ET DE SCULPTURE
SCR L'AVÈNEMENT D'HENRI IV A LA COURONNE DE FRANCE, EXPOSÉ AD SALOS DU LOUTK Et» 175J.
Nous copions cette description manuscrite sur deux feuillets in-folio mis et pliés à la suite d'un exemplaire de l'Ode snr la peinture de Baillet, et de la Lettre a un ami sur le salon de 1733, conservé à la bibliothèque de l'Arsenal. Dans les Mémoires de l'Académie de Stanislas, M. Georges Duplessis a réimprimé de méchants vers d'un certain B. D. R. sur le tableau allégorique, peint par Dclobel, de la réunion de la Lorraine à la France (1). Notre pièce s'ajoute à sa plaquette, et nous renvoyons à son relevé des tableaux exposas par Delobel. Ce n'était qu'un artiste médiocre, mais la d-scription de son dernier tableau, qui avait, d'après le livret, quaire pieds et demi de haut sur huit pieds et demi de large, peut servir à le faire reconnaître, et c'est pour cela que nous la reproduisons. A. de M.
Henry, fils d'Antoine duc de Vendôme, aîné de l'auguste branche des Bourbons, et de Jeanne d'Àlbret, reine de Navarre, descendoit en ligne directe de Robert, comte de Clermont, dernier fils de saint Louis.
La France qui, sous le règne de François Ier, avoit
(t) Tiré à part à 50 exemplaires. Paris Dumoulin, 1833, in-8°.
porté la gloire et la perfection des arts et des sciences à un haut degré, est représentée dans un profond accablement, assise auprès de la statue de Minerve, qui tient entre ses bras le buste de François Ier, le restaurateur et le père des lettres. Le douloureux abattement de la France procède de l'horreur des guerres civiles qui la déchirent.
L'Heureuse Fortune lui aparoit dans cette situation. Cette déesse, appuyée sur sa roue, répand ses trésors, et fait connoître à la France, en lui montrant le portrait d'Henry, qui doit être son nouveau roy, que, sous le règne de ce prince et de ses descendants, elle va devenir plus puissante et plus florissante qu'elle n'a jamais été.
La Fécondité, qui suit l'Heureuse Fortune, présente prophétiquement àla France les descendants d'Henry, qui régnent non-seulement sur elle, mais sur l'Espagne, sur Naples et sur plusieurs autres parties de l'Italie.
L'Art et la Science, distingués par leurs attributs, semblent reconnoître dans les signes qui présideront à la naissance des princes futurs, nos monarques, le caractère d'étonnement et de vénération qui avoit annoncé la naissance de Charlemagne et de François Ier.
Le portrait d'Henry, soutenu par un guerrier,, dont l'épée, entortillée d'un serpent, caractérise la valeur et la prudence du nouveau monarque, vertus aux-
quelles il ne devoil pas moins la déroute de ses ennemis et raffermissement de son sceptre qu'à ses droits, qu'on ne pouvoit luy disputer sans crime.
La Religion, dont les divins mystères sont impénétrables, lève son voile pour se faire connoitre au monarque. Elle tient THeresie terrassée par un rayon lumineux dardé du vase sacré qu'elle présente.
La Paix et la Justice, qui se voyent auprès de la Religion, annoncent que le règne des Bourbons les fera triompher toutes trois.
Quelques-unes des principales vertus d'Henry sont caractérisées par plusieurs figures placées sur les nues.
La Bénignité du prince est reconnoissable à la figure d'une femme richement vêtue qui, par sa tête ceinte d'une couronne surmontée d'un soleil et par les pommes de pin qu'elle tient à la main, exprime, en ouvrant les bras, le bon accueil et la généreuse protection du roy.
Le choix que Sa Majesté sçavoit faire des hommes du mérite le plus distingué, est personnifié par une femme tenant un livre et un flambeau, dont la lumière vive et brillante manifeste l'esprit de pénétration qui animoit Henry IV. Cette figure groupe avec une autre qu'on reconnoit, à un riche plan et à une palme, pour la Magnificence qui étoit naturelle à ce grand roy.
La Clémence, qui a toujours été la compagne de ses victoires, se trouve sous l'emblème d'une femme qui a pour attribut un iyon, une pique et un dard.
Le Victoire, proche du roy, tient des lauriers et plusieurs palmes, preuve qu'elle ne Ta jamais abandoné en trois batailles rangées, en 35 rencontres ou chocs, en 1 10 combats et en 300 sièges.
Hercule, dans le bas du tableau, annonce par la défaite de l'hydre que le roi a vaincu tous ses ennemis.
Le fleuve de Seine et la Marne, qui groupent dans cet endroit, expriment la joye que leur inspire le triomphe de Sa Majesté ; la couronne de fleurs et une ancre, attribut du bien public, caractérisent la félicité de la France.
On voit dans une extrémité de ce tableau uu orage violent fondre sur Saint-Cloud pour caractériser l'horreur qu'a le ciel de l'assassinat commis en la personne d'Henry III, dernier prince de la branche des Valois, en 1589.
L'arc-en-ciel, simbole de la paix, fait naître la juste espérance que la France, par la sagesse du gouvernement de ses roys qui prendront Henry pour modèle, sera toujours supérieure à ses ennemis.
La Renommée vole et va publier au reste du monde le bonheur et la gloire de la France, que l'heureux et glorieux avènement de l'installation de la branche des Bourbons sur le thrône de leurs ancêtres fait passer du sein des malheurs les plus accablants au comble de la félicité et de la grandeur.