ANNALES DIS L^UNISEXU ALITÉ
pénétrante observation de la vie, et à plus d*un moment l'équation personnelle (rouble Texpérimentateur. L'idéal que le D' Laupts se fait de l'homme vient interrompre sa science et sa science contredit son idéal. Ëtpuis il a vraiment trop de sensibilité encore pour étudier la sexualité ; il se cabre, il se force, il recule, il se défie, il s'emballe. Tout à coup cette pudeur mystérieuse que Tunisexualité impose à tant d'hommes lui dérobe son sang^froid.
Les lecteurs des Archives d'anthropologie criminelle doivent à M. Lacassagne et au D' Laupts une enquête sur Tinversion et se souviennent des importants documents qui suivirent cette enquête.
M.Zola voulut bien fournir l'autobiographie d^un efféminé inverti-né.
Elle se trouve tout au long dans le livre du D' Laupts (4). Je ne suis pas si indulgent pour Tinverti-né de M. Zola que Laupts, parce que cette effémination, cette affection pour soi-même, cette vanitésans frein, me semblent épouvantables à tous les points de vue, et parce que tout l'amateurisme, tout le côté pseudo-artistique de ce pauvre Narcisse est assez mince excepté comme indice psychologique. Ce qui peut améliorer des invertis efféminés comme cet Italien, c'est lesacrilice de leur vanité, c*est le repentir de leur cœur. Je ne vois guère de remède pour eux que dans la souffrance, dans la foi. Leur luxure trouve dans leur vanité, dans leur égolsme, dans leur petitesse, ses bases les plus solides.
« Un inverti, dit M. Zola dans la préface, est un désorganisateur de « la famille, de Thumanité. L'homme et la femme ne sont certaine- « ment ici-bas que pour faire des enfants, et ils tuent la vie le jour « où ils ne font plus ce qu'il faut pk)ur en faire. » Cette phrase de conquérant ainsi jetée comme défi à la science, à Thistoire et à la société, fait un curieux effet au commencement d'un ouvrage scientifique. On voudrait la voir traitée comme un document psychologique de haute signification ; on voudrait surtout la lire prononcée par un des personnages de ces puissantes armées de M. Zola qui marchent à la conquête d'une ville, d'une idée, d'un monde.
Le volume du D' Laupts étant une collection de documents psychologiques plus ou moins étendus, plus ou moins faciles à déchiffrer, d'opinions de toutes les valeurs, la contradiction en est l'essence même. Ainsi après avoir accueilli avec la plus généreuse et chaude
(1) Avec certains passages en latin. Cette précaution rappelant la psychopathia sexualis de Krafft-Ebiug est parfois poussée trop loin et produit quelquefois un effet plus choquant que le français n'aurait pu le faire. Krafft-Ebing réserve le latin pour les passages obscènes et non pas pour les détails voluptueux. C'est une petite nuance.
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cordialité mon étude sur Oscar Wilde, il s'en inspire si peu qu^l se fait de lui une image tout opposée à la mienne. Personne ne peut désirer plus que moi la réhabilitation morale d'un homme que j*ai jugé si sévèrement, mais ce n'est pas le travail intellectuel qui fera des miracles; ce qu'il faut, c'est une foi intérieure, un repentir, non pas une simple réhabilitation sociale.
Laupts remue beaucoup d'idées : « Or, je crois, sans oser le pro- « clamer, que tout être jeune, placé dans un milieu exclusivement « composé d'êtres. de son sexe et soustrait k toute influence du sexe « opposé, est susceptible, sous Tinfluencede circonstances d'ailleurs « aléatoires (surmenage cérébral, confinement, tristesse, anémie, « mauvais enemple, etc.) de s'invertir sinon de fait du moins en « désir. » S'il osait proclamer, s'il ne s'embarrassait pas tant de « citations contradictoires, s'il disait : « surtout composéd'étresde son « sexe 1» au lieu d' « exclusivement », s'il ne disait pas « soustrait à « rinfluence du sexe opposé » sa phrase toucherait à la vérité.
« Quelques-uns, dit-il, se livrent à l'onanisme, parfois solitaire. « Même dans ce cas il prédispose à Tinversion ou en retarde la gué- « rison. Le vice solitaire est de l'autophiiie, et l'autophilie c'est de « l'inversion. S'aimer soi-même sexuellement, c'est s'invertir, aimer « ses propres organes, c'est se préparer à aimer ceux du voisin. Tous « les invertis, ou presque tous, d'ailleurs, sont, sous une forme ou « une autre, autophiles. 11 y a de la sexualité dans leur amour pour « eux-mêmes. »
11 tombe, on s'en aperçoit, dans l'exagération régnante au sujet de l'onanisme. Il y a d'ailleurs tant d'onanismes depuis le psychique jusqu'au mécanique des idiots. L*onanisme peut être le cas de Thétérosexuel privé de femmes et n'ayant pas ou ne voulant pas de compensations unisexuelles. Il peut tout autant être le cas d'un unisexuel n'osant pas se déclarer à un ami, à un complice, et qui s'imagine une aventure d'amour aboutissant à une volupté physique et réciproque. Il se rencontre assez souvent chez ceux qui aiment à juger sévèrement la conduite des autres, mais qui n'ont pas le courage d'être chastes eux-mêmes. L'onanisme peut être le plaisir d'un autophile ; mais il ne faut pas confondre tous ces onanismes. Félicitons pourtant Laupts d'avoir fait ressortir l'autophilie. On trouvera que bien des hétérosexuels dans leurs rapports avec des femmes peuvent être autophiles. L'autophilie est un incident passager chez beaucoup d'hommes unisexuels ou hétérosexuels. On ne serait pas étonné même chez un hétérosexuel de découvrir une autophilie prolongée.
Dans son projet de thérapeutique, Laupts côtoie la dangereuse illusion que la guérisond'un inverti est sa conversion à l'hétérosexualité.
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Comme M. Havelock Ellis, M. Féré, d'autres encore, le proclament, et le proclameront, ce n'est pas l'union avec une femme quelconque qui constitue la guérison de l'inverti.
La conversion, la guérison d'un unisexuel n'est pas seulement en rapport avec l'hétérosexualité mais avec la sexualité même. Si d'un débauché ou d'un sensuel acharné, on fait un tempérant, un chaste, un sobre on a beaucoup fait. Si on le verse dans la débauche hétérosexuelle on a fort mal fait.
La classification de Laupts : inverti-né féminiforme, cérébral fémi- Diphile ou masculiphile, occasionnel féminiphile ou masculiphile, est incomplète parce qu'il ne reconnaît que le mâle et le féminin, et n'admet que la moitié des invertis. Il laisse de côté la passion de la similarité, des forts pour les forts, des virils pour les virils, des faibles pour les faibles (1). Bien des mâles recherchent ce qui est mâle, ce qui est aussi mâle, ou plus mâle ou un peu moins mâle : on ne peut pas assimiler ces unions à celles d'un masculiphile et d'un féminiphile, d'un féminiphile et d'un féminiforme.
Les notes sur l'amitié témoignent de beaucoup de finesse et de réflexion, mais elles sont fondées sur une erreur psychologique que j'ai eu plus d'une fois à dénoncer.
On ne peut pas en psychologie ramener tous les sentiments affectueux à de l'égoïsme, tous les sentiments altruistes à une base sexuelle. Laupts cite un auteur français qui explique l'amitié, l'altruisme, par la pédérastie des ancêtres. La psychologie de James vaut mieux.
« L'amitié, dit Laupts, ne doit pas dépasser certaines limites. Toute affection exagérée entre mâles est ridicule. » Il faut, selon lui, dire cela aux enfants ! C'est contre tout ce système d'éducation que j'ai voulu réagir en étudiant l'enfance des invertis : c'est justement cette assertion injuste qui détourne les enfants de leurs parents et de leurs maîtres.
Une morale qui appelle ridicule et mauvaise toute affection exagérée entre hommes est, elle-même, mauvaise et ridicule, et les dangers de trop d'enthousiasme sont moins à craindre que ceux de trop d'égolsme et de trop de sournoiserie. Un enfant verra vite pourquoi on veut lui enseigner une prudence qui lui répugne.
L'histoire, les lectures, les conversations, sont pleines d'allusions à des affections exagérées entre hommes et que l'on met très haut. Je ne parle même pas des exemples grecs ou religieux ; mais les enfants a'entendent-ils pas louer l'affection, le désintéressement, ne voient-
(1) Il ne nie pas celles des faibles.
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ils pas des amitiés intimes ? Pourquoi croiraient-ils leurs amitiés enfantines inférieures et moins importantes ? C'est Terreur de tant de parents que le docteur Laupts voudrait recommander.
L'important est d'élever un homme mais non pas d'en faire un fervent du sexe féminin, un nigaud, ou un débauché. Il faut, au contraire, cultiver avec soin la sympathie des enfants, la développer, faire de notre mieux pour que cette sympathie ne s'attache pas à un seul ; il faut essayer d'intéresser cette sympathie à bien des personnes, à bien des choses. On devrait se servir d'une grande affection pour un ami en faisant aimer d'autres amis, en faisant surgir d'autres préoccupations. Les grandes affections juvéniles ne sont pas causées par la sexualité même quand elles sont liées ensemble à un certaiu moment. Elles sont souvent un remède souverain contre l'onanisme (1).
L'enfant qui apprendrait trop tôt à supprimer son trop-plein d'affection, ou à le cacher trop, ou à le garder pour ses maîtresses, serait bien souvent l'homme que nous déplorons, le sec, le sournois, ou celui que la femme dévore, l'homme dont on a tant gâté l'amitié qu'elle ne peut plus l'aider contre l'hétérosexualité envahissante, pourrissante, déprimante.
Qu'on se rappelle en lisant Laupts que la perversion provient souvent de rapports hétérosexuels encouragés de trop bonne heure. Qu'on lui oppose Hoche, Ellis, Dukes, Niemeyer...
Quant à la réaction esthétique dont parle Laupts, je suis certain qu'en creusant le sujet il verra bien que tous les grands artistes ont préféré la beauté de la ligne mâle : c'est une question d'esthétique et non pas de sexualité. Ce n'est pas discutable si l'on a étudié tant soit peu Thistoire de l'art et les artistes. Englober tous les artistes parmi les uranistes me paraît du lombrosisme.
J'aurais préféré louer sans réserve le docteur Laupts et son livre, mais il y a des vérités trop précieuses pour qu'on ne cherche pas h les défendre, et le désir du D' Laupts d'arriver à la vérité luimême, désir si louable et si sincère chez lui, j'en suis sûr, ne mérite que de la franchise.
En France, c'est à M. Legludic que nos remerciements doivent surtout s'adresser. J'ai rendu compte dans les Archives (Tanthro^ pologie criminelle de ses belles études sur l'unisexualité {Attentats aux mœurs par H. Legludic, Paris, Masson, 4896). M. Legludic se
(i) La prudence pourtant ne doit jamais être abandonnée. Ainsi Otto de Joux dans son nouveau livre fait ressortir le danger de laisser un jeune garçon fort tendre dormir aux côtés de son frère ou dans les bras de son père.
ANNALES DK L^CNISBXt) ALITÉ âOS
dégagea grâce à sa précieuse expérience des périlleuses erreurs de Tardieu ; * et il montre d*une façon éclatante dans sa modestie que c Ton ne doit pas s'en tenir aux catégories de Tardieu, aux signes « physiques de la pédérastie... » (1) 11 montre bien d'autres choses encore, il est au courant des travaux modernes, il n'a pas de partis pris biologiques, et il n'est pas mû en écrivant par une arrière-pensée comme tant d'écrivains scientifiques et pas des moindres. M. Legludic a certainement plus contribué à la vérité et à la connaissance de Tunisexualité qu*on ne s'en rend compte à l'étranger ou même en France, peut-être, mais quand son livre aura été commenté, son action ne peut être incertaine. Lui-même continuera à faire valoir des théories sensées, sans bégueulerie et sans cette crainte qui paralyse des esprits fort distingués, des écrivains fort connus. M. Legludic reconnaît la virilité de bien des invertis, leur absence de déchéance physique ou morale, et la nécessité de ne plus s'en tenir aux clichés.
Entre son ouvertui*e de vue et les nécessités que les théories impo* sent à M. Féré il y a un contraste. Je dois justement à la courtoisie de M. Féré une importante petite brochure, la descendance d^un inverti, contribution à C hygiène de r inversion sexuelle. (Paris, imprimerie Schlseber, 257, rue Saint-Honoré, <896).
« Les perversions génitales, commence l'éminent médecin de c Bicétre, ont beaucoup préoccupé les médecins et les moralistes dans « ces dernières années. Peut-être que si elles paraissent plus fré- « quentes, c'est qu'on les a étudiées avec plus de soin. Les unes se c développent sous l'influence de l'éducation, de limitation, de « rimagination. On peut alors intervenir utilement contre le mal en c agissant sur les conditions du milieu, sur l'imagination, sur la « volonté... Mais si un nombre de perversions peuvent être consi- « dérées comme acquises parce qu'elles se sont manifestées à un âge t relativement avancé, il s'en faut qu'il en soit toujours ainsi. Souc vent ou constate que les premières manifestations génitales ont été t anormales, la perversion est en réalité congénitale (2)... L'invert sion sexuelle, l'attraction spontanée sensuelle, sentimentale ou
(1) Voir le numéro du 13 mars 1896 des Archives d'anthropologie crimi^ nelU.
(2) Voir mon tableau résumé des sexualités (Uranisme et Unisexualité^ Storck et Masson, 1896) : Inversion sexuelle congénitale ou uranisme : (A) incoercible toute la vie, sans rapports hétérosexuels ou malgré ces rapports; (B) cédant aux circonstances, au milieu, à la volonté, et après la puberté s'alliant à l'hétérosexualité acquise ou lui cédant ; (G) uranisme
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« inlellectuelle pour un individu du mémo sexe est considérée par la « plupart des médecins comme un stif^mate de dégénérescence... Le « fait est qu'on rencontre un certain nombre d'individus atteints d'in- « version instinctive du sens génital et qui ne présentent aucune « anomalie somatique grossière et, en particulier, aucune malforma- « tion des organes génitaux internes ou externes. L'existence d'in- « vertis, normaux au point de vue morphologique, peut justifier à » première vue l'opinion des dissidents qui admettent que les « invertis peuvent n'être ni des dégénérés, ni des criminels, ni des « malades (1). Rafifalovich qui défend l'intégrité intellectuelle et « morale des invertis supérieurs, établit ajuste titre des distinctions a parmi les invertis ou uranistes. Il y a des chastes, des modérés, des « sensuels et des vicieux. Il y a parmi les uranistes virils des caté- « gories, les uns qui recherchent l'homme pour ses qualités viriles, « soit au point de vue psychique soit au point de vue sensuel, ou à « la fois au point de vue psychique et au point de vue sensuel ; « d'autres qui recherchent dans un autre mâle une sensibilité plus « délicate que celle de l'homme ou de la femme, d'autres enfin qui « aiment le mâle comme les individus normaux aiment la femme.
partiel n'excluant pas des instincts hétérosexuels déjà présents avant ou dès la puberté, étouffant ces instincts, s'ailiant avec eux ou leur cédant.
Hétérosexualité congénitale : (A) incoercible toute la vie, Ans rapports unisexuels ou malgré ces rapports; (B) cédant aux circonstances, au milieu, à la volonté, et après la puberté s'alliant à Funisexualité acquise ou lui cédant; (G) n'excluant pas des instincts unisexuels ou uranistes déjà présents avant ou dès la puberté, étouffant ces instincts, s'aUiant avec eux ou leur cédant.
Inversion sexuelle congénitale ou uranisme : (A) incoercible toute la vie sans rapports hétérosexuels, comprenant tous ceux qui n'ont jamais eu de rapports sexuels avec une femme (1) parce qu'ils n'en ont pas eu le désir, (2) qui en ont eu le désir si fugitif, si peu physique, si peu important, qu'ils n'ont pas été tentés de le rappeler et de le satisfaire.
Inversion sexuelle congénitale ou uranisme incoercible toute la vie, malgré des rapports hétérosexuels, comprenant tous ceux (3) qui ont cru en vain qu'un mariage ou une liaison féminine les rendrait heureux, et qui ont reconnu leur erreur, et n'ont subi aucune modification ou même ont vu leur uranisme augmenter. Sans être impuissants vis-à-vis de la femme, elle ne leur donne que peu de jouissance physique, peu de volupté intellectuelle, ou aucune. La volonté et l'illusion les ont rapprochés de la femme. Le coït avec la femme de leur choix équivaut à la masturbation pour un homme rebelle à cet acte, etc., etc., etc.
(1) Havelock Ellis, Nœcke... Voir aussi les remarques déjà citées de Maudsley.
ANNALES DE l'uNISEXUALITÉ 20o
« Ce ne sont guère ces sujets que les médecins ont en vue dans leurs € descriptions^ ils se sont surtout attachés aux invertis dont les € amours sont des amours de femmCy qui miment la femme dans « ses goûts y dans sa tenue , aussi bien que dans son attitude dans « Pacte sexuel lorsqu'ils le recherchent, »
, Si M. Féré n'appuyait pas si fort sur le mol normal rien ne pourrait être mieux que cet aperçu de mes catégories existantes. Cependant il est déjà entré dans le cercle dont Téminent médecin ne va plus sortir, cercle dont mon estime et mon respect pour lui et ses travaux me rendent pénible le caractère vicieux. Mais écoutons M. Féré :
« L'inverti qui n'est pas Tesclavo de son instinct sexuel, celui qui « est chaste soit par tempérament, soit parce qu'il est assez maître de « lui pour ne pas se mettre en dehors d'une loi qu^il reconnaît être « celle de la nature est inoffensif au point de vue social. Celui qui est • capable de faire dériver dans un travail utile l'énergie d'une ten- « dance qu'il reconnaît comme morbide ou comme hors de la loi c naturelle peut être non seulement inoffensif, mais un homme « utile. L'inverti qui obéit à ses impulsions devient au contraire « nécessairement un agent de corruption. »
Mais cette loi de la nature est la loi de M. Féré ; l'inverti mattre de lui ne regarde pas la plupart du temps sa tendance « comme morbide ou comme hors de la loi naturelle. C'est tout à fait une erreur, et je la croyais discréditée, de s'imaginer que les invertis se croient en dehors de la nature.
Ceux qui se soumettent, qui se surmontent, parc^ qu'ils sont chastes aisément ou avec difficulté, parce qu'ils aiment une vie calme et propre, parce qu'ils aiment quelqu'un plus qu'eux-mêmes, ne sacrifient pas à la nature, à la loi de la nature, à une volonté, un idéal, une conviction, une habitude même ; les philosophes, les penseurs, les sceptiques, ne peuvent croire des penchants si répandus, si parallèles aux penchants hétérosexuels, morbides ou contre la nature humaine ; et les croyants ont également le droit de considérer la nature humaine déchue et sensuelle, susceptible de toutes les sexualités* Le vrai sceptique et le vrai croyant n'ont pas plus l'un que l'autre le droit de logiquement s'effaroucher en présence de Tunisexualité. Pour l'un comme pour l'autre 'la question, malgré sa gravité, est simple.
Les confesseurs catholiques et les confidents laYques savent à quoi s'en tenir et ne s'étonnent pas de penchants et de tentations que les déterministes confus» ou les sceptiques indécis, ou les matérialistes bourgeois, ne savent expliquer. L'agnostique sincère et sans préjugés, de même que le catholique sincère et instruit, envisage sans trouble le problème de l'unisexualité et entrevoit les causes et la
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solution. Mais entre ces deux points de vue que d'incertitudes, que d'embarras, que Ton a à jouer avec les mots, que Ton est obligé» de se forger un idéal, un normal qui dépend de la théorie qu'on a, une dégénérescence invisible que Ton postule (4). Et la raison en est souvent due à Téquivoque du terrain sur lequel on se tient. On est médecin, déterministe, physiologiste, on veut tout expliquer, surtout le moral par le physique, on insiste pour que la psychologie soit une section de la physiologie, et en même temps on ne veut pas choquer certains préjugés chez soi ou chez les autres, certaines conventions qu'il est malaisé de combattre chez les autres comme chez soi. Sans le savoir, sans le vouloir, on se range du côté de Topinion courante, superficielle, tout en paraissant obéir à une science critique impitoyable. L'opinion publique ne veut pas prendre au sérieux Tunisexualité ; eh bien, la science se trouvera d'accord avec l'opinion publique et se fera pardonner ses autres audaces.
c II n'y a que la longue habitude qui soit capable de lutter contre « l'instinct. La résistance aux instincts sexuels contraires a d'autant « plus de chances de pouvoir être dérivée que les tentatives de déri- « vation sont faites à un âge plus tendre. Ce n'est donc pas sans « raison que Raffalovich appelle l'attention sur l'utilité que peut « avoir l'étude de Tinstinct sexuel chez les enfants. L'entraînement « des invertis à la chasteté est l'indication fondamentale de leur édu- « cation. Les tentatives de redressement de l'instinct sexuel ne peu- « vent aboutir qu'à faire de l'inverti un débauché ou un mari mal- « heureux, tandis que, par la chasteté, il peut tendre aux buts les « plus nobles. Il doit apprendre qu'on ne sert pas seulement la « société en lui donnant des enfants : nombre d'hommes des plus « utiles à l'humanité ont vécu dans le célibat et dans la chasteté. Le « génie est en général célibataire et souvent continent. »
Tout ceci serait à peu près admirable si M. Féré tenait plus compte de toutes ces catégories qu'il reconnaît lui-même, et s'il avait adopté aussi un fait qu'il faudra bien admettre un jour : l'absence de démarcation nette entre l'unisexuel et l'hétérosexuel. Beaucoup d'unisexuels sont plus propres à là génération que nombre d'hétérosexuels.
L'uranisme absolu et incoercible est, il faut le rappeler, non seulement congénital mais fortement acquis. Et la volonté et l'habitude jouent un rôle plus important dans la direction de la sexualité qu'on ne le sait d'ordinaire, que je ne l'ai dit dans mon livre. Je n'ai pas voulu m'embarrasser ou embarrasser des lecteurs pour qui l'analyse
(1) Se rappeler les critiques sensées de Maudsley.
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des sexualités est encore un peu nouvelle par ce problème du choix que fait Turaniste. ^attendais qu'on étudie mieux Tinstinct sexuel des enfants avant de publier une découverte assez troublante. Il y a de la part de Turaniste grandissant, il y a aussi de la part de Thétérosexuel grandissant, un choix délibéré, une sélection. L'enfant choisit, rejette, trie les éléments de sa vie sexuelle. 11 n'a personne pour Taider même quand personne ne le corrompt. Il y a la tendance congénitale (possible comme le dit le professeur James chez tous les hommes), il y a le caractère de Tenfant et son entourage, il y a sa conduite, ses habitudes, il y a bien des facteurs, bien des déterminants, mais il ne faudra plus oublier la volonté même de l'enfant, volonté plus précise encore chez le grand garçon, chez l'adolescent, chez l'homme fait, plus impressionnable probablement vers la fin de l'adolescence. Pourquoi a-t-on tant négligé la possibilité du choix chez l'uraniste ? Par ignorance, par paresse, et aussi pour ne pas le rendre trop responsable. Les écrivains qui s'occupent d'unisexualité, même les plus respectables, les plus sincères, ont souvent une thèse, un parti pris ; ils ont à mettre les unisexuels à l'abri des sévérités légales et pénales et sociales, et alors ils font ressortir le penchant congénital, ils glissent sur l'unisexualité acquise, ils faussent la vérité en simplifiant, en divisant. Ce n'est pas tant qu'ils manquent de franchise, mais que le but poursuivi les oblige à trop de prudence, à trop de plaidoirie.
c Mais ce genre d'éducation (qui entraîne à la chasteté) ne peut < réussir que chez des individus à tendances modérées ; chez les « invertis ix impulsions violentes, il manque à coup sûr son but et « les médecins qui tendent à faire de l'inverti un coureur de filles qui « ne sont plus à corrompre, pour lui éviter de devenir un coureur « de garçons honnêtes, travaillent en somme pour le moindre mal. »
J'aurais cru Tentraînement à la chasteté aussi important dans réducation des hétérosexuels que des unisexuels, et surtout désirable pour les individus à impulsions violentes. Ce n'est pas une castration morale que la chasteté, c'est le pouvoir de subordonner les impulsions physiques à d'autres impulsions, la volonté de mettre à là place dos pensées obscènes des pensées plus propres. L'homme ne peut s'empêcher d'avoir des pensées obscènes, des élans, des émois, mais il peut avoir aussi d'autres pensées, d'autres élans, d'autres émois. L'homme chaste, hétérosexuel ou unisexuel, est celui qui a probablement succombé plus d'une fois, mais qui s'est repris, qui tâche de se reprendre, qui ne cède pas parce que les autres cèdent, qui sait qu'il est possible de ne pas s'alanguir. Un tel homme est souvent un homme à impulsions violentes.
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Et comme M. Féré trouve que « la guérison de Tinversion » peut s'appeler plutôt « une perversion de Tinverti », comme il trouve « permis de mettre en doute l'utilité du traitement et même la légiti- « mité de la tentative », je ne vois guère comment il se décide à dire que « les médecins qui tendent à faire de Tinvertiun coureur de filles « qui ne sont plus à corrompre, pour lui éviter de devenir un cou- « reur de garçons honnêtes, travaillent en somme pour le moindre « mal ». Ce n'est pas par malice que j'attire l'attention sur la contradiction de M. Féré : s'il est si important selon lui que l'inverti ne soit pas père, comment ne pas craindre que fatigué des « filles qui ne « sont pas à corrompre » il ne se permette le luxe d'une femme et d'une famille ? D'ailleurs plus d'un inverti se laissera prendre par une femme décente, par une jeune fille modeste, qui se dégoûterait bien vite des filles. Et ensuite le choix n'est pas entre « des garçons honnêtes » et des filles corrompues. Pourquoi cet homme ne se contenterait-il pas de garçons ou d'hommes corrompus ? 11 y en a tant : l'inverti à impulsions violentes peut rechercher les mâles vicieux ou se contenter de femmes vertueuses sans la moindre invraisemblance.
« Mais si l'entraînement à la chasteté est souvent impossible, si « souvent on est réduit a recourir à une dérivation sexuelle faute de « mieux, parce que le sujet n'est pas capable de poursuivre un but « plus élevé, d'atteler sa charrue à une étoile ; il n'en est pas moins « hors de doute que l'entraînement à la chasteté doit rester l'idéal du « médecin aussi bien que de l'éducateur. Et la raison fondamentale « c'est que Tinverti, si supérieur soit-il, 'est toujours un dégénéré. « La perversion de l'instinct sexuel est un caractère de dégénérescence « au premier chef, puisqu'elle a pour suite nécessaire la dissolution « de l'hérédité... Si la race se perpétue les invertis n'y sont pas pour « grand'chose. »
Cette généralisation est plus grandiose que légitime; elle n'est guère exacte. Ce sont surtout les vicieux, les débauchés, les épuisés, les syphilitiques, les alcooliques, qui sont des pères dangereux. Les invertis contribuent à la perpétuation de la race bien plus qu'on ne le pense. « L'horreur du coït (<) n'existe pas toujours ou nécessairement; « elle peut pourtant survenir h n'importe quelle occasion. Un acte « sexuel qui n'intéresse pas, qui n'est qu'un acte sexuel, n'a rien de « très désirable pour un homme raffiné et civilisé ; — il ne lui est « facilité d'ordinaire ni par la beauté corporelle de la femme, ni par
(i) Voir Uranisme et Unisexualité : Horreur vis-à-vis de la femme.
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un cadre idéal, ni par des circonstances flatteuses ou romanesques. L'uraniste reste de sang-froid avec une femme. Il faut des événements fortuits ou tout particuliers pour changer rindiflférence sexuelle en horreur... les uranistes virils doivent éviter la femme plus qu'autrefois. En effet la position sociale de la femme, depuis qu'elle a quitté le gynécée, l'a rendue bien plus antipathique sexuellement à l'uraniste. C'est le symbole social de la femme qui empêche plus d'un uraniste viril d'avoir des rapports hétérosexuels. » Je soupçonne M. Féré de n'avoir pas étudié assez le rôle historique de l'unisexuaiité, de n'avoir pas disséqué les causes de abstention hétérosexuelle de bien des uranistes d'aujourd'hui. L'uraniste voit encore plus clairement que l'hétérosexuel ce qu'on peut eprocher aux femmes. « La misogynie, l'horreur mélangée de crainte pour la femme comme être physique, moral et intellectuel, est une maladie, une manie, une phobie : mais du dédain intellectuel, de l'ennui intime (il y a des hommes très hétérosexuels qui trouvent que la plus grande preuve d'amour est de supporter l'ennui que cause la femme aimée), de l'ennui que Taffection ou la sympathie ou la bonté ou un respect pour une qualité quelconque peuvent surmonter, — cet ennui-dédain est logique, fréquent, découlant du caractère même de la femme et de la civilisation* qui environne la femme de tant de courtoisie, de politesse. Beaucoup de femmes ignorent leur manque d'attention ou de mémoire, leurs enfantillages,leurs défauts, tout ce qu'on leur a tant vanté, Ténigme qui dégénère en rébus. L'homme ennuyé ou écarté par tout ce que je vîensd'indiquer (si répandu parmi les personnes les plus cultivées dont le cerveau n'est pas aussi perfectionné que la pose) — ou rebuté par l'étroitesse et l'opacité d'autres femmes qui ne posent mémo pas, — ou rebuté par les prétentions, — cet homme n*a rien de surprenant. L'hétérosexuel n'aura pas honte de s'avouer cet ennui, cette critique inévitable souvent. L'inverti ressent ou pense de même, il sera peut-être plus porté à l'indulgence que Thétérosexuel, à plus de patience, s'il n'a pas souffert des femmes... » L'inverti bien portant, sans anomalies somatiques, éloigné de la femme par des causes psychologiques, par des idées, comme par un éloiguement des sens dont les causes sont si compliquées, à la fois spontanées et voulues, se marie souvent ; et je n'ai jamais trouvé son mariage pire que celui d'un hétérosexuel convaincu, ou sa descendance pire. Il n'y a pas de mariage délicieux, a dit La Rochefoucauld. On persiste à ignorer que bien des uranistes seraient d'excellents pères et maris, et pourtant nous en connaissons tous j'imagine. Un honmie sensé n'hésiterait pas à choisir pour gendre un uraniste bien
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portant, viril et honorable, plutdt qu'un hermaphrodite psychique aimant avec une égale lubricité les hommes et les femmes.
« Si on pouvait établir par des faits que l'inverti supérieur n'est « pas un dégénéré et qu'il peut fournir une descendance qui rentre « dans la loi en bénéficiant de l'hérédité desesqualités^l'entraînement « à la chasteté ferait fausse route », dit M. Féré qui par chasteté semble entendre célibat perpétuel. Ne pense-t-il pas que l'entraînement à lachastetéest le meilleur entraînement au mariage chaste et fécond? Aidons les enfants à être chastes, et uranistes et hétérosexuels seront, célibataires ou mariés, mariés ou célibataires, bien autrement utiles à rhumanité.
Je ne suis pas M. Féré au milieu de ses subtiles et ingénieuses définitions de la fonction sexuelle, de la négation de Tinstinct sexuel, etc., etc. Car en voulant le critiquer j'en arriverais peut-être à des exagérations semblables. Je me borne à Tintéressant cas qu'il cite en lui donnant une application par trop générale, par trop lai^e.
Depuis une dizaine d'années M. Féré soigne un jeune épileptique qui a maintenant dix-huit ans ; il ne présente plus depuis quatre ans aucune attaque convulsive, mais il est resté sujet à des crises d'excitation violente de formes diverses. 11 est d'ailleurs à peu près imbécile.
« Ce jeune homme est le fils aîné de la famille: deux frèresdo deux « et quatre ans moins âgés que lui sont tout à fait idiots ; une sœur, « née deux ans plus tard, a succombé aux convulsions à l'âge de six « mois. La mère est morte d'accidents puerpéraux en accouchant de « cette fille ; elle était vigoureuse et bien portante, n'avait jamais « éprouvé de troubles névropathiques ; elle a deux sœurs qui ont « chacune des enfants normaux comme elles. » Qu'en sait-on ? C'est bien plus facile à dire qu'à prouver. J'ai connu des enfants normaux et qui étaient bien étranges. Je connais des femmes que l'on appelle vigoureuses et bien portantes, sans troubles névropathiques, dont je ne voudrais guère comme mères d'enfants à naître. M. Féré a-t-il le récit de ses diverses couches ? Et a-l-il une analyse exacte du père et de la mère de cette femme ? Admettant sa bonne santé, elle pouvait aisément avoir dans son ascendance des tares fort graves.
« Quant au père, c'est un homme remarquable autant au point de « vue morphologique qu'au point de vue fonctionnel : c'est un homme « d'une intelligence supérieure.
c On ne connaît nonplusaucune tare névropathique dans sa famille, « il n'a jamais eu qu'un frère d'un an plus âgé, qui a aujourd'hui « quarante-sept ans, et a fourni une carrière brillante ; il est céliba-
ANNALE8 DE L^UNISEXUALITÉ
c taire... La palhogénie s'est éclaircie il y a quelques mois. » Le fils aJné fit une tentative de pédérastie sur son frère cadet. Le père fut très ému et révéla au médecin que lui-môme depuis Tâge de six ans avait aimé les hommes virils» les hommes nus. A la puberté ses goftts s'accentuèrent, il recherchait des camarades plus âgés, plus développés. Il n'a jamais eu de rêves erotiques où une femme ait figuré. Dans ses rêves, il rêvait à des baisers, à des contacts. Il ne s'est livré qu'à la masturbation solitaire. A seize ans, il se confia à son confesseur qui le rassura et l'encouragea à la chasteté. Quand il quitta le collège, quand il fut livré à lui-même, il retomba dans ses rêveries, il s'assujettit aux mêmes sensations. M. Féré ne remarque pas que cet uraniste était assez efféminé, puisque ses goûts continuèrent après son enfance et sa puberté à préférer le développement viril. Ce n'est pas ce que l'on attend d'un uraniste viril et supérieur. « Il avait renoncé à la masturbation, il se sentait de force à rester chaste, il avait besoin de travailler, il garda son secret. Sa famille lui conseillait le mariage qui devait améliorer et assurer sa situation. 11 consulta un médecin qui lui conseilla de s'exercer au cott et lui affirmait que le goût lui en viendrait ; on lui prescrivit l'hydrothérapie et un régime excitant (1). Ses idées religieuses se joignant à une répulsion instinctive, il fut longtemps à se décider. Mais la honte de ne pas pouvoir être père de famille, ni remplir ses devoirs sociaux, et peut-être aussi la curiosité, finirent par l'emporter. Il fit plusieurs essais infructueux, etc. 11 fut plus de six mois avant de réaliser un rapport complet. Ceux qu'il eut plus tard constituaient pour lui une tâche pénible. Il pensa que dans le mariage la plupart des raisons qu'il cherchait à se donner de ses répugnances n'existeraient plus, il se maria. Mais sa femme est restée pour lui un objet de répulsion qu'il ne put dissimuler qu'au prix d'efforts dont il ne comprend plus la possibilité, les caresses qu'il ne lui accordait que par devoir lui coûtaient des dégoûts et des efforts inénarrables ; les rapports complets ont été très rares, guère plus nombreux qu'il n'en a fallu pour obtenir les produits qu'il déplore. Ses penchants homosexuels se sont manifestés dans plusieurs circonstances où il fut en relation avec des hommes dont Taspect correspondait a ses préférences, mais jamais il ne s'est laissé aller à une démonstration quelconque. Depuis qu'il est veuf il a toujours résisté à ses désirs et il ne doute pas qu'il eût été capable de conserver le même empire sur lui-même avant son mariage si on ne l'avait pas encouragé à vaincre son instinct. Cet homme qui a
(i) De l'alcool ? A-t-il été alcoolisé à chaque conception ?
212 A. RAPFALOVIGH
« quarante-six ans, a tous les attributs de la virilité,ii est vigoureux, « barbu, et n'a aucune anomalie des organes génitaux, ni aucune « anomalie appréciable de Tintelligence ou du caractère. »
La superficialité des observations médicales est reconnue par bien des gens. Et ce récit de M. Féré en est une nouvelle preuve. J'ai déjà noté le caractère efféminé des penchants sexuels de cet infortuné père, caractère persistant et ne se modifiant pas avec l'âge; il semble plus qu'efféminé, presque passif. Si ces hommes barbus l'avaient courtisé, pressé, violemment surpris, sa passion se serait vite échauffée et rendue à moins qu'il ne fît appela ses sentiments religieux. C'est à sa passivité sexuelle que j'attribue la difficulté de ses rapports avec sa femme; et puis cette femme l'aimait-il? L'aurait-il aimée même s'il avait été plus sexuel? Sa frigidité, sa timidité, me semblent plus graves au point de vue de l'hérédité que son unisexualité. Hétérosexuel il aurait été un piteux père. Il y aurait encore bien des choses à dire à ce sujet.
Je me contente de dire que si l'on suivait le conseil de M. Féré, si Ton considérait cette progression de l'anomalie dans deux générations successives comme explicable en première ligne par l'unisexualité paternelle, et s'ilya intérêt «à éloigner du mariage tous les individus « qui présentent de ces anomalies à un degré quelconque », et si Ton y réussissait, la dépopulation de la France et des autres nations atteindrait des proportions inattendues.
Appendice A : Unisexualité française
Au mois de février 1896 l'affaire Voignier (assassinat de la petite Alice Neut) mît en scène le jeune Robin qui s'était vendu à Voignier :
En 1888, la femme de Voignier mourut de chagrin et de misère, et ses enfants rompirent toute relation avec lui.
Il s'adonna avec une sorte de frénésie à ses abominables passions ; un soir, il avait emmené dans son logement de la rue Julien-Lacroix, 46, le jeune Robin, son futur dénonciateur, qui n'était encore que gamin ; il lui avait donné des fruits, des gâteaux, des sous ; puis il Tavait gardé pendant toute la nuit dans son lit. Robin ne consentait pas seulement à se soumettre aux fantaisies erotiques de Voignier ; il devint le pourvoyeur du vieux satyre ; il allait pour lui raccoler des petites filles aux environs des écoles (1).
(I) Echo de Paris.
ANNALES DB l'uNISEXCALITÉ 2<3
Lyon, 13 mors. — La police de sûreté vient de mettre la main sur une bande de six individus qui ont audacieusement exploité un riche négociant en denrées coloniales de notre ville, qui avait eu un jour l'imprudence
d'écouter les propositions d'un nomme L Le négociant, de crainte
d'un scandale dont on le menaçait, devint la proie de ce dernier et de ses amis et dut leur fournir de nombreuses sommes d'argent.
Finalement, un de leurs complices, nommé Gattaneo, se fit passer auprès de lui pour juge d'instruction et moyennant 10,000 fr., se chargeait de mettre fin au chantage dont il était l'objet. Mais en se rendant au Palais, la victime de ces escrocs se rencontra avec un véritable juge d'instruction, et . toute la bande a été arrêtée. Gattaneo, lui, a été pris à Marseille (1).
11 vient de mourir dans le quartier Saint-Antoine deux vieillards dont l'histoire, pour être fort touchante, ne laisse pas d'inspirer une certaine répulsion, etc.
Ernest M... et Julien G... s'étaient connus au collège. Ils avaient fait toutes leurs études ensemble, traduisant de concert VArt d'aimer d'Ovide, comme plus tard ils devaient lire en tête à tête Chariot s'amuse.
M... avait de la fortune, G... était dans une situation des plus médiocres. Le premier mit sa bourse, son appartement et son cœur à la disposition du second, qui accepta. Et leur vie ne fut plus qu'une longue idylle, qu'aucun nuage ne vint assombrir.
Julien portait des toilettes féminines, des jupons, des dentelles, des bas de soie, des jarretières de ruban, ces mille riens de la coquetterie féminine auxquels les amants attachent tant de prix.
Ernest M... mourut, il y a quelques jours, d'une congestion pulmonaire, et, Philémon ne pouvant se passer de Baucis, Julien, pour lequel l'existence isolée n'avait plus de charme, désespéré du décès de sa compagne, s'est asphxyié à l'aide d un réchaud.
Le commissaire de police, chargé de faire les constatations, l'a trouvé sur son lit, vêtu d'une robe de velour noir, le visage complètement maquillé et une photographie de son ami placée sur sa poitrine (2).