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QUELQUES CONSIDÉRATIONS SUR LE CONGRÈS DE GENÈVE

et dont la vanité a baptisé certaines hypothèses très hazardées du nom pompeux « d'anthropologie criminelle )> qu'on a appliqué depuis indûment à d'autres travaux plus sérieux et qui se rapportent à la sociologie et la jurisprudence. Sommes-nous solidaires avec celle école, oui ou non? Si nous ne le sommes pas, pourquoi nous revotons-nous toujours, comme au début, de ses couleurs ?

Je voulais que le congrès de Genève, suivant l'impulsion donnée à Paris en 1889 et à Bruxelles en 1892, reconnût que la science sérieuse n'a rien de commun avec ces tendances qui consistent toujours à proclamer des soi-disant découvertes et à formuler des théories plus bruyantes que solides. Il est temps de rompre définitivement avec le passé que représente la doctrine italienne, d'écarter^ par exemple, de nos discussions des thèmes comme le type anatomique du criminel, le criminel-né, etc. Cependant en disant a doctrine italienne », je ne fais que répéter une définition banale car, comme l'a si bien dit un savant italien dans une lettre privée qu'il a bien voulu m'adresser dernièrement, s'il y a un pays où l'école dite italienne n'a pas fait école, c'est précisément l'Italie.

Dans la péroraison de son discours M. Ladame a affirmé que l'impulsion énergique donnée par Lombroso prend de plus en plus une allure accélérée et qu'on pourra dire bientôt, en parlant de Tanthropologie criminelle :

« L'ancien ordre des choses est renversé, les temps changent et une vie nouvelle renaît sur les ruines. »

S'il y a quelque chose de renversé jusqu'à présent, selon moi ce ne sont que les découvertes et les théories de M. Lombroso et de ses amis. Quant à l'ordre juridique et la science juridique ils tiennent encore très ferme.

En mCme temps, il faut constater que ces messieurs sont très intransigeants :

Après la clôture du Congrès, quand on croyait que tout était fini et qu'on se retirait tranquillement chez soi^ M. Lombroso a reparu inopinément à la tribune pour affirmer une dernière fois Texistence du type criminel et du criminel-né. C'était très beau comme expression de foi inébranlable ! Et ultérieurement d^nslsi Revue scientifique (n^ 19, du 7 novembre 1896), M. Ferri

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a inséré les lignes suivantes qui resteront, je Tespère du moins, à jamais mémorables : « ensuite on proclama la « conciliation » entre médecins et juristes sur le terrain de l'anthropologie criminelle... pourvu qu'on laissât de côté le type criminel : comme si on voulait faire de la chimie... pourvu qu*on laissât de côté la théorie atomique »... Cet aveu si décisif et si franc est vraiment très précieux. Si le « type criminel » a la même importance pour r« anthropologie criminelle » que la théorie atomique pour la chimie et s'il est reconnu presque universellement que le type criminel n'a jamais existé que dans l'imagination des prophètes de Va école positive », que reste-t-il de toute leur science ? Car on ne sauve pas le type criminel avec tous ses stigmates physiques en disant qu'il est € la résultante non seulement des conditionsanatomiqueset physiologiques de lïndividu mais aussi de ses conditions psychiques et des influences du milieu tellurique et social ». En donnant toutes les causes qui peuvent influer sur les phénomènes de ce bas monde pour expliquer un d'entre eux on n^explique rien du tout.

Pour préciser mon idée je dirai que si l'on entend par anthropologie criminelle telle branche de l'anthropologie générale qui étudie spécialement l'espèce, race ou variété criminelle du genre humain, on parle d'une science qui n'existe pas du lout. Car il y a des hommes qui, vivant en communauté avec d'autres hommes, commettent certains actes que ces derniers qualifient d'immoraux ou de criminels, mais il n'y a ni espèce, ni race, ni variété criminelle distincte du genre humain dans le sens anthropologique sérieux.

D'un autre côté, s'il s'agit de Tétude des déviations anormales de l'être humain donnant naissance à des instincts et des tendances qui peuvent aboutira des actes dits criminels, alors c'est la psychopalhologie ou la psychiatrie criminelle qui n'est cependant pas plus anthropologique que la philologie ou la philosophie ou toute autre science concernant l'homme et qu'on ne nomme pas pour cela anthropologie philologique, philosophique, etc.

Je reconnais qu'en ce qui concerne la physiologie et la psychologie des criminels il y a énormément à faire. C'est une branche du savoir à laquelle il faut travailler sans relâche. Mais avec

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