EXISTENCE DU LIBRE ARBITRE
pleinement, si sincèrement, si universellement conscience soit un leurre de son intelligence? Nous ne pouvons point le penser, et hautement nous afhrmons que le libre arbitre existe.
Gela étant dit, il faut toutefois ajouter que cet attribut supérieur de l'organisation humaine est sujet à bien des défaillances et qu'à côté des dérogations volontaires et coupables de la liberté morale, ces défaillances apparaissent souvent liées à toutes les variations psychopathiques des individus et voire m^me aux variations physiologiques de la normalité: passions^ réveil incomplet des facultés, influences de certaines fonctions physiologiques, progrès de Tâge, etc. Qui de nous n'a senti, en effet, que s'il était capable de liberté morale, il avait besoin pour celade rinlégrité et de Téveil total de son activité psychique? En sus des différents degrés intermédiaires entre Tétat de veille complet et le sommeil que suivent parallèlement les graduations du libre arbitre, on se rend aisément compte qu'une digestion laborieuse, une fatigue inusitée, la souffrance physique, une passion surexcitée, etc., sont susceptibles d altérer, même profondément, la liberté morale. Que ne pourrail-on ajouter, à cet égard, sur l'influence de la menstruation et de la grossesse, de l'usage plus ou moins judicieux ou intoléré des boissons spiritueuses, du tabac, etc.
Mais si l'individu mis de la sorte, par une réflexion attentive en présence de ses actes, peut justement en invoquer la liberté morale et en faire en quelque sorte le dosage, il n'en est point ordinairement ainsi, et dans la pratique habituelle de la vie, au sein des conditions d'automatisme contractées, il devient malaisé de démêler et d'apprécier le degré de liberté morale qui accompagne la plupart des actes conscients de la vie privée ou sociale.
Or s'il en est ainsi, si l'homme doit hésiter ou même reculer devant le dosage souvent impossible de sa propre liberté morale, que peut-il faire, en vérité, dans l'appréciation de la liberté morale de son semblable, surtout lorsque celui-ci est un déséquilibré, un dégénéré, un aliéné?
Véritablement il nous semble que la question se tranche bien nettement d'elle-même, et que si\ doit être admis que le principe du libre arbitre en l'homme est bien une réalité, il ne sau-
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rait être que rarement, que difficilement l'objet d'une appréciation étrangère, et que par conséquent la responsabilité morale est trop impénétrable à l'expert, au juge, pour servir de critérium suffisant de la criminalité.
C'est en vertu de ces considérations que Thomme ne pouvant plus être jugé d'après les données de sa résistance morale (1), il devient nécessaire de faire appel aux critériums positifs de l'anthropologie criminelle qui sont les influences héréditaires, physiques, pathologiques, sociales, la nature des tendances et le caractère des actes perpétrés, l'adaptation des sanctions judiciaires et des différents systèmes de répression à un but de protection humanitaire et de réforme individuelle, etc.
Si l'homme peut aspirer à la vérité et à la justice, trop rarement peut-il se flatter d'y être arrivé.
Aussi, conformément aux données qui précèdent, doit-il être encore plus circonspect dans ses jugements à l'égard de la valeur morale des actions d 'autrui.
Si les notions de juste et d'injuste entant que rapportées à la liberté morale doivent être considérées comme d'un domaine généralement supérieur à la raison humaine, il ne convient pas, en effet, qu'au nom de la « justice », l'homme se fasse systématiquement l'arbitre des responsabilités morales de son prochain et décerne l'éloge et la récompense ou inflige le blâme et le châtiment.
La charité, au contraire, ou si on préfère, l'altruisme humanitaire l'autorise à user delà récompense pour encourager le bien
(1) Cette résistance morale est, en effet, bien difficile à analyser et quoique dans la pratique on n'en juge guère qu'autrement, ce n'est point la qualité du dénouement final, vertueux ou criminel, qui peut toujours en donner la mesure.
Tel finit par succomber à l'incitation criminelle après les nombreux efforts victorieux et méritoires d'une résistance dont n'eût pas été capable tel autre immuablement honnête en vertu d'une moralité passive qui n'a jamais connu les provocations d'une nature perverse ou d'un milieu délétère.
On peut dire qu'il en est de la vertu comme du courage dont on ne saurait juger seulement par les résultats.