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LES DERNIERS DES PARR0CEL

Article de M» A. Taillandier.

La Biographie universelle de Michaud, verbo Parrocel, mentionne un peintre de ce nom, à qui elle donne le prénom d'Etienne et qu'elle fait naître à Paris vers 1720. L'auteur de l'article ajoute « qu'il ne fut jamais qu'un peintre assez médiocre; et le compte que rend Diderot des tableaux de Céphale qui se réconcilie avec

Procris, de Procris tuée par Céphale, de Jésus sur la montagne dis Oliviers, de l'esquisse d'une Gloire et de Y Adoration des mages, qu'il exposa aux salons de 1701, 1763 et 1765, prouve qu'il était loin de soutenir la gloire de son nom, etc. »

D'après les renseignements que je possède sur cette famille je demeure convaincu qu'il y a erreur de la part de la Biographie; qu'il n'y a pas eu de Parrocel portant le prénom d'fltienne, et que le peintre, dont Diderot a parlé dans ses spirituels Salons, est Joseph-lgnace-François (1), fils de Pierre Parrocel, ainsi que l'a pressenti M. Villot dans son excellente Notice des tableaux du Louvre, École française. Il y dit, en effet : « Les historiens parlent aussi d'un Étiennc Parrocel, sur lequel ils ne donnent aucun renseignement et qui aurait exposé aux salons de 1755, 1757, 1759, 1761 , 1763, 1763, 1767, 1771, 1779 et 1781. Les livrets citent bien à ces dates des ouvrages d'un Parrocel auquel il n'est joint aucun prénom. Il y a tout lieu de penser qu'il y a confusion, qu'Étienne n'a jamais existé et qu'il s'agit de Joseph-Ignace-François. » Ce dernier, dit en terminant M. Villot, « n'eut que des filles : l'atnée, M*e de Valsaureaux, peignit des Heurs, des animaux, et mourut dans un âge très-avancé. »

On va voir que cette conjecture du savant conservateur des peintures du Louvre est fondée.

Disons d'abord que c'est d'Argenville qui a donné, le premier, à Pierre Parrocel un fils du nom d'Élienne.

Pierre Parrocel, neveu de Joseph et frère de Charles, a eu deux fils qui ont cultivé les arts du dessin. L'un, appelé Pierre, comme loi, qui paraît s'être fixé à Rome, où il a gravé quelques pièces, ainsi que le fait remarquer Mariette dans une note jointe à son ar-

(1) Le nom d'Ignace se trouve déjà dans la famille en la personne de l'Ignace Parrocel, fils de Louis et élève de son oncle Charles, mort en 1722 aux Pays-Bas. (Cf. les Mémoires des académiciens, II, 15, et YAbecedario, IV, 82.) Comme Pierre, le père de l'artiste qui fait le sujet de cette note, était le frère cadet de ce premier Ignace, il est possible que celui-ci ait été parrain de son neveu, et que ce soit à cette circonstance que ce dernier doive de porter le même nom.

ticle de Pierre Parrocel (1), et un autre fils, nommé Josepb-Ignace- François. C'eat ce dernier que l'on a confondu avec un prétendu Êtienne.

J'ai connu dans ma jeunesse les trois dernières filles do Joseph- Ignace -François. Deux d'entre elles, comme leur sœur aînée, Nro« de Valsaureaux, qui était née d'un premier mariage, cultivaient la peinture avec un certain talent, et c'est d'après Its traditions qu'elles m'ont transmises que je crois devoir écrire cette notice sur les derniers rejetons d'une famille qui lient un rang si éminent dans l'école française.

Joseph-Ignace-François Parrocel était né à Avignon en 1705. Il fut élève de son père; après avoir voyagé en Italie, il vint à Paris, où il cultiva l'art de la peinture. Il fut agréé à l'Académie comme peintre d'histoire en 1 753 (2). Dom Perncty, dans son Dictionnaire portatif de peinture (3 , dit qu'il se distinguait par son t&lent, particulièrement pour les décorations et les grandes machines. « Il vient de peindre, ajoute-t-il, la grande coupole de l'église de l'abbaye du mont Saint-Quentin, en Picardie, et c'est de lui que je tiens les instructions sur la peinture en détrempe que j'ai insérées dans ma préface. »

Dans celte préface dom Pernely dit : a La bonne détrempe se soutient parfaitement; j'en ai vu dans les appartements de M. Joseph-Ignace Parrocel, exécutée de sa propre main sur les murailles, qui s'est soutenue dans loute sa beauté depuis nombre d'années. Ce célèbre artiste a acquis dans ce genre de peinture, par le grand exercice et les observations judicieuses qu'il a faites, des connaissances qu'il m'a communiquées avec cette bonté, celte politesse et cet empressement qu'il a toujours de rendre service et que tout le monde connaît. »

Parrocel et Diderot s'étaient liés ensemble; ils étaient voisins; le premier demeurait à l'angle de la rue Saint-Benoit et de la petite place du môme nom ; le second, au coin de la rue Taranne et de

(1) Abecadario, IV, 84.

\i) Archives, Documenta, I, 400.

(3) Paris, 1757, 1 vol. in-8°.

cette même place. Cette amitié réciproque n'empêcha pas Diderot de se moquer de Parrocel. Il dit, dans son Salon de 4761, en parlant de Y Adoration des Rois exposée par ce peinlre : « Parrocel est à Vien ce que Yien est à Lesueur. Vicn est la moyenne proportionnelle aux deux autres; » et, dans le Salon de 1765, en rendant compte des tableaux de Céphale qui se réconcilie avec PrccHs, et de Procris tuée par Céphale : c Avei-vous vu quelquefois dans des auberges des copies des grands maîtres? eh bien, c'est cela. Mais gardez-m'en le secret. C'est un père de famille qui n'a que sa palette pour nourrir une femme et cinq ou six enfants. En regardant ce Céphale luer sa Procris en plein salon, je lui disais : Tu fais bien pis que lu ne crois... Ce Parrocel est mon voisin. C'est un bon homme, qui a même, a ce qu'on dit, quelque goût pour la décoration, etc. »

On voit avec quel sans façon Diderot parlait du dernier des Parrocel. Sa fille, la respectable Mra« de Vandeul, tendit plus d'une fois sa main secourable aux enfants du pauvre peinlre qui était traité si cavalièrement par son père. Il est vrai que les Salons de Diderot n'étaient pas destinés à recevoir de la publicité.

Parrocel s'était marié deux fois. Il eut de son premier mariage avec une demoiselle Marguerite-Françoise le Marchand une fille que la Biographie universelle appelle Ma< de Valranseaux, et que M. Vîllot nomme Mm* de Valsaureaux, sans que j'aie pu vérifier quel était le véritable nom de cette dame. Quoi qu'il en soit, elle vivait encore nonagénaire en 1823, et cultivait avec talent, comme je J'ai déjà dit, la genre des fleurs et des animaux.

Étant devenu veuf, Parrocel épousa en secondes noces une Anglaise, nommée Christine Edwige M'y . Il en eut trois filles que j'ai beaucoup connues dans ma jeunesse. L'aînée, appelée M"a Marion, est décédéc rue de Sèvres, n* 10, le 26 juin 1814, âgée de quatrevingt-un ans; elle était élève de son père et cultivait la peinture historique. Je me rappelle d'avoir vu chez elle des copies, qu'elle avait faites d'après des tableaux de Boucher, de Yanloo et d'autres peintres éroliques de ce temps. Ces copies doivent figurer aujourd'hui dans quelques galeries d'amateurs comme des originaux, car elles étaient rendues avec beaucoup de soin, et leur coloris mou et

léché avaii du rapport avec celui des peintres qu'elle avait pris pour modèles.

La seconde fille du Parrocel dont nous parlons était M11' Thérèse. Elle peignait la miniature, et je possède d'elle quelques portraits de famille qui ne sont pas sans mérite. Elle fut la survivante des trois sœurs et mourut à l'institution de Sainte-Périne le 18 janvier 1835, dans un âge très-avancé.

La troisième, M11* Jeannette, ne cultiva pas les arts. Elle décéda à l'âge de quatre-vingt-cinq ans, le 2o février 1832.

Ces trois vieilles filles ont demeuré pendant près de vingt ans dans une maison appartenant à mon père, rue du Dragon, n°30 (1). C'est là qu'elles ont passé tout le temps de la révolution. C'est là que je les voyais dans ma jeunesse, ayant grand plaisir à leur entendre parler de Joseph Vernet, de Greuze, de Diderot, qui avaient été les amis de leur père, ainsi que Desmaisons, architecte du roi, membre de l'Académie d'architecture depuis 1762, à qui on doit la belle façade du palais de justice, du côté de la rue de la Barillerie. Elles racontaient avec esprit, mais sans prétention, des anecdotes curieuses et piquantes sur ces personnages.

Quant à Joseph-Ignace-François Parrocel, père des trois demoiselles Parrocel dont je viens de parler, il était mort le 14 décembre 1781, rue de Bourbon, aujourd'hui rue de Lille, et fut inhumé dans l'église Saint-Sulpice. L'abbé Auberl, en annonçant sa mort, dans ses Petites- A [fiches, lui donnait le litre de peintre du Roi et de son Académie royale de peinture et de sculpture. En lui s'est éteint le dernier des Parrocel, car on ne peut classer ses filles parmi les peintres qui ont concouru à donner de la renommée à leur famille.

Voici son acte mortuaire, que j'ai copié sur les registres de Saint- Sulpice, déposés aux archives de l'hôtel de ville :

« Le 16 décembre 1781 a été fait le convoi et enterrement dans l'église, de M. Josep (2) François Parrocel, peintre du Roy et de

(1) Dans un modeste appartement situé au quatrième, qui, en 1822, a été habité par M. Victor Hugo.

(2) C'est par erreur que le prénom d'Ignace n'est pas mentionné

l'Académie royale de peinture et de sculpture, époux de D8 Christine Edwige Alix {sic), auparavant veuf de De Marguerite-Françoise- Le Marchand , décédé le quatorze, rue de Bourbon, Agé de soixante et dix ans. Témoins messire Jean-André Cappeau, ancien chanoine de l'église de Saint- Pierre d'Avignon et prêtre de la communauté de Saint-Paul, et M* Jean-Pierre Mirfin, huissier commissaire priseur, amis du défunt, qui ont signé avec M" Charles-Antoine- Gabriel-François de Montbayen, écuyer.

« Signé: Faajïçoys de Montbayen, Cappeau, prêtre, Mirfin, Tabbè Nabdin, Reps, vicairt. »

Voilà une mention malheureusement bien courte. Elle nous apprend seulement qu'en 1329 le peintre Evrard ouEbrard était attaché aux travaux royaux, et avait une certaine importance, puisqu'il est qualifié de magizUr. Quant à Nicolaus de Poteria, ce n'était pas un artiste, comme on l'aurait conclu de la première mention; la seconde nous prouve que c'était un comptable chargé de suivre le travail des sépultures des rois et de payer les ouvriers. On remarquera le pluriel regum. En effet, les années 1328 et 1320 sont les deux premières années du règne de Philippe VI de Valois, et les

ici. Les omissions de ce genre n'étaient pas rares alors dans la tenue des registres de l'étal civil.

A. Taillandier.

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