‹ Archives de l'art français Documents recueil de documents inédits relatifs à l'histoire des arts en FranceChapitre 15 sur 243 · JEAN MARC NATTIER · texte numérisé non relu

JEAN MARC NATTIER

On a lu dans les Mémoires inédits des académiciens, tome f, pages 348-64, la curieuse vie de Nattier, écrite par sa fille. Le petit billet suivant nous donne le mois de la lecture, qui suivit de près sa mort, arrivée le 7 septembre 1766; il montre le prix que l'Académie attachait à ces lectures. J'ajouterai que le billet est tout entier de la main de Cochin; comme il n'a pas dû en écrire lui-même de pareils à tous les académiciens, à cause de leur trop grand nombre, celui-ci a dû être adressé à quelque personnage important, et peutêtre à M. d'Angivilliers.

Monsieur, — Le secrétaire de l'Académie royale de peinture et de sculpture a l'honneur de vous prévenir qu'il y aura assemblée de celte Académie le samedi février 1767 (1), à 4 heures, en laquelle le secrétaire fera l'ouverture des conférences par la lecture de la vie de feu M. Nattier, par Madame Tocqué, sa fille (2).

Je suis, avec un profond respect, Monsieur, votre très humble et très obéissant serviteur,

Cocïiin.

(1) La date du jour est sautée.

(2) La mention du nom de Mrae Tocqué, d'abord omise, a été ajoutée en renvoi au bas de la lettre.

COPPIN DELF

PEINTRE DES ROIS IULNÉ D'aNJOI' ET LOUIS XI

iniuiiiquéa et

Avant la récente publication, par H. Lambron de Lignim, d'un bien curieux titre relatif à des peintures murales pour l'église Saint-Martin de Tours (1), le nom de Coppin Delf (a), leur auteur, nous avait seul été révélé — et encore incomplètement — par un écrivain contemporain nommé Pellerin ; mais tout naïvement celui-ci l'entoure de la plus brillante compagnie dans ce passage, souvent, et à juste litre, extrait de son traité De ariificiati peripecliva, qu'il dédie ainsi aux peintres célèbres du temps:

0 bons amis, trespassez et vivens, Grans esperiz Zeusins, Apelliens,

(1) L'opuscule de M. Lambron se compose d'une feuille d'impression in-8#, sous ce litre : Touraine. Mélanges historiques, n° 7. Eglise Sainl-Marlin de Tours.— Coppin Delf, peintre de Louis XI. — Tiré à 100 exemplaires. Tours, imprimerie Ladeutze, 1857.

(2) H. Lambron pencherait à voir dans Delf une abréviation de Delphinus, qui aurait été un surnom adopté par Coppin pour rappeler sa qualité de peintre en litre du Dauphin, plus lard Charles VIII. Mai*, sans parler même de ce que celte abréviation aurait d'inusité, Coppin porte ce nom de famille dans une pièce du 3 juillet 1472, époque à laquelle le Dauphin, né le 30 juin 1470, n'avait pas deux ans, et à laquelle le peintre était toujours au service du roi de Sicile; si nous avions d'autres pièces, nous le trouverions sans doute ainsi nommé dans des pièces bien antérieures.

A cause de l'élrange!é du nom, il serail peut-élre plus possible d'y voir un souvenir du nom de la ville de De.ft, et par là une trace d'origine hollandaise pour lui et pour ses ancôlres. Quant à son premier nom de Coppin, si ce n'était qu'un surnom, il serait fort naturel chez quelqu'un qui avait nécessairement commencé

K- être compagnon peintre, quand on se souvient que dans la gue des collèges le mol de copin a encore conservé la signification de compagnon.

T. VI. 5

Decorans France, Almaigne el Italie, Geffelin, Paoul, et Martin de Pavye, Berlhelemi Fouquet, Poycl, Copin, Audré Montaigne et d'Amyens Colin, Le Pelusin, Hans Fris et Léonard, Hugues, Lucas, Luc, Albert et Benard, Jehan Jolis, Hans Grun, et Gabriel Vuastele, Urbain el l'ange Micael, Symon du Mans : dyamans, margarites, Rubiz. saphirs, smaragdes, crisoliles, Amélistes, jacintes et topazes, Calcedones, a s pères et à faces (1), Jaspes, berils, acates et cristaux, Plus précieux vous tiens que tels joyaux, Et tous autres nobles entendemens Ordinateurs de spécieux figroenls (2).

Nous allons publier à notre tour quelques nouveaux renseigne-

(1) C'est-à-dire seulement polies en cabochons ou bien taillées à facettes.

(2) L'honneur de la première citation de ce passage curieux doit être rendu à M. Lacroix, qui l'a reproduit en octobre 1845 dans Y Alliance des arts» MM. Ph. de Chennevières, dans ses Peintres provinciaux, Léon de Laborde dans sa Renaissance des arts, et la Bévue universelle des arts, l'ont aussi réimprimé depuis. Mais il resterait beaucoup d'autres extraits et de remarques à faire sur Pelleriu et sur son livre, le premier imprimé à Toul, qui renferme des planches sur bois intéressantes, notamment des vues d'églises angevines. Comme L'a remarqué M. Brunet (Manuel, IV, 603), ces vers manquent dans la première édition imprimée à Tout en 1505 lad nonum calendas Julias). La seconde, De artificiali perspectiva, Viator secundo, publiée en 1509, IUI idus Marcias, ne les contient

J)as non plus; nous en connaissons un exemplaire chez M. Deslaïleurs. La troisième, que nous avons vue à l'Arsenal, De artificiali

rrspectiva, Viator tertio, est de 1521, VU0 idus Septembris ; c'est qu'on lit pour la première fois ces vers si curieux, et au-dessous cette ligne :

vicus. fons. diocejis.

De Bosco Joannis : Coriloni : Malleacensis :

ce qui parait être, soit le lieu où le livre a été écrit, soit la maison de l'auteur, et devoir se traduire : Du Bois-Jean, sur le Courillon (?), dans la paroisse de Maillezais (département de la Vendée, canton de Fontenay-le-Comte). 11 faudrait maintenant savoir comment Pellerin se trouvait à Toul, où les trois éditions de son traité ont été imprimées par un prêtre nommé Pierre Jacques, du bourg de Saint-Nicolas.

menis, qui, rapprochés de ceux dont nous venons de parler, permettent de déterminer assez approximativement les limites extrêmes de l'époque à laquelle notre artiste exerça son talent ; les premiers de ses travaux dont nous retrouvions la date d'exécution sont de l'année 1456, et les derniers de 1483.

Le compte, rendu à Jeanne de Laval, femme du roi René d'Anjou (1), par Jean Legay, son argentier, en septembre et octobre 1456, offre la plus ancienne mec lion :

« A Coppin, painctre, pour ung tableau qu'il nous a baillé et livré pour envoïer à nostre belle mère de Laval, duquel tableau nous avons fait faire pris avec led. Coppin à la somme de vm livres v solz tournoys; pour ce vin* v*. »

M. Grille, dans les manuscrits duquel (bibliothèque d'Angers, n° 3201, f° 36) est conservée la pièce originale, suppose, à tort selon nous, dans une note de sa Biographie angevine, qu'il s'agit ici d'un portrait de Jeanne de Laval.

Il faut maintenant et forcément passer sous silence les travaux exécutés par Coppin pendant un espace de seize années, car nous

(1) On se rappelle les pièces sur le roi René, publiées dans les Archives par M. Fillon (1, 321-6), par M. Dobrée (V, 21 3), et la note de M. Vallet de Viriville sur le livre de M. Renouvier, les Enlumineurs du roi René. Nous remarquons à propos de la fameuse peinture de la Mort à saint Maurice d'Angers, qui a été attribuée au roi René, que le Cabinet des Estampes en possède un dessin du dernier siècle, signé Beausin ou plutôt Beausire, 1783. M. Renouvier, qui, ne connaissant pas encore Copin Delf,n'apu le nommer parmi ceux employés par le roi René, cite, d'après M. Qualrebarbes, un certain Vandeland ; il est curieux que celui-ci paraisse avoir fait souche à Angers même, car on y retrouve un siècle après un artiste du môme nom. En effet, une grande et belle gravure sur bois représentant La ville, ciié et université d'Angers qui se vendait à Paris che% Michel Sonnius, rue Saint-Jacques, à l'Etcu de Basle, MDLXXVl,avec privilège du roy, et qui est signée par un graveur peu connu, Baimondus Hancurellus faciebat 1575, porte, comme nom d'artiste : Adam Vandelant inventor.

ne le retrouvons qu'en 1472, chargé de la peinture du reliquaire de Saint-Maurice d'Angers, ou pour mieux dire du tombeau élevé dans cette église au saint qui en était le patron. En voici le marché, passé le 3 juillet en la chambre des comptes i'u roi René, à Angers.

La painture du reliquaire de Saint -Maurice d'Angiers. S* ensuit ce que Coppin, painire, doit faire en ï église de moasr saint Maurice d'Angiers, et le pris qu'il en demande.

Premièrement, doit faire le reliquiere dud. lieu, selon que le roy de Sicile le luy a devisé, c'est assavoir : le champ de derrière sera de bon fin asur d'Almaigne, semé de fleurs de lis d'or fin.

Item led. reliquiere et les ymaiges qui y sont seront doréz, aussi de fin or.

Pareillement les chappitreaux de dessus le roy mort seront doréz de fin or.

Item les troys groz pilliers ronts seront pains et enrichiz à la devise que led. seigneur luy a ordonné.

Et est à entendre que led. Coppin fera lesd. choses à huille selon le devis d'iceluy seigneur.

Et, pour icelles choses parfaire et accomplir, demande led. Coppin tant pour or, pour asur, pour despens, salaires de compaignons à luy aider que pour autres menues couleurs et mises, la somme de 400 livres tournois (I).

(I) Cet article a été biffé.

no

Item sera tenu led. Coppin de remplir, soubz Tare qui est au-dessus du roy mort, et y faire les armes dud. seigneur avee le timbre porté par deux aigles, comme il est de coutume, bien et richement à fin or et bon asur d'Almaigne, comme pourra estre l'autre painture du reliquaire.

Aujourd'huy, iij° jour de juillet Tan 1472, a esté fait marché en la chambre des comptes du roy de Sicile à Angiers, avec Coppin Delf, paintre, pour faire paindre et estoffer richement, tant d'or que d'asur fin d'Almaigne et autres couleurs et estofîes, les reliquiaire de l'église de monseignr saint Maurice d'Angiersetles chappitreaux qui sont dessus la sépulture dud. seigneur et autres paintures qui luy ont esté ordonnées estre faictes par MM. les doien et archepresbtre d'Angiers, tout ainsi et par la forme et manière que led. seigneur roy Ta devisé aud. Coppin, et qu'il est contenu et déclairé cy dessus.

Pour lesquelles paintures faire et acomplir bien et prouffitablement et de bonnes estoffes, s'est obligé led. Coppin Delf, soy ses hoirs, etc., etc.

Et, pour ce faire, luy sera payé par Thomin Guiteau, commis au paiement des euvres dud. seigneur, la somme de 400 livres tournois des deniers venans, eus des francs fiez et nouveaux acquestz de ce pays d'Anjou.

Fait en la chambre des comptes à Angiers, ès pré-

sences de raaistres Jehan de la Vignolle, président, Robert Jarry, Guillaume Tourneville, archepresbtre d'Àngiers, Guillaume Bernard, Jehan Muret, conseillers et auditeurs en lad. chambre et autres.

L'original de ce marché esl conservé aux Archives de l'empire (registre de la chambre des comptes d'Angers, coté P. 1342, f° 178).

Coppin, qui peignait à l'huile des tableaux sur toile ou sur bois, peignait aussi, suivant un usage en vigueur de son temps, des statues et des sculptures, et voici une missive écrite en U77 par le roi René, qui paraît l'avoir beaucoup fait travailler eu Anjou, et dans laquelle il est nommé comme devant parachever la paincture du groupe représentant le Domine quo vadis, dans l'église Saint- Pierre à Saumur.

« A noz amez et féaulx conseillers les gens de « nostre chambre des comptes estans à Angiers.

« De par le roy de Sicile, etc.

« Nos amez et feaulx, nous escripvons présente- «< ment à nostre trésorier d'Anjou qu'il baille à Coppin « l'argent qui reste à avoir, pour parachever la painc- « ture de Domine quo vadis de 1 église de Saint-Pierre « de nostre ville de Saumur ; et pour ce parlez en « encores, de par nous, audit trésorier, à ce qu'il lui « baille led. argent, devant toutes autres charges et « assignacions quelxconques, et tellement que, par « deffault de payement led. Coppin ne puisse excuser « de faire lad. paincture, car autrement ne serions « content dud. trésorier. Et ce qu'il en baillera luy « allouez en ses comptes sans difficulté. Nos amez et «( féaulx, Notre Seigneur vous ait en sa saincte garde.

« Escript en nostre palaix d'Aix, le xvi# jour de « may. »

Ainsi signé : René, et plus bas : Merlin.

L'original de cette missive fait partie du registre de la chambre des comptes d'Anjou, coté P. 4343, f« 84, et conservé aux archives départementales de Maine-et-Loire (1).

Un auteur local (2) donne les détails suivants sur le groupe dont il vient d'être question , mais dont on ignore malheureusement le sculpteur : « Quelques personnes., sans concilier les temps, ont « attribué l'édifice de l'église de Saint-Pierre, à René, roy de Sicile « et dne d'Anjou, parce que sa figure et celle de son épouse, « qui était de la maison de Laval, sont à genoux sur le grand au- « tel (3), au milieu duquel est la figure d'un ange, couvert d'une « chappe, tenant une grande croix dans la main droite. A son côté « gauche on voit la figure de Notre-Seigneur Jésus-Christ montrant « ses mains percées de clous et son côté, aussi percé, découvert ; à « main droite de cet ange, on voit la figure de saint Pierre dans la « figure d'un homme étonné.

« Or la tradition du pays veut que ces deux dernières figures re- « présentent la surprise où fut saint Pierre lorsque, s'éloignant de « Borne pour fuir la mort, Notre-Seigneur se présenta à luy, luy

.1) Celle pièce a déjà été publiée dans un journal de province {Union de l'Ouest, feuilleton intitulé Bulletin historique et monumental de l'Anjou, avril I h:»4) , par M. Paul Marclicgiy, à qui je dois ia bienveillante communication de la majeure partie des pièces reproduites dans cet article.

(2) Bernard, avocat du roi À Saumur, Mémoire* sur Saumur (bibliothèque d'Angers, H. Grille, n° 2773, page 68), cités dans l'article indiqué par la noie précédente.

(3) Il existe au Cabinet des estampes de la bibliothèque impériale, dans le portefeuille topographique relatif à l'Anjou, coté Va. 142, deux précieux dessins provenant de la collection Gaignières, et re-

Sroduisanl sans art, mais avec exactitude, ces deux figures aujour- 'hui détruites. On ignore si la peinture en avait été exécutée par Coppin. j

a montrant son côlè et ses mains percées, ce qui fit dire à saint « Pierre, parlant à Notre-Seigncur : Quo vadit Domine 1 A quoy il « répondit : Vado Romain iterum crucifigi. El c'est ce qui a donné « à cette histoire le nom de Quo vadis, comme on le voit dans un « vieil écrit que MM. de Saint-Pierre, de cette ville, gardeul dans « leur trésor, par lequel écrit le roy René leur mande : Je vous en- « voie le Quo vans avec le$ figures de nous et de nostre compagne, « mais on ne sçait point quel personnage représente cet ange qui « est au milieu des deux.

o L'histoire de cette tradition n'est pas particulière à celte « église ; on la voit aussi représentée dans les vieilles tapisseries du « chœur de l'église cathédrale de Poitiers aussy dédiée à Saint- « Pierre. Il faut que cette tradition soit bien authentique et bien « reçue, puisque dans le bréviaire d'Anjou elle est mise, par antienne « du Magnificat, aux premières vespres de la feste des apostres « saint Pierre et saint Paul, qui est le 29 du mois de juin, comme « s'ensuit : « Petrus aposlolus vidit sibiChristum occurrere, et, ado- « rans eum, ait : Domine, quo vadis ? Et dixit Jésus: Vado iterum « crucifigi.

« Cela ne doit pas faire conclure que le roy René et son épouse « ayent fait basiir cetle église, etc. »

La lettre du roi René dont Bernard a recueilli une phrase n'a pas été retrouvée parmi les litres de Saint-Pierre de Saumur, aujourd'hui conservés aux archives départementales ; mais cetle phrase suffit à faire voir que la lettre était postérieure à celle que nous venons de publier.

La dernière œuvre de Coppin, comme date, mais peut-être la -première comme importance, qu'il me reste à citer pour terminer le résumé des renseignements si peu nombreux qu'on possède sur cet artiste, c'est la décoration de peintures murales qu'il s'engagea à exécuter, vers 1482 (1), dans la chapelle du Dauphin de l'église

(1) Celle date probable est le résultat des patientes recherches de M. Lambron de Liguim, à qui l'on doit, ai-je dit, la première publication de ce précieux document.

Saint-Martin de Tours, suivant le plan arrêté dans ce traité, conclu entre lui et maître Jourdain Dupeyrat. Nous le redonnons d'après une transcription nouvelle et très-exacte, communiquée depuis longtemps à M. de Monlaig'on par l'obligeance de M. Léopold Delisle. L'original, écrit sur papier et occupant les deux côtés d'un feuillet, se trouve à la Bibliothèque impériale, dans le volume 639-40 de la collection Gaignières, page 247. C'est une copie, ou peut-être môme seulement un projet, car le marché authentique serait à celte époque sur parchemin, et il faut aussi remarquer la façon dont la pièce se termine, sansjiate ni mention de lieu ni de signatures, exactement au bas du verso. Cette condition matérielle rend bien probable que la pièce se terminait sur le recto du feuillet suivant, et par suite que la pièce, dans son étal actuel, est incomplète de la fin.

C'ensuit l'ordonnance et la manière de la painture que maistre Jourdain du Peyrat a ordonnée estre faicte en la chapelle de Monsrle Daulphin, estant en l'église de Monsr Saint Martin de Tours, dont Yappointtement en est passé entre luy et COPPIN DELF, maistre paintre du Roy nostre sire et de mondit Sr le Daulphin.

Et premièrement est tenu et obligé ledit Coppin à faire une Trinité, comme il m'a baillé le patron, contre le pignon de la muraille, au dessus des y maiges qui sont paints, c'est assavoir, la Nostre Dame et les anges, et Monsr Saint Martin qui* présente Monsr le Daulphin à Nostre Dame.

Item est à entendre que le champ de la Trinité entre les Chérubins et Séraphins sera doré d'or fin

et enlievé des rayes pardessus For aussy dorées. Et la robe de Dieu le Père sera d'or nué de rouge eler, et le manteau de Dieu le Filz de poupre rehaché dfor.

Item le Saint Esprit sera ou million en la figure d'un coulon, et tout en tour de luy ung souleil qui gettera des rayes d'or.

Item les deux chaises de Dieu le Père et de Dieu le Filz seront d'or, de plus grant façon que n'est pas le patron, comme maçonnerie romaine (1), et enrichy de painture comme pierres précieuses , et au tresdoulx (2) des chaises ung drap d'or d'azur.

Item les Chérubins seront de rouge, et les Séraphins qui tournent autour d'azur et les quatre euvangelistes comme il appartient (3).

(1) De môme que, par l'expression arc d'antique, Rabelais enlend un arc en plein cintre, ici l'expression maçonnerie romaine veut dire : construite dans le goût antique, cl pour nous construite dans le goût de U renaissance.

(2) La lecture n'est ici pas douteuse, et le manuscrit ne porte pas antres devLt, mais autresdoulx en un seul mot, qui me paratt devoir conteoir un substantif précédé d'un article. J'avoue ne pas connaître d'exemple de celte forme, qui n'aurait aucune analogie avec tredoulx, traître, relevé dans le supplément à Ducange (III, 1045). On pourrait en tenter deux explications. En se rappelant

• les sièges anciens, on verra qu'ils étaient uniquement composés de

bois; la séparation des corps de métiers ne permettait pas aux hucliiers d'employer les tapissiers, ni à ces derniers de venir compléter l'œuvre des premiers. Pour s'asseoir un peu plus mollement, il fallait donc avoir recours à des coussins, qui se seraient à un moment appelés des très doulx; mais cela me parait trop compliqué pour être vrai. Trédoulx ne serait-il plus simplement un équivalent de tredos, contre-dos, et ne voudrait-il pas dire le dossier ? Le sens serait alors : le dossier des trônes de Dieu et de Jésus- Christ sera représenté recouvert d'un drap d'or. (A. de M.)

(3) C'est-à-dire sous leurs formes symboliques; il ne peut s'agir

Item, pour la voulte, toutes les augives et les demys augives qui tournent en tour la muraille, qu'on appelle ars boutans (1), seront tous d'or bruny, qui est une des choses de la besoigne qui coustera le plus, mais il sera moult riche, qui descendront jusques aux chaises.

Item le plat de la voulte sera semé de fleurs de lys enhevées d'or bruny de fin or, et le champ de bon azur d'Almaigne, aussi bon comme il y a au revers (2) dessus Nostre Dame.

Item les armes du roy et de Monseigneur le Daulphin enlieyées, les couronnes et les escussons et les fleurs de lys et les daulphins enlevez pardessus les escussons et doré de fin or bruny. Et aura chascun escusson ungange, de platte paincture, qui présentera lesdits escussons et la clef de la voulte, là où sont les armes de Monsr le Daulphin, estoffee aussi richement comme les aulgives.

Item en oultre est tenu et obligé ledit Coppin faire dessus le champ vert qui est darrière la painture qui est faicte, là où sont les deux angelolz, dont l'un tient

ici de figures humaines, qui rompraient tout l'équilibre de la composition en y faisant prédominer leur nombre; les emblèmes du lion, du bœuf, de l'homme et de l'aigle font à merveille partie d'une décoration.

(1) Le mot est réservé aujourd'hui aux contreforts extérieurs, mais au fond il s'applique tout aussi bien aux nervures intérieures par lesquelles les voûtes sont arc-boutées.

(2) Ce au reter$ veut sans doute dire en face.

l'escusson du roy et l'autre de Monsr le Daulphin de platte painture, que dessus tout le vert, tant hault que bas, jusques au dessoubz de l'autier et derrière la pichine, soit fait ung drap d'or d'azur enlevé et doré de fin or, le plus richement que faire ce pourra et plus riche, ce faire ce peut. Et aussi est tenu d'enrichir la dite pichine de fin or et des couleurs les plus riches que faire ce pourra.

Item soit averty de faire ung crucifix au dessoubz des ymaiges sur le drap d'or.

Tel est, à défaut d'oeuvres survivantes de Coppin, l'ensemble de celles que, à l'état du moins d'indication, il est possible aujourd'hui de réunir autour de son nom, bien digne d'être tiré de l'oubli, et que de nouvelles recherches en Touraine et en Anjou ne sauraient manquer de grandir et d'illustrer encore.

T. Arnadldbt.

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