OFFERTE A FRANÇOIS I" EN
J'ai publié, dans la livraison du 15 septembre 1858 (tome Y, p. 334), une pièce relative à une statue de Vénus présentée à François 1er en 153t. Comme on ne s'avise jamais de tout, même des choses qu'on connaît et qui ne reviennent pas toujours à l'esprit quand il le faudrait, c'est un ami qui me remet en mémoire ces trois épigrammes de Marot, que je transcris d'après l'édition de Lenglet-Dufresnoy (in-4% la Haye, 1731, 11, Î12-4).
De la Venus de marbre présentée au roy.
Cette déesse avec sa ronde pomme, Prince royal, des autres le plus digne, N'est point Venus et Vénus ne se nomme. Jà n'en desplaise à la langue latine , C'est du haut ciel quelque vertu divine Qui de sa main t'offre la pomme ronde, Te promettant tout l'empire du monde Ains que mourir. 0 quel marbre taillé ! Bien peu s'en faut qu'il ne die et responde Que mieux encor te doit estre baillé.
La mesme Venus de marbre. Vers alexandrins.
Seigneur, je suis Venus, je vous dy celle mesme Qui la pomme emporta pour sa beauté supresme; Mais tant ravie suis de si haute louange Que viande et liqueur je ne boy et ne mange; Doncq ne vous ostonnez si morte semble et roide; Sans Cerès et Bacchus tousjours Venus est froide.
De la statue de Venus endormie.
Qui dort icy? Le faut- il demander?
Venus y dort, qui vous peut commander.
Ne l'esveillez, elle ne vous nuyra; Si 1'esvcillez, croyez qu'elle ouvrira Ses deux beaux yeux pour les vostres bender.
Tout cela est assez mauvais, mais ce n'est pas ce qui nous importe, c'est la sorte de description qui résulte de ces concetti. La statue, ou la statuette, car nous ne savons pas ses dimensions, était couchée, puisqu'elle était endormie et qu'elle semblait morte; de plus elle tenait à la main une pomme. H y aurait là de quoi la reconnaître, car il y a peu de doute à avoir sur l'identité de la Vénus taillée en marbre, dont maistre Ange Gabriel avait fait présent au roi, et la Vénus de marbre présentée an roy dont parle Marot. En 1531 nous sommes précisément sûrs que Marot était à la cour; c'est dans cette année qu'il écrit, entre autres pièces, son épltre au roi pour avoir été dérobé, et sa complainte sur la mort de Louise de Savoie, morte le 12 septembre 1531, alors <jue notre quittance est du 9 du même mois. Par celte coïncidence d'année, toute incertitude doit cesser, et notre pièce devra servir à un futur éditeur de Marot à fixer la date de ces trois épigfammes, qui n'en avaient pas, et auxquelles il n'y avait aucune raison d'en donner une.
A. de M.