgien est forcé de recourir à une seconde opération pour pallier les conséquences de la première. Une des malades citées par le D' Canu lui écrit : « Je déclare que M. X... ne m'a pas informée qu'il allait me châtrer ; c'est la suppléante qui m'a appris que je n'avais plus d'ovaires, que je ne pouvais faire d'enfant. *M. X... m'a dit qu'une opération était nécessaire sans médire laquelle. » Pour cette femme on n'a essayé aucun traitement médical. On s'est comporté comme si elle était en danger immédiat, ce qui n'était pas le cas. Après l'opération, les douleurs abdominales ont disparu, mais l'opérée a des crises dont l'intensité et la fréquence frappent son intelligence. C'est une femme veule, pour qui la vie n'a plus d'attrait. Une prostration perpétuelle n*est pas une guérison.

H y a là un péril national : dans l'intérêt des malades, dans l'intérêt des familles, dans l'intérêt immédiat du pays, une nouvelle législation est nécessaire.

Page 1