ANNALES DE L*UNISEXUAL1TÉ
La loi protège insufûsamment contre ces manœuvres celui qui est susceptible d'en devenir Tobjet. En effet, en cas d'enquête judiciaire, une seule chose peut sauver Taccusé, c'est Tinfaroie reconnue de l'accusateur.
Lorsqu'un homme, inculpé d'attentat à la pudeur, à la suite de la dénonciation d'un enfant, est amené devant le commissaire de police, on interroge tout d abord l'enfant. S'il est reconnu que ce dernier est coutumier du fait, il est rare qu'une suite soit donnée à l'affaire. Souvent le petit garçon ou la fillette fournit, au cours de son interrogatoire, des détails précis qui prouvent d une façon navrante à quel point son éducation vicieuse est complète.
Jl y a cinq ou six ans, un officier de cavalerie était arrêté sur la plainte d une vieille proxénète qui lui reprochait d'avoir voulu abuser de sa fillette. L'inculpé reconnaissait être « monté » avec l'enfant : mais il affirmait qu'elle l'avait t aguiché » et qu'il avait accepté ses propositions, la croyant au moins âgée de dix-huit ans. La petite avait un air angélique et, admirablement stylée, la faisait « à la vertu ». Mais, devant le commissaire de police, un mot lui échappa, qui sauva l'accusé. Comme celui-ci reconnaissait l'avoir accompagnée à plusieurs reprises, il ajouta même qu'il avait une fois passé la soirée avec elle et une de ses amies : « Ah I oui, s'écria la jeune fille, c'était Angèle ; celle qui vient avec moi, quand nous avons un client qui veut voir deux femmes s'aimer I » Elle se servit même d'une expression plus crue : en tout cas, le magistrat était fixé sur la soi-disant vertu de la plaignante : cette exclamation avait fait tomber les ailes de l'ange et lavait montrée sous son véritable jour.
11 y a deux jours, la onzième chambre correctionnelle jugeait une bande de jeunes drôles, déjà ferrés sur tous les genres de vols, et des gamines, plus expertes à débiter la camelote d'amour que les plus chevronnées des filles de joie : le doyen de ces enfants a à peine quatorze ans.
Croyez-vous que ces souteneurs en herbe et ces prostituées en jupes courtes eussent hésité à compromettre le premier passant venu pour un sucre d'orge ou une pièce de dix centimes I (1)
Dans le Gil Blas du 26 sept^^mbre, dans une entrevue avec M. Sermet> censeur, au sujet de la Ligue contre la licence des théâtres :
Ils ont peut-être raison, dit-il, mais nous n'avons pas tort. La vérité, c'est que les cafés-concerts de sixième ordre nous font viser des chansons obscènes, nous leur indiquons les changements à faire. Ils les font sur manuscrit, puis continuent à chanter la première version. Que faire à cela? C'est à la préfecture de police d'agir. C'est à l'agent à intervenir. Or, il n'intervient que lorsque la chanson le tourne en ridicule. Le fait est rare.
— Quel est donc le sujet suivi de préférence dans cet, art si particulier ?
— Oh ! ça dépend de l'actualité. Ainsi, depuis le procès d'Oscar Wilde, il n'est pas de jour où nous ne sommes tenus de biffer dans les œuvres présentées d'innombrables scènes de pédérastie.
(I) GU nias, 9; août.
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Appendice B: Uniaexualiié anglaise
Eté 4895, — Affaire de chantage, — Une soirée d'été, Westley Francis, un coiffeur, venaîl de quitter un urinoir public (situé d^ns TOxford Market) quand il fut accosté par un certain Moody, garçon aux cheveux rouges, ayant vingt-six ans mais paraissant n'en avoir que dix-sept. Moody demande un verre de quelque chose. Pourquoi, mon garçon, vous donnerais-je à boire ? demande le coiffeur. —Je n'ai pas de travail etje n'ai pas d'argent, lui dit le gamin de vingt-six ans, et il saisit son bras. Le coiffeur fait un effort pour s'éloigner, mais deux individus surgissent, et l'un deux s'écrie : Nous vous tenons, polisson ! ~ Ces hommes se font passer pour des agents et demandent de l'argent. Le coiffeur comprenant à qui il a affaire appelle à son secours des messieurs qui passaient, et après des menaces les trois s'enfuient. Joseph Hawkins, un marchand d'Oxford Market, qui vit cette scène, rencontra plus tard les trois chanteurs dans un débit de vin et les désigna à la police. Havirkins put montrer au magistrat une cicatrice à la lèvre de Moody et en donner l'explication : Au mois d'octobre cet individu vint à ma porte et m'invita à l'accompagner à Turinoir. Je lui donnai un coup de poing au visage.
L'inspecteur de police fournit un témoignage également grave ; il avait vu lundi soir Moody et Wilton (l'un de ses complices) près de cet urinoir. 11 vit Moody y entrer cinq fois de suite, et à une de ses sorties un monsieur fut observé lui donnant de l'argent. Puis Moody et Wilton allèrent chez le marchand de vin. L'inspecteur appela Hawkins pour identifier Moody, et on arrêta les coupables. Wilton donna de l'embarras en prison. C'est un habile simulateur de maladies. Lors d'une arrestation antérieure il avait fait traîner une affaire vingt semaines en se faisant passer pour malade. Le . magistrat félicita chaleureusement le coiffeur : Si l'on suivait votre exemple, dit-il, ces méchancetés pourraient être supprimées.
Je ne sais pas quelle fut la punition des chanteurs, mais ils furent punis.
Novembre 1895.^ Un Américain, Nathan B. ..,qui a l'habitude de fréquenter Hyde Park, y fait la connaissance d'un Frédéric P..., acteur. Ils se font des promesses réciproques ; l'Américain conduit l'acteur chez lui, lui donne des vêtements. Le lendemain une paire de bottines disparait. Quand l'américain rencontre son ami de nouveau il le fait arrêter. Le magistrat acquitte laccusé, et le journaliste qui rend compte de cette c amitié de Hyde Park » ne s'en étonne pas.
(A suivre)
Andeé Haffalovicr
ÈlBLlOGltÂPlilÉ 22a
La pendaison, — La strangulation, — La suffocation, — La submersion^ par P. Brouardel, Paris 1897.
La publication du cours de M. le professeur Brouardel prend les proportions d'une véritable encyclopédie médico-légale dont les volumes se succèdent avec rapidité. Aujourd'hui c'est un traité des as/jhyxies mécaniques que nous avons le plaisir de présenter aux lecteurs des Archioes, Dans celte monographie de 600 pages Tauteur étudie la pendaison, la strangulation, la suffocation et la submersion. Il a mis à contribution les travaux publiés en France et à l'étranger; mais il s'est surtout inspiré des nombreux documents de sa pratique, de ses recherches et de ses expériences personnelles. C'est donc à la fois une œuvre originale et une revision des travaux qui, depuis Tardieu jusqu'à son éminent successeur, ont donné à la médecine légale une impulsion et une orientation nouvelles.
Les premières pages sont consacrées à des considérations générales sur le mécanisme de la mort dans les asphyxies mécaniques, sur la complexité des phénomènes et la part importante qu'il faut attribuer à V inhibition,
L — La pendaison est étudiée avec un grand luxe d'exemples curieux et de figures suggestives. L'auteur établit la courbe de fréquence des suicides par pendaison à chaque âge. 11 démontre que chez l'enfant elle est souvent le résultat d'une cause morbide, d'une prédisposition héréditaire, d'une tare plus ou moins latente de dégénérescence mentale. Il signale les contagions de pendaisons, fait une description détaillée des symptômes de la pendaison et fait notamment justice de la légende des sensations voluptueuses qui, dans la vertueuse Angleterre, a inspiré les créateurs du Club des pendus. Les expériences d'Hofmann, de Lagroux et Fieuzal, Descoust et Lévy, de Brouardel sont relatées et mettent en évidence le rôle important de l'arrêt de \a circulation cérébrale. L'influence de la compression despneumogastriques et la théorie de Thanhofer sont ramenées à leur véritable valeur et l'auteur adopte sagement une théorie éclectique.La survie possible, sa durée, ses symptômes constituent un chapitre important. Viennent ensuite les conditions de Vexpertise, la description des liens et des nœuds employés pour la pendaison, l'élude 12* Annkk, N' 68. ^8
ââé 6lH1ÔGtlAt»^lfi
de la pendaison complète et de la pendaison incomplète, la démonâ- Iration de Tefficacité de cette dernière, et enfin des indications détaillées sur Texamen du cadavre, les difl'êrenles colorations de la face, l'aspect du pendu bleu et du pendu blanc, Texorbitisme et sa rareté, Tecchyraose palpébrale de Mashka, les hémorrhagies exceptionnelles du conduit auditif externe, la projection de la langue, rare dans les observations de l'auteur, l'issue de l'écume parla bouche et le nez, focclusion incomplète des voies aériennes, le sillon et ses aspects variés, son interruption et même son absence possible, sa multiplicité, la variabilité de ses formes, son siège, ses dimensions, sa couleur, sa consistance, les petites ecchymoses de ses lèvres ; la ligne argentée du tissu cellulaire sous-cutané, l'ecchymose rétro-pharyngienne de Brouardel, l'érosion d'Amussat, d'ailleurs assez rare dans les observations de Fauteur, de Lacassagne et de Goutagne. Les fractures de l'os hyoïde et du larynx sont présentées comme rares, les déplacements de ces organes et la fracture des apophyses du cartilage thyroïde, comme plus fréquents. Quant aux lésions du poumon, à part V œdème carminé de Lacassagne elles ne présentent rien de bien spécial.
M. Brouardel a observé une curieuse altération de la muqueuse gastro-intestinale, constituée par des rougeurs en assez grand nombre pouvant suggérer l'idée d'empoisonnement,
il. — Dans la strangulation le mécanisme de la mort est aussi complexe que dans la pendaison. L'auteur critique les expériences d'Hofmann sur le degré de pression nécessaire à l'oblitération des voies aériennes, celles de Tamassia pratiquées sur des dogues de grande taille. Dans la réalité les choses se passent plus brutalement que dans les expériences d'Hofmann et les chiens de Tamassia ont une circulation vertébrale prépondérante qui réduit outre mesure l'influence de la circulation carotidienne. Les expériences de Brouardel et Descoust mettent au premier plan la compression de la trachée ; son occlusion complète d'ailleurs n'est pas indispensable et la preuve c'est que l'individu qu'on étrangle peut crier. L'auteur avec des faits concluants démontre la possibilité de la strangulationsuicide, autrefois fort discutée, et de la strangulation accidentelle moins controversée. Il met en garde contre eux-mêmes les experts qui croiraient pouvoir juger du degré de constriction nécessaire et de l'effort indispensable dans la strangulation manuelle pour déterminer la mort. Comme on le voit, le conseil du maître ne manque pas d'actualité.
Vient ensuite une étude complète : sur les signes communs à la
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strangulation mantielle et à la strangulation par un lien, les signes propres à chacune d'elles, la valeur relative de la continuité, de l'horizontalité et de la multiplicité du sillon ; sur le signalement absolument trompeur de l'assassin par la forme et les dimensions dessillons unguéaux; sur l'importance diagnostique considérable des ecchymoses et des suffusions sanguines du tissu cellulaire du cou; sur la fragilité des cartilages chez les vieillards, leur élasticité et partant leur résistance chez les individus jeunes; sur Vecchymose rétropharyngienne, quelquefois étendue, d'autres fois très limitée, qu'on rencontre chez l'étranglé comme chez le pendu ; sur l'emphysème des lobes antérieurs des poumons, les noyaux apoplectiques de ces organes assez fréquents dans la strangulation manuelle, la rareté connue des ecchymoses sous-pleurales et sous-pérîcardîques. L'auteur insiste en6n sur les conséquences de la strangulation chez les personnes qui ont survécu : la tuméfaction douloureuse du cou, la dysphagie, le phlegmon non suppuré des parties contuses, les troubles nerveux, Taphonie, l'amnésie qui ne doit pas être confondue avec le mutisme et ne pas en imposer pour une simulation.
Desdocumentsnombreuxetun véritable recueil d'observations très instructives suivent cet exposé dont quelques points saillants ont pu seuls être signalés ici.
III. — La suffocation pour M. Brouardel comme pourTardieu constitue un groupe complexe où rentrent tous les cas on un obstacle mécanique autre que la pendaison, la strangulation et la submersion s'oppose à l'arrivée de l'air dans les voies respiratoires. Les conditions étiologiques sont donc nombreuses et variées. Il y a surtout des suffocations accidentelles et des suffocations criminelles. Des observations curieuses démontrent que dans renfouîssemenl, il peut y avoir des survies d'une durée exceptionnelle, comme chez les fameux fakirs dont l'histoire aurait d'ailleurs besoin d'être étudiée de près. La grave question médico-légale qui se pose toujours est celle-ci : L'individu a-t-il été enfoui vivant ou mort? Quand il s'agit d'enfouissement dans la terre, dans une mine, une carrière, partout où des corps étrangers peuvent être entraînés dans les voies aériennes par les efforts inspiratoires de la victime, c'est la recherche de ces corps étrangers qui tranchera la question, à condition toutefois que l'expert, avec ses instruments, ne fasse pas pénétrer profondément ces substances qui peuvent spontanément sur le cadavre arriver à la bouche et jusqu'au pharynx. Quant à l'enfouissement dans un espace clos l'auteur invoque surtout l'absence ou la présence de lésion extérieure pour
résoudre le difficile problème de renfouissement ante ou post moriem.
La mort par compression des parois Ihoraciques, par écrasement dans les foules peut être le fait de Tinhibition ou de Tasphyxie. Les individus restent pâles, leur sang conserve assez longtemps sa rutilance ; ils sont toujours ou presque toujours porteurs d'ecchymoses de la conjonctive, de la partie supérieure du thorax, des épaules, de la face — ce sont là les lésions que l'expert devra utiliser.
IV. — Avec la submersion nous abordons un des chapitres que l'auteur a le plus enrichis de ses recherches personnelles. On connaît les résultats des expériences remarquables qu'il a instituées avec Loye.
Dans la submersion brusque l'animal passe successivement par une phase de surprise ou de saisissement, une phase de résistance à la respiration et d'agitation, une phase de grandes respirations avec arrêt des mouvements généraux, une période d'arrêt respiratoire avec perle de la sensibilité et la phase du dernier soupir.
La respiration diaphragmatique est prépondérante à toutes les phases de la submersion. L'animal met en jeu toutes ses forces pour empêcher la pénétration du liquide ambiant, tandis que dans l'asphyxie par occlusion mécanique des voies aériennes, il fait appel à toutes ses forces inspiratoires pour attirer l'oxygène qui lui manque. Cette résistance du noyé n'est pas le fait de la fermeture glottiquc, mais le résultat de l'immobilisation du thorax, en partie volontaire, en partie d'origine réûexe: excitation des nerfs sensibles de la peau, de la muqueuse naso-pharyngienne et trachéo-laryngo-bronchique par le liquide ambiant, transmission aux centres et inhibition en retour. La mort par syncope chez les noyés n'est souvent qu'un effet secondaire de la persistance de cette action inhibitoire.
C'est à la fin de la période do résistance que l'eau pénètre largement dans les voies aériennes. Du côté de la circulation l'expérimentateur a observé la diminution de la fréquence des contractions cardiaques, l'augmentation de leur énergie, leur persistance même après 1 arrêt de la respiration ; un écart considérable entre les pressions artérielles maxima et minima et un abaissement progressif de la pression moyenne. Signalons encore la résistance plus grande dus animaux jeunes, l'étude des causes de la fluidité du sang chez les noyés, l'entrée de l'eau par la voie pulmonaire, la décoagulation post-moriem du liquide sanguin ; des considérations très intéressantes sur la putréfaction, la constatation de taches noires sur la surface de l'estomac et de l'intestin, etc. Il faudrait reproduire tout
ce chapitre qui abonde en aperçus originaux et en recherches personnelles.
Nous n'avons pas eu la prétention do faire de cette belle monographie une analyse complète, encore moins de la recommander à l'attention des lecteurs qui savent déjà à quoi s'en tenir sur sa valeur intrinsèque. Nous avons voulu simplement montrer à son auteur que nous avions compris toute la portée de cette nouvelle publication et que, tout en tenant compte des sages réserves qu'il fait lui-môme, nous sentions quelle influence son opinion devait légitimement exercer sur les conclusions des experts el Torientation de la médecine légale.