EXAMEN DE LA CHEMISE DE BADOIL
Sur la réquisition de M. Benoist en date du 20 février, j*ai procédé à Texamen de la chemise de Badoil, au point de vue de rhypothèse d'un accident.
Crestune chemise d'homme à col rabattu, munie de boutons de nacre cousus, ne portant pas d'initiales.
Le col est noir à la partie antérieure, avec une légère tache rougeàtre tout près de la boutonnière, à droite, paraissant être du sang. Tout le long du col, en dedans, une tache rose à reflet jaunâtre provenant d'une décoloration du foulard : c'est probablement de l'essence.
Tout le dos présente, surtout vu par transparence, de nombreuses et grandes taches jaunes formées par le décubitus dorsal. (C'est encore disons-le, en passant, une preuve de la durée de la position sur le dos.)
En dedans sur le plastron droit, une*grande tache brunfttre d'aspect fécalolde et une plus petite, essuyée, située à un centimètre et demi de la première et due à du sang.
La partie inférieure du plastron présente d'abord des taches lavure de chair, surtout à gauche; à 2 cent. 5 de la bavette du plastron, est une tache transversale longue de 0,045** et large de 0,003 à 0,004, essuyée, pointue à une extrémité et manifestement due à du sang.
Un peu plus bas, des taches irrégulières, figurant un cercle, épaisses, non empesées, avec léger relief et comme farineuses.
Enfin, plus bas, un certain nombre de taches en stries, d'aspect fécalolde.
Rien à noter sur le pan postérieur.
La tache sanglante a été mise en macération dans de l'eau distillée et soumise au raclage. Le liquide contenait une grande quantité de grains amylacés, polyédriques, à hile bien visible qui, traités par l'eau iodée, sont fortement colorés en bleu. Ce même liquide, sous l'influence de la chaleur et de l'acide acétique, a donné de nombreux cristaux d'hémine. Cette tache est donc bien formée de sang : l'amidon provient d'un empesage défectueux.
48 ▲. LÀCASSA6NE
La deuidème tache, circulaire, est simplement formée par des grains d'amidon décrits plus haut.
La troisième tache qui est faible et superficielle, contient outre les grains d'amidon déjà signalés dans les précédentes, de nombreuses lames de Tépîderme et des débris végétaux de toute espèce: elles ne contiennent rien de suspect.
La tache lavure de chair, que nous avons signalée au bas de la bavette, étant excessivement faible, a été traitée par la réaction de Van Deen qui a été affirmative; elle est donc très probablement formée de sang.
Conclusions. — L'examen des taches trouvées sur la chemise de Badoil a montré :
4* Des taches de sang (mais pas de sang de règles) ;
2* Des taches de matières fécales;
3* Des taches d'amidon ;
4* 11 n'y a pas de taches faites par du sperme;
5* On remarque dans le dos, de nombreuses et grandes taches jaunes, qui montrent une fois de plus, la durée de la position sur le dos après la mort.
L'examen que nous avons fait des autres vétemenls de Badoil, ne nous a permis de relever aucune constatation importante.
Sur le veston au milieu du dos, se trouvaient de petites taches lenticulaires, blanchâtres, sur un espace d'environ 0 m. 05 carré ; nous avons supposé un moment qu'elles avaient pu être faites par l'empreinte d'un soulier à clous. Les chaussures portées par les deux inculpés ne présentent pas de clous. Il n'en est pas ainsi des souliers de Badoil et il peut se faire que, lorsque le corps a été retourné dans la malle, un de ces souliers a été mis en contact avec le paletot humide. Dans tous les cas, il est important de remarquer que le siège de cette tache n'est pas en rapport avec les ecchymoses des flancs, dont nous avons parlé.
Lyon, le 3 mars 1896.