L. DISSIEUX
Jacques Philippe Ferrand , fils de Louis Fe/rand escuyer, conseiller, métlecin ordinaire du roy Louis XIII, naquit le 25 juillet 1653, à Joigny, en Bourgogne. Il ètoit en Irès-bas ftge lors du déc^s de son pèrCy et comme on avoil remarqué en luy de grandes dispositions pour la peinture, on Temmena à Pa*ris, où il apprit d*abord à dessiner chez M. Mignard ; puis à peindre enmignature cbezM. Samuel Bernard, dit Bftsnard, Tun des premiers qui composèrent r.\<cadémie royale de peinture, de laquelle il fut professeur ; enfin, suivant le penchant de son goût naturel, il se forma de luy-mème à peindre en émail, et il y excella.
En lo84, il fut pourvu d*une charge de valet de
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chambre du Roy Louis XIV, de glorieuse mémoire; en 1688» il fut agréé à TAcadémie royale de peinture et sculpture, eu laquelle il fut reçu le 27 may 1690. Il épousa Jeanne Colin» de Tours en Touraine» de laquelle il eut plusieurs enfants» entre lesquels il n*y a en qu'Antoine, actuellement vivani» qui ait suivi la peinture et qu*il mena en 1696 avec luy dans ses voyages d*Italie.
Il fit plusienrsvoynges en Allemagne» en Angleterre»
et en 1688, il alla la première fois à Turin cl fil plusieurs ouvrages pour le duc de Savoye ; mais la guerre qui survint l'obligea de repasser en France, où il demeura jusqu'à la paix de 1696» auquel temps» ayant élé rappelé par le duc de Savoye, il fit un très-beau portrait de ce prince (1), qui en fut si content» qu'il luy fit rhonneurd*aller jusque dans son logement^ luy ténioigoer sa salisfaclion et luy offrir un appartement dans son palais. Son séjour à Turin fut environ de deuxans.pendant lequel S. A. R. luy donna de continuelles marques de bontés et d'une particulière estime, jusqu à venir presque tous les jours le voir travailler. M. Ferrand abandonna tous ces avantages , sur le bruit qui courut de la paix générale, craignant d'être rappelé par Louis XI Y et de n'avoir pas le temps de voir les curiosités dltalie.
(1) Un portrait du duc de Savoie. Victor- A m<^d^e, est grtvèd**prte Fernod» par Auberi, dans la 6oUe<iiioa d'OOieavrs.
De Turin il alla à Gènes , où étant aprfré , il alb déclarer, auivantla coutuina, à la consi^jno, quil éioU peinlre do roy de France, qu*il venoit de travailler pour le duc de Savoye, et qu*il alioit à Rome et aux autres villes dltalie f>oar en voir les beautés.
Le soir, sur les sept heures, lorr qu'on vint à Tordi* oaire lire au Doge les déclarations de la eonsigne,il se trouva auprès du Sérénisslme un sculpteur François nommé David » qui étoit aimé du Doge $ et qui avoit entendu parler des honneurs que M. Ferrand avoit reçus du duc de Savoye; David interrompit te lecleiir et dit que cet bomnœ étott un virtuato, et fit un dé*tail des honneurs dont le duc de Savoye Tavoit comblé. Le Doge, qui aimoit aussi la peinture, envoya aussitôt un gcniilliommc, avec le S. David et deux de ses gardes, à rhdtellerie où ctoH logé M. Ferrand, pour le prier de venir luy parler. Il vint le recevoir au haut du grand escalier du palais ducal > en babil de eérémoi^ et accompagne d*une nombreuse cour ; là, descendant deux marchesi il lui tendit la main, disant qu il avoit désiré pouvoir, comme Son Âltesse Royale, aller le chercher luy-méme, mais qu'il ne luy étoit pas pejrmis de iortir du palais ducal pendant tout le temps qa*U était Doge.
Il conduisit M. Ferrand dans un appaptemant aè
étoit la Sérénissime accompagnée des premières dames de Gènes , lesquelles furent très satisfaites de plusieurs morceauit de son ouvrage» quil leur moop-
tr»; «prte quoi le SéréDissime rengagea d'aectpter
•OD pabis parliculier pour le temps qu'il seroit k Gènes et lui donna un domestique pour le servir et un cuisinier pour le trailer à la frauçoise. M. Ferrand ne fit qu'un portrait en cette cour pour les mêmes raisoi|s qui luy avoienl fait quitter Turin.
De Gènes» il passa à Florence t où Tambassadeur de France le présenta au Grand Prince» le Grand Duc étant absent; Son ÂUesse»qui avoit déjà entendu parlèr de M' Ferrand et qui sçavoit qu*il devoit Tenir à Florence» lui fit un grand accueil; elle luy montra ellemême toutes les magnificences de son palais. Ce prince fit tout ce qu'il put pour retenir à cour M. Ferrand* qui partit bientôt de Florence et pareou^ rut toutes les vilies jusqu'à Rome pour ne manquer aucunes curiosités.
Son séjour à Rome fut de treize mois; il y fit les portraits dlnnocent XII et de la princesse Pampbilot et quelques autres qui augmentèrent sa réputation.
Revenant en France» il s arrêta encore à Turin pendant quelques mois» et arriva enfin à Paris le jour de Noël de l'année 1699.
Sa Majesté luy ordonna quelcpies ouvrages dont die fut très-contente ; mais M. Ferrand eut un déplaisir bien sensible qu'un autre peintre en émail* qui luy éloit beaucoup inférieur en capacité, avoit un logement aux galeries du Louvre et des pensions ; et de plus qu une personne en place et de qui dépendoient ces
scrtes de trayauz, refiisoU de loi &ire aoeorder certains avantages. II ne voulut plus travailler a Témail et ne fit depuis ce temps là qu'une teste de Christ, qui
passe pour un des plus parfaits morceaux que la peinture puisse produire et que Ton ait en ce genre.
Il donna au public, en 1721 , un traité curieux intitulé TArt du feu ou de peindre en émail , qui contient un petit traité de mignature, etc. Ce livre fut imprimé à Paris, chez Colonibat.
Dans ce livre il se donne le nom de pélican solitaire par allusion à sa retraite ; nom qu*il a pris et tiré de drmt du blason des armes de sa famille dont cet oiseau solitaire fait partie; heureux simbole qu'il n*a point emprunté de la représentation de ce même oyseau sur l'enseigne vile et ignoble de son libraire comme un ignorant critique a eu la témérité de le faire insérer dans le Jaumal dê$ Savants ; ce trait de raille rie se trouve suffisamment effacé par cette remarque; il n'intéresse en rien la réputation d'un peintre si cé« lèbre; aussi ne Ta-t-on ici retracé que pour en faire connoitre la faiblesse, satisfaire à l'exactitude que demande rhistoire et rendre Justice telle qu'on la doit à la mémoire d*un si grand homme.
Il mourut h Paris leojanvier i732,âgé de 76 ans, et son corps est inhumé dans l'église de Jean en Grève.
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Monsieur»
Je viens d'aprandre la mort de M. Gaze un des andens de rAcadémie. Il jouissoit dune pensioa du Roy. Si vous voulez bien vous resouvenir de mon Etat, de mon mémoire et de la façon oblijeante dont vous m*avez refusé la place de pensionnaire pour mon fils en m*assurant qu'en tout autre occasion vous vous feriez un plaisir de m'estre favorable.
Si je suis assez heureux pour que cela ne soit point sorti de vostre mémoire au milieu de vos grandes oo^ cupalions j*oserois me flalter que voila le tems où il vous seroit peut estre facille de me donner quelques preuves de vos bontez. Je feray tout au monde pour les mériter par rattachement inviolable et le respect infiny avec lequel j*ay Thonneur d*cstre
Monsieur
Vostre très humble et très obéissant sernteor
Natthe.
Li si* Juin I7U.
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