NICOLAS POUSSIN
Oq comprend que nous eussions à cœur, en commençant notre recueil, d'en solenniser la première page par quelque souvenir du plus grand artiste, qu'ait vu naître la France. Je me suis tout d'abord adressé à Thomme, que je savais dévoué tout entier, par patriotisme local, aux recherches sur la personne et la famille de Nicolas Poussin. M. de Ruville, toute la Haute-Normandie le sait, prépare, au moyen d'immenses matériaux, une histoire des Andelys, et dans cette histoire de leur patrie commune, le Poussin occupe un chapitre capital. La question généalogique du Poussin et do toutes ses parentés y sera éclaircie avec toute l'étendue désirable. Il n'y manquera que la pièce si importante de son acte de naissancCi à laquelle il faut renoncer, puisque lesacles de juin 1594, mois delà naissance de Nicolas Poussin, manquent dans les registres civilsreligieux des Andelys. M. de Ruville a bien voulu me laisser transcrire, dans ses riches documents de toute sorte, deux précieuses dates de la première jeunesse du Poussin, dont la dernière correspond avec celle des leçons qu'il reçut de Quintin Yarin, — et un
acte de vente, dont il possède Tautographe, où figurent le père et la mère de Nicolas (déjà alors, 1613, enfui vers Paris). Ce marché notarié offre à faire cette remarque intéressante, c'est que (il en faut pourtant bien croire les affirmations de FélibienetdeBellori), Jean Poussin, dans un acte solennel, n'est aucunement qualifié de messire, ni de noble homme, ni d'aucun titre enfin qui indique la moindre origine nobiliaire ; sans doute la médiocrité de sa fortune le forçait à cette humililè. Noua nous déclarons, encore une fois, très-vivement obligé à M. de Ruville de ces deux communications, qui vont faire à notre volume un frontispice tout piquant et nouveau.
(Registres baptismaux des Andelys.)
L'an 1609. — Le jeudi VI dudit mois (août) Nicolas
fils de Piere Varin (1 ) et de Michelle Guérin, P. et M. (Parain et Maraine) NicoUas Pouchin et Charlotte Dujardin.
L'an 1610. — 13 (février) Ysabeau fille de Jehan
Delaisement et PereUe sa femme. P.
et M. Nicollas Pousin et Ysabeau Lefebre.
Bu XXIX* septembre MVr et traize (1613) à Andely, devant Dieupart nottaire présence de témoings.
Furent présents en leurs personnes Jehan Pouchin
(1) Ce nom pourrait faire penser à tort au maître de Nicolas Poussin. Quentin Varin était de Beauvais en Picardie; arrivé aux Andelys en 1610, il n'y fit qu'un rapide séjour de peintre nomade, juste le temps peut-être d'y exécuter le curieux tableau, signé et daié, ou'a conservé de lui l'église des Andelys. -^ Le jaom de Varin est d'ailleurs fort commun aux Andelys et dans leurs environs.
et Marie Delmsement (1) sa femme de luy deuement autorisé. Lesquels ont ensamblement vendu cédé et transporté à Nicollas Farain laboureur demeurant a Vttlers présent aceptant cest assavoir vingt perches de terre ou envirron La pièce comme elle se comporte as«9e à YiUers triege du Camp Valot b. (bornée) d'un coté Quentin David a cause de sa femme d. c. {d'autre côté) Pierre Le Tellier. d. b. ((Tun bout) la terre de N^^ I^me d'Ândely et d. b. (éCautre bout) le chemin qui va à la Croix rompue tenue du fie (fi<^f) de Villers franche de. rente la vendue fuitte par le prix et somme de seize livres tour, avec trente solz.
Venant le tout présentement paie en monnoie aiant court dont les d. vendeurs se sont tenus pour comptant promettant garantir au d. Farain le d. héritage comme dessus sur Tobligation de tous leurs biens en présence de Pierre Lescuier dem* à Villers et Pierre Besnier masson dem* en la paroisse de Guisenier.
iwLkn Poussin.
WOICT
(La marc de la d. Delaise*.)
Au-dessous de la marque de Marie Delaisement, se trouvent les marques des deux témoins Lescuier et Besnier. La signature de
(1) Marie de Laisement, dont nous venons de voir le fils servir de parrain, trois ans plus lot, à un enfant de son nom, sa nièce peutêtre on sa cousine, était, nous apprennent les biographes de Nicolas Prousaîp, ¥euv« d'un procureur de la ville de Vernon, quand elle épousa Jeaa Poussint après la prise dei cette ville.
Jean Poussin est très-bien écrite, en caractères bien ouverts et bien lisibles, presque dignes du notaire lui-même.
De Tenfance du plus grand des peintres français, nous passons brusquement à sa mort.
LETTRE ( d'une ÉCRITURE QUI RESSEMBLE A CELLE DU P. QUSS- NEL) à l'abbé CLAUDE NICAISE, CHANOINE DE LA SAINTE-CHA- PELLE DE DIJON.
(Correspofidance de V abbé ^icxiSE T. /K, lettre^. — Biblioth. nation, suppl. franc, n^ 1958.)
Rome le 24 novembre 1665.
Je n'ay rien a vous mander sinon la triste nouvelle de la mort de l'Apelles de ce siècle l'illustre M. Poussin. Il fust enterré vendredy a S* Laurent in Lucina, ou assistèrent tous les vertueux , architectes» peintres et sculteurs; je me trouvé parmi eux. Il y avoit deux prélats signalés monsieur Salviati et un autre. On me fist rhonneur de me donner un cierge aussi bien qu'à eux; il a esté plus de six semaines languissant et quasi à l'agonie je vous enveyeray par le prochain courier lépitaphe qu'on luy a faicte...
(Voir sur cette longue agonie et les obsèques du Poussin, les détails oculaires donnés par Bellori, et qui s'accordent textuellement avec ceux-ci.) Le Poussin était mort chrétiennement le 19 novembre 1665, sur Fheure de midi, à Tâge de 71 ans et cinq mois. Ce 19 novembre était un jeudi, puisque le lendemain matin, que nous trouvons ici être un vendredi, « le cadavre fut porté dans Téglise paroissiale de San Lorenzo in Lucina, et élevé sur la civière des morts; l'Académie romaine de Saint-Luc prit part & cette cérémo-
nie, ainsi que les autres peintres et nationaux qui assistèrent à la messe chantée et aux prières du Requiem^ comme c*est Tusage, avec des cierges allumés dans les mains «>
(Correspondance de Tahhé Nigaise, chanoine de la Sainte^Chapelle, à Dijon^ T. IV. lettre 2*.)
C'est avec une sorte de regret que nous publions cette lettre du beau-frère de Nicolas Poussin. Malgré les grandes circonlocutions de Jean Dughet, et les raisons spécieuses dont il enveloppe sa proposition, nous sommes affligés (le lecteur sera peut-être plus indulgent que nous] d'y entrevoir une exploitation du grand nom du Poussin. Les détails qu'il donne sur les notes manuscrites, laissées par Nicolas Poussin, sont d'ailleurs extrêmement précieux, bien qu'ils ne s'accordent guère avec ce que lui-même avait écrit à une autre époque. Pourquoi Félibien, qui a certainement eu entre les mains le testament, que Poussin recommandait avec tant d'instance à l'amitié de M. de Ghantelou, danssa lettre du 16 novembre 1664, pourquoi Félibien , au lieu de nous nommer isolément les légataires de la famille des Ândelys, n'a-t-il pas cité la pièce entière, ou du moins ne nous a-t-il point fait connaître comment s'étaient distribués les cinq à six mille écus laissés par Poussin aux parents de sa femme ; dans quels termes enfin il léguait à Jean Dughet, ses papiers, dessins, estampes et fragments antiques, tout son mobilier d'artiste en un mot; la chose en valait bien la peine. Plus de douze ans après la mort de Poussin, nous trouvons son beau-frère possesseur et vendeur, hélas ! de toutes ces richesses. Quelque répugnance que nous éprouvions à le voir se séparer de cet héritage sacré avant sa propre mort, nous sommes pourtant obligés de reconnaître l'attachement fidèle, que ce Jean Dughet avait montré toute sa vie pour son glorieux allié. Frère cadet du Guaspre, mais d'un caractère moins sauvage que lui, il se contenta d'être l'humble satellite de cet astre qui faisait resplendir leur maison. Ges pauvres Dughet devaient fêter, avec un singulier bonheur, le jour où le
jeune peintre des Andelys était venu frapper à leur porte à Ronie. Les Dughet étaient, comme Ton sait, une famille de Paris établie à Borne. Jean qui y était né vers 1614, accompagna son beau-frére en France, lors du fameux voyage de 1640; déjà avant ce tempslà le Poussin remployait, raconte-t-il, à copier des règles d*ombre et de lumière et de perspective dans les manuscrits du père Mathéo ou dans Vitellione. Vingt-cinq ans plus tard, quelques moW avant sa mort, le Poussin, ne pouvant plus tenir une plume entre ses doigts tremblants, faisait donner par Jean Dughet à Ghantelou des nouvelles de son triste état, dans une lettre, que nous se pouvons plus retrouver, et qui était datée du 28 octobre 1665. Enfin, Felibien dit s*aider pour son travail d'un mémoire qu'il a eu du sieur Jean Dughet touchant quelques particularités de la vie et des ouvrages de son beau-frère. Le Poussin avait voué des sentiments paternels aux deux frères de sa femme, de sa bonne femme qu'il regretta avec une tendresse si simple et si profonde : du Guaspre, Finfatigable chasseur, il avait fait le digne rival du Claude ; de Jean, il fit d'abord un peintre, puis un graveur, habile traducteur de ses œuvres, qui, lui-môme, s'institua marchand d'estampes. Dans les lettres que nous publions, nous regrettons encore une fois 4'entrevoir moins le frère, le confident, le secrétaire et l'élève du Poussin, que le marchand d'œuvres d'art, empressé de faire bou*tique nette.
IIP^ et R"»« sig' mio
Restera Y S. meravigliato assai ricever lettere da una persona che à pena gti ne verra alla memoria. lo dunque Giovanni Dughet, il cognato di mons. Poussin amico di Y . S. carissinoo» sou quello che al présente prende ardire di scrivergli in questa lettera la quale contiene solamente che, se Y. S. (corne mi ha detto mons. Matteo) è curioso di cose belle corne sarebbe di manoscritti di monsieur Poussin, di disegni, di
stampe di Marcantonio, Agostino Venetiano, Caracci» Alberto, GiuUo Romano, Polidoro, Titiano et altri, corne ancora di statue di marmoantiche, busti et teste antiche dimarmo, io di tutte le sudette cose ne ho una quantità considerabile che potrebbe contentare lacuriosità di ogni sig"* e principe essendo cose gia scelte per mano del llir® Pittore Monsieur Poussin. Se V. S. overo altri sig^suoi amici volessero attendere alla compradi simil cose, misarebbe caro che V. S. mi facesse favore di scrivermene due righe di risposta. Monsieur Matteo amico di V. S. mi disse che ne havrebbe scritto ; non sô se V. S. havevà ricevuta la lettera. Mî disse ancora che monsieur Renato délia Borna era di y. S. molto caro amico ë corrispondente, della quale occasione io prendo per far tenere la présente à V. S, accio vada sicura nelle sue mani. Sig"^ mio il privarmi délie sudette curiosità è causa la mia vista che mi è tanto diminuita che à pena vedo à scrivergli questa lettera. Tutte le curiosità scritte a V. S. sai*ebbono cose facilissime àmandarle per mare, et costarebbono poco. lÀ manoscritti di mons. Poussin contengono 15 propositioni cioe délie scène, délie reflessione, délie imagini elle si vedono nelF aque et altre délie quali ne manderô in scritto à V. S. più distintamente et sarebbe una cosa molto da stimare da' Pittori se fosse data aile stampe. Sarebbe cosa novissima et non più trattata da nessuna persona. Hora finalmente di novo la suppltco degnarsi di rendei*mi un poco di risposta, et con
questo oflferendomi per sempre resto di V. S. 111"^ et
Rma
Devotissimo sei*^^
Gio : DuGOET.
Di Roma, 26 aprile 1678.
Il faudrait enfin vider cette question des manuscrits du Poussin. La lettre citée par Fèlibien, que Jean Dughot répondait le 23 janvier 1666, deux mois après la mort du Poussin, aux questions de M. de Ghantelou, commençait par ces mots bien explicites et bien nets : a V. S. lUustrissima mi scrive che M. Cerisiers gli ha detto haver veduto un libre fallo dal signer Poussin, quale tratla di lumi et ombre, colori et misure. Tulto questo non ë vero causa alcuna.... » et plus loin il répétait avec une grande insistance : ce .... Si tiene da tutti i Francesi che il sudetto deffunto habbia lascialo qualche trattato di pittura. V. S. lUustrissima nonne creda cosa alcuna, è ben vero che io li ho inteso dire piu volte che era in deliberatione di dar principio a qualche discorso in materia di pittura, ma pero benche da me fosso spesso importunato a dar principio, sempre mi rimesse di un tempo a un altro; ma finalmente sopragiungendoli la morte svanirano tutte quelle cose che si era proposto » Certes, le témoignage est précis, et on ne sait d'abord que penser en voyant Thomme qui a écrit cela, offrir à vendre, douze ans après, des manuscrits de son beaufrère, à Tun de ses anciens admirateurs. Cependant d'autres témoignages contemporains, non moins positifs, montrent qu'il ne faut point prendre à la lettre les négations absolues de Jean Dughei à M. de Chantelou. Nicolas Poussin, le plus laborieux des peintres, prenait autant de notes écrites que dessinées : on en a pour preuves ces innombrables croquis où sa plume a indiqué par un mot à côté du trait, pour les paysages, les fleuves, les champs et les arbres; pour les sculptures antiques, les noms, les usages, les costumes des Romains, des Grecs, des Egyptiens. Le Poussin s'aidait auiant pour travailler, on le lui a reproché, du souvenir que de la nature. Quant à ses observations sur son art, elles avaient
préoccupé lous les jours de sa longue vie. Il est le plus sûvant des peintresi il en est le plus logicien ; il a fallu à son génie une hauteur et une poésie immenses, pour ne pas être desséché par sa raison toujours vigilante, et ce jugement qu'il voulait partout. Le travail de théoricien de la peinture qu'il réservait à sa dernière vieillesse, il était impossible qu il n'en écrivit pas, malgré lui, ça et là, quelque chapitre. La fameuse lettre à Ghambray, qui a une forme très-mesurée, et très-correcte, doit être considérée, selon nous, comme la première page du livre qu'il méditait. La manière dont il tâte, avec une certaine anxiété, le goût de cet autre théoricien, me le prouveraitde reste, si le style savant et le début didactique n'étaient pas là pour m'en convaincre. Du reste, les quelques paiçes d'Observations sur la peinture et les mesures de l\intinouSf que publia Bellori à la suite de sa biographie, et que Gault de St- Germain nous a traduites, sont aussi incontestables que la lettre à Ghambray. L'autographe s'en conservait dans la bibliothèque du cardinal Massimi ; le Poussin les avait, de son vivant, communiquées à Pierre Lemaire dans l'amitié duquel il avait confiance; Técnture du Poussin était d'ailleurs bien connue à Rome de son temps. Baldinucci confirme là-dessus Bellori. Ges pages d'observations sont d'une esthétique élevée, plus élevée que ce qu'on trouve dans le Traité de Léonard, livre que l'estime du Poussin avait tant aidé à accréditer, au delà même du cas qu'il en faisait. Les papiers inédits, que Jean Dughet offrait à vendre à l'abbé Nicaise, devaient être des notes dans le genre de celles du Vinci, sur les effets d'optique, de lumière et de couleur, rencontrés dans ses promenades; de ces notes qui sont pour un artiste un souvenir qu'il saura faire revivre, mais qui ne serviront guère au peintre qui ne les aura pas observées lùi-méme. G'étaient de tels feuillets, que Jean Dughet, il l'explique assez, avait retrouvés avec les dessins du Poussin, et qu'il trouvait bons à publier ; efforçons-nous de nous consoler de leur perle, (ont-ils, oui ou non, été achetés par Nicaise, on ne les retrouve plus dans ses papiers), en pensant avec Felibien que a les Mémoires laissés parle Poussin étaient plu tôt des études et des remarques qu'il faisait pour son usage, que des productions qu'il eût dessein de donner au public » ; mais, regrettons en eux pour^
tant les lumières nouvelles qu'ils nous auraient pu fournir pour connaître et admirer, plus intimement encore, le plus grand et le plus vénéré de nos peintres.
La proposition de Jean Dughet tenta, paratt-il, Tabbé Nicaise, du moins quant aux dessins du Poussin et aux antiquités que ce grand peintre avait rassemblées, puisque nous trouvons dans le tome lY de la correspondance de Nicaise, lettre 14, cette réponse d'un oralorien de ses amis qui se trouvait en ce moment à Rome, et de qui nous transcrirons plus tard d'autres lettres :
De Rome, ce 10 jan"" 1679.
J'ay VU les bustes et les desseins de feu
M^ Poussin chez M. Jean Dugueht. Il y a de trèsbelles choses et de grand usage pour les peintres. Je verray une autre fois les stampes qui sont au nombre de 1300. Mais je ne croys pas que cela soit bien nécessaire, vu quelles sont toutes des plus célèbres peintres et du choix de fù M^ Poussin qui les avoit choisies pour son estude
Fr. Ghappuys.
(Corresp. de Vdbhé Nicaise, T. /V, lettre 5.)
111"^^ sig' mio Pron coll"'^
L'honore che ho ricevuto délie sue lettere mi rende obbligato allarisposta, la quale sarà mandata da mons.
che fu quello che mi diede la sua cortesissima
lettera, alla quale primieramente devo renderli infini-
tiss* gratie di tanli favori che V. S. III"™* mi ha fatti, et di tante gratie che V. S. Ili"»* ha procurato di farini, eiposso dire con verità che lei à pena mihaconosciuto» che mi ha obbHgato strettamente; ne saramai che deila sua estremabontà io mi habbia gia mai à dimenticare: et se io fossi certo che mia vol ta fossi honorato di qualche suo commando» mi parrebbe non poco esser fortunato. Hor dunque, per rendermi contento la supplico honorarmi d'impiegarmi al suo servitio, mentre bramoso del suo affetto con profondiss™* riverenza mi dedico
Di V. S. m^^
dévotiss™® ser*"®
Gio : DuGHËT.
DiRoma,8feb. 1679.
mmt FËLIBIEN.
Lettres d'André Félibien.
Nous avons cru devoir recueillir dans la correspondance; de Fabbé Nicaise (tome IV, lettres 62 , 63, Ôi, 65, 72, 73, 83 et 86), huit lettres de Félibien, qui fournissent des renseignements précis et animés sur la plupart des ouvrages de ce premier des historiens de Tart français, qui en est encore resté le mieux informé et le plus intéressant. Ce qui surtout, nous l'avouerons, a donné pour nous de Tattrait à ces lettres, c'est d'y entrevoir toujours, de même que dans celles de Jean Dugbet que Ton vient de lire, et dans celles de Bellori qu^on lira tout-à-rheure, passer et repasser, comme une ombre sacrée, la mémoire de Nicolas Poussin. Sur Félibien luimême, nous renverrons à Texcellente notice du père Niceron (!• vol. des Mémoires pour servir à l'histoire des hommes illustres dans la république des lettres), et à VAbecedario de Mariette. André Félibien, écuyer, sieur des Avaux et de Javercy, né à Chartres au mois de mai 1619, mourut à Paris le 1 1 juin 1695. Dans les Registres des Bastiments du Roy, sous Golbert, on trouve que ses gages, comme historiographe des bastiments, étaient de 1,200 livres.
Ce 29 may 1679.
Monsieur,
Quelques petits voyages que j'ay esté obligé de faire à la campagne ont esté cause que je ne vous ay pas remercié de vostre lettre du 27 du mois passé, laquelle estoit accompagnée de celle du seig. Bellori (1). J'ay
(1) La bibliothèque des musées du Louvre vient d'acquérir l'exemplaire du premier volume des Vile de' pittori, scultori et ar~ chitetti moderni qui a appartenu à André Félibien ; la petite estampe de ses armoiries est collée au revers de la page du titre.
esté bien aise d'aprendre ce qu'il vous escrit des mem'*^* (i) que M. Poussin a laissez, qu*aparament il n'avoit faits que pour son instruction. Je vas continuer le dernier tome de mes entretiens où il aura part. J'ay fait imprimer un petit livre (2) des noms des peintres anciens et modernes, qui ont paru jusques à ce jour, mais je n'en ay fait tirer qu'un petit nombre pour donner à mes amis ; je chercheray le moyen de vous en envoyer un que vous recevrez, s'il vous plaist, monsieur, de vostre très humble et très obéissant serviteur,
Felibien.
Monsieur,
Depuis que j'ay receu vostre lettre du 13® du mois passé, j'ay voulu donner au messager de Dijon le livret que je vous ay destiné, mais il ne Ta pas voulu prendre et a dit qu'il falloit le donner à la poste. Comme la chose ne mérite pas d'en charger un courier j'attens quelque occasion de vous l'envoyer par voye de mar-
II ne se trouve sur les marges du volume aucune seule note fort insignifiante, mais dans la vie du Poussin beaucoup de phrases sont soulignées, dont Felibien s'est servi au chapilre de noire peintre.
(1) Voir plus haut la note à la première ieltre de J. Dughel.
(2) Il s'agit du petit livre, devenu rare en effet, qu'André Felibien publia sous le titre de : Noms des peintres les plus célèbres et les plus conniLS^ anciens et modernes, à Paris, 1679, avec privilège du Boy, in-12 de 114 pages, y compris le titre el la table. On y trouve plus de noms que dans les Entreliens, et des notes rapides et précieuses sur ses contemporains vivants.
chant, n'estant pas un présent assez considérable « pour partir en poste; cependant je recevray avec joye tout ce qu'il plaira de m'envoyer sur le sujet de^ M. Poussin ; je vous prie de croire que personne ne vous honore plus que, ' monsieur,
votre très'huiûble et très obéissant serviteur
FELIBIElf;
Paris, ce 3 juillet 1679.
Paris rue de Richelieu hoslet Mon.
Monsieur,
Il y a déjà du temps que j'ay mis entre les mains d'un libraire de cette ville le petit livre des noms des peintres affîn de vous le faire tenir dans le paquet qu'il doit envoyer à Dijon. L'ouvrage n'est pas considérable, c'est seulement un Index de ceux dont j'ay parlé et dont j'espère escrire dans ma dernière partie. On m'a dit, monsieur, qu'en quelque endroit de Dijon, il y a une statue de la Reine Glotilde avec une pâte d'oye (1), je vous prie de me faire scavoir si elle est fort antique, et ce que vous scavez de cela, et s'il n'y
(1) Nous n'avons point à faire ici une dissertation sur les diverses statues de la reine Pédauque; nous devons renvoyer le lecteur au mémoire deTabbé Lebœuf, ou au tome 23* de ï Histoire de V Académie royale des inscriptions et belles-lettres y qui en donne un abrégé. La statue dont parle ici Félibien, et dont> dans la lettre prochaine., le sculpteur dijonais, Jean Dubois, lui enverra un dessin, est celle du portail de SaintrBenigne de Dijon.
« a point de figure ou d'escrit ; je tous suplie aussy de me dire s'il n'y a point quelques autres anciens tombeaux, statues , et images de nos roys, princes ou princesses, ou autres, fort anciens et quelques autres monuments soit à Dijon ou aux environs. Car comme je travaille présentement à une recherche d'habits et de vestemens antiques (1), je suis bien aise de découvrir tout ce qui s'en peut trouver soit de relief, soit dans des anciens manuscrits. Ainsy, monsieur, vous m'obligerez si par voa lumières j'en puis trouver quelques uns d'ex^^ Il nous est arrivé plusieurs caisses de statues, bas reliefs, buste& et creux des plus belles statues de Rome ; je suis.
Monsieur,
Votre très humble et très obéissant serviteur
Felibien.
Ce Î6 juillet 1679.
J*ay un ffls (2) dans lestât ecclésiastique qui me
(1) Le travail de Felibien sut les costumes n'a été publié ni par lui ni par ses fila : il est apparemment Tun des« plusieurs ouvrages commencés que » dit le P. Niceron, a les infirmités qui lui survinrent vers la fin de sa vie Tempéchèrent de finir. »
(â) Ce fils, qui devint chanoine et doyen à la cathédrale de Bouri^es, était Taîné des trois fils d'André Felibien. Le second était Jean -François Felibien des Âvaux qui succéda à son père dans les charges d'historiographe du roi, et de garde des antiques ; le Recueil Mslorique de la vie ei des ouvrages des plus célèbres arcMlectes et les Descriptions des maisons de Pline et de l'église des Invalides, sont de lui; celuiHïi mourut le 23 juin 1733, âgé de soixante-quinze ans. Le troisième, Michel Felibien, né à Chartres le 14 septembre 1666, mort en 1719, le 25 septembre, est le savant bénè-
fait vous prier s'il vaquoit quelque bénéfice dépendant du Roy et mesmes d'autres de vouloir bien m'en donner avis, je croy qu'il y en a de bons chez vous, comme ailleurs. Je vous seray obligé.
Monsieur,
Il n*y a aussy qu6 deux jours que je suis de retour en cette ville, ayant fait divers voyages pendant cet automne. J'ay receu la lettre que vous m'avez fait l'honneur de m'escrire avec un singulier plaisir, parce que j'y reçois beaucoup de marques de vostre bienveillance que je tascheray tousjours de mériter dans toutes les occasions où je pourray avoir lieu de vous tesmoigner mes respects. Je vous prie de croire, monsieur, qu'on ne peut estre plus reconnoissant que je le suis des boutez que vous avez. J'ay veu avec joye la figure que vous m'avez envoyée dont j'avois ouy parler et qui me semble fort singulière, mais je vous prie encore de me dire si on la tient fort ancienne et en quel temps elle peut avoir esté faite; si vous avez quelques histoires ou mémoires qui en parlent, ou ce que par Tradition l'on en croit en vos quartiers, car je ne me souviens pas d'avoir rien leu dans
dictin qui a écrit VHistoire de l*abbaye royale de Saint-Denis en France^ el commence VHistoire de la ville de PariSy terminée par dom Lobineau. André Félibien avait, outre Cela, deux filles; il
Ï)ar]e de la maladie de Tune d'elles dans la cinquième de ces ettres.
l*histoîre de France qui représente la Reine Clotildéi avec un pied d'oye , ny aucune autre Reine. Je ne scay pas si quelque autheur par'*^ en a parlé ; et comme cette figure est à Dijon, peut estre qu'il se trouve quelque histoire du pays qui en parle, en parlant de TËglise où elle est; si vous en avez connoissance, monsieur, je vous suplie de m'en instruire, ou m'indiquer ceux qui ont donné lieu à ce qu'on en dit. Je suis fort obligé à M^ Dubois (1) ; je conois son nom et en ay ouy parler comme d'un très excellent homme, qui mérite sans doute autant de gloire que beaucoup d'autres ; je serois ravy d'avoir occasion de le servir. Un sculpteur nommé M^ Dieu (2) m'en a parlé avec beaucoup d'estime; je n'ay point veu ny l'architecture harmonique, ny la réponse de M' Spon. Je verray cela avec autant de plaisir que j'ay de regret de la perte de l'inscription dont vous parlez, car on ne peut trop regreter les restes de l'antiquité qu^ servent à nous en instruire. S'il y a quelques vieux monumena de figures en vos quartiers, vous m'obligerez, mon-
(1) Jean Dubois, très-habile sculpteur et architecte, ne à Dijon en 1626 et mort le 29 novembre 1694, dans sa ville natale qu'il ne voulut point quitter. Le musée de Dijon possède plus d'une trentaine de modèles de ses œuvres les plus estimées. Voir sur cet artiste, qui fut le grand-père du poète Piron, la Notice des objets d'art exposés au musée de Dijon {Dijon 1842), p. 93 à 95, el les Essais historiques et biographiques sur Dijon,
(2) Le sculpteur nommé M^ Dieu, est Jean Dieu ou Jean de Dieu, né à Arles, et mort, selon Na(?ler, en 1727 à Tàgc de soixantequinze ans. J*ai cité, dans mon second volume des Peintres provinciaux^ p. 248, la note de Mariette qui le concerne.
sieur, de m*en donner seullement une notte, puisc(uc vous me tesmoignez que cela ne vous incommode pai et que vous avêî assez de générosités pour ne vous pas lasser d*obIiger, Monsieur, * vostre très humble et très obéissant serviteur
Felibien.
fétii te 3 novembre 1679.
A Paris ce 2 octobre 1682.
Monsieur, Jay receu par monsieur r Abbé de la Chambre vostre lettre et les figures de vostre beau frère. Il s'est, je croy, aquitté, comme vous luy avez escrit, de donner à M. Blondel celles que vous luy envoyez; je ne vous ay pas escrit il y a longtemps parceque j'ay eu plus" ^Jî^ outre la maladie de ma fille qui a esté de 40 jours^ à cause de la qualité du mal qui estoit petite vérolle dont elle est à présent bien guérie Dieu mercy et se dispose d'aller à la campagne comme je fais aussy espérance d'aller voir nostre C amy ce qu'il y a longtemps que je souhaite. Je seray ravi que M. Danis- 8on (1) fasse quelque chose de bien mais je ne croy
(1) 11 parle dans celte lettre et dans la suivante de Jean Anisson, qui tut d'abord, comme son père Laurent Anisson, imprimeur à Lyon. Il y imprimable Glossaire de Ducange, dont le fameux Jacques Spon, nomme plus haut, fut le premier correcteur. Jean
Anisson fut le premier de sa glorieuse famille qui obtint, en 170|, la direction de Flmprimerie royale ; il
mourut en novembre 1721.
pas qu*il pense ny a moy ny a ce qui me Regarde. Je n*ay plus qu'une vingtaine de mon dicP mestant det fait du reste. Jaeheve le A vol. des Entretiens et dans ce qui regarde M. Poussin j'y mets le tombeau que vous avez fait pour luy. Je ne manqueray pas de vous escrîre à mon retour. . .
Felibien.
Monsieur,
J'ajr reçeu voâ deux lettres des 30 décembre et 8 jan*' der'. Je n'ay pas manqué d'envoyer les deux qui estaient dans le premier paquet. Je vous suis bien obligé de toutes les nouvelles dont vous me faites part et de ce que M, Anisson nous va donner tant d'excellens livres. Pour ce qui est du mien, je ne croy pas qu il le croye mériter d'employer ses presses, car je n'ay eu aucunes nouvelles de luy et voilà d'autres ouvrages qui le vont occuper et luy en feront entreprendre encore d'autres dans la suite. Â Fégard de mes principes (1) des arts, il ne m'en reste plus qu'environ 50 dont je ne dois pas me presser de me deffaire, car il y aura quelques curieux qui seront assez aises de les trouver quand il n'y en aura plus, et je ne les feray
(1) Il donna cependant, en 1690, une seconde édition de seé Principes de V Architecture ^ de la Sculpture et de la Peinture et dei autres arts qui en dépendent avec un dictionnaire des termes propices à chacun de ces arts y — chez la veuve et {e fils de J.-B. Coignard^ MpHmeur ordinaire du roy, — In-4« de 822 pages, avec de nômttreiiisés fignfeè.
réimprimer que quând quelqu'un se présentera qui mérite que j'y fasse des corrections et des augmentations qui rendront la nouvelle impression considérable. J'estois plus en estât de penser à cela quand nous en parlasmes ensemble que je n'ay esté depuis, car j'ay eu tant d'occupation que je n'ay peu prendre le temps de finir mon 4® et dern. vol. des Entretiens sur les peintres, dont cependant il y en a plus de la moitié d'imprimé. Vostre éloge pour M. Poussin (4)
(1) Nousavonsvu, parlalellre présumée du P. Quesnel, queTabhé Nicaisc ne se trouvait pas à Rome au moment de la mort du Poussin, puisque le célèbre Janséniste lui en racontait la cérémonie funèbre. Ce fragment de lettre nous est d^autant plus précieux, qu'il nous sert à rectifier une erreur, qui a cours parmi les biographes de Fabbé Nicaise et du Poussin, depuis Félibien, et à restituer à certaine épitapbe son véritable caractère. Félibien dit, en effet: « Monsieur Tabbé Nicaise, chanoine de la Sainte-Chapelle de Dijon, assez connu par son mérite, et les connaissances qu'il a dans les belles lettres, étant alors à Rome, et ami particulier du Poussin, donna des marques de son affliction par ce monument qu'il fit pour lui. D, 0, M, — ^icPussino Gallo-Pictonsuœœtatisprimano elcy* L'erreur mise en cours appartient, comme on voit, pleinement à Félibien, et non pas l'erreur, mais les erreurs, car d'abord l'abbé Nicaise n'élait pas alors à Rome; il n'était pas ce qu'on peut dire l'ami particulier du Poussin (il suffit de lire, pour s'en convaincre, la lettre unique qui nous soit restée du Poussin à l'abbé Nicaise, et l'abbé Nicaise gardait si bien tous les billets qui lui étaient adressés). Il y a loin du Ion de cette lettre, dans laquelle Poussin répond poliment, quoique en termes évasifs, à une demande polie, au ton de respectueuse intimité et presque de grave tendresse qui fait le charme de SCS lettres à Chantelou. Quant à l'expression de monument^ employée dans le sens très-simple de pelile composition littéraire à l'éloge du mort, écrite dans le goût d'une inscription tumulaire, sans être pour cela tracée sur la dalle mortuaire de San Lorenzo in Lucina , elle était ou pouvait être parfaitement comprise par les con* temporains de Félibien. Tous les poêles, tous les gens de lettres de ce siècle, passaient leur vie à composer en vers et en prose, en latin et en grec, des apologies funéraires de ce genre, à l'usage de tous les personnages quelque peu célèbres de leur connaissance, et, pour ne pas sortir de la" correspondance de l'abbé Nicaise, je ne sais trop quelle pierre assez longue on eût pu tirer défi carrières
y sera d'un grand ornement. Nous verrons avec M. de la Chambre celuy qu'il croira le plus propre à mettre dans la vie de nostre illustre peintre...
Fëlibien.
Ce 43 janvier 1683 a Paris.
Ce26avriH684.
Nous avons mons. Rainssant (1) fort occupé a
Versailles a la garde et arangement des médailles du Roy. La charge de bibliothéquaire de S. M. est présentement a monsieur Tabbé de Louvoys. Il a pour garde en la place de M. Tabbé Galois (2) M' Varaisse.
d^Allemagne ou de la plaine de Gaen, pour y inscrire toutes les épilapbes de Segrais, que le Galland des Mille et une nuits envoie de Gacn à Tabbé Nicaise. La manière dont Félibien parle de Tépitapbe du Poussin, et dont il engage Tabbé à corriger cet agréable exercice d'esprit qui doit être pour son 4" volume aun grand orne* menty Fannonce du choix qu'il doit faire, avec M. de la Chambre, (sans doute Pierre Gureau de la Chambre, curé de Saint-Barthélémy, ami de Lebrun et auteur des Panégyriques et oraisons funèbres)^ du morceau de style lapidaire qu'il a croira le plus propre à mettre dans la vie de notre illustre peintre ; » tout cela n'mdique-t-il pas rinserlion par complaisance d'un bouquet littéraire, et non celle d'une inscription réellement gravée sur une pierre tombale? n'en faut-il pas dire autant des deux distiques de Bellori?
(1) Pierre Rainssant, né vers 1640 à Reims, est un des savants
2ui ont le plus honoré la charge de directeur du cabinet des méailles du roi. Se promenant seul dans le parc de Versailles, le 7 juin 4689 , il se laissa tomber dans la pièce d'eau des Suisses et sV noya. Parmi $es ouvrages de médecine, d'antiquités et de numismatique, nous aimons assez à rencontrer une Explication des tableaux de la gaûtie de Versailles, (Versailles, Fr. Muguet, 1687, in-4».)
(2) (c L'abbé Gallois ne garda pas longtemps son emploi, ayant remis les clefs de la bibliothèque (en avril 1684); elles furent données à l'abbé de Varès, que M. de Heaux avait employé autrefois à faire des extraits et des collections pour le Dauphin, et qui fit les
Je travaille a faire achever Timpression d^ mon dernier volume ; c'est pourquoy je vous prie encore si vous avez quelque chose àchangera TEpitaphedeM. Poussin de vouloir me l'envoyer au pluslost et de croire que je suis plus que personne, Monsieur, vostre très humble et très obéissant serviteur
Felibien.
A Paris ce 17 jan«' 16S8.
Monsieur,
Je suis bien honteux d'avoir esté si longtemps sans vous escrire et faire response a toutes vos lettres, mais vous pardonnerez s'il vous plaist a un homme qui ne fait qu'aller et venir et qui a fort peu de temps à luy dont il puisse disposer. Mon fils a remis entre les mains de M. Foucher mon 4® vol. des Entretiens pour vous les faire tenir; je croyois y finir tout ce que j'ay a dire des peintres morts, mais j'ay trouvé que la matière estoit encore trop ample et qu'il m'en reste pour faire un 5® volume que je tacheray de donner le plustost que je pourray pour me délivrer de tout ce travail (4). Je suis bien fâché que mon temps ne soit
fonctions de garde sous les ordres de M. Louvois père... L'abbé de Varès mourut au mois de seplcipbre 1684. » {Essai historique sur Ul Bibliothèque du Aot, — par Le Princk, — Paris, 1782.)
(1) Il est enfin temps de dire que les Entretiens sur les vies et sur tes ouvrages des plus excellens peintres anciens et modernes dédiés a iUtL CoLBËRT (tout alors wi dédiait à Colberl), furent publiés en^
pas à moy pour en disposer et avoir Thonneur de vous entretenir plus souvent et plus longtemps, mais il fault que j'espère cet avantage quand vous viendrez icy et que je me contente de vous assurer que je suis plus que personne» monsieur» vostre très humble et très obéissant serviteur
Felibien.
einq parties, imprimées successivement à assez long intervalle : V^ parlio, Paris, Pierre Le Petit, 1666; impartie, Paris, Sébastien Mabre-Cramoisy , 1672 ; 3* partie, Paris, Jean-Baptiste Coignard, 1679; 4" partie, celle dont il est parlé depuis le commencement de cette correspondance, et qui est close par la vie du Poussin, Paris, Sébastien Mabre-Cramoisy , 1685; et enfin la 5* partie, avec te Songe de PhiLomathe^ ne parut chez le niôme Cramoisy qu'en 1688, vingt-deux ans après la première partie.
l p. BELLORI.
(Corresp. Nicaise, t. /K, lettre 3.)
Ilimo aç j^rao Dno meo Co^" Claudio Nicasio ^ canonico Divionensi.
II1'»« ac R"« Dne Co^%
Ex quo Romge te agnovi, Nobiliss® ac sapientiss* vir, tam arctè suavissimis moribus tuis tuaque virtute devinctus sum, ut praesentem summoperè colerem, absentem veneralione ac desiderio prosequar. Is enim es qui, omni litterarum studio imbutus» et erudita; Gallise tuse atque Italise mese Âcademiis illustris, doctissimorum laudes et votapromereris. Egoverô, discipulus senex» plus quam Pylhagorico sileiitio obiemperans» ter excitatus ab humanitate tua» os aperio et loquor. Guncta primum tibi fausta feliciaque u D. 0. M. precor, beneque valenti gratulor, dein gratias quam maximas ago, quod memoria teneas me» ac diligas ; majora sanè debeo, sed talis mea conditio est, ut, neque sorte, neque ingenio,parem tibi referre gratiam valeam. Restât ut respondeam tibi de his rébus, quas à me requiris, et prsecipuè quid moliar ego novi, et antiqui? En tibi mei veteres, et novi lusus? Ne queso ludificesme, doctiss. Nicasi.
Sub initio anni hujus prodierunt notulse meœ
ad imagines veterum gemmarum Leonardi Augustini (i); pars est secunda^ cum prima édita fuerit anno 1657, cui pariter notulse mex adjunclœ sunt ad cujusiibet imaginis explanationem. Nunc Pictorum, Seulptorum, nec non Architectorum recentiorum vitas à me descriptas typis imprinii facio, initium ducens à Pictorum Principe Annibale Carracio, eujus vita jam impressa est, Iconibus ad siinilitudinem aère incisis. Litteras plurimas Pictorum sculptorumque colligo, inter quas nonnuUas Nicolai Pussini Parisiis scriptas, quas publici juris faciam, cum vitae ipsse, quas describo, absolut» fuerint.
Gymnasium, quod Raphaël Urbinas in Vaticani Palatii cubiculo pinxit, descripsi, cum aliis tribus imaginibus ejusdem cubiculi, nempè Sacramentum Eucaristiae, Parnassum Montem ac Juris Prudentiam. Mens est describere imagines reliquas, ab eodem Raphaelo ad miraculum in aliis duobus proximis cubiculis expressas, simulque Constantini praelium a Julio Romano ad miraculum pariter depictum, et nonnullas alias célèbres ipsius Raphaelis picturas, prsecipue
(i) Les Gemme aniiche figurate de Leonardo Agoslini furent, en effet, publiées chez Agoslini, la première partie en 1657, la seconde partie en 1669; une seconde édition, refondue par Bellori, parut en 1686 chez Marinelli, ornée de cinq planches, gravées par le Pietro Santé Bartoli, dont il est tant question dans celte leUre. Je ne puis me défendre de rappeler ici que Pietro Santé Bartoli se donnait pour élève de Lemaire et de Nie. Poussin, et qu'à sa mort, en 1700, il fut enterré auprès de ce dernier à San Lorenzo in Lucina. (Voir sa vie dans le livre de Pascoli : Vite de' Pittori Pemginû)
Amoris et Psychis nuptias in sedibus Âugustini Chisii» nunc Parmensis ducis.
Nova delinealio et incisio Trajanse columnse ab elegantissimo Artifice Petro Sancti Bartolo jam est absoluta, pluribus mendis expurgata ; datus est enim ascensus ocularis usque ad ipsius fastigium, occasione machinarum, quse, duobus abhinc annis, Régis Christianissimi jussu Regioque sumptu, ad columnàm (1) diaglyphicè efformandam gypso, elatae sunt. Editur simul Ciaconii explicatio latina in operis calce^ et ejusdem compendiosa versio Italica, sub unaquaque imagine per numéros equales distributa, cum aliquot emendationibus. Addo columnàm Antoninam, qua3 jam ad quinquaginta imagines incisa est ab eodem Petro Sancto, cum bello Marcomanico M. Aurelii» in qua prseclarissima ex tant monumenta.
Petrus Andréas Bufalinus, accuratissimus Geographus, Urbem Romam, non antiquam sed recentem, dimensus est^ delineavit^ œre incidit cum... edificionim»
(l) Germain Brice, dans sa Descnption de Paris (l. 126. Edition de 1752), en parlant de la salle des Cent Suisses, celle que nous appelons maintenant la salle des Cariatides, dit qu'on y voyait cette colonne, « non-seulement en creux comme elle avait été rapportée d'Italie, mais aussi moulée exactement en relief » et il rappelle que déjà François I^** avait fait la môme dépense pour élever cette colonne à Fontainebleau, mais qu'après sa mort les. moules furen\ négligés et servirent enfin à la construction d*une écurie, qui existait encore de son temps. Une partie des moulages de Louis XIV sVst conservée jusqu'à notre temps, et se voit aujourd'hui dans l'une des salles du palais des Beaux-Arts, où, diton, elle a été apportée des caves du Louvre.
III"^ d'Altoviti vel sumptu vel liberalitate. Opus pêne perfeetum est; sed ipsius Bufalini lentitudine adhuc de^deratur. Alphonsus de Fresnoy (1) Poema de Arte Graphica , ad Horatii Poetices imitationem , Romse cepit» dum hic in arte» erudiendus oioraretur; cum vero mibi conjunctissimus esset, quos quotidiè
(1) Le poëme de Arte grapMca (V Art de peinture)^ dédié, comme les vies des peintres de Bellori, à Jean-Baplisle Colberl, était, en effet, paru chez Nie. Langlois, en 1668, quelques mois après la mort de Fauteur, auquel il avaitvaluune considération démesurée, en Iialie et en France, et je crois que cette coiisidéraiion dure encore un peu. Les cinq cent quarante-neuf vers latins de Dufresnoy ont été, depuis deux siècles, édités dans tous les pays, traduits en prose et en vers dans toutes les langues imaginables; ils ont eu Tlionneur d'être annotés par Reynolds, après avoir été, dés l'édition priuceps^ mis en français et commentés par de Piles ; cette traduction s'était presque faite sous la dictée de l'auleur lui-même. Pierre Nignard, le plus constant et le plus vieil ami de Dufresnoy, fit, dit-on, les frais de l'impression d'un livre, qu'il avait vu naître, vers par vers, dans rinlimiié de leur jeunesse à Rome, et dont il avait été le premier juge et peut-être le premier inspirateur, avant que le poème présenté par Dufresnoy à TAIbane, au Guerchin, au Bellori, et, dit de Piles, « à tous les habiles gens dont il pouvait tirer des lumières, )» ne reçût leurs observations et leurs applaudissements. — Charles Alphonse Dufresnoy, poète d'une imagination un peu froide et peintre de peu de pratique, mais grand admirateur et copiste du Titien, ce qui ne fut pas pour rien, j'imagine, dans la vive sympathie de de Piles, était né à Paris en 1611. Tout le monde a répété, d'après de Piles, qu'il mourut à Villiers-le-Bel en 1663. — Un document du genre de ceux que nous recherchons, a permis à Mariette de redresser, dans son Abecedario, l'erreur acceptée : « Charles Alfonse Du Fresnoy, garçon, âgé d'environ cinquante-six ans, est décédé le 16 janvier 1668 et a été inhumé dans la nef de l'église de Villiers-le- Bel le 17, son frère Antoine Du Fresnoy, établi dans cette paroisse, l'ayant amené de Paris chez lui, malade d'une paralysie et faible d'e^prii. (Extrait des Registres de la paroisse de Vitliers-le-Bet.) Voilà qui rectifie la date de la mort de Du Fresnoy qu'a donné M. de Piles et sur laquelle il s'est trompé, ce qui doit paraître bien singulier, lui qui avait connu si particulièrement Du Fresnoy .Voyez la première édition du poème de Du Fresnoy; le Privilège qui s'y trouve à la fin e«t ea son nom. et est de 1667. Ce peintre u'éiuit donc pas mort ep
versus faceret, mecum conferebat. Absolvit Parisiis, et multa in eodem poemate legi venuste dicta, atque ad artis leges valde proficua. Nonnulla opéra Rom» eduntur. Pars altéra Nili a Suaresio translata, altéraque pars Historiarum Pachimeri cum versione P. Pusini, et Gramuelis Matesis vêtus et nova, omnem Matematicam complectens : quse jam ad tuas forte manus pervenerunt.
Plura scriberem, sed aures tuas offendere vereor, meque digito admonet magister : hoc tantum precor a te, Humanissime Nicasi,utamorein tuum persevere3 erga me, nec minuas. Intérim ego te optimè valere, ac salvum esse quam diuturnè iterum precor ; quod commune votum estD. Pétri le Maire (1) vicini mei.
1665. Félibien s'est exprimé plus exactement, mais pas eucore avec précision. Jl y a une estampe de Tentrevue de saint Nil et de Tempereur Othon d'après le Dominiquin, dessinée et gravée à Venise, par Charles du Fresne, c'est certainement Du Fresnoy, qui n*a pas fait difficulté d'altérer ainsi son nom ; il a bien osé le traduire en latin par Fraxinetus sur une estampe gravée par Fr. Poilly. »
(i)Les peintres français, avec lesquels Bellori paraît avoir été le plus familièrement lié, furent Nicolas Poussin, Charles Errard et Pierre Lemaire. C'étaient ceux, comme Ton voit, qui, par leur long séjour, étaient presaue devenus Romains. Pierre Lemaire, dit le petit Lemaire, pour le distinguer du gros Lemaire (Jean Lemaire, Lemaire-Poussin)y est cité par Félibien, dans les Nonis des peintres les plus célèbres (en 1679), immédiatement au dessus de Le Vieux de Languedoc, parmi les peintres qui travaillent présentement à Rome : a II a beaucoup peint, dit-il, d'après le Poussin, » et Nagler ajoute que beaucoup de ses copies furent apportées en France. Le Poussin a joué, paratl-il, grand rôle, dans la vie de ce Pierre Lemaire, qui avait fait à Paris son apprentissage sous Vignon. En 1643 et 164i, on le trouve l'un des cinq ou six copistes français, Errard, Chaperon, Mignard, Nocret, Levieux, qui travaillaient à Rome pour Chantelou, sous la surveillance et la direc-
tuique amantissimi^ qui tibi salutem plurimam dicitt teque simul veneramur. Romse, cal. septembris 1670.
Tibi additiss' obsequentiss%
Jo. Petrus Bellorius.
Si nous connaissons en France, aujourd'hui , le nom de Jean- Pierre Bellori, né à Rome en 1615, c*est surtout pour ses deux volumes de biographies d'artistes et particulièrement pour celle de Nicolas Poussin , qui renferme sur notre illustre maître français des particularités charmantes, que Félibien, qui lui a tant emprunté, a eu tort de négliger. Bellori avait longuement connu et écoulé le Poussin, et nous avons vu, par la première lettre de Félibien, qu'il avait entre les mains les Mémoires, c'est-à-dire les notes et papiers de toute sorte, que ce grand homme avait laissés. Nul doute pour moi que les renseignements si exacts, que donne Bellori sur la famille, les premières années du peintre normand, comme aussi son jugement plein d'estime et de respect pour Quintin Yarin, il ne les eût recueillis presque mol pour mot de la bouche môme de Nicolas Poussin. Nicolas Poussin, dans sa vieillesse, était un oracle à Rome. Chacun vénérait et questionnait celte vieillesse féconde; et la
lion de Poussin. On sait que celui-ci ne parlait point alors en trop doux termes des travaux à bon marché el des plaintes de ces pauvres diables. (Voiries lellres du â!2 juin, 4 août, 25 août, 23 septembre, li décembre 1643, 7 janvier, 12 janvier et 25 avril 1644.) Plus tard, sans doute, il reconnut dans Pierre Lemaire de solides qualités, soit d'homme, soit d'artiste, puisqu'il l'honora de ses conseils et de son amitié. Pierre copia ses tableaux et ses dessins, et grava même à l'eau forte d'après le Poussin. Il paraît même que la confiance du Poussin n'avait pas tardé à devenir bien grande dans son goût, puisque nous avons vu qu'il lui communiquait les remarques savantes qu'il écrivait s>ur leur arl commun : « Gommuuicaie ancora da lui al sig. Pietro Lemaire, chc per lo merilo délia pitlura, e per la lunga amislà gli era carissimo. » Son voisin Pierre Lemaire a pu, lui aussi, fournir à Bellori bien des souvenirs sur Nicolas Poussio. Quant au mérite d artiste de Lemaire, il ne nous est plus possible, faute d'œuvres, de le juger aujourd'hui ; Grignon a cependant gravé d'après lui.
lettre à Chantelou, où il loi recommande son testament, prouve avec quel plaisir et quelle vague tendresse Tauguste vieillard reportait ses derniers souvenirs vers ce qui restait de sa famille, et vers le clos normand qui avait réjoui son enfance. Bellori, de ce côté, a pour nous plus d'inlérôl peut-être que Félibien ; ce qu'il dit du Poussin, il le lient tout de Nicolas lui-môme ou de Dughet, tandis que Félibien [dont la biographie du Poussin est d'ailleurs le chef-d'œuvre et comme la raison d'être des Entretiens), n'est souvent qu'un écho. Jean-Pierre Bellori ne fut d'ailleurs historien d'art que par occasion et secondairement. Il était avant tout numismate et archéologue. Ses publications sur les antiquités de Rome en firent le précurseur de Winckelmann. La reine Christine de Suéde le nomma son antiquaire et son bibliothécaire ; le pape Clément X lui donna le titre d'antiquaire de la ville de Rome, antiquario di Roma, C'était là sa grande noblesse, qui lui assura un crédit et un éclat extraordinaires auprès- de ses contemporains; elle lui valut les imporlunités des intarissables correspondants de ce temps, des Français surtout, très-bien venus alors en cour de Rome, et dont Belloi'i paraît avoir singulièrement recherché le commerce. La lettre suivante fournit sur ses œuvres les meilleurs documents, sous une forme des plus intéressantes.
(Corresp. Nicaise, t. /F, lettre xlii.)
Gli heredi del' defonto S^ Gio. Pietro Bellori goderebbero assai d'incontrare il genio Erudito del* Sig. Abbate Nicasio, nell' desiderio che tiene di havere resplicaiione dclla Scola d*Âthene, del Parnaso, é le dichiarationi délie pitture faite da Rafaelle neir Vaticano ; délie quali cose non havendo appresso di loro ésemplare alcuno^ per esser stata publicata l'Opéra dopo la morte del Âutore, hanno molto dolore di non
Si
poterlo servira ; insinuano perô, che per esse si deve rîcorrere alli favori dell' Em™°. S^ Cardl. Albano, é S^. Carlo Maratti, li quali, corne quelli che hanrio fatto la spesa délia stampa, é d'ogni altro, cosi Tuno, é Taltro, con molta gentilezza donano largamente il' libre délie sopraccennate eruditioni, intitolalo descrizzi(Hie délie imagini dipinte da Rafaelle d'Urbino (1), nelle cammere del Palazzo Vaticano, aile persone virtuose, che gli ne fanno instanza.
Delli Bassi rilievi antichi di Ronia, corre l'istesso, perche havendoli fatti inlagliàre il' Rossi Stampatoré alla Pace, esso conserva appresso di se le stampe, délie quali fa ésito.
La morte del S^ Bellori segui il' 19 febr\ 1626^ di cui mentre il S^ Abbate Nicasio pensa di tessere Telogio; si giudica opportuno mandar gli notato in questo il num° délie opère dà esso stampate, é quali restano dà stamparsi, acciô con la cognitionc intiera délie medesime egli habbia campo maggiore di celebrare la Virtù, et il merito di un' soggetto mancato arOrnamentodi Roma, et alli ottimi studii délie Lettere.
M) La Dcscrizione délie imagini dipinte daMffaello dHUrbino nelle camere del Palazzo apostolico Vaticano fui donc publiée à Rome, in-4*», nous voyons par les soins pieux de quels amis. Nous ne savons pourquoi celte première èdilion porte la dale de 1695, l'année qui précède la mort de Bellori. Faut-il croire que Tau leur Tavait commencée, et qu'elle ne fut achevée qu*après sa morl? Nous apprenons, par Tavis des éditeurs de la 2" édition (Rome, 4751)* que la première avait été imprimée à petit nombre, et que les exemplaires, un demi-siècle après, en étaient devenus fort rares.
OIQ
Of^EftE STàMPàTE (1).
Scudi. Bajoé.
Vite di Pittori. Tom p\ 3 »)>
Vestigi di Roma anticha 5 50
Ântonino Pio, Ânnio Vero, é Cornmo-
do, spiegatione délie loro medaglie.