‹ Archives de l'art français Documents recueil de documents inédits relatifs à l'histoire des arts en FranceChapitre 33 sur 243 · STATUTS · texte numérisé non relu

STATUTS

DE LA CORPORATION DES PEINTRES DE ROUEN ET DE LEUR CON- FRÉRIE DE SAINT-LUC DANS i/ÉGLISE DE SAINT-HERBLAND, AVEC LES LISTES DES MEMBRES DE LA CORPORATION VIVANTS EN 1713, DE SES GARDES DE 1700 A 1713, ET CELLE DES MAITRES DE LA CONFRÉRIE DE 1631 A 1714.

On a publié en Ilalie, surtout dans le Carteggio du docteur Gaye, plusieurs statuts de corporations de peintres. En France, nous ne possédions jusqu'à présent que ceux des peintres de Paris, de 1301, publiés d'abord dans le livre des statuts de l'Académie de Saint- Luc, — ce qui se trouve dans le livre des métiers d'Etienne Boileau n'en est que le résumé,— et ceux des peintres de Lyon, de 1498, publiés dans le XXe volume des Ordonnances des rois de France. Ceux des peintres de Rouen, à peine postérieurs à ceux-ci, puisqu'ils sont de 1307, n'étaient pas connus comme ils méritent de l'être. Ils ne sont pourtant pas inédits, et ce qu'on va lire n'est qu'une réimpression exacte d'une plaquette in-8°, de 35 pages « de l'imprimerie de Ph. P. Cabut, rue* du Bec, proche la messagerie de Paris, MDCC.XV, » dont je dois la connaissance et la communication à M. André Poltier, le savant et obligeant conservateur de la bibliothèque de Rouen. Mais, pour avoir été imprimés, ils n'en étaient pas moins si inconnus et si rares que, lorsque M. Ouin -Lacroix a fait paraître en 1850 son Histoire des anciennes corporations de métiers et des confréries religieuses de l'ancienne capitale de la Normandie, les statuts de 1507 n'occupaient dans sou appendice que quatre colonnes, et le texte qu'il en donne, d'après une copie manuscrite conservée aux archives du déparlement de la Seine-Inférieure, est beaucoup plus court que le nôtre et dépourvu des noms des maîtres; depuis, M. Deville, dans ses Comptes de Gaillon,) a seulement fait allusion, en disant que deux des peintres cités par lui figuraient dans les statuts de 1507. Quant à la confrérie établie par

les peintres eu 1631, M. Ouin-Lacroix (Cf. p. 504, sa liste générale des confréries à l'article Saint-Herbland ) ne l'a pas connue. Celle omission dans l'ouvrage tout spécial d'un auteur aussi consciencieux et aussi abondant en recherches et en renseignements, montre jusqu'à quel point le livre que nous réimprimons a disparu, puisqu'il a pu échapper a des investigations aussi complètes que l'oni été celles de M. Ouin-Lacroix, et son silence sur ce point montre comment nous avons dû nous départir de notre règle ordinaire, et donner dans les Archive» la réimpression d'un imprimé où figurent les noms de Saint-Igny, des Jouvenel, de Sacquespée, et les noms tout à fait inconnus de quatorze peintres rouennaisdu seizième siècle.

11 y aurait bien des choses à faire remarquer à propos de ces statuts et de ceux de Lyon; mais ici une seule remarque suffira, parce qu'elle contient en germe toutes les autres, c'est combien — à deux siècles de dislance des statuts de Paris, près d'un siècle et demi après la découverte qui porie le nom de Yan-Eyck, découverte qui, en changeant les conditions de la peinture, y amène la prépondérance complète de la main de l'artiste, de l'œuvre intellectuelle sur les matières employées et sur leur valeur intrinsèque, — ces statuts de Rouen restent encore dans les anciennes traditions, dont ils montrent la vitalité contemporaine. Si le mot d'huile n'était pas prononcé, il semblerait que rien ne soit changé. Toutes les prescriptions ou à peu près ne s'attachent qu'à la qualité, qu'à la loyauté marchande des matières employées, ne se rapportent qu'à la décoration des murailles par la peinture d'ornementation, qu'au coloriage complet des figures sculptées en bois ou en pierre. Celle question de la couleur appliquée à l'architecture et à la sculpture est loin d'èlre encore traitée définitivement, et la durée de cet usage a été beaucoup plus longue qu'on n'aurait été porté à le supposer ; pour l'architecture, la découverte encore récente et la restauration des peintures de ce genre faites à Saint-Eustaehe, au commencement du dix-septième siècle; pour la sculpture, je cite cet exemple parce que je l'avais récemment sous les yeux, la jolie pelile vierge en terre dite de la collection de M. Grésy, qui est contemporaine de Guillain et de Sarrazin, c'est-à-dire du règne

de Louis XIII, f-t dont les chairs comme les élégants vêtements sont miniatures complètement et avec une délicatesse et une sûreté qui excluent toute idée de barbouillage postérieur; — montrent au contraire la généralité encore vivace de l'usage, on ne fait aussi bien que ce qu'on ne fait pas à l'état unique, et font voirquc ee goût a mis bien longtemps à s'effacer devant le nouveau. Les statuts des peintres de Rouen seront une des pièces et une des pièces importantes de la question ; en dehors des noms qu'ils révèlent, ce m'était une raison de plus de leur donner place dans les Archive»,

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