‹ Archives de l'art français Documents recueil de documents inédits relatifs à l'histoire des arts en FranceChapitre 2 sur 243 · ARTISTES PEINTRES · texte numérisé non relu

ARTISTES PEINTRES

UBrun paraît n'être venu s'établir à Maincy avec sa femme que dans les derniers mois de Tannée 1658, à l'époque où la manufacture de tapisserie fut mise en activité (I). Dans l'espace de trois ans !»• le Brun (Suzanne Butay) y fut cinq fois marraine : en 1658 avec M. Valdor, résident de l'électeur, évêque de Liège (2), en 1659

première destination? Quoi qu'il en soit, c'est derrière le chevet de l'église abbatiale qu'en 1843 le hasard les fit découvrir au nouveau propriétaire, M. de Chalabre, en présence d'un archéologue parisien, M. BonnaMot, auquel je dois ces curieux détails. C'est après avoir subi ces tristes vicissitudes, après avoir été exposés queique temps dans une maison de la rue du Dragon, que, grâce à la générosité de M. de Chalabre, ces monument* sant venus, en 1845, prendre un rang important dans la collection du musée du Louvre (n** b* et 7 de la section des sarcophages, dans le livret de M. de Rougé, 3* édition, 1852). — Il faut rappeler aussi la statue antique de \' Antinous en bronze, haute de quatre pieds et demi, qui, des mains du fils de Fouquet, passa dans celles du prince Eugène et du prince de Lichtenstein, et ensuite dans celles du grand Frédéric, qui la tit mettre à Sans-Souci ; on peut au reste en voir plus an long l'histoire daus VAbecedario de Mariette, t. II. p. 259-61.

(lj Selon toute apparence l'installation a dû se faire dans les bâtiments de l'ancien château seigneurial, près desquels passe une très-belle source, et dont il reste encore un pavillon importanl, devenu dépendance d'une ferme.

(2) C'est le Jean Valdor dont il a été question dans le premier volume de ces Archives; Documents, 1. 1, p. 224-230, et aussi t. III, p. 206-208.

avec Waiel cl avec M. lleaudtain, peintre; enfin en IGttt M. et Mme le Brun tinrent sur les fon'.s de baptême, mais par fondés de procuration, le fils du sculpteur Ia gendre, qui était né ù Maincy.

Nous voyons aussi que le 1" octobre iôfiO le Brun, qu'on qualifiait alors directeur des peintures du ch&teau de Vaux, fit célébrer à Maincy un service pour ses deux frères (t), morts à Paris trois jours auparavant, le 27 septembre.

C'est ici le Heu de rapporter un document piquant, qui se rattache au séjour de le Brun à Maincy, et que nous avons trouvé dans ÏÊpUaphier de C Ile-de-France (i), à l'article de l'église Saint-Etienne de Maincy; la note est ainsi conçue : « On y voit sur le mattreautel un S. F su en no lapidé faict par feu M. te Brun, i" peintre du roy, dont l'original est h N. D. de Paris (3) ; et au-dessus du premier autel à gauche dans la nef (4) est une Madelène, qui est, à ce qu'on dit, le vray portraict de made Fouquet, fe du surintendant des finances, alors seigneur de Vaux le Vicomte. » C'est en vain que nous avons fait des recherches dans le pays pour retrouver cette peinture, disparue en 1793 et regrettable à double titre, car jusqu'ici on ne connaît pas de portrait de « haute et puissante dame Marye Magdaleine Janin de Caslille (S), » circonstance d'autant plus étonnante que sa beauté a été chantée par la Fontaine et que tous les burins de l'époque se sont occupés à porlraire son mari.

On admire encore à Vaux trois belles pages du pinceau de le

(1) Nicolas le Brun, peintre de paysages, et Gabriel le Brun, peintre et graveur, étaient alors âgés, l'un de quarante-cinq ans, et l'antre de trente-cinq. On ignorait jusqu'ici la date de ces deux morts simultanées et probablement accidentelles. G. le Brun a gravé, d'après un dessin de son frère Charles, une allégorie sur le mariage de M. et M"» Fouquet, dont les armoiries sont couronnées par le génie de l'Abondance et déposées sur un autel au pied duquel s'enlace une syrène, avec huit vers au bas.

(2) Mss de la bibl. imper., fonds dn Saint-Esprit.

(3) Peint pour les orfèvres de Paria en 1651, et gravé par Audran Cf. Mémoire* det Académicien*, I, 15.

(4) L'ancienne chapelle seigneuriale.

(5) Acte de baptême de la paroisse de Vaux le Vicomte, 20 mai 1655. (Mairie de Maincy.)

Brun : Y Apothéose d' Hercule au plafond de l'ancienne antichambre de M^'Fouquet {i\ le Triomphe de la Fidélité, au plafond de la salle de compagnie, et Morphée, sous les traits d'une femme ravissante, au plafond du cabinet du surinlendaut. C'est évidemment celui-ci que l'artiste a voulu glorifier dans les deux premières compositions : monté sur un char, qu'en traînent de fougueux coursiers, le demidieu entre dans l'Olympe, guidé par la Sagesse et couronné par rimmorlalilé; dans sa course rapide il écrase un serpent, toujours cette malicieuse allusion aux rivalités dont nous avons parlé. Quant à la Fidélité, elle est représenlée sous les traits d'une belle femme ayant un épagneul endormi sur ses genoux , elle tient une clef d'or, qui semble rappeler l'attribut des finances, et a pour cortège la Prudence, la Raison et la Force; Apollon la protège contre les attaques de l'Envie et des mauvaises Passions, en décochant ses flèches sur les monstres qui les personnifient (2).

(1) Aux deux exlrémiiés de celte salle des anges soutiennent les armes de la famille Janin de Castille. — D'azur au château sommé de trois tours d'or; pour devise : Surgit radicibus altit.

(2) Dans une note de YAbecedario de Mariette (article le Brun, t. III, p. 94) j'indiquais une lettre anonyme de trente et une pages in-4° relative a Vaux, et à propos de laquelle je prononçais le nom de Félibien comme celui de son auteur possible, en remarquant que cette lettre n'était pas la seule,etque, si Félibien ne les avait pas plus tard remises dans ses œuvres, ii était facile de comprendre qu'il eût, après la chute du ministre, laissé dans l'ombre les descriptions de ces magnificences qui avaient humilié Louis XIV. Depuis j'en ai vu une autre; il reste à retrouver la première, qui, d'après le commencement de la seconde, pourrait n'ôlre qu'une revue générale du château. Dans la seconde (in-4° sans litre de 27 pages) il entame le détail des peintures et décrit le plafond du Triomphe de la Fidélité et tous les tableaux, accessoires et ornements qui raccompagnent et servent à la décoration de la pièce. La troisième lettre (in -4° sans litre de 31 pages) est consacrée à décrire le plafond de Y Apothéose d'Hercule et le portrait de Hm* Fouquet, dont les cheveux étaient noirs (p. 27), et qui était peinte sous la figure de la Beauté accompagnée de Minerve, qui l'aide à retenir l'Amour dans les liens de l'Hymènée. Il devient de plus certain que ces lettres sont de Félibien, faisant partie d'un volume exclusivement composé d'éditions séparées et originales de différents opuscules de Félibien, même le dernier, Lettre d'un gentilhomme de province à une

La rapide disgrâce de Fouquet a privé les arts d'une peinture capitale que le Brun devait exécuter au plafond du dôme, dans le grand salon. Les ducs de Praslin m'ont assuré n'avoir jamais trouvé trace du plafond des Quatre taisons; Carie Audran n'a donc pu graver ses quatre belles planches que d'après les cartons ou une esquisse du maître. 11 existe deux états de ces gravures avec et sans la dédicace de le Brun àLouisXIY.

Enfin « M. Beaudrain (1), M« peintre à Paris, » et « honorable homme Philippe Lallement (2), maistre peintre, » ont fait acte de présence à Maincy, l'un en 1058, et l'autre en 1661 ; ils ont donc dû concourir à la décoration du château.

SCULPTEUHS.

Parmi les créanciers opposants qui figurent au procès de Fou-

dome de qualité, sur le sujet de la comète (Paris, Hichallct, 1081), qui porte à la main : par monsieur Félibien. Ce volume appartient à M. Dupler.sis, qui Ta acquis & la vente de M. Boissclier. Si on retrouvait la première lettre, on aurait le tout, car la troisième se termine par le mol fin, qui n'est pas à la seconde, et alors il conviendrait de les réimprimer, à cause du curieux détail de toutes les intentions du peintre. J'ajouterai que dans la Clélie il est fait allusion à cet ouvrage de Félibien dans les termes les plus élogieux (Cf. X, p. 11 15). — Enfin sur la question des portraits de Mm« Fouquet, je rappellerai ce passage de Guillet de Saint-Georges, dias sa Vie de Michel Anguier : « Il fit pour le cabinet de l'orangerie, à Sainl-Mandé, une Charité qui, serrant entre ses bras un enfant endormi, en a un autre à ses pieds et deux qui en sont tout proches, pour représenter madame Fouquet et ses enfants et marquer la tendresse et l'union qui régnoienl dans cette famille. » {Mémoires inédits des académiciens, t. I, p. 441.) A. de M.

(1) On a déjà vu ce nom; ne serait-ce pas celui de Beaubrun, écorché par l'inattention de celui qui tenait le registre?

(2) Il ne faut pas confondre ce peintre avec le Lallemant de Lorraine, qui fut le second maître du Poussin, et qui s'appelait Georges; le premier tableau du Mai donné par les orfèvres à Notre- Dame de Paris en 1630, était de sa main. Philippe Lallemant était de Reims; il fut reçu de l'Académie le 11 juin 1672, et mourut à quatre-vingts ans, le 22 mars 1716. {Archives, Documents, I, 367.) Il était peintre de paysages, et l'on sait leur rôle dans la décoration des galeries ; il suffit d'en citer nour exemple la galerie de Romanelli, au palais Mazarin, et celle de l'hôtel Lambert.

quel (I) il y avait déjà à noter un sculpteur, Michel Magnan ; il faut ajouter à ce nom celui de Nicolas Legendre, maître sculpteur (î), qui eut un fils à Ma'mcy , nommé Charles par*, et M'" le Brun, et celui de Nicolas Lemorl, Breton et sculpteur de vacation* qui mourut à Vaux quatre jours avant la fameuse fête; il ne devait guère être employé que pour sculpter les ornements et l'architecture, car le mot de sculpteur de vacation ne se peut entendre que dans le sens de payé à la journée.

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