PAR SES CRÉANCIERS
Lettre de Mt de CkamiUard à JuleS'Hardauin Metuan.
A Versailles, ce 10* nsy 1708.
Monsieur, il y a plus de trois semaines que Tarrest, qui accorde une nouvelle surséance au nommé Boulle, ébéniste, pour le paye*
ment de ses debies, a esté expédié ; prenei U peioe de lai dira d*aUer ehez le du lardin, seerétaire du Conseil, à qni il a esié envoyé. — le sais, Xonsiear^ votre très humble et très obéissant servitenr* GHAiULLAao*
De Jtfr de Ponlcliartrain à MansarL
A Paris, le 29« aoust 1704.
Monsieur» les eréanciers du nommé BooUe, ébéniste» qui ont dès eontraintes par corps eontre luy, demandent la permission de les faire exécuter dans le Louvre ; et, comme il a esté un temps que
le Roy et Monseigneur dévoient des sommes assez considérables k
cel ouvrier (1), Sa Majesté m'a ordonné de scavoir de vous ce qui s'est passé depuis, et s'il luy est encore deu quelque chose. — Je suis. Monsieur, votre très humble et très af tectionné serviteur.
POHTCHARTaAm.
Lellre adressée à M' de Fonlchar train par Mansart (2).
Monsieur, le Roy a bien voulu accorder encore, pour cette fois, à Bqulle, ébéniste, un arrest de surséance, pour six mois, pour luy donner lieu d'acquitter le reste de ses créanciers, à condition que ce sera la dernière grâce que Sa Majesté luy fera là dessus ; je vous supplie d'en prendre l'ordre de Sa Majesté, et de me croire, avec un attachement très respectueux. Monsieur, votre, etc.
(1) La copie de celle lettre, trouvée par M. Depping, et publiée par lui dans la Correspondance administrative, tome U, page 843, porte à lorl aux ouvriers au Heu de d cet ouvrier.
(2) La lettre estsans date ni signature, mais 1 écriture nous paraît être celle de Mansart. Ces trois lettres sont ex Irai les des Archives de i'Ëmpire^ Archives delà couronne, Bâiimenls du roi. (A. L. L.)
ncmDii ou auRTua w a' boulli (!)•
L'incendie arrivée le 30 aousl 1720 au clianlier du S»" Boullê^ ébénisle du Roy, sur la place du Louvre, a commencé sur les trois hevres et demie da m&iin, ei les S" BouiU n*en ont été aver*
(1' Ce préciniix docunieni, sorte d'inventaire sommaire rédigé de mémoire i)our demander au roi une iiulemnilé, esl un cahier de viogl ei une pa^es io-folio ou onze feuillets qui se trouve aa Cabioetdes manuscrits de la Bibliothèque impériale, dsns les papiers de rarchiiecle De Colle Supp, François, 2724, ii«50/. Oa sait que toul ne fui pas perdu : « l/iiicrn(li<' fit de jîrands ravages, dit jiarielle; on ne put presque rien sauver en coni|)arais()n de ce qui péril, el cepcndanl ce qui fui souslrail éloii prodigii ux. On en lit une vente qui dura longiemps (elle commença en mars 1732) el où forent ex(>usés les tristes restes d*uDe des plus belles collections qui aient élé faites. On rcgretlc surtout un magniticpie recueil de desseins d'haliils de ihéâire de La Belle, un mss. de FUihcns dont M. de Piles a hcauroup parlé, un recueil des cent porlrails de Vaa Dick, où toutes les épreuves éioient reloucliées de la main de cet habile peintre. » {Al^ccedario^ I, 167). Celte pièce csi du reste le meilleur complément et de ce qui a psru et de ce qui paraîtra dt liarielle, qui parle très-souvent de la collection de BouUe. Je réunis ici les indiriiions des passages où il en est question dans ce qui est déjà imprimé : I, Beatricius, p. 90, Bercatumi, 98, Boulle, 100-7, Callol, p. 271, 283, -281, 28G-7; II, Délia Bella, 78, 8o ; 111, Louis le Lorrain, 125, Mellan, 321, 344, 345, 307, 372; IV, Hontenat, 10.» La périodicité éloignée de ce recueil, le peu d^espace relstif dont nous disposons ei l'heureuse abondance des documents nous rendent im|)Ossihlc le plus souvent de publier aussitôt que nous le voudrions ceux qui nous sont communicpiés. Après avoir longtemps aliendu, celui-ci s'imprimait enfin, quand nous ravous rencontré dans le dernier numéro du Cabincl hisLoriqae^ de H. Louis PSris (deuxième année, numéro de juillet I85G, p. 175- 88). Nous n'avons pourtant pas cru pour cela pouvoir le supprimer. 11 fait partie d'un ensemble; il est la pièce justificative d'un grand nombre d'articles de Marieitc; il n'est, dans le Cabinet, éclairci par aucune espèce de nolt s, et celui qui voudra comparer les deux textes y trouvera môme des diltéreuces de leclure assez importantes ; toutes ces raisons nous commandaient de ne pas priver nos leeteun de ce qui leur était depuis longtemps destiné.
ti« qaû m 1m quatre hevra; ili ont été d'aatuit plus surprit d« malheur quils ont veu le feu à un de leurs attellera voisin du diat» tier du S' Marteau (I), lequel altelier, aiosy que les autres, éloil fermé à clef, après la visitte que Tun des S*^ BouUe fâisoit tous les soîrs avant que de les fermer; ce qui est certain est que, lors de la visite, il n'est resté dans cet attelier, non plus que dans les autres^ aucun feu à roiuuit. Les &^'BotUUt qui logeoient dans ce cbaotier^ en ont fait la ronde pour voir si tout éloit en ordre; ils ont aprit que» sur les une heure du matin» le S' Boisdoré, logé Tts-à-?ifl| dans la rue Fromenteau« à la Croix de Lorraine, étoit resté mè demie heure à sa feneatre» et assure qu'il n*y avoil pas la moindre apparence de feu.
Sur les deux heures et demie du malin, le S' Boulle le jeune s est relevé de son lit, et s est promené sur une terrasse en jardin qui est plus eslevêe, sans qu'il y eût pour lors aucun feu; et, s*6lant recouché et endormy, il a été réveillé, ainsi que ses deux frères» sur les trois heures et demie, ce qui les ayant fait lever précipitamment, par les cris de plusieurs personnes quf crioîent au feu, ils ont d'abord ajtcrçou, dans un altelier d'en haut, un grand feu qui faisoit de tels progrets qu'en peu de temps il s'est ccnur.uniqué à une gallerie coniigue, en face du chantier du S"" Ma: leau, au bout de laquelle gallerie éloit la chambre du S* BoiU/epère, à laquelle chambre le feu s'est communiqué si vivement qu'il a été impossible d'en retirer les eltfets, dont la plupart étoient reufennét dans quatre armoires fermant à clef, de manière que^ quelque per* quîsîtion que les S'* Boulk ayent pû faire, ils ne peuvent aprendrt précisément la cause et l'origine de celte incendie.
Ce qu'ils ont seulement pû découvrir est que par la voye publique on soupsonne un quidam, qui, ayant volé chez le S»^ Marteau, il y a environ deux mois, et pris sur le fait, avoit été attaclàé par les ouvriers à un poteau, pendant trois ou quatre heures» et avoil menacé, tostou tard, de s'en vanger.
Sur les quatre heures les S^" Boulk commencèrent à reeevoir du secours des voisins; mais alors la gallerie et la diambre du
(I) Bntrepieneur de menuiserie des UtinMilt du ml» (A* L* If)
P Btmlk pèf0 etuit enibntAMt tmil €ê «0*011 pût lUrs fàt d*eB retirer quelques effets, les pins à portée, et, toujours pressé par «n
feu vif et violent, on a été obligé d'abandonner absolument le reste aux flammes, qui ont consommé ce qu'il y avoit de meilleur ea desseins, estampes, médailles anciennes et modernes et autres eoriositèSy aussi biea que son lit, ses bardes et ses habits.
Ensttitto on s*est attaché à on corps de logis séparé ponr sauver plosienrs ouvrages faits, appartenants à Son Altesse Monseigneur le Due (f ). Savoir (2) : On bureau de six pieds de long« couvert en maroquin; — Un gradin ou serre papier a?ec sa pendulle ; — Une armoire de quatre pieds et demi de haut, en forme de bibliothèque; — Deux petites armoires plus basses, aussy en forme de bihliolhéque, fermées avec des glaces; — • Huit ligures de bronze en couleur; Sept pièces de porcelaine.
SuU lestai de Ut perU et 4» domage.
Dans la première armoire, de neuf pieds de hauteur six de large, delà chambre do S^BouUe père, èioient, dans des porte-feuilles de
trois pieds et de deux pieds 1/2, papier de grand aigle, tous les desseins et estampes de tous les plus grands maîtres qui ont excellés eu peinture, sculpture, dessein et graveure, le tout estimé 00,000 livres, qu*oa a voulu troquer au S' Boulle pour une terre et métairie de vingt mil écos.
La seconde armoire, de neuf pieds de haut sur six de large, contenoit tous les dessins des maistres françois, comme de M' Le
(1) Monsieur le Duc, à celle dale de 1720, c'est Louis-Henri de Bourbon, arriëre-pelil-iils du graud Condë et ué à Versailles en 1602. 11 fot chef du conseil de régence et premier ministre à la mort du duc d'Orléans; en 1720 il était toujours en faveur, qui dura jusqu'à sa disgrâce de 1726.
(2 La pièce orii^iiiale multiplie les petits alinéas; pour perdre le moins de place possible, nous les remplaçons par des tirets; il était aussi inutile de laisser à droite une colonne blanche pour poser les chiffres, qui finissent chaque article, de manière à en faciliter Taddition. La pièce n*est plus maintenant un mémoire» elle a passé à Tétat de document.
Brun, Ve^'dUr, Loir, Cotelle^ Ànguêrre, SmtsUn, Imoinèy Verier, Melan^ Errard, Vilquiny Monier^ Licliery^ Bonnet, Bourdon, Coipely Dudot, de Vauroze (1) et autres, tous enfermés dans des portefeuilles de trois pieds de long» papier du grand aigle» esti« més 16^980 livres.
Dana la mesme armoire, sur une antre colonne, étoient rangés; dans des portefeuilles de deux pieds et demi, toutes les estampes, eboisies ayee soin, répétées plusieurs fois, d'un grand nombre de maistres d'Italie, comme Michel-Ange Bonarotte, André Manteigne, Dominique Barière , Raphaè'L d'Urbin , Bonazone, Parmezan , SU" vestre de itavenne, Bealritius, Eneas Viens, Marc Anloine, Augustin Tenitieni six œuvres entières des Caraciie, Raphaël de Rhège, Ven-iura SaUmMne^ et autres anciens maistres; les Brugles, les maistres au chandelier {%), Bounton, Brun, le PotuHn, SMa^ CornHUe ei Boulogne, etc., et un recueil considérable d'estampes et
(1) Quelques-uns seulement de ces noms demandent une note. Gotelle, c*est le mauvais peintre, dont on a de si curieuses vues des fontaines de Versailles. Lemoine doit se rapporter non à François, le premier peintre du roi, mais aux deux Lemoine, Tun Parisien, l'aulre Lorrain (Brice,!, 147), qui ont peint des ornements; sur Etienne Villequin et Louis Licherie on peut voir les Mémoires inédits des Académiciens, l, 363, et II, 61-72. Bonnet n'est guère connu aujourd'hui; les Nam éu plus fameux peintres en disent en 1679 : « Sylvain Bonnet; de Blois, peint en miniature. » Dans son portrait gravé on le dit de Rémorentin et peintre ordinaire da Roy; ce portrait a au bas ces deux vers de Santeul :
Ut natura tuâ se conteinplatur in arte.
Sic probitas fulgct moribus ipsa tuis.
Son œuvre la plus connue, c'est le frontispice des Hommes illustres de Perrault; il y a un Sylvain Bonnet reçu maître le 7 juillet 1683, mais qui n*esl peut-être pas le même. Quantà Dudot, son prénom était Réné et son nom se trouve au bas d*un certain nombre de gravures de piété publiées chez P. Landry, et sur des vignettes pour Vlmilalinn de Corneille; Rouen, Maurry, lGo3, in-12. De Vauroze, c'est Fricquel de Vaurose, l èlève el l'ami de Bourdon, et celui qui fut chargé de professer Tanatomie aux élèves de Técole de l'Académie.
(3) C*est4-dire les Hoppfer, ainsi désignés par erreur, quoiqu'on continue encore par habitude à les cataloguer ainsi. Il a été reconnn
depuis longtemps que leur marque était un vase avec une branche de houblon, qui se dit tioppfen en allemand. — Ci. BruUiot, partie S, n° 2ôâ3.
T. ir. 22
Digitizocl by Googlc
dMMits éê imtÊê tOrlM de iretet les ptot éleffttéet» deuignéei
ftur les lieux par iliftV^rcnls niaislres; sonl eslimès 18440 livres.
La troisième arinuirc, de huil pieds de haut sur cinq pieds de large, conieooiiibiftioire du Aoys de France, naiurelle, secrèie et paniculière, en dea&eioa ei en esiampety et Miioui ceftie de IiOttia ta el da Looit 14; ei pIsMem piteei ewieiiet qai y ivoiiat n^oru Lm «vecMMOie de eha«|iie Imnpat Im «tuée» pdMiqMt, le» poupée fîuièëree, les peequUiadet» lee rébie ; devx Mil deeeeii de mode de loettslet naiioss, des ebari^es piloresques; deux portefeuilles de de.s;,eins de Caraclie, doiii une histoire sérieuse, et Taulre de pièces libres; — Plusieurs purleteuille» d estampes en laiiie douce de généalogie, de dil^renie caiMnele de plusieurs eu* lioux paitiflolion ; — Beot aMOiiiomie dit eetunpe» du CabiMft du Boy, dool te Migeslé moîI gntitfé k S' BouUe, par les niaî«i di de Vdlicerf ; » Deoi portofeuiUei do desseîM d'Aienao éê la Belle ; — Deux porteCeuilles des œuvres gravées du uiesnie an* teur; — Deux mil desseins d'clude de Corneille el de Mas^é; — Deux volumes de desseins très finis du Champagne; — Un iiia- BUacril ilaiiea touchaut l'art militaire, dout les Heures de trois ponces do haut etoient dessigaées par Cakl; — Tout le oonlcM do cette armoire estimé 8050 livres.
La quatrième armoire, qui étoit d*ebaioe, ornée do moulures et d^mo eomiehe d'arebilocture, avec des bas*reliefii sculptés^ avoit sept pieds de haut sur quatre de large; les quatre clefs en éloieot d'arj^enl; elle étoit remplie, jiiïqucs aux deux tiers de sa liauleur, de petits tiroirs à médailles, qui conlenoieni six mil médailles de suivre ou de bronze, trois mil cinq cent modernes de toutes grau* deurs; — Une suitte de médailles des papes, aussy de cuivre; — Cent soixante bas^relicCs, tant grands que petits, du S" Coulombê^ orlovro fraoçois; — l>eus cens médailloos grecs, moulés sur les antiques qu*avoit feu H* Fouqnei ; — Le restant de ladite armoire dtoii reoiply do volumes reliés, tant petits que grands, qui trai^ toient des matières des médailles et de leurs histoires; — Plus, il y avoil un recueil de quarante huit desseins de la main de RapimL sujets de métamorphoses; — Un manuscrit, in quarto,
(1 j CL la note do ÏÀbtuéam de Mariette, article Beatricius, 1, 00.