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DES DIVERSES FORMES DU SPASME CADAVÉRIQUE

Dans les observations que nous venons de citer, la rigidité spastique avait envahi tout le système musculaire. C*est le spasme généralisé conservant le cadavre dans la situation de l'homme en état d'activité et fixant la physionomie dans l'expression qu'elle avait au moment de la mort. On observe ce genre de spasme surtout sur les cadavres des champs de bataille, chez les soldats tués au moment de l'excitation et des efforts nécessités par le combat. En médecine légale on peut le voir aussi chez certains suicidés qui s'étaient placés dans une situation telle que tous les muscles de l'organisme étaient en état de contraction au moment de la cessation de la vie. Exemple : Les militaires se tuant debout, le canon du fusil sous le menton.

A côté de cette forme généralisée, je décrirai une forme localisée, beaucoup plus fréquemment observée en médecine judiciaire, et dont voici une observation bien curieuse publiée par M. le D' Legendre (1).

Un matin le D'Legendre eut à constater dans son service un suicide dans les conditions suivantes (2) :

Le malade fut trouvé assis sur son lit, la tempe droite trouée d'une balle. « Le coup parti, le bras et la main du pauvre homme n'étaient pas retombés, comme on pourrait le supposer, le long du corps, sur le lit; les doigts ne s*étaient ni relâchés pour laisser échapper le revolver, ni cr^spésconvulsivementsurla crosse; l'avant-bras s'était replacé sur la cuisse droite, l'arme exactement disposée dans la

{{) Semaine médicale, janvier 1897.

(2) Semaine médicale, janvier 1897.

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main comme elle l'est dans celle d'un homme qui se prépare à tirer, et si le suicide avait eu lieu dans des circonstances prêtant à soupçonner l'entourage, un légiste aurait eu peine à penser que le bras et la main eussent pu élre ramenés naturellement dans cette attitude; il eût bien plutôt admis qu*un assassin avait ainsi disposé les choses pour faire croire au suicide. »

Devergie, dans un cas de suicide par coup de pistolet, a trouvé, en entrant dans l'appartement, le bras et la main droite de la victime tournés vers le côté de la tête conlre lequel le coup avait été tiré.

Les observations semblables sont très nombreuses, et nous en trouvons rapportées dans les traités de Blaschka, de Taylor, de Casper,de Hoffmann, de Tourdes.

L'existence de ce spasme localisé à la main a fait l'objet de nombreux travaux dont on trouvera un résumé dans l'exposé de l'affaire de Chambéry (1). On est d'accord pour lui donner à l'heure acluellc un caractère de suicide.

Nous avons dépouillé les observations de plus de 1 ,200 suicidés lyonnais (comprenant une période de dix ans, 1883-1892), et nous avons recherché quelles ont été les diverses positions de l'arme et du bras.

Les gens qui se suicident prennent une des trois situations suivantes : ils sont assis, debout ou couchés.

Sont-ils assis ?.Le revolver reste presque toujours dans leur main qui vient prendre un point d'appui sur leur cuisse, repliée sur le bras du fauteuil ou du siège ; le maintien de l'arme est ainsi facilité.

Sont-ils debout? Ils gardent rarement le revolver à la main, dans leur chute ils lâchent l'arme que Ton trouve entre les jambes ou plus ou moins loin du corps.

Sont-ils couchés ? Les cas où ils conservent l'arme à la main sont à peu près aussi fréquents que ceux où Tarme tombe.

Nous n'avons trouvé qu'un cas où le cadavre tenait dans la main droite crispée un revolver calibre 7, le canon était encore dirigé du côté de la tempe.

En somme, le spasme localisé à la main est assez fréquemment observé en médecine légale. Les cas de spasme plus accusé envahissant tout un membre et les cas de spasme généralisé sont bien plus rares et constituent presque des exceptions.

Ce sont aussi les conclusions que Ton peut tirer des observations faites parCasper, Maschka, Taylor, Devergie et Tourdes.

{{) Arch. (fAnth, criminelle, n» 50, 1894.

NOTES BT OBSBRVÀTlOlfS MÉDICO-LÉGALES 439

Le spasme de la main est caractérisé par une attitude bien spéciale des doigts qui permet de le différencier de la rigidité. Après Hoffmann et lourdes, nous avons àTaide de bandes essayé de fixer un revolver dans les mains de douze cadavres, avant l'apparition de la rigidité cadavérique.

Après son apparition, Tarme était solidement maintenue et il fal« lait une certaine force pour Târracher à la main qui Tenserrait.

Pourtant, lorsque Tarme est maintenue par une main en état de spasme, la difficulté est bien plus grande, les doigts sont crochetés; les phalangines repliées sur les phalangettes sont fortement appliquées contre la crosse.

Si la rigidité a été seule en cause, simulation du suicide, Taspect de la main est tout différent.

Les doigts complètement rigidesau niveau de Tarlicuiation des deux dernières phalanges viennent s'appliquer contre la paume de la main et peuvent ainsi maintenir une arme sans Tenserrer comme dans les cas de spasme.

Concluons donc en disant que le spasme localisé en particulier à la main est beaucoup plus fréquent chez les suicidés que le spasme généralisé et que la main en état de spasme présente une attitude caractéristique, son seul aspect permettra de dire s'il y a eu spasme ou si la flexion des doigts est due à la rigidité cadavérique.

BÀIfS QUEL GENRE DE MORT OBSERYE-T-ON LE SPASME CADATÉRIQUB?

Nous venons de définir c« que nous entendons par spasme cadavérique et de déterminer les diverses formes que le phénomène peut' revêtir. Éludions maintenant dans quel genre de mort il survient le plus fréquemment.

Pour qu*il y ait persistance, après la mort, delà physionomie et àe l'attitude d'un sujet, il est évident qu'il faut que la cessation de la vie ait été instantanée. Si la moindre période agonique était survenue, les convulsions qui l'accompagnent auraient donné lieu à des changements complets dans la situation des corps : gestes et expressions disparaîtraient et les membres prendraient la position qui leur serait imposée par les lois de la pesanteur.

Quelles sont donc les blessures qui peuvent amener une mort instantanée? Sans contredit, ce senties lésions du système nerveux central. £t nous voyons justement, en étudiant de près les observations que nous avons reproduites, que les blessures observées chez les cadavres en état de spasme sont toujours des plaies de la tête,

coups de feu daus la région pariétale, dislocation de la base du cràne et des centres nerveux sous-jacents.

Malheureusement,les autopsies ont rarement été pratiquées et dans beaucoup de faits, les lésions cérébrales n'ont pas été soigneusement localisées.

Rossbach n*est pas tout à fait de noire avis et dans les conclusions de son mémoire, il dU : « Cette rigidité cadavérique ne dépend en aucune façon de la catégorie des plaies, je Tai observé dans les plaies du crâne aussi bien que dans les plaies de poitrine ou du bas-ventre. » Si nous parcourons ses observations, nous voyons cependant que chez les soldats tués sur les champs de bataille plusieurs blessures du tronc accompagnent souvent une blessure du crâne et qu'à part un Allemand {.frappé à la poitrine), à moitié couché de côté sur son sac et tenant dans sa main raîde et tendue devant ses yeux une photographie,tous les cadavres observés portaient des blessures du crâne et des centres nerveux.

Brinton remarque aussi que ces phénomènes sont observés la plupart du temps dans les coups de feu ayant atteint le front et le cœur.

Chez les suicidés, le spasme cadavérique est tout particulièrement observé parmi ceux qui se tirent des coups de feu dans le crâne. Taylor cite le cas d'une femme trouvée la gorge ouverte. Elle était couchée près du lit, un large couteau de cuisine maintenu dans la main qui le serrait à peine. L*examen médical montra qu'il était impossible que la femme se soit fait elle-même une pareilUe blessure, lors même qu'elle avait un couteau dans la main. A notre avis, le genre de blessure qui avait amené la mort permettait, à lui seul, de rejeter l'idée de spasme cadavérique et de faire supposer la simulation du suicide.

Dans certains cas de mort subite relevant de lésions cérébrales (hémorrhagie abondante, inondation ventriculaire), le spasme peut apparaître. Mais nous sommes alors absolument dans les conditions que nous venons d'enumérer, au lieu de voir une dilacération des centres nerveux par une balle, c'est la compression et l'excitation de ces centres par le sang épanché.

L'observation qui nous a été communiquée par le D' Martin Mayet en est un bel exemple : « Un vieillard de soixante -seize ans fut trouvé mort dans sa chambre en pleine et complète rigidité cadavérique. La position du corps était surprenante : il était allongé sur sa descente de lit dans l'attitude du mahométan qui fait sa prière prosterné la face contre terre et photographié par un instantané au moment précis où, pour se relever, il faitsur ses avant-bras un commencement d'effort musculaire.

Les observations et les documents nous manquent pour étudier d'une façon plus complète l'apparition du spasme dans les casd*ictus apoplectique.

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