‹ Archives d'Anthropologie criminelleChapitre 50 sur 134 · OBSERVATIONS · texte numérisé non relu

OBSERVATIONS

t Josn par oioit.

I Joar« par fenafiie.

f Jottrt par •emalna.

En 1889, une modification fut apportée à ce régime : les 2O0 grammes de viande de conserve, qui avaient été délivrés deux jours par mois Tannée précédente, furent supprimés, et les fayots furent distribués quatre fois par semaine au lieu de cinq et le riz trois fois la semaine au lieu de deux.

En 1890, on ajouta en plus pour les relégués de la section mobile :

Vin 0'23

Tafia 0 04

Café 0«0I5

Sucre OOlo

Le prix de la ration des relégués de la section mobile revient ainsi complétée à 70 centimes.

Si le régime est meilleur pour les relégués de la Nouvelle- Calédonie, la discipline y est beaucoup plus rigoureuse qu*à la Guyane : de 1888 à 1890, les punitions y ont été dans la proportion de 108,65 p. 100 de l'effectif à 150,57 p. 100. Les peines sont les mêmes qu'à la Guyane, privation de cantine, prison de nuit, cellule — et, en plus, la suppression de salaires. —

M. le ministre des colonies explique ainsi cette plus grande rigueur :

« Cela tient, dit-il, à ce que dans cette dernière colonie « TAdministration avait dès le début une conception différente « du régime de la relégation^ quVJle considérait comme un « simple internement dans un lieu déterminé, tandis qu'à la « Nouvelle-Calédonie il avait paru nécessaire de réagir imméa diatement contre Tesprit d'indiscipline des récidivistes qui, « sous le climat plus excitant de notre possession du Pacifique, M s'était manifesté d'une façon plus vive (I). »

Naturellement, avec ce régime plus rigoureux, les évasions sont beaucoup moins nombreuses à la Nouvelle-Calédonie — la colonie étant une île, elles sont, du reste, par là même plus difficiles ; — de 1888 à 1890, 261 relégués seulement ont tenté de s'évader, sur le nombre desquels 183 ont été repris : 78 seulement ont donc réussi dans leur tentative.

Il est presque inutile d'ajouter que la relégation individuelle n'a pas produit de meilleurs résultats à la Nouvelle-Calédonie qu'à la Guyane.

En 1888, 4 relégués furent admis à cette faveur : or voici, d'après l'Administration, ce qu'il en advint :

« La vérité nous oblige à dire que ces individus n'ont pas « répondu aux marques de bienveillance dont ils avaient été « Tobjet de la part de la Commission de classement métropo- « litaine. Dès le lendemain de leur débarquement, 3 de ces « relégués se faisaient arrêter pour ivresse et scandale dans les « rues de Nouméa ; remis en liberté, ils exprimèrent leurs « regrets et promirent de ne plus recommencer.

« Afin de leur permettre de subsister en attendant qu'ils « aient pu trouver un engagement de travail, l'Administration « pénitentiaire avait accordé à deux de ces condamnés la ration « des vivres pendant un mois, les deux autres ayant trouvé à « se placer immédiatement.

a Malheureusement, quelques mois après, deux de ces indi-

(1) Notice sur la relégation, p. 33 et 34.

LA RBLÊ6AT10K 257

tt vidus se faisaient condamner, Tun à un an de prison pour « escroquerie ; un troisième était inculpé de soustraction frauu duleuse.

« Enfin, le dernier, à qui T Administration avait procuré un « emploi d'écrivain à i*hôpital militaire, désertait son poste au <c bout de quinze jours pour s^associer avec un Arabe brocante teur à Nouméa (i). )»

Éclairée par cette fâcheuse expérience,rAdministration devint plus rigoureuse pour accorder la relégation individuelle ou, du moins, elle étudia mieux les dossiers des postulants. En outre, elle exige d*eux^ à côté du certificat de bonne conduite au dépôt de préparation, la justification de moyens d'existence, soit par l'exercice d'une profession, soit par un engagement de travail, soit enfin par un avoir ou pécule suffisant pour leur permettre de chercher du travail.

Sur sept autres relégués individuels de 1888, un seul a été réintégré et encore à sa demande.

En 1889, 19 femmes et 11 hommes ont demandé la relégation individuelle : elle n'a été accordée qu'à 6 hommes. Il faut ajouter que 33 femmes furent^ cette année-là, mariées à des relégués ou à des libérés concessionnaires. Mais i relégués individuels furent réintégrés à la relégation collective.

A la fin de 1890, 16 autres ayant été réintégrés après avoir reçu la même faveur, lefTectifdes relégués individuels était de 96 hommes et de 41 femmes qui, s'il faut en croire l'Administration, c( ont tenu jusqu'ici une assez bonne conduite ».

Quant au travail fait par les relégués, les résultats acquis paraissent avoir été supérieurs à la Nouvelle-Calédonie qu'à la Guyane.

L'administration se plaint de ce que le domaine pénitentiaire de rile, qui est cependant de 1500 hectares, n offre qu^une surface très' restreinte de terres cultivables : terres pauvres sur la côte, plateau privé d'eau au centre. Aussi, paratt-elle avoir renoncé à pousser les relégués du côté des travaux agricoles :

(i) Notice sur la relégation, p. 36,

elle les a surtout employés à la construction de routes et de bâtiments. Cependant, en 1889, la baie de Prony ayant été affectée à la relégalion, une section mobile envoyée dans rOuanémie a défriché 60 hectares de brousse et de forêt, les a transformés en champsde café et a construit sur ce terrain quinze maisons, plus une scierie à vapeur : — les maisons ont été remises à des colons libres. — Il est à noter que les relégués de cette section mobile et agricole de TOuanémie, travaillant du reste dans un pays très salubre, paraissent être ceux qui ont la meilleure conduite.

Le service de Tîle emploie un grand nombre de relégués, 210 ; d*autres contractent, au profit de l'administration, avec les habitants de Tile, des contrats de travail^ dont le produit dégrève dans une proportion notable le budget de l'État des dépenses d'entretien ; enfin, en vertu d un contrat signé le i*' mars 1890, la Société des mines emploie^ depuis 1891, de 200 à 400 relégués à 1 fr. 83 par jour.

Parmi ces engagés, les uns pour manque d'aptitude au travail, les autres pour paresse et débauche durent être promptement réintégrés à la relégation collective, mais les plus nombreux se conduisirent bien. Les engagements collectifs ont donné d'assez bons résultats .

En résumé, la relégation à la Nouvelle-Calédonie a donné, avec sa discipline plus rigoureuse et la salubrité plus grande du climat, de bien meilleurs résultats qu'à la Guyane. L'Administration, en ce qui concerne la discipline, Ta compris, et, dès 1888, M. le sous-secrétaire d*Élat des colonies reprochait au directeur de la Guyane de trop abandonner les relégués « à eux* « mêmes » ; et il ajoutait : « Je veux bien admettre que, dans « le début, en l'absence d'installations sufGsantes, il ait été c< nécessaire délaisser à ces individus une certaine liberté. « Mais il ne faut pas que cette tolérance dégénère en abus ; il a me parait donc indispensable de soumettre les relégués à une r< surveillance plus étroite, afin que la relégation individuelle « ait pour eux Paîtrait d*une liberté à peu près complète. Si

LA RELÉGATION 3Sè

M une différence sensible n'existait pas à cet égard entre Tétat u collectif et Tétat individuel, il serait à craindre que les relé- « gués ne fissent aucun effort pour quitter les établissements « dirigés par TAdministration . »

Que peut-on espérer faire des relégués au point de vue du travail colonial ? M. le ministre des colonies va nous le dire : il voudrait que, ainsi qu'on a songé à le faire, mais comme on n'a pas pu le faire faute de ressources budgétaires, il y ait en France des ateliers où les relégués apprendraient un métier avant d'être transportés aux colonies : « Il est incontestable, écrit-il, « que si Ton veut tirer un parti efficace et réellement productif « de la main-d'œuvre des relégués, il faut initier ceux-ci, avant « leur départ de France, aux exigences de l'existence nouvelle I qui leur est imposée par la loi. Ainsi que le disait le rapport de « 1889, ce qui manque surtout dans nos possessions d'outre- « mer, ce sont les ouvriers de bâtiment^ tels que des maçons^ des « tailleurs de pierres^ des serruriei's^ des menuisiers ^ des ébénistes y t dês charpentiers, des couvreurs^ etc. ; des ouvriers dCétat^ tels <c que des ajusteurs ^ des charrons, des forgerons^ des mécaniciens^ « des scieurs de long^ des carriers^ etc. Dans cet ordre d'idées, il « serait nécessaire que les relégables fussent astreints, avant « leur embarquement, sous la surveillance de contre-mat très « habiles, à un apprentissage d une certaine durée (1). »]

Et M. le ministre continue en ajoutant :

« Or, cet apprentissage n^existant dans aucun des dépôts de « la métropole, il est indispensable que les relégués y soient « soumis dès leur arrivée sur les lieux de relégation. De là une « perte de temps pour la colonisation pénale ; de là, aussi, ce < reproche qu'on adresse trop facilement aux administrations « coloniales de ne pas savoir tirer parti de la main-d'œuvre des |< récidivistes ; de là^ enfin, cette difficulté que nous éprouvons << à procéder aux installations même les plus rudimentaires (2). »

Hais ce n'est pas seulement à cette ignorance technique du relégué que se heurte Tadministration pour obtenir un travail

(i) Notice sur la relégaiion, p. 4 et 5. (2) Notice sur la relégation, p. 5.

colonisateur utile, ce n'est pas seulement à sa paresse, à ses mauvais instincts, à ses vices, mais c'est encore à son état d'esprit, à la fausse conception qu'il a de la peine qu'il subit, en étant relégué.

Il a cette idée préconçue qu'il doit ôtre libre dans la colonie aussitôt qu'il y est débarqué. La loi dit bien qu'il sera pourvu à la subsistance du relégué soumis à la surveillance et obligé à travailler, à défaut de moyens d'existence dûment constatés ; « mais, ajoute M. le ministre des colonies, la plupart des relégués, a après avoir subi leur peine principale, n'admettent pas cette « conception de la peine accessoire qui leur est infligée ; ils pré- « tendent qu'étant libérés ils doivent être maîtres de vivre à leur guise sans être soumis à aucune discipline » (l).

Néanmoins, malgré toutes ces difficultés, l'administration coloniale, qui des révoltés, prétend déjà faire « sinon de bons « ouvriers, faute de connaissances techniques, du moins des « manœuvres soumis, » l'administration, « en une œuvre de longue haleine, » si on lui accorde « un certain crédit, » espère bien « accomplir cette transformation du voleur, du vagabond, du paresseux et de l'ivrogne en ce colon capable de gagner sa vie par le travail » (2).

Les Dieux entendent M. le ministre ! Mais enfin, jusqu'à ce jour, il faut bien en convenir, la relégation n'a nullement donné au point de vue colonisateur les admirables résultats que prophétisaient M. Joseph Reinach et la plupart de ceux qui ont poussé au vote de la loi de 1885. L^administration coloniale demande pour arriver à ces mirifiques résultats « quelque crédit» pour « accomplir cette œuvre de longue haleine : » nul ne songe à le lui refuser. Malgré ces déboires, on a plutôt à se féliciter de la loi de 1885 : il n'y a donc qu'à attendre. Attendons.

Il est un autre point sur lequel les espérances des auteurs de la loi ont été déçues : ils nous disaient non seulement que la société aurait un bénéfice économique à la transportation par ce seul fait que la relégation économiserait aux citoyens les pertes

(1) Notice sur la relégation , p. 5.

(2) Notice sur la relégation, p. 6,

LA RBLÉGATION

que les iDdividùs relégués, par leurs crimes et leurs vols, leur imposeraient en restant en liberté sur le sol de France ; mais encore que l'État y aurait tout bénéfice, le relégué devant coûter moins cher 15-bas que s'il eût été confiné dans les prisons de la métropole. (1) Eh bien ! de cela il faut en rabattre beaucoup. Même en ne tenant pas compte de ce fait que le relégué coûte durant toute sa vie tandis qu'il ne coilterait que durant les jours où il serait en prison s'il n'était pas transporté ; môme en laissant de côté les frais énormes du transport, du voyage, voyons donc et comparons .

n résulte des statistiques officielles que, en 1891, chaque homme enfermé dans une maison centrale a coûté par jour 19 cent. 75, et chaque femme 14 cent. 21 ; que, en 1892, chaque homme a coûté 18 cent. 66 et chaque femme 13 cent. 89(2). Eh bien ! le tableau suivant nous fait connaître ce qu'a coûté par an chaque relégué tant à la Guyane qu'à la Nouvelle-Calédonie:

Page 1