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OUTRAGES SUR UN ENFANT

11 y a quelques jours, un jeune écolier, Jules Ménard, âgé de 12 ans, rencontrait en sortant de l'école trois jeunes gens d'une vingtaine d'années, qui, sous prétexte de Ini faire un cadeau, l'attirèrent dans le logement de Tun d'eux et lui firent subir d'odieux outrages.

Mais le petit Ménard, que ses parents avait conduit au commissariat de Plaisance, ne put fournir que des explications vagues sur les misérables qui l'avaient attiré dans ce guet-apens.

Les service de la Sûreté fut alors chargé de rechercher ces derniers, et

(I) GU Bios, i5 mars.

(9) GU Bloê, aS mars.

214 A. RAFFALOVICH

hier M. CocheFert envoyait au Dépôt les nommés Nollec, dit • Bec salé » et Thomas, dit c le Vieux », rôdeurs de la pire espèce, qui, confrontés par les agents avec la victime, avaient été formellement reconnus par celle-ci. M. Damon, juge, a été chargé de Tinslruction de cette affaire (4).

Un rentier de l'avenue d'Ântin, M. L..., était allé passer le carnaval à Nice. Il y fit la connaissance sur la promenade des Anglais, un soir, d'un homme d'allures très distinguées qui se disait membre de la famille impériale du Brésil.

Enchanté d'avoir eu la bonne fortune de se créer une si belle relation, M. L... ne quittait plus ic prétendu comte. On les rencontrait ensemble dans les restaurants à la mode.

Un soir qu'ils s'étaient éloignés de la ville, sur la promenade des Anglais, survinrent deux individus qui se dirent agents des mœurs et qui les mirent en état d'arrestation, prétendant avoir affaire à des gens de mœurs inavouables. Protestations de M. L..., protestations plus violentes du pseudocomte qui néanmoins offrit aux deux agents un billet de 500 francs pour le laisser en liberté.

M. L .., qui n'avait que 50 francs sur lui, offrit 30 francs, mais les agents refusèrent avec dédain. M. L... rentra alors à l'hôtel et apporta aussitôt le prix de sa liberté, soit 500 francs, quoiqu'il protestât toujours de son innocence.

De retour à Paris, M. L... raconta son aventure à des amis ; ceux-ci lui dirent qu'il pouvait bien avoir été victime d'un escroc, d'autant plus qu'une nouvelle demande de 1,000 francs lui avait été adressée sous menace de divulger les faits.

M. L... a porté plainte au parquet (2).

Un enfant de neuf ans, Charles X..., fils d^un bijoutier de la rue Chapron, disparaissait subitement jeudi dernier. Les parents, désolés, firent opérer des recherches qui demeurèrent sans résultat, lorsque Tenfant fut amené hier matin dans un commissariat de police par un homme qui prit aussitôt la fuite.

Le ipune Charles, rendu à ses parents, raconta qu'il avait fait la rencontre, sur la place de la République, d'un individu qui l'avait conduit à Belleville dans son logement, où il l'avait gardé pendant quatre jours, le faisant passer pour son fils.

L'enfant ajouta qu'il était content de retrouver ses parents parce que l'homme était sale et lui avait donné des poux et de la vermine, après s'être livré sur lui aux plus odieux des attentats.

M. X... fit prendre immédiatement un bain au petit Charles et s'aperçut, en déshabillant Tenfant, que celui-ci avait subi les derniers outrages.

Plainte a été immédiatement portée contre l'immonde individu, qui a été

(i) GU Blas^ ^ mars.

(a) Echo de Paris, 3o mars.

ANNALKà DE L^DNISBXGALITÉ 215

retrouvé chez lui, rue des Envierges, à Belleville. C*est un laveur de carreaux nommé Jean Paulot, kgé de trente-cinq ans. Il a été envoyé au Dépôt (1).

L'épouvantable crime de Vincennes, le meurtre du jeune Vasseur par son père et par Boucher, laissa planer des doutes sur les mœurs du complice du père Vasseur. On a encore présenta Tesprit le meurtre du jeune fils (dont les mœurs étaient unisexuelles) par son père et par Boucher, le suicide du père et le récit de Boucher (2) :

Oui, dit Boucher à M. Hamard qui Tinterrogeait, c'est le père Vasseur qui a tué Eugène. C'est un homme très violent. Dès qu'il vit son fils s'écarter du chemin, il en conçut un chagrin énorme, qui se changea bientôt en une haine farouche. Il n'avait qu'une idée en tête : se débarrasser de ce mauvais garnement, qui ne voulait rien faire, qui déshonorait la famille, car il avait des mœurs abominables .

Il y a quatre .ans — Eugène avait alors treize ans — le père Vasseur attira son fils dans la banlieue, près de Saint-Gloud, sur les berges de la Seine, et lui demanda les papiers et le mouchoir qu'il avait sur lui. L'enfant les lui donna. Alors, le père le porta vers la Seine pour l'y précipiter, mais le gamin se cramponna à lui ; une lutte terrible s'engagea, Eugène glissa à terre, échappa à son bourreau, et s'enfuit.

Depuis ce jour, le jeune homme détesta son père, mais je dois à la vérité de déclarer qu'U ne prononça jamais de paroles de mort contre Fauteur de ses jours, alors qu« le père, lui, n'attendait qu'une occasion pour le faire disparaître.

Eugène suivit Boucher dans le Bois de Vincennes.

11 était huit heures, raconte encore Boucher.

Lentement, çn causant, nous montâmes sur le plateau.

Tout a coup, surgissant comme une bête fauve du fourré où il se tenait blotti, le père s'élança sur son fils et le saisit par le cou. J'eus peur... Le jeune homme se mit à crier. Je me précipitai sur lui et essayai de lui fermer la bouche avec mes mains. Mais il me mordit si fortement que je m'éloignai pour étancher le sang qui s'échappait de ma blessure et guetter si personne ne venait sur la route...

Plus rien, l'enfant ne criait plus ; je ne voyais dans l'obscurité qu'une ombre accroupie. Je m'approchai.

— Eh bien ? demandai-je au père.

— 11 a son compte, me répondit-il simplement.

Atterré, je soulevai le cadavre par les pieds et je le portai où il a été découvert...

La complicité de Boucher pourrait s'expliquer par ce fait que ses mœurs

(1) a avril.

(2) Journal, 30 avril.

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étaient inavouables et que ses relations avec Eugène étaient de nature à incriminer ses habitudes.

Il était constamment Tobjet des sollicitations de secours de la victime, et ces demandes quotidiennes avaient lallure d'un chantage exercé par le jeune homme.

Menacé à diverses reprises de la divulgation de ses pratiques honteuses, Boucher se serait résolu au crime.

Ces soupçons ne furent ni confirmés ni contredits par les comptes rendus que j'ai vus du procès de Boucher au mois d'octobre. Il fut condamné à dix ans de réclusion. Les mauvaises fréquentations de rinfortuné Eugène Vasseur furent confirmées. Ses amis se nommaient Bébé, Totor de la Maubert, Gaston du Latin, etc.

Un brave bourgeois, M. D..., qui s'était échappé pour quelques jours d'Arras, sa résidence habituelle, afin de venir faire un peu la fête à Paris, remarquait avant-hier, dans la soirée, une jeune et aimable personne, dont il entreprit la conquête.

Il tenta sur le champ Tassaut et, après quelques pourparlers, la place était prise. Nos deux amoureux s'installèrent en tête-à-tête chez un traiteur des environs de la place de la Bastille et tout marcha à souhait.

Le dîner fut des plus gais, et le don Juan de province était enchanté de sa compagne ; elle avait la peau un peu rude, la voix légèrement « mêlécass », les « abatis un peu canailles », mais D... n'était pas ennemi de la robustesse

La donzelle savait se défendre contre les entreprises galantes de son compagnon avec un charme qui ne faisait que Témerillonner davantage, la résistance ayant toujours constitué chez la femme que Ton convoite une séduction de plus.

Ce n'est sûrement pas une fille, pensait in petto le brave bourgeois : elle ne se défendrait point ainsi. C'est évidemment une honnête ouvrière que je débauche ; peut-être môme est-elle mariée ; quel heureux coquin je suis 1

Et notre paillard complotait de terminer la soirée par une nuit des plus... pimentées .

Quand il lui parut que l'heure du berger était sonnée, il devint plus pressant et insista pour que la jeune femme l'accompagnât à son hôtel, boulevard Beaumarchais, un tout petit moment.

Celle-ci finit par accepter.

Une fois dans la chambre, la jeune personne demanda timidement que la bougie fût éteinte tandis qu'elle se déshabillait; son compagnon accéda à son désir fort galamment, mettant cette condition sur le compte de la pudeur.

Mais lorsqu'il Jugea le moment opportun, il fit craquer une allumette et ne fut pas peu surpris de voir...

ANNALES DK L*rNISEXtAUTÉ 21 7

Mon Dieu ! c'est bien simple I il vit ce qu'il aurait \u, s'il s'était regardé lui-même en petite tenue dans une glace I

La jeune femme était un jeune homme.

Ebahi d'abord, notre provincial entra bientôt dans une fureur épouvantable, et, saisissant par le bras sa compagne devenue un compagnon, il l'obligea de se rhabiller et le traîna par les oreilles au poste voisin, malgré les protestations du jeune drôle, qui affirmait énergiquement que ce n*était qu'une plaisanterie.

Au poste, ce dernier fut reconnu pour un nommé Justin R..., garçon de café sans place, bien connu dans le quartier sous le sobriquet significatif de « le Trottin ».

Profitant de ses allures efféminées, il revêtait, le soir, un vêtement de femme, et, ainsi travesti, il « battait son quart •, aguichant les vieux messieurs.

Le « Trottin » a été expédié au Dépôt, où son entrée a dû être des plus sensationnelles (1).

M. Jean Goquelin a été l'objet, ces temps derniers, d'une tentative de chantage de la part de son habilleur à la Porte-Saint-Martin, le sieur Guyard.

Guyard menaçait M. Jean Goquelin d'une lettre à M. Constant Goquelin, son père, pour l'informer de faits aussi monstrueux qu'invraisemblables.

Guyard a été condamné, par défaut, à six mois de prison (2).

Affaire de la Baronne de Valley. — Au mois de jnin l'affaire de la femme étranglée rue de Penthièvre fit paraître des silhouettes d^unisexuels. J'emprunte ce qui suit au Gil Blae :

Femand Laghény, 18 ans.

C'est lui qui a été l'instigateur du crime, qu'il avait médité longuement.

Le soir même de l'assassinat, il rôdait aux environs de la rue du Croissant, demandant le résultat des courses. Quand parurent les premiers numéros du Paris-Sport^ il en acheta rapidement un et, après l'avoir regardé : « Tiens, mon cheval a gagné, s'écria-t-il : j'empoche la forte somme. »

Le naisérable croyait ainsi s'établir une sorte d'alibi et expliquer la provenance de l'argent qu'il avait en poche.

Laghény n'avait pas de domicile attitré ; il couchait « à la nuit », souvent sur les bancs ; de mœurs « faciles », il partageait quelquefois le lit d'un camarade ou d'un bourgeois vicieux.

Quand sa bienfaitrice lui donnait quelque argent, il l'employait à « rouler » les bals-musettes et à boire.

(I) Oa Bloê, mai.

12* Ankéb, N* 68. 17

A. RAFFALOVICH

La nuit du crime, il coucha à l'hôtel de la Meuse, 29, rue de TEcole-demedecine, mais il n'y revint pas le lendemain ; la précaution était bonne, car une souricière y avait été établie.

Ses deux acolytes, ses exécuteurs plutôt, se nomment Julien Kiesgen et Pierre Ferran.

Kiesgen, vingt ans. Un grand beau garçon, tjpe de souteneur bellâtre, ancien employé de commerce, ayant autrefois travaillé dans un grand magasin de la rive gauche*

D'une assez bonne famille de commerçants établis à Versailles, Kiesgen n'avait jamais pu s'entendre avec ses parents et il les avait lâchés pour venir à Paris, où il s'était bientôt lié avec une bande de chenapans.

Kiesgen habitait, 11, rue Descartes, un hôtel de faible apparence, où sur un mur gris sale s'étale pompeusement en lettres mi-ell'acées cette enseigne : Grand-Hôtel des Ecoles.

La rue Descartes, prolongement de la rue Moufl'etard, sinistremeut célèbre vient se perdre dans une ruelle tortueuse et obscure, la rue Montagne- Sainte-Geneviève.

A l'endroit même où logeait Kiesgen, la rue Descartes s'élargit en une sorte de place, au centre de laquelle s'élève une fontaine située sur un rond-point et entourée dune sorte de parapet en forme de fer-à-cheval.

Là, chaque jour s'attroupent les o terreurs » du quartier : affreux voyous, à faces de fauves qui, le « mégot » collé à la lèvre pendante, la tôte recouverte d'une casquette graisseuse dont le bord inférieur caresse leur cou de béte, causent des coups à faire ou discutent sur la façon dont doit se donner un coup de surin.

Telle était la société que fréquentait Kiesgen.

C'est lui, d'aprèsle récit de ses complices, qui a étranglé la baronne de Valley : Ferran faisait le guet sur le palier et Lagbéuy attendait dans la rue.

Tout autre est la physionomie de Pierre Ferran. On se demande par suite de quelle aberration mentale, de quels entraînements funestes, le malheureux garçon s'est laissé aller à tremper ^dans un aussi abominable forfait.

Les renseignements pris sur lui dans lequcu'tier sont des plus fayorables. Très doux de caractère, d'une politesse frisant l'amabilité, Pierre Ferran produisait sur ceux qui l'approchaient une impression sympathique.

11 habitait chez sa tante, madame M..., une honorable rentière, qui occupe un appartement d'un loyer de i,800 fr.

Cette malheureuse femme qui a dû s'aliter à la nouvelle du crime auquel a participé son neveu, nous reçoit avec bienveillance, malgré son état de faiblesse.

— Pierre était un enfant plutôt timide, nous dit-elle. 11 était très heureux ici. Il était défrayé de tout, et je ne lui refusais môme jamais la pièce de cent sous, quand il voulait s'amuser un peu. Dernièrement, il avait voulu sa liberté. Je lui avais fait donner une chambre au sixième dans la maison ; mais je sais par la concierge qu'il n'en usait point pour découcher, et son existence était plutôt réglée.

ANNALES DB l'uNISEXUALITÉ 219

— Gonnaissait-il Kiesgen depuis longtemps ?

— C'est son ami d'enfance ; ils se voyaient chaque jour et j'ai toujours déploré pour lui cette fréquentation.

Plusieurs journaux ont reçu des lettres, pittoresquement orthographiées, de la belle Marcelle, qui a été beaucoup interviewée, et qu'on donnait comme maîtresse du beau Raoul, un des comparses de F.aghény. L'aimable enfant se défend d'avoir eu aucune relation avec le bandit sodomiste qui, du reste, ajoute-t-elle, « n'en pinçait » pas pour les femmes.

Gabriel Ni vellau, jeune ouvrier sertisseur sans travail, errait un jour à l'aventure, n'ayant ni déjeûné ni dîné, et se demandant, avec inquiétude, si les repas du lendemain seraient aussi léi^ers que ceux du jour présent.

Au cours de cette promenade mélancolique, il fit la rencontre d*un vieux rentier, qui entama la conversation avec lui et parut s'intéresser à son sort. Pourquoi cette soudaine philanthropie ? Il vaut mieux peut-être, dans l'intérêt de la morale, ne pas trop chercher à approfondir ! Bref, Gabriel Nivellau reçut quelques subsides du bon vieillard.

Comme il conta son aventure à Marins Roblin, un copain à lui, avec lequel il logeait rue du Vert-Bois, celui-ci, un savant qui avait lu beaucoup de romans et qui « la connaissait dans les coins », eut soudain une inspiration.

Il proposa à Nivellau de s'introduire chez son protecteur de l'endormir avec du chloroforme et de « lui barbotter sa galette », après quoi, on irait faire un tour aux bains de mer, tout comme les gens de la haute.

Nivellau accepta avec enthousiasme, et tous deux se rendirent chez un pharmacien du quinzième arrondissement, auquel ils demandèrent une fiole de chloroforme pour calmer, dirent-ils, une rage de dents.

Le pharmacien s étonna de la quantité qu'on lui demandait et pria les deux jeunes gens de revenir au bout d'une heure : ce temps, afOrma-t-il, lui était nécessaire pour préparer la potion.

Après le départ de ses deux singuliers clients, il se rendit chez M. Chadefaux, commissaire de police, et lui fit part de ses soupçons.

Ce dernier fit établir une surveillance aux abords de la pharmacie ; quand Nivellau et Roblin se présentèrent, on leur remit une fiole d'eau pure.

Après une filature en règle, les jeunes gens furent arrêtés.

Conduits au commissariat de la place Vauban, ils n'hésitèrent pas à avouer leurs criminels projets.

Tous deux ont été expédiés au Dépôt (1).

LES BAFLES d'ÉTÉ

Le service de la Sûreté a fait hier^une nouvelle rafle au Bois de Boulogne, qui a duré de six heures du soir à minuit. Dix-huit arrestalions ont été opérées.

(i>Gi/:fito5, ajuUlet.

220 A. RAFPALOVICH

Au moment où les agents arrivaient au Bois, deux malfaiteurs venaien t d*arracherla montre à un passant. Poursuiris par les agents, ils ont été arrêtés.

Deux autres vagabonds, dont un vieillard de soixante et onze ans, ont été surpris en flagrant délit d*actes obscènes (i).

Léonard D..., soldat musicien au 154* de ligne, en garnison à Saint- Denis, et Ferdinand B..., attaché à Tinfirmerie du même régiment, tous deux appartenant à d*excellentes familles, étaient liés, depuis leur arrivée au corps, d'une étroite amitié. Cette intimité était fréquemment troublée par des scènes de jalousie qui en indiquaient suffisamment Tespèce hors nature. Les deux soldats couchaient dans la même chambre ayant pour camarade de lit un caporal armurier.

Avant-hier soir, tous trois se couchèrent : le caporal armurier et le musicien s'endormirent. Soudain, Tinfirmier Ferdinand B..., qui veillait, saisit son épée baïonnette et la passa au travers du corps de son ami Léonard D... sommeillant.

Aux cris du blessé on accourut et, après un premier pansement, on le transporta à Thôpital, où il mourut bientôt. L'arme avait perforé Tintestin •

Ferdinand B..., qui a gardé le plus absolu mutisme, a été mis en cellule. Aussitôt son coup fait, il avait absorbé une dose de laudanum, insuffisante, du reste, pour porter préjudice à sa santé. Il se pourrait que des civils fussent compromis dans cette affaire (2) .

Depuis déjà quelque temps, les directeurs d'une importante maison de soieries du quartier Gaillon constataient que leurs marchandises disparaissaient avec une désespérante régularité. Chaque jour c'était un joli coupon de velours qui filait ou quelques mètres de satin.

La situation devenait intolérable, et une surveillance en règle fut organisé pour amener la découverte du ou des voleurs, car, en présence des soustractions commises, les infortunés négociants se croyaient mis en coupe réglée par toute une bande de malandrins.

Ce fut néanmoins le hasard qui fit pincer le coupable.

Hier matin, un nommé L..., employé dans la maison, s'apprêtait à sortir, lorsqu'il laissa par mégarde tomber de la poche de son pardessus un cylindre de carton autour duquel s'enroulaient plusieurs mètres d'une soie aux chatoyants reflets*

L. .., atterré, n'essayait même pas de fuir, et c'est sans difficulté qu'il se rendit au commissariat de la rue Marsollier, accompagné de ses patrons.

Après un interrogatoire sommaire, M. Péchard, commissaire de police, se rendit au domicile de l'inculpé, rue de Dunkerque.

Là, à sa grande surprise, le magistrat constata que les appartements de

(i) Le Journal^ i5 août, (a) Le Journal, septembre.

ANNALBB DE l'uNISEXUALITÉ 221

L... étaient de véritables docks où s*amoncelaîent des marchandises de toutes qualités et de toutes prorenances, mais que toutes L. .. avait achetées à « la foire d'empoigne, • comme on dit au régiment.

Mais où Fétonnement du commissaire parvint à son comble, ce fut lorsque, au cours de la visite des approvisionnements de Tinculpé, il ouvrit une armoire, dissimulée derrière une draperie : en ce lieu discret étaient entassés des costumes de ballerines, d'aimées, de clownesses, des toilettes de bal ultra-décolletées, de quoi vêtir en somme le corps de ballet de plusieurs théâtres subventionnés.

Gomme on interrogeait L... sur les nombreuses maîtresses que lui faisait supposer cette féminine garde-robe, il se défendit d'avoir avec les femmes aucune relation, bien au contraire !

Les costumes qu'on voyait servaient, dit-il, à travestir les petits jeunes gens de mœurs légères, dont il faisait connaissance dans les bals publics; il adorait surtout ceux qui dansaient bien . Un rond de jambe Faguichait et le grand écart Taffriolait.

n emmenait alors ces messieurs chez lui faire la noce (1).

La nuit dernière, un négociant en vins, à Bordeaux, de passage à Paris, regagnait son hôtel, rue du Quatre-Septembre, quand il fut accosté par deux individus qui lui dirent :

— Voilà deux heures que nous vous suivons. Nous vous avons vu entrer dans une maison en compagnie d'un jeune homme. Nous sommes agents des mœurs; suivez-nous.

M. X... essaya de protester.

— > Vos dénégations sont vaines, dit l'un des individus. Nous avons, d'ailleurs, arrêté le jeune homme qui vous accompagnait. Je vais le chercher.

Pendant que le faux agent s'éloignait, celui qui était resté avec M. X... engageait ce dernier à étouffer le scandale.

— On peut toujours s'arranger, dit-il.

Quelques instants après, l'autre agent revenait avec un jeune homme, un gamin de dix-sept ans, qui récita la leçon apprise.

Finalement, les maitres-chanteurs promirent à M. X... de le relâcher moyennant 500 francs* A ce moment, le négociant aperçut deux gardiens de la paix et leur fit part de l'aventure qui lui arrivait, les priant de les mener tous au poste pour s'expliquer. Les deux individus maintinrent leur qualité d'agents des mœurs et on se dirigea vers le poste de la rue de la Banque.

Airivés au coin de la rue Paul-Lelong, les deux soi-disant agents et le jeune homme tournèrent brusquement et prirent la fuite. Les g^smliens se mirent à leur poursuite et ne purent en arrêter qu'un, qui fut conduit au commissariat de police de M. Orsatti, chez lequel il déclara se nommer Félix D..., âgé de vingt-deux ans, employé de commerce. Il a refusé de

(i) Le OU Blasy 9 septembre.

222 A. RAFFALOVICH

faire connaître ses complices et a donné plusieurs adresses où il est inconnu (1).

M. Rabarroust, directeur d'une agence de publicité, se rendait avant-hier au commissariat de police de M. Orsatti, sur Tinvitation de ce magistrat.

Là, il apprit qu'il était l'objet d'une plainte de la part de deux jeunes gens qui Faccusaient de leur avoir fait des propositions malhonnêtes (tel est, je crois, la phrase pour désigner chastement ce genre d'embauchage).

M. Rabarroust se défendit comme un beau diable : il ne connaissait nullement ses accusateurs et se trouvait sans doute en butte à une tentative de chantage. Il demanda à être conduit immédiatement au parquet, où, après avoir été interrogé par un juge d'instruction, commis séance tenante, M. Boucart il fut laissé en liberté.

Si M. Rabarroust, a été, comme il l'affirme, victime d'un éhonté chantage, qu'il se console en pensant qu'il n'est pas le seul à qui pareille mésaventure soit arrivée.

Les environs de la gare Saint-Lazare, les allées des Champs-Elysées sont infestés de ces jeunes drôles, qu'on désigne en argot sous le nom de « Jésus », et dont le métier consiste à être, plusieurs fois par jour, l'objet d'un attentat à la pudeur.

Leur façon d'opérer est des plus simples : un d'eux avise un monsieur, au moment où il va se retirer dans un de ces édicules que la municipalité prévoyante a mis au service des gens pris d'un besoin d'épanchement intime. Il pénètre à sa suite et ressort presque immédiatement en criant. Un attroupement se forme. Qu'est-ce qull y a? Qu'est-ce qui se passe? Le monsieur eflTaré n'y comprend rien . Alors l'ignoble gamin l'accuse ouvertement d'avoir voulu se livrer sur lui à des actes immoraux.

La foule idiote prend parti pour l'accusateur et n'a pas d'épithètes assez flétrissantes pour traiter le « sale » monsieur qui continue à n'y rien comprendre.

Les gardiens de la paix surviennent : le « sale » monsieur est empoigné. Traîné devant le commissaire de police, il s'alTole et ne trouve souvent qu'un moyen de s'en tirer. Il s'en va, aussitôt remis en liberté, car il est rare que la personne arrêtée soit, en ce cas, dirigée sur le Dépôt, chez les parents de son accusateur (celui-ci a donné son adresse, comme par hasard, au cours de sop interrogatoire) ; là, suivant le paiement de sommes à débattre, il obtient que la plainte sera retirée. Les parents, qui sont de connivence avec leur gredin de fils, acceptent : le tour est joué.

Au Bois de Boulogne et aux Buttes-Chaumont, le petit a truc » est employé par des fillettes, dressées à ce jeu par leurs mères.

On nous affirme, à la Sûreté, que ces petites comédies se renouvellent très fréquemment : malheureusement, elles tournent souvent au drame et on a vu quelquefois des pères de famille se brûler la cervelle, pour échapper à une accusation aussi infamante que mal fondée.

(i) Le Joarnal,]ii septeiobre.

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