PRIÀPISME DE PLUS DE VINGT-TROIS ANS DE DURÉE
Au cours de la séance tenue le 20 novembre, à la Société de médecine de Vienne^ M. E. Lang a rapporté l'histoire clinique d'un individu atteint de priapisme depuis plus de vingt-trois ans. Cette curieuse observation peut être considérée, à juste litre, comme un fait unique dans les annales de la science.
Il s'agit d'un homme Agé de quarante ans, ayant toujours joui d'une bonne santé, si Ton excepte, toutefois, Tinfirmilé dont il est actuellement affligé. Cet individu n'a jamais fait de maladie sérieuse, et il affirme énergiquement ne s'être jamais masturbé. Il s'est livré pour la première fois au coït à l'âge de dix-huit ans ; depuis cette époque, il a continué à avoir des rapprochements sexuels, mais n'a jamais abusé des plaisirs vénériens. Toutefois, un point sur lequel il importe d'attirer l'attention, c'est que cet homme était sujet, dans sa jeunesse, à des pertes séminales qui se répétaient à des intervalles assez fréquents, mais qui, dans ces derniers temps, avaient fini par cesser complètement. Ajoutons, enfin, que notre malade vit maritalement avec une femme qui l'a rendu père d'un enfant.
Depuis l'âge de dix-huit ans jusqu'à l'âge de vingt-trois ans, cet homme a exercé la profession de marinier, puis celle de cocher au service de la Compagnie des tranoways de Vienne. On peut se demander si le fait de la position assise prolongée sur le siège n'a pas joué un certain rùle dans le développement du priapisme dont il est actuellement affligé ; mais, d'autre part, ce qui prête bien peu de
vraisemblance à cette imputation, c'est que rinfîrmité en question s*esl manifestée chez notre malade avant qu'il eût atteint sa dixhuitième année, à une époque où il avait bien rarement l'occasion de monter à cheval, et qu'elle a persisté sans avoir été aucunement influencée par les diverses professions que cet homme a exercées depuis cette époque.
En fait d'affections vénériennes, il convient de signaler deux atteintes d'uréthrite, dont la dernière remonte à quelques années; il fut soigné dans la clinique de M. Lang: à ce moment-là, les phénomènes de priapisme existaient déjà, et avaient attiré l'attention des médecins qui le traitaient.
On ne découvre, chez lui, aucun phénomène morbide capable de mettre sur la voie d'une affection de Taxe cérébro-spinal ; pas le moindre trouble moteur ; la marche elle-même paraît absolument normale.
Du côté des organes génitaux, l'examen le plus minutieux ne parvient à déceler aucune lésion appréciable, les corps caverneux de la verge n'ont jamais été le siège d'aucune violence, d'aucun traumatisme, d'aucune hémorrhagie : le malade ne se souvient d'absolument rien de semblable.
L'examen du sang n'amena la découverte d'aucune modification pathologique de ce liquide, et ce résultat avait suffi pour exclure la possibilité d'un y>riapisme d'origine leucémique. Les corps caverneux n'étaient le siège d'aucune lésion inflammatoire, pas plus ancienne que récente. Dans les urines, rien d'anormal à signaler.
Du côté du pénis on note les phénomènes suivants : l'organe se trouve dans un état de turgescence moyenne ; mais, fait important à signaler, cette turgescence n'intéresse que les corps caverneux, tandis que la portion spongieuse de l'urèthre ne prend aucune part à l'érection ; quant aux corps caverneux, ils sont tous les deux tuméfiés dans dans toute leur étendue jusqu'au niveau de leur insertion pubienne.
M. Lang est d'avis que cet individu est purement et simplement un névropathe et que le priapisme qu'il présente constitue un des symptômes de la névrose dont il est atteint. 11 est, d'ailleurs, probable que l'éthylisme, dont ce malade oflTre les stigmates (tremblement des doigts, etc.), a dû jouer un certain rôle dans le développement de cette aff'ection.
D'une autre part, en tenant compte de ces deux faits importants: !• que seuls les corps caverneux interviennent pour produire la turgescence de l'organe, sans participation aucune de la portion spongieuse de l'urèthre; 2** que le priapisme est généralement considéré comme le résultat d'un phénomène réflexe, on peut en tirer cette double
conclusion, à savoir, que les corps caverneux se trouvent sous Tinfluence d'un centre érecteur propre et que ce centre réflexe doit être considéré comme parfaitement distinct de celui auquel obéit l'innervation du corps spongieux de Turèthre.
(Presse médicale.)