‹ Archives de l'art français Documents recueil de documents inédits relatifs à l'histoire des arts en FranceChapitre 31 sur 243 · OCTOBRE · texte numérisé non relu

OCTOBRE

Extrait des procès verbaux des délibérations des

. Etats.

Monseigneur Tévêque de Rennes dit qu'il devoit

représenter à l'assemblée que cette tenue seroit à jamais mémorable par une circonstance qui la distingueroit de toutes les autres, qui est l'érection du monument que les Etats ont voulu consacrer à leur amour pour le Roy ; que le sieur Le Moine a répondu parfaitement à leur attente , tous les connoisseurs ayant admiré son ouvrage, et ne le trouvant pas même inférieur aux monuments de l'antiquité ; qu'il ne restoit donc plus aux Etats qu'à ordonner ce qu'ils jugeront à propos pour rendre cette journée plus éclatante et la cérémonie plus solennelle, auquel effet les Etats pouvoient nommer une commission, etc

175i. — 1er NOVEMBRE.

Billet de Lemoyne aux États de Bretagne.

A nos seigneurs, nos seigneurs des Etats de Bretagne.

Le sieur Lemoyne a l'honneur de représenté que louvrage de la statue du Roy finisant à la fin de la semaine prochaine, lobligations où il est de renvoyer le restant des ouvrié quy y ont travaiilié, fait qu'il supplie nos seigneur luy ordoner pour cette effet la somme de neuf cent soixante et sept livre treize sol pour le restant de ses dépenses.

Nous, commissaires des Etats de Bretagne, ordonnons, etc.

Reçue le contenu ci-desus de monsieu de la Boissier, à Rennes, ce 2 novenbre 1754.

J. B. Lemoyne, fils.

Extrait des procès-verbaux des délibérations

des Etais.

Après la lecture et signature des délibérations, le Sr Lemoine s'est, en conformité du projet que l'abbé de Landevennec (1) présenta bier aux Etats de l'ordre des cérémonies et de la marebe, présenté à la porte de l'assemblée, conduit par un officier de la maréchaussée, et conduit ensuite par le hérault des Etats devant messieurs les présidents des ordres à qui il a annoncé que tout étoit prest pour la cérémonie de la dédicace de la statue du Roy, et, après estre sorti,

Les Estats ont ordonné et ordonnent que ladite cérémonie sera faite demain, et que messieurs les

(1) Abbave aujourd'hui détruite. M. P. Levot en a récemment écrit l'histoire. Nantes et Paris, 1858, iû-8 de 71 pages.

commissaires du Roy et madame la duchesse d'Aiguillon, seront invités de s'y trouver.

La cérémonie eut lieu en effet le 10 novembre 175i(i). A leur retour dans la salle des délibérations, les États trouvèrent une lettre du duc d'Aiguillon annonçant que le roi, pour témoigner sa salisfaction des preuves d'amour et d'attachement qu'il venait de recevoir de la Bretagne, donnait deux abbayes dans l'ordre de l'Église, l'agrément de deux compagnies de cavalerie ou de dragons et quatre places de garde de la marine dans l'ordre de la Noblesse, et l'annoblissement pour deux membres du Tiers. L'artiste aussi reçut sa récompense ; elle lui vint des États.

Extrait des procès-verbaux des délibérations

des Etats.

Monseigneur l'évêque de Rennes a dit ensuitte qu'il croioit estre au moment de devoir présenter à la noblesse et à la générosité des Etats le sieur Le- Moine, qu'ils avoient chargé de faire le monument de la statue du Roy, qu'au jugement de tous les connoisseurs, françois et estrangers, cet habile artiste

(1) On en peut voir le récit dans les Monuments à la gloire de LouUXV, de Patte, p. 152-5; il est précédé de l'hisloirede la statue et accompagné de quatre planches; celle qui représente l'aspect du groupe est de N. Lemire.

avoit parfaitement répondu à l'attente des Etats, lequel, après avoir reçu les applaudissemens du public, espéroit ceux de l'assemblée, et de reçevoir des marques de sa satisfaction, sur quoi délibéré,

Les Etats ont accordé et accordent audit S. Lemoine la ^omme de cinquante mille livres, dont il sera fait fonds dans la présente tenue, et qui sera en conséquence allouée et passée à leur trésorier dans la dépense de ses comptes, en raportant par lui la quittance au soutien.

te

Mémoire sur les médailles qui doivent être frapees à ^occasion du monument que les Etats ont fait ériger dans la ville de Rennes.

Les Etats ayant ordonné qu'il seroit frapé des médailles à l'occasion du monument qu'ils viennent de faire ériger, il ne peut estre question que de déterminer le coin, la grandeur de la médaille et de fixer l'état de distribution qui doit s'en faire.

La face d'une médaille frapée à l'occasion d'un monument ne peut estre que la représentation du monument mesme, et l'inscription doit estre au revers.

Il faudra deux quarrés de différents diamètres, le premier de 28 lignes, le second de 18. En donnant

une épaisseur proportionnée à la surface, la médaille d'or de 28 lignes de diamètre pèsera six onces et celle d'argent quatre onces. L'or du balancier étant à 101 liv., et l'argent à 9 liv., chaque médaille reviendroit à 606 liv. en or et à 36 liv. en argent.

La médaille de 18 lignes de diamètre pèsera en or deux onces demi gros, et en argent une orice et un gros; ellecouteroiten or 210 liv. et en argent, 10 liv .

Quant aux médailles de bronze, le prix se règle par leur grandeur et nullement par la matière, le métal étant la moindre dépense.

Chaque médaille de bronze de la première grandeur coûtera 8 à 9 liv. et 2 liv. 10 s. de la seconde.

On en frapera en or, en argent et en bronze. Ces dernières sontd'autantplus indispensables, que ce sont les seulles qui immortalisent les événements. Le besoin ou l'avarice font périr presque tous les monuments dont le métal est précieux ; il n'existe pas aujourd'huy la vingtième partie des médailles d'or du sacre du Roy, et la beauté des Varains *, qui égaloient ce que l'antiquité a de plus parfait, ne les a pas empesché de disparoître presque tous dans l'espace d'un siècle.

A l'égard de l'état de distribution, il est de la gloire

(1.) Jean Warin, graveur général des monnaies, né à Liège en 1604, mort à Paris, le 20 août 1072. — Cf. les Archiva, Documents, I, *87-300.

des États qu'il soit donné des médailles à ceux qui, par leur rang ou par leurs services, sont en droit d y prétendre, mais il est aussi de la dignité des Etats d'en déterminer le nombre, pour que Ton connoisse tous ceux qui auront part à cette distribution, et qu'ils en ressentent d'autant mieux le prix.

La commission est d'avis qu'il soit frapé vingtneuf médailles d'or de grand modèle, qui seront présentées conformément à l'état de distribution qui suit :

Au ROY; — à la Reine ; — à M. le Dauphin ; — à made la Dauphine ; — à M. le duc de Bourgogne ; — à M. le duc de Berry ; — - à Mad° fille de M. le Dauphin; — à Made Infante, duchesse de Parme; — à l'Infani dom Philippe, duc de Parme ; — à Made Adélaïde; — à Made Victoire ; — à Mad° Sophie; — à Made Louise ; — au roy de Pologne ; — à S. A. S. Mgr le duc de Penthièvre, gouverneur de cette province; — à M. le duc d'Aiguillon, commandant en chef; — à M. l'évesque de Rennes, président de l'ordre de l'Eglise; — à M. le duc de Rohan, président de l'ordre de la Noblesse ; — à M. le duc de la Trémoille; — à M. le comte de Lannion ; — à M. le sénéchal de Rennes, président de l'ordre du Tiers ; — à M. le chancelier ; — à M. le garde des sceaux; — à M. le comte de S'-Florentin, ministre secrétaire d'Etat de cette province; — à M. le comte d'Argenson, ministre et secrétaire d'Etat de la guerre ; — à

M. Rouillé, ministre des affaires étrangères (1) ; — à M. le contrôleur général ; — à M. Damilly, premier président; — à M. le Bret, intendant.

Total 29 médailles d'or.

Toutes les médailles d'or comprises en cet état de distribution seront présentées par MM. les présidens des ordres. On donnera une médaille d'argent et une médaille de bronze du même grand modelle à toutes les personnes à qui les Etats destinent des médailles d'or.

A l'égard des médailles de 18 lignes de diamètre, la commission est encore d'avis qu'il en soit frapé onze cens d'argent pour estre distribuées à tous les commissaires du Roy, aux [trois ordres des Etats, députés et aggrégés de la présente tenue de \ 754, à tous les officiers des Etats, à tous les membres du Parlement, et aux personnes distinguées qu'il plaira aux Etats d'en gratifier; on donnera aussi une médaille de bronze frapée au même coin à toutes les personnes à qui les Etats destinent des médailles d'argent.

On donnera de plus une médaille de grand bronze à chaque député des chapitres et communautés pour estre déposées à perpétuité dans tous les chapitres et hôtels de ville de Bretagne.

On déposera aussi six médailles de grand bronze et six de petit bronze au greffe des Etats.

(1) Cf. YÂbecedario de Mariette, IV, 68, à la note.

La distribution se fera au greffe des Etats lorsque les premières auront été présentées au Roy. Prix des médailles ordonnées par les Etats :

Pour le grand coin, cy 4,000 liv.

Pour le petit coin, cy 2,500

Pour les vingt-neuf médailles d'or du

grand coin, à 606 liv. chacune, cy, 17,574 Pour les 29 médailles d'argent du grand

coin, à 36 liv 1,044

Pour les 1100 médailles d'argent du

petit coin, à 10 liv., cy 11,000

Pour les 1,100 médailles du petit

bronze, à 2 liv. 10 s., cy 2,750

Pour les 100 médailles de grand bronze 900

39,768 liv.

Arrêté par nous, commissaires des Etats à Rennes, le sept novembre mil sept cent cinquante-quatre. Vabbém Cicé (1), du Bois de Lamotte, Mas son chanoine, Villemàih Souvestre.

Cela fait un total de 2,358 médailles; Patte accuse un chiffre plus élevé. « Les Etats, désirant perpétuer la mémoire du sujet de cette fêle, avoient ordonné que Ton frappât trois mille médailles, tant en or qu'en argent et en bronze, qui fureot distribuées dans l'assemblée. Elles représentent d'un côté le buste du roi, vu de

(1) Champion de Cicé dernier abbé commendatairo de Lande- ▼ennec. Levot, p. 50.

T. VI, 11

profil, avec la légende ordinaire, et de l'autre le monument élevé par la ville de Rennes, avec les mots Ludovico rediiivo cl Iriumphanli. » Enfin il ne faut pas omettre de mentionner que les jetons des Etats de Bretagne, pour la tenue de 1754, reproduisirent au revers, comme l'avait fait la médaille, l'œuvre de Lemoyne, avec la légende : lud. XV redivivo cl triumphanliy de môme que ceux de la tenue de 1695 avaient reproduit la statue équestre de Louis XIV, œuvre de Coyservox.

Alfred IUmè.

ABRAHAM-LOUIS VANL00,

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