‹ Archives de l'art français Documents recueil de documents inédits relatifs à l'histoire des arts en FranceChapitre 43 sur 243 · PEINTRE · texte numérisé non relu

PEINTRE

Notice biographique par H. Porto, communiquée par M. le docteur Pons.

Monsieur,

Quand je reçus, il y a à peu près trois ans, les livraisons des Archives de l'art fronçait renfermant la correspondance des intendants de la marine à Toulon avec Colbert et Seignelay, correspondance si précieuse pour les renseignements qu'elle nous donne sur le grand Puget et sur beaucoup d'autres artistes employés au port de Toulon, de 1662 à 1682, je remarquai, au bas de la page 232, une petite note relative au peintre J. B.dela Rose, dans laquelle notre ami M. de Chen nevièn s exprimait le désir de voir publiés soit par M. Henry, soit par M. Roux Âlphéran, soit par moi, les manuscrits du pire Bougerel, que M. Porte, leur possesseur , n'avait point publiés de son vivant, et dans lesquels, avait-il dit lui-même, devaient se trouver sur de la Rote de nombreux renseignements. Je ne pouvais répondre à cet appel, car je savais que les manuscrits n'étaient plus à Aix, et je regrettai beaucoup, à mon tour, de n'y avoir pas cherché, alors que M. Porte me les communiquait de si bonne grâce, ce qui avait trait à notre artiste ; mais l'année dernière, à l'occasion des quelques mots que lui consacre M. de Chenneviiret dans le Catalogue de set dettint exposés au musée d'Alençon, il me vint à l'idée que je trouverais peut-être la biographie de ce peintre parmi les nombreuses vies d'artistes provençaux que M. Porte s'était occupé à rédiger dans les dernières années de sa vie, et dout les matériaux étaient, pour la plupart, puisés dans les manuscrits du P. Bougerel; je me mis donc à sa recherche et fus assez heureux pour la rencontrer T. vi. 15

Je vous adresse aujourd'hui, monsieur, celte biographie, pensant qu'ello pourra élre agréable aux amateurs de nos peintres provinciaux; je voulais tout d'abord, à cau>e de quelques longueurs, ne vous en envoyer qu'un simple extrait, mais je me décide h vous la copier textuellement, convaincu que je suis que le travail de M. Porte n'est lui-môme qu'une copie à peu près textuelle de l'article de Bougcrel.

J'ai bien souvent cherché ci dans nos cabinets d'Aix je ne trouverais pas quelque peinture authentique de de In Rose; j'eusse joint volontiers à sa biographie la description de quelqu'une de ses œuvres venue jusqu'à nous, et l'appréciation que je me serais permis de faire de la valeur artistique de ce peintre, qui dut avoir un réel mérite, d'après le témoignage de ses contemporains; mais toutes mes recherches ont été vaines; je n'ai rencontré jusqu'à ce jour, de lui, ui tableau ni esquisse.

J'espère vous envoyer sous peu un travail sur un autre artiste du port de Toulon, le sculpteur Bernard Toro ; j'allais vous l'adresser au commencement de l'année, quand une lettre de M. Léon Lagrange m'a arrêté tout court, en me transmettant un fait entièrement contraire à d'autres, eu apparence incontestables; il faut donc que j'en finisse avec celle difticulté et que je mette tous les chiffres d'accord; j'aimerais évidemment mieux refaire tout mon siège que de vous donner un siège qui ne fût pas vrai d'un bout à l'autre; ce Bernard Toro, qui fut certainement un des plus habiles ornemanistes et sculpteurs en bois qui aient travaillé en France, qui eut une manière pleine de distinction et d'élégance, et tellement originale qu'elle ne saurait être confondue avec aucune autre, est, quant à sa biographie, un véritable Prolée; il m'échappe aussitôt que je crois le tenir.

Veuillez agréer, monsieur, l'assurance de ma parfaite considération.

Votre tout dévoué,

Pons.

JEAN-BAPTISTE DE LA ROSE, peintre.

Pendant les guerres de la Ligue, un Parisien nommé Jean de la Rose quitta la capitale pour aller habiter Marseille ; il s'y maria avec Marguerite Crivelly en 1612, et en eut un fils qu'il appela Jean- Baptiste; ce fut son seul enfant; Jean -Baptiste était encore fort jeune lorsque la mort lui ravit son père et sa mère; heureusement pour ce pauvre enfant, il lui restait une tante, sœur de sa mère, qui l'accueillit comme son propre enfant et lui fit apprendre les principes du dessin, pour le placer plus tard chez un orfèvre; Jean-Baptiste, poussé vers la peinture par un penchant naturel, résolut de s'y perfectionner pour en faire sa profession ; il s'adonna donc entièrement à cet art.

Lorsque la guerre entre Louis XIII et le duc de Savoie eut éclaté, Jean-Baptiste de la Ho&e, oubliant sa résolution, s'engagea comme volontaire dans l'armée française; il assista au siège de Casai (1), où il fut blessé à la cuisse; à peine guéri, notre jeune homme alla à Rome, où il put admirer les belles sculptures qui y abondent ; cependant son attention se portait préférablement à la peinture, et l'amour qu'il portait à cet art lui fit entreprendre plusieurs copies des plus

(1) Le siège de Casale par les Espagnols est de 1029.

beaux tableaux de Rome ; après un court séjour, de la Rose se mit en marche pour retourner en France; en traversant les montagnes du Piémont, il fut attaqué par des bandits, qui le dépouillèrent de son mince bagage et même de ses vêtements, car ces brigands le laissèrent en chemise. Dans un pareil pays, où il ne connaissait personne, de la Rose se vit près de périr de misère et de faim ; il s'achemina comme il put jusqu'aux frontières, où heureusement se trouvait un curé de sa connaissance, qui fournit à ses besoins; par l'effet des soins affectueux de cet ecclésiastique, il put bientôt continuer sa route et arriver à Marseille. Alors, reprenant sa palette, il peignit quelques tableaux, soit à Marseille, soit à la Ciotat; la révélation de sa spécialité dans la peinture fut due au pur hasard, qui bien souvent fixe la destinée des hommes; le hasard donc l'ayant fait loger sur le port, il avait souvent l'occasion de remarquer les effets de l'eau frappée des rayons du soleil, ce qui le remplit d'admiration; dès lors il se sentit entraîné vers la peinture des marines et y fit des études sérieuses ; ce n'étaient là que de simples essais, après lesquels il commença à peindre, avec un grand goût, des tableaux de marine qui eurent du succès.

Lors de l'arrivée de Louis XIV à Marseille (i) le car-

(!) En 1060.

dînai Mazarin, ayant ouï parler du mérite âede la Rose, alla à son atelier, accompagné de plusieurs seigneurs de la cour; il fui très-satisfait du talent du peintre et en parla au roi, qui fit commander à l'artiste un tableau de grande dimension, dans lequel devait être représentée une partie du port; le roi voulut que, d'un côté, on vit la Réale et plusieurs vaisseaux, et de l'autre la citadelle, ainsi que les seigneurs de la cour ; ce tableau avant été ensuite envoyé à Paris, plut tellement à Mazarin, que ce cardinal le fit placer dans son appartement ; il engagea le roi à commander à de la Rose une répétition de cet ouvrage en un format plus considérable , afin de pouvoir y représenter la majeure partie de la ville de Marseille. Les intendants des bâtiments du roi demandèrent à Sa Majesté de mander de la Rose à Paris, pour travailler aux appartements du Louvre ; cette demande ayant été favorablement accueillie, il fut résolu de lui accorder le brevet de peintre du cabinet du roi, et le chevalier de Clerville se chargea de solliciter la somme nécessaire pour le voyage ; il fit part à de la Rose, dans une lettre écrite de Paris, le 22 octobre 1660, de tous ces détails ; mais la mort du cardinal détruisit ce brillant avenir; Colbert, successeur de Mazarin, avait tourné ses vues vers la marine, qu'il voulait rendre florissante ; parmi les nombreux artistes envoyés à Toulon pour confectionner les vaisseaux de la marine royale figuraient Pierre Puget, en qualité d'in-

specteur pour la sculpture et l'architecture des vaisseaux, et Jean- Baptiste de la Rose, pour la peinture et la dorure ; notre artiste montra un si grand zèle, en exerçant ses fonctions, que les intendants firent plusieurs fois augmenter ses appointements et obtinrent des gratifications fréquentes en sa faveur. Quoique l'inspection dont il était chargé occupât la majeure partie de son temps, de la Rose en trouvait toujours pour peindre des tableaux de marine, qu'on lui demandait de partout ; il en fit deux pour le duc de Beaufort, à la table duquel il était quelquefois admis, six pour le duc de Lesdiguières, dont quatre avaient douze pieds de longueur sur une largeur de huit pieds ; il en peignit aussi pour MM. Colbert, Sepgnelajf, d'Estre'es, de Tourville, les cardinaux de Bouillon, de Vendôme, etc.

On peut croire que le célèbre peintre le Brun professait une haute estime pour les tableaux de de la Rose, à en juger par les phrases suivantes, qu'il lui écrivait de Paris, le 17 juillet 1682 :

« Il n'y a pas longtemps qu'étant avec M. le marquis de Seigeulay, je vis un tableau que vous lui avez envoyé, que je trouvai très-beau ; j'eusse bien souhaité qu'il en eust conneu la beauté comme moy, afin que la récompense eust suiui le mérite de l'ouurage. »

Une seconde lettre porte également l'attestation de l'estime particulière que portait aux productions de

notre artiste un autre peintre appelé de Troy, résidant à Toulouse ; elle est écrite par dom Lehoux, chartreux de cette ville, le 14 novembre 1686, au sujet d une marine que de la Rose lui avait envoyée : « Il était juste, lui écrivait ce religieux, que j'altendisse longtemps ce précieux objet, mais il ne Tétait pas moins que, pour me le procurer, vous ménageassiez des moments dont le public profite avec autant de plaisir que d'utilité ; M. de Troy, peintre de cette ville, et qui vaut bien son frère, établi à Paris, est venu lui-même tendre la toile sur le châssis, et, après l'avoir longtemps examinée, il m'a demandé la permission d'y revenir, ce que je lui ai accordé, d'autant plus volontiers qu'en lui procurant celte satisfaction, j'augmente ma reconnaissance pour les belles choses qu'il m'a dites de votre tableau, etc. »

Jean-Baptîste de la Rose peignait aussi l'histoire; mais il n'y eut pas les succès qu'il avait obtenus dans ses tableaux de marine.

Voici le portrait que fait de lui le P. Bougerel, auquel nous avons emprunté les détails que nous venons de donner : « De la Rose avait une physionomie heureuse; il était grand et maigre ; on trouvait en lui la candeur et la simplicité de nos pères; il était naturellement silencieux et pensif; il ne perdait aucun moment et aimait la lecture; doux, facile, complaisant, charitable, il était aussi bon chrétien qu'excellent peintre. »

De la Rose mourut à Toulon, à l'âge de soixantequinze ans, d'une maladie de poitrine, le 20 février 1687; il s'était marié deux fois et avait eu plusieurs enfants de ses mariages; sa seconde femme, qui était de Marseille, s'appelait Anne Mazuri y Pascal de la Rose, qui succéda à son père dans son emploi, était né de ce second mariage.

ISAAC MÛILLON

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