PEINTRES DU ROI
BREVET A CHARLES DE COURT DE LA CHARGE DE CONCIERGE DU PAVILLON DU ROI A LA PLACE ROYALE
(17 mai 1607.)
La plus récente mention qui aitélé trouvée par M. de Laborde sur le dernier des Jannet est de 1570. Mais, de ce moment jusqu'à Lagneau et jusqu'à Daniel Dumoustier, il ne faudrait pas croire que la portraiture française ait souffert d'interruption. Les gravures de Léonard Gaultier et de Thomas de Leu, faites, à mon sens, sur des miniatures ou sur de petites mines de plomb trèsterminées, plutôt que sur des crayons de grande dimension comme ceux de Daniel, seraient là pour le prouver, quand môme nous ne connaîtrions pas l'existence de Foulon, celle surtout de la double dynastie des Qucsnel et des Dumoustier, et, par les gravures de Thomas de Leu, les noms de Jean Rabel, d'Isaïc Fournier, «le James Blâmé (1) et de Darlay (2).
(1) Celui dont l'abbé de Marollcs dit :
Car pour Jamc, on le tientd'Anglclcrre ou d'Ecosse.
(2) Je trouve sur ce Darlay deux quatrains dans les œuvres du
T. vi. G
Un autre portraitiste de la même époque est Jehan de Court. Il paraît dans les comptes dès 1572 (1), presque aussitôt après la disparition de Clouet. En 1574, Papyre Masson, cité par M. de Laborde (2), nous le montre apportant à Charles IX, quelques jours ■ avant sa mort, un portrait de son frère Henri, qui allait lui succéder sur le trône. Les Archives curieuses, X, 431, et M. de Laborde (p. 224, 231, 235) nous le montrent inscrit, les unes en 1580, et l'autre en janvier 1585, parmi les peintres et gens de mestier aux gages de 80 livres, et faisant, la môme année 1585, uniporirait de la duchesse de Guise payé 90 livres. D'un autre côté, et de môme que Ronsard avait célébré Janet, Jean de Courf fut chanté par les poètes de son temps, et les œuvres de Philippe Desportes ont ce
sieur de la Roque, de Clermont en Beauvoisis. Paris, Claude de Monlreuil, 1609,in-ii, p. 300.
Au sieur dttArley, peinlre de Madame.
Ne pense pas tout seul représenter icy Ceste grand1 déilé, qui noslre esprit enflame; Il faut pour l'imiter que je m'y trouve aussy, Car lu peindras le corps, moy les vertus de l'âme.
Pour un portrait de Madame.
Qui voit ce beau portrait, ceste auguste apparence, Voit tout l'honneur du monde et I abrégé des cieux ; C'est le mirouer de l'ame et le plaisir des yeux, Princesse des Vertus aussi bien que de France.
Ce dernier quatrain est même précisément celui qui se lit, mais sans nom d'auteur, au bas du portrait, gravé par Thomas de Leu, de Catherine de Bourbon, sœur unique du roy, avec la menlion Darlaypinxit. Voilà deux formes différentes du môme nom. Il y en aurait une troisième s'il fallait voir encore la môme personne dans le Jean-Baptiste Darly, cité par Chalmel (Histoire de Touraine,lS, 129) comme fameux peinlre de portraits à Tours. Il le fait vivre au commencement du seizième siècle, mais il faudrait sur ce point, comme sur le prénom, savoir quelles autorités a eues Chalmel.
(1) Laborde, Renaissance des arts, !, 224.
(2) Page 317, à la note.
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sonnet à sa louange, à la suite d'un premier adressé h Ma Damoysclle de Chasteauneuf.
Sur son portrait, à J. De Cour, peintre du roi.
Tu t'abuses, De-Cour, pensant représenter Du Chasteauneuf d'Amour la déesse immortelle; Le ciel, peintre savant, Ta portraite si belle Que son divin tableau ne se peut imiter.
Comment sans f éblouir pourras -tu supporter De ses yeux flamboyans la planète jumelle; Quelle couleur peindra sa couleur naturelle Et les grâces qu'on voit sur son front voile 1er?
Quel or égalera l'or de sa blonde tresse? Quels traits imiteront ceste douce rudesse, Ce port, ce teint, ce ris, ces attraits gracieux?
Laisse au grand dieu d'Amour ce labeur téméraire, Qui d'un trait pour pinceau le sçaura mieux portraire, Non dessus de la toile (1), ains dans le cœur des dieux.
11 faut remarquer sur ce sonnet que nous avons pour lui une date approximative, car nous le trouvons dès la première édition des œuvres de Desportes, Paris, Robert le Manguier, 1573, in-4°, p. 88 verso. Dans tous les cas, comme l'a fait remarquer M. Laborde, il aurait toujours dû être considéré comme antérieur à la fin de 1575, car la belle de Rieux ne resta pas la maîtresse du roi après le mariage de celui-ci avec Louise de Lorraine.
A ces vers de Desportes il faut en joindre d'autres beaucoup moins connus. Je les ai rencontrés dans les Premières œuvres poétiques de Joachim Blachon , à Paris, pour Thomas Perier, rue Sainct-Jacques, 1583; le privilège est du 13 juillet.
(1) Ainsi ce portrait de de Court n'élait pas un crayon, mais une peinture.
La première pièce est le 40e sonnet des amours de Pasitbée (p. 140); c'est le thème éternel d'une des odes d'Anacrèon.
Pein moy, DECOUR, sur le foudz d'uu ovalle L'ymage saint de ma belle Cypris Si beau qu'il est, et qu'il y soit compris La fnze d'or qui sur ses flancs devalle,
Son teint rozin qui à l'Amour esgalle, Ses beaux yeux bruns qui sur tous ont le pris, De mesme à ceux dont le Grec fut espris, Et ne la fai ou trop rouge ou trop palle,
Mais comme elle est tyre la, s'il te plaît, Luy découvrant ses montagnes de lait.
Jà n'est besoing l'enrichir davantage,
Veu qu'elle peult, sans peinture et sans fard, Tromper en tout l'œil, la nature et l'art, Car du plus beau le ciel luy fist partage.
La seconde pièce (livre III, Metlanges, p. 329) ne permet plus de douter sur le peintre à qui la première est adressée, puisqu'elle porte en lôte : A /. Decourl peintre du roy.
Je loue plus l'esprit que la fresle richesse; Suyvant le dire ancien de l'adage romain, La richesse, DECOIKT, glisse de main en main, El l'esprit immortel son honneur ne délaisse.
L'esprit tel que le tien peult fendre toute presse Au théâtre publicq de ce vallon humain Et luyre arlistementde demain en demain A tout siècle avenir en la nuiclplus espesse.
Appelle monslre encor le plan de sa Vénus, Timanlhe son Cyclope avec ses membres nus, Zeuze ses raisins meurs, Parrhaze sa Custode,
L'antique Rhodien son colosse eslevô, L'ouvrier Ephesien son bel œuvre approuvé; L'espril avive l'homme avivant son mélhodc.
A cette époque Jean de Court devait être vieux, car c'est en 1575, trois ans seulement après la date de son apparition dans les comptes, que nous y voyons figurer aussi « Charles de Court, fils de Jean de Court, peintre du roi,» et cela avec le titre de valet de chambre. De 1575 à 1589 il reçoit, à ce titre, quatre-vingts escus de gages, et six cents livres de 1590 à 1611 (1). A ces faits, qui ne sont, à vrai dire, que des dates, je puis ajouter cette pièce inédite, relevée depuis longtemps par moi à l'intention d'une histoire de la place Royale. Elle se trouve à la Bibliothèque impériale, dans la collection Fontanieu, vol. 452-3.
Lettres de provision pour Charles de Court, concierge du pavillon royal des Tournelles.
Ch. des comp. mém. AAAAA, fol. VP* VII.
Bib. desCelest , colec. de M. Menant, audilr et doy" de lad. ch.,
t. 7, fol. 97.
HENRY, etc. A Fontainebleau, le XVII may M VIe VII, le dix-huitième du règne.
Veu par la chambre les lettres patentes du Roy données à Fontainebleau le vingt sept may dernier, signées : Henry, et sur le replis : Par le roy, de Lome'nie, par lesquelles ledit Sr, ayant esgard aux bons et agréables services que luy a fait Charles Decourt, son valet de chambre, et désirant, en considération d'i «.
(1) Laborde, p. 232
ceux, le bien et favorablement traiter et luy acroître la volonté et le moyen de continuer de bien en mieux, luy a doné et octroyé Testât et charge de concierge du Pavillon neuf que Sa Majesté a fait bâtir au Parc des Tournelles à Paris, autrement dit le Pavillon Royal, pour ladite charge avoir, tenir, enjoïr par luy et sa femme, et y avoir leur logement etdemourance, leur vie durant, aux honneurs, auct. , prérog. , prééminences, privilèges, franchises, exemptions, libériez, proffitz, revenus et émolumcns qui y appartiennent à semblable qualité, et tout ainsy qu'en jouissent les autres concierges des maisons et édifices de Sad. Majesté, aux gages de C I. qu'il a attribuez à lad. charge, à prendre sur la recette du domaine de Paris, et mande au sr de Sillery, garde des sceaux de France, et à ladite chambre que, dudit Decourt pris et receu le serment en tel cas requis etaccoustumé, ils le mettent et instituent en possession et saisine dudit état et charge, et d'iceluy ensemble des honneurs, gages, fruits, protïis, revenus et émolumens, le faire, souffrir et laisser jouir plainement et paisiblement, ainsy que plus au long le contiennent lesd. lettres, l'acte de serment prêté par ledit de Court en main dudit sr de Sillery le XIX juin dernier, requête présentée par iceluy de Court atïin de veriftication desdites lettres, conclusions du procureur gênerai du roy, et, tout considéré, la Chambre a ordonné et ordonne lesdites lettres être registrées, pour jouir par ledit De Court de la place de
concierge dud. Pavillon royal durant sa vie et celle de sa femme, selon qu'il est porté par icelles, et, quant aux gages y attribués, se pourvoira ailleurs que sur le domaine. Fait ce IX juillet M VIe VIL Signé: Delàfontaike.
11 faut relever la phrase : « Et, quant aux gages, se pourvoira ailleurs que sur le domaine. » Le parlement était assez dans l'habitude de s'opposer autant que possible à ces faveurs qui, en augmentant les charges de l'État, diminuaient en môme temps, par le privilège d'exemption de l'impôt, les moyens d'y satisfaire, et Ton a déjà vu dans ce recueil, II, 312-3, qu'il fallut des lettres répétées de Henri IV pour faire accepter par le parlement l'enregistrement des lettres patentes relatives aux appartements de la grande galerie. Là on laissait passer le privilège et on refusait les gages, de sorte que le don de Henri IV dut se réduire à la faveur du logement.
En môme temps cette pièce donne encore lieu de remarquer que la place Royale n'avait pas encore reçu ce nom, mais que le lieu continuait toujours à s'appeler les Tournelles comme précé- • demment. En août 4693, Henri IV, par un acte qui vient d'être publié par M. Le Roux de Lincy dans sa notice sur le plan Gomboust (p. 28-31), accordait à différentes personnes, au nombre desquelles on doit citer Claude Chastillon, topographe du roi, des places à bâtir en ce lieu, sous la seule charge de payer un écu d'or de cens et de rendre le logis habitable en 1606. Mais le roi lui-môme avait donné l'exemple et commencé le premier. Seulement on ne savait pas qu'il se fût réservé comme pied à terre le pavillon qui fait communiquer la place avec la rue Saint-Antoine, et qui porte encore aujourd'hui le nom de pavillon du roi. Notre pièce le prouve surabondamment, mais il aurait déjà fallu le conclure d'un passage de l'Estoile. 11 parle de lettres de Henri II pour la démolition de quelques boutiques de la rue de la Ferronnerie, datées du 14 mai, date précise de la mort de Henri IV, « scavoir le 14 may, en la rue de la Ferronnerie, et comme Sa Majesté passoit de son
château du Louvre pour aller en sa maison des Tournelles, remarque curieuse que je n'ay peu laisser passer et dont j'ai été premièrement avisé par M. Pavillon, avocat en la cour (t). » Sully et l'Estoile lui-même un peu avant, disent que Henri IV se rendait à l'Arsenal, et Sully, qui y demeurait, était mieux que personne à même de le sçavoir, mais il n'importe à notre objet; ce qui reste certain, c'est qu'en 1610 Henri IV avait, lui aussi, sa maison à la place Royale, et que Charles de Court devait en être encore le concierge.