U8 U GRANDE GALERIE DU LOUVRE
ACCORDÉS À DES ARTISTES BT A DBS ARTISANS.
La révolution de février a retiré à un certain nombre de peintres distingués, tels que MM. La rivière, Gudin, Couder, Granet, Maux et Simëon Fort, les ateliers dont ils jouissaient au second étage du palais du Louvre par privilège du roi. L'accumulation progressive dans le Louvre des chefs-d'œuvre de tous les arts, aura fini peu à peu par en déloger tous les artistes. Nos pères se souviennent encore d'avoir vu David, Gérard, Houdon, Ducreux, Chaudet, Moitié, Yanspaendonck, Regnault, Prud*hon, Sauvage, Boizot, etc., occuper tous les coins de ce grand Louvre, pendant que Dumont, Meynier, Yaudoyer le vieux, Greuze, Carie Yernet et quelques artisans, horlogers et autres, habitaient des derniers ces petits appartements du dessous de la galerie dont allaient s'emparer la bibliothèque et les archives de la couronne. C'est qu'alors les artistes ne se contentaient point d'habiter le Louvre en peinture ; ils en avaient de tout temps partagé Toccupation avec les rois pour lesquels ils en avaient fait le plus magnifique palais du monde, et qui les y avaient, en retour, hébergés, enrichis et honorés. Henri IY,en faisant b&lir par Metezeau le père, et Duperac la grande galerie du Louvre, en destina dès le principe les logements inférieurs aux plus familiers de ses artistes et artisans (ces deux mots alors étaient encore autant synonymes qu'ils l'avaient été dans tous les siècles précédents). Les rois égalisaient en effet leur faveur entre des peintres, des sculpteurs, des architeclcs, des graveurs, des orfèvres, des horlogers, des tapissiers, des ingénieurs, des mathématiciens, des géographes, des menuisiers ; il est vrai que ces derniers élevaient les œuvres de leurs outils à la hauteur des plus nobles créations de l'art. Les brevets que nous publions laissent bien voir que les artistes logés de préférence au Louvre étaient ceux qui l'avaient décoré de leurs
œuvres les plus mémorables, puis ceux qui étaient employés aux travaux dont ce palais fat longtemps le centre était service le plus habituel des princes et de la cour. C'était bien d'ailleurs ce quV vait voulu Henri IV, lorsqn'ayant presque terminé les b&timents de la grande galerie , il rassembla dans les étages inférieurs tous les ouvriers de mérite qui pouvaient travailler à la décoration intérieure de son palais, et dont il aimait à visiter les ateliers. Les lèttrés-t)alen(es du %1 décembre i60â pai* lesquelles il vôîiit ces logements aux artistes renommés qu^il attirait de ton ^ lès p<Mi Ad royaume et des pays étrangers, ont été, Dieu merci, aâse^ abri" vent invoquées par les artistes héritiers dé leurs talents et de lèàfs I>i*lviléges, dans les perpétuelles chicanés que leur intentèrent jusqu'à la fin les màttres peintres et sculpteurs de la vieille éotfimùnauté de Saint-Luc, jaloux de leurs immunités, qui les ioni- Myaiént eut et leurs élèves au contrôle et aux impôts de la mâttri^è.
<c Go'ihme entre \ei infinis biens qui sont causés parla paix, — dhtAi Henri IV dafns le préambule de ces lettres-patentes, — celui cpiî prdtient de la culture des arts ti'est pas des moindres, se rendans graÈidementflorîssans Varicelle, et dont le public reçoit une trés-grandè commodité, nous avons eu aussi cet égard dans la construction de notre galerie du Louvre, d'en disposer le bâtiment en telle forme que nous puissions commodément loger quantité des meilleurs ouvriers et plus suffîsans maîtres qui pourroient se recouvrer taiit dé peinturé, sculpture, orfèvrerie, horlogerie, insculptùre en pierreries, qu'autres de plusieurs et excellents arts, tant pour nous servir d'iceux, comme pour être par ce même moyen employés par nos sujets en ce qu'ils auroient besoin de leur industrie, et aussi pour faire comme une pépinière d'ouvriers, de laquelle, sous l'apprentissage de si bons mattres, il en sortîroit plusieurs qui par après se repandroient dans notre royaume et qui sçauroient irès-bien servir le public.
« La plupart de ceux que nous avons logés en notre galerie ayant été choisis et attirés de plusieurs endroits de notre dit royaume, et hors de cette notre ville de Paris où ils n'ont été passés maîtres, se trouvent à présent en une si mauvaise condition qu'ils soni en^*
écnées de travailler pour les particuliers , et aussi que ceux qui ont apprentissa^fe sous eux, ne sont pas reçus à maîtrise par lès autres maîtres de cette dite ville , de sorte que plusieurs jeunes gens sont divertis par là de faire leur appreptissage sous eux, et pour cette occasion, ils ne peuvent trouver aucuns apprentifs à qui ils puissent enseigner ce qu'ils sçavent de plus ex^ quis en leur art, et desquels ils soient aussi secourus et soulagés è9 ouvrages qu'ils ont à faire pour notre service.... Désirant lès
Î ratifier et favorablement traiter.... auront et leur avons permis é jprendré à chacun deux àîpprentifs... qui, entrant au dit apprentissage s'obligeront aux maîtres par bon contrat passé devant noU taires , et ayant servi et parachevé leur tems, les dits maîtres leur en bailleront certificat en bonne et due forme...., etc. «Enfin ces lettres-patentes voulaient que, sur le vu du brevet d'apprenliçsage et du certificat des maîtres, a tant les enfants des dits maîtres, qu'apprêntifs, de cinq ans en cinq ans seulement, fussent reçus maîtres tant à Paris que dans toutes les autres villes du royaume, tout ainsi aue s'ils avoient fait leur apprentissage soiis les autres maîtres des dites villes, sans être astraints faire aucun chef-d'œuvre, prendre lettres, se présenter à la maîtrise, faire appeler lorsqu'ils seront passés leç maîtres des dites villes, ou leur payer aucun festin, ni autre chose quelconque : ni être seulement tenus cinq ans auparavant se faire inscrire par nom et surnom au registre de notre procureur au Châtelut, dont en considération de ce qu'ils auront fait leur apprentissage en notre dite galerie, nous les avons dispensés et déchargés, » (Voir le Mémoire pour les ariistes des galeries du Louvre, intervenans, contre les directeurs et gardes de la communauté des maîtres peintres et sculpteurs à Paris, intimés ; en présence du sieur Pourvoieur, apprentif en Tart de peinture de l'un des artistes logés aux galeries du Louvre [cI. l^r. Desportes], appellant. Paris, 1763.) Nous ne saurions expliquer l'inversion de la date à laquelle Y Histoire de Paris, de Félibien et Lobineau, fait registrer parle parlement ces lettres-patentes en faveur des ouvriers de la galerie du Louvre.
« Du dict jour (Y septembre 1607), ce jour, après avoir veu par îa cour, les grand'chambre, tournelle et de l'édict assemblées, lès
lettres patentes du roy données à Fontainebleau le dernier juin dernier, par lesquelles le dict seigneur déclare et yeult que tous les maistres de sa gallerie puissent doresn avant travailler pour ses subjectz es lieux où ils les vouldront employer, comme aussi que tous apprentis qui auront faict et feront cy après leur apprentissage soubs eux durant le temps pour ce requis, puissent tenir bouticque et travailler, tant en la ville de Paris, que toutes les autres villes et lieux de ce royaume, toutainsy comme s'ils avoient faict leur apprentissage soubs les maistres desdittes villes. La matière mise en délibération, là dicte cour a arresté et ordonné que ks dictes lettres seront registrèes es registres d'icelle, ouy le procureur général du roy, aux cbarges cy-après, qui seront insérées aux dictes lettres et à cette fin reformées : que ceux qui demeureront en la dicte gallerie, seront nommez par lettres-patentes du roy, lesquels jouiront de la maistrise, droicts et privilèges contenus es dictes lettres, tant qu'ils y seront actuellement demeurans ; et chacun desdicts maistres pourra de cinq ans en cinq ans seulement donner certificat à Tun de ses apprentifs ayant servy le temps requis, sur lequel il sera receu maistre, sans estre contrainct faire chef-d'œuvre, prendre lettres, ne se présenter à la maistrise, pourveu que cinq ans auparavant il soit inscrit par nom et surnom sur le registre du substitut du procureur gênerai du roy au Ghastellet de Paris ; et sy aucuns orfebvr'^s demeurent en la d. gallerie, ils seront subjectz aux statutz des maistres de la dicte ville de Paris. » {Histoire de la ville de Paris, composée par D. Michel Felibien, reveue, augmentée et mise au jour par D. Guy-Âlexis Lobineau. Paris, 1725, tome 5", contenant le 3è vol. des pièces justificatives, page 43.)
«Les divers appartements dessous la grande gallerie, dit H. Sauvai (Hisloire et recherches des antiquités de la ville de Pans, tome II, p. 41), avoient été destinés par Henri lY pour les artisans les plus renommés : car le dessein de ce prince étoit do loger dans son Louvre les plus grands seigneurs, et les plus excellens maîtres du royaume, afin de faire comme une alliance de Tespril et des beaux arts, avec la noblesse et Tépée ; mais parce que son palais n'etoit pas encore en état d'admettre tant de monde, il se contenta d'à-
bord d*y voir les arlisaos, tous au reste en grande réputation et les premiers do leur sièclt^, chacun en son genre. Mais comme de tout temps la faveur a eu plus de partisans que le mérite, depuis, quantité de gens sans nom s'y sont glissés et ont usurpé ces nobles demeures et illustres, ce qui a donné lieu au proverbe : que tous les bons maîtres ne logent pas à la galerie du Louvre. » Ce malin proverbe que nous a ti*ansmis Sauvai n'empêcha pas les lettres-patentes de 1608 d'élre confirmées par une déclaration du mois de mars 1671, laquelle fut cUe-môme rcgistrée au parlement. Depuis Henri IV jusqu'à Louis XYI, jamais roi de France n'a songé à restreindre les privilèges attachés aux logements des galeries; et de fait, si tous les bons maîtres n'ont pas été logés au Louvre, on peut dire — que depuis Jacob Bunel jusqu'à Horace Yemet qui y est né dans le logement occupé successivement par son grand père, Joseph, et par son père. Carie — le gros de cette colonie^ comme l'appelait Sauvai, s'est toujours composé des meilleurs, et que ces logements des galeries ont été l'abri, le cœur et le foyer de l'art français et de l'industrie française pendant deux siècles. Pendant deux siècles tout est sorti de là.
Nous ne pouvons songer à donner la liste complète des artistes et artisans qui, par la faveur de nos rois, se succédèrent dans cette partie de leur palais ; le nombre des noms en serait restreint par ces concessions de survivance par lesquelles les rois, reconnaissants envers un génie ou seulement un talent qui avait honoré la France, récompensaient la postérité de l'habile artiste par la continuation de son privilège. L'abbé de MaroUes et Germain Brice nous en fournissent déjà d'assez belles séries. Où ne trouve-t-on pas d'ailleurs le récit des merveilles qui s'enfantaient dans les ateliers du Louvre? A la page 74 du petit livre intitulé : Jani C(BciUi Frey admiranda GaUiamm compendio indicaia, (Paris, Fr. Targa, 1628), je lis : « Artifices duo Lemovicenses, fratres germani, Henrico etiam Magno magni habiti, et beneficiciis affecti, adhuc Parisiis in Luparœ porticu degunt; de quibus id verè dici potest, ingenium eos in manu et digilis habere. Nam inter cœtera ipsemet inspexi par cultrorum unà cum vagina, et caihenula aurea centum et quod excurrit orbiculorum, pondère vix duorum
granorum. His cum proposuissem antiquitati celebratissimum mii^acioKum," cûrfunl'el q'àadrigas unfcà muscae ala tectum, réspo'ùdbrùiàt, se quovis'pîgnore certaturos, et idem opus efféctùros difftéillimùnt quidëmV^èd ^bi cômpeftsL et fkcili arle. »
Voici maintenant les quatrains que consacre Marolles A quelques peintresy sculpteurs et ingénieurs logez dans les galeries du Louvre. (Nous imprimons en italique les noms des artistes qui se retrouveront dans nos brevets. )
Le Louvre a fait honneur, pour la mathématique, Ai^ scayant Aleaùme, à Guillaume Ferrier : À son Germain Antoine, à Frau dit le Guerrier : Aux deux VÔianis qui font THoreloge pratique.
Abraham de la Garde excelle en mesme chose :
Martineau se signale en ce noble mestier :
Picot faiseur de sphère y fait le monde entier^ fiedaut^ Rolin, Septale en découvrent la cause.
Orfèvres,
Quant à l'Orfèvrerie, on y nomme la Barre, Ii*titt et Tautre Courtois, les Baslins et Roussel ; Viiicent Petit orfèvre, et Linse et Jean Yangrely Julien de Fonteine en ses joya.ux si rare.
La dans la cizeleure excella Débonnaire :
On y vit exceller le sçavant Montarsi,
Jean Grenet approuvé depuis par Marc Bimbi,
En quoy Thomas Merlin^ ne fut Jamais contraire.
Menuisiers.
De sçavans Menuisiers Boule y tourne en oyale, Laurent Stabre est habile : et Jean Massé de Blois, Et Glaijide, Isac et Luc ses Enfants font en bois, Tout ce qui s'y peut faire en son Juste înterraHe.
Les Couteliers^ Arquebusiers^ Dammasquineurs.
Entre les Couteliers les Marbreaux deux frères, ]L*un et Tautre Verrier, Tun et l'autre Petit : Jumeau l'Arquebuzier, dont pas un n'a médit»
Juste et Léger qui plaist par ses doux caractères.
vn.
Les Tapissiers^ Brodeurs et autres Ingénieurs,
Un Maurisse Burot fut en tapisserie Admirable ouvrier : ainsi les deux Laurents, Les du Pont renommez honorent leurs parents, Quand les Burets aussi montrent leur industrie.
vm.
Là Nicolas le Febvre et Nicolas la Fage (1), Larmino grand Brodeur, le fut aussi du roy :
Torelle Ingénieur y marqua son employ :
Aux Balets Vigarane y trouva son usage.
Les Peintres dans les galeries.
Les bons Peintres logez dans l'enceinte du Louvre,
(1) « Nicolas de la Fage, dit le P. de Saint- Romuald, fut aussi appelé de Rome à Paris par le sieur de Noyers, pour la mesme fin (que le sieur Nicolas Pousaln, Neraand de nation, c'tst-à-dire afin d'y employer l'excellence de son art), et y est demeuré, y espousant cette année 1646 en novembre une fille non moins louable pour •et belles mœurs que pour son industrie. Il loge aux Galeries du Louvre, comiOA pluftienrs autres beaux esprits, s'il y en a dans tout le Royaume.»
Jacob Banel, Picou^ Bernier, Jacques Stella^ Les Enfans de sa Sœur vertueux en cela, Du Moutier père et fils, où Boladonc s'onyre.
Simon Vouet, Nocret, Bourgeois, Erard, Bonrsope, Mellan^ Bimbis, Gesse, Dorîgni, des Martins : Du Pré, le bon sculpteur et les deux Sarrasins: L^Asne^ avec Séjourné, pour décorer le Trosne.
(PariSn ou la Description succincte et neantmoins assez ampU de cette grande ville, par un certain nombre d*épigrammes de quatre vers chacune, sur divers sujets, par M. de Maroiles, abbé de Villeloin, 1677. Ia-40, pages 53 et 54.)
Si l\)n s'étonne de ne trouver logés au Louvre ni Charles Lebrun, ni Vandermeulen, ni Audran, ni Leclerc, ni les Auguier, ni tant d*autres peintres, sculpteurs, graveurs, continuellement employés aux travaux du roi, il faut songer à celte autre colonie d'artistes et d'artisans que Louis XIV et Golbert avaient établie et logée aux Gobelins, dans l'hôtel des manufactures royales, et dont Tabbé de MaroUes ne manque pas de donner la longue et précieuse nomenclature dans les dix-neuf quatrains qui suivent ceux-ci.
Sept ans après les dernières rimes de Marolles, « les appartements qui sont sous la galerie du Louvre sont occupez par diverses personnes illustres, qui travaillent pour le roy, qui leur donne ces logements. M. Silvestre, fameux graveur ; M. Melsn, dont on voit des {gravures extraordinaires ; M. Coepel, peintre ; M. Herard^ M. Valdor y sont logez. M. Cassiny y a aussi une chambre, quoy qu'il demeure ordinairement dans Tobservaloire. Monsieur Tabbé Siry, si connu a cause des beaux mémoires italiens qu'il nous a donnés sur l'histoire; Mademoiselle Stella, chez laquelle il y a de très beaux tableaux du Poussin; M. Bain, fameux émailleur, qui a trouvé le secret de donner à l'émail le brillant et la beauté des pierres précieuses, et qui a entre ses mains un grand bassin d'or pour le roy, orné de moulures sur les bords, et qui sera sans doute une très belle pièce quand il sera achevé pour l'ouvrage et pour la matière, car il reviendra à cent mille francs. Il fait ordinaire-
ment des boettes à montre, et divers ouvrages de cette sorte. Tout proche est M. Boul, qui fait des ouvrages de marqueterie, extraordinairement bien travaillez et que les curieux conservent soigneusement; Messieurs San5on, les fils du fameux géographe, y sont aussi logés, ils travaillent incessamment et donnent de temps en temps quelque chose de nouveau sur la géographie, o (Description nouvelle de ce qu'il y a de plus remarquable dans la ville de Paris^ par M. B. —Brice. Paris, 1684, T. I«% p. 34-35.)
Tous ces noms, nous les retrouverons dans nos brevets ; mais, en 1713, le personnel s'est quelque peu renouvelé parmi les f^tatres logez sous la grande galerie : ce sont : « Berrin, excellent dessinateur pour les pompes funcbres, fêtes galantes, feu d'artifice, carousels, habits et décorations de théiltre, etc. ; Martinet, horlogeur habile; Silvestre, dessinateur, qui a montré à dessiner à messeigneurs les princes; il a un cabinet orné d'un plafond peint par Boulogne, et plusieurs excellents tableaux ; Meunier, peintre d'architecture; la veuve de Visé; Coustou, sculpteur de l'Académie; Piraub, arquebusier; Desportes, peintre excellent... qui excelle en fleurs, en fruits et en, animaux et réussit parfaitement dans les figures ; ChatilloUy graveur en tailles douces, s'occupe aussi à travailler en émail; Nocret, peintre; Turet, horlogeur, savant dans les mathématiques, ce qui lui a donné occasion de faire des découvertes dans sa profession ; François Girardon, sculpteur du roy, amasse depuis longtemps un cabinet curieux. On y trouve une grande quantité de morceaux de sculpture antique et moderne d'un très beau choix, des esquisses et des dessins des plus grands maîtres... Toutes ces rares pièces sont arrangées dans une galerie qui en est remplie de même que des chambres voisines dont on a
formé en 1710 un grand volume d'estampes ; Eusebe Renau-
dot, qui a le privilège de la Gazette, et est petit fils d'un médecin qui l'a commencée en 1631...; Boul, ébéniste, dont les ouvrages de marqueterie sont fort recherchés ; Vigarani, habile pour les forces mouvantes, les décorations de théâtre et la conduite des grands spectacles ; Mauger, graveur pour les médailles ; Nicolas Delaunay, orfèvre du roi et directeur de la monnoye des médailles; Bidault, horlogeur; Yancleve, sculpteur; Le Bast, faiseur d'ins-
U'i^ments de mathéinatiques ; BaiUtfy peintre en miniature ; Fonteni^y, excellent peintre fleuriste ; CoypeL, peintre, a la diréctipn et la garde (jiu cabinet des tableaux du roy ; il occupe deux appartements, à cause des desseins du roy, dont il a aussi la garde ; Bens, excellent meiteur en œuvre ; Santerre, peintre des plus rechercbés pour les portraits. »
Dans Tédition de 1752, se retrouvent encore les noms de Martinau, Silvestrc, Meunier, la veuve de Visé, Coustou, Desportes, Chatillon, Turet, Tinspecteur delà Ga2jeWe,Boul,Bidauld, Vancleve, la veuve Le Bast, Bailly, Fonlenay, Coypel; mais Tcin y rencontre les noms nouveaux de « Rondet, garde des pierreries de la couronné; Benier, orfèvre renommé ; Balin, orfèvre renommé: Duvivier, graveur pour les médailles ; Renier, armurier du roi ; Germain, orfèvre très habile, dont les ouvrages sont très estimés; Fremin, sculpteur de TÀcadèmie, a présent auprès du roi (l'Espagne ; Alexandre d'Hermand, colonel d'infanterie, ingénieur da roî...; Brevet père et fils, excellens graveurs...; et la veuve Belocqiie qui a la garde des appartements de la reine-mère. »
Un charmant manuscrit intitulé : État général des bâtiments du roi, année 1775, qui appartient à la bibliothèque du Louvre et nous a été indiqué, avec une extrême complaisance par son conservateur-administrateur, M. Barbier, nous donne YEtat des logements aux galeries du Louvre à la présentation de monsieur le directeur général, et des personnes qui les occupent aui^ janvier f 775. Le premier logement était vacant ; le 2« était occupé par Brevet, graveur du roi, en vertu d'un brevet du 7 mars 1739, le 3" par Pigalle, sculpteur du roi, brevet du 4 avril 1750; le 4« par Silvestré, 2 mars 1738 ; le 5«, Restout, peintre du roi, 21 avril 1768; le 6", Bourguignon d'Anville, géographe du roi, 5 mars 1756; et en survivance, Montucla, censeur royal, premier commis des bâtiments du roi, 15 novembre 1774; le 7«, Loriot, mécanicien, Tmars 1770; le 8«, de la Tour, peintre du roi en pastel, 4 avril 1750 ; le 9% Pasquier, peintre du roi en émail, 9 juin 1774 ; le 10«, Roslin, peintre du roi, portraits, 2 mars 1772 ; le 11«, Le Moine, sculpteur du roi, 18 juin 1760; le 12e, Chardin, peintre du roi, 32 mai 1737 ; le 13», Aubert, joaillier, 15 novembre 1773; le 13»
bis. Le Faute, orfèvre-horloger, 9 janvier 1757 ; le 14e est occupé par rimprimerie de la Gazette de France; le 15e par Veirnet, peintre iju roi, marine, brevet du 12 octobre 1761 ; le 16«, Greuze, peintre du roi, 6 mars 1769; le 17©, Duvivier, graveur du roi, 7 juin 176f;
le 18e, Doyen, peintre du roi, 23 mars 1774; le 19*, de La Grenée,
peintre du roi, 17 mai 1771; le 20e, Le Roi, horloger du roi, 22 novembre 1759; le 21«. Le Guai, graveur en pierres, 10 juillet 1746; le 22e, Le Bas, opticien ; le 23©, Roëttiers, orfèvre, 7 septembre 1765; le 24% Bailli, garde des tableaux, 27 juillet 1754; le 25% Gonnot, fourbisseur, 5 juillet 1751 ; les 26© et 27* étaient occupés par Gochin, graveur du roi, sans doute au double titre qui avait valu deux logements à son prédécesseur Goypel, comme artiste et comme garde des dessins.
Enfin, en 1791, un livre intitulé : Tablettes de renommée ou du vrai mérite et d'indications générales des artistes célèbres, fait connaître les derniers artistes qui aient été logés par privilège royal non-seulenienX sous la grande galerie du Louvre^ mais dans les autres parties de ce magnifique palais. On y nomme encore par erreur M. Gochin comme logé aux galeries du Louvre ; une note du manuscrit que nous venons de citer certifie que Gochin était décédé le jeudi 29 avril 1790, et qu'à sa place de garde des dessins seulement avait été nommé, par brevet du 3 mai 1790, M. Vincent, peintre, professeur de TAcadémie. Les peintres Barthélémy, Callet, David, Lagrenée le jeune, Pierre, Suvée, Vincent, Glerisseau, Monnet, Munich, Fragonard et M"« Gérard, Saly, Valenciennç, Tocqué ; le rentoileur Haquin ; le graveur Debu court ; les sculpteurs Gaffieri, d'Hués, Vassé, Berruer, Bridan, Glodion, Dejoux, Demouchy, Gois, Julien, Lecomte, Monnot, Mouchy ; les architectes, Brebion, Leroy, Mauduit, Sedeine, logaient au Louvre et cour du Louvre. Brenêt, Doyen, Renou, Vanloo, Vien et sa femme, Demachy, Huet, Robert logeaient cour du vieux Louvre ; et enfin aux galeries du Louvre c'étaient Lagrenée Talnë, Garle Vemet, Duptessis, Pasquier, Roslin, Rosseline, Bervic et Miger graveurs, l'ingénieur Mann, Duvivier, graveur général des médailles et monnaies, et Gay, graveur du roi en pierres.
Gomme on le voit, la monarchie avait abrité dans son Louvre
tout ce qu'il pouvait contenir d'artistes. En disparaissant sous les ruines de la France par la révolution de 92, elle le leur abandonnait tout entier. Mais les excès des nouveaux occupants ne tardèrent pas à compromettre leur conquête, et fournirent même la pensée et le prétexte de supprimer les plus anciens comme les derniers privilèges.
« Dans nulle autre capitale, raconte M. de Clarac (Mufée de sculpture antique et modetme, t. 1'% page 597), le souverain ne partageait ainsi sa demeure avec les artistes. Mais alors au moins il y régnait le calme qui convient àTétude et à une habitation royale. Au commencement de la Révolution, ce fut bien différent. Le Louvre fut envahi ; c'était une ville prise d'assaut, livrée au pillage, et que chacun se partageait à son gré. Une jeunesse effrénée, que rien ne pouvait retenir, remplissait de nombreux ateliers, qu'elle abandonnait pour se livrer à toute l'impétuosité de ses jeux, ou de ses attaques contre des écoles rivales. Chacun s'établissait dans le lieu qui était à sa convenance. On bâtissait des maisons entières dans des salles qui n'étaient pas terminées. On ne respectait pas plus celles qui l'étaient ; elles recevaient de nouvelles distributions : on criblait de trous les plus belles parties de l'architecture. Les corridors, les salles, encombrés d^immondiees, ne présentaient plus de tous côtés que des murs dégoûtants de saleté, et d'où l'on aurait dû être chassé par l'air infect qui s'en exhalait. Enfin, ce nouveau temple des arts, dans les parties dont ils s'étaient emparés, n'offrait plus que rimage du plus dégoûtant désordre ; et le Louvre, qui renfermait alors tant de talents divers, paraissait condamné à être détruit par des mains qui auraient pu l'embellir et l'achever dans toutes ses parties.
« Ces désordres étaient trop violents pour qu'on ne vît pas qu'il était temps d'y mettre un terme.... n On commença par déloger les artistes des rez-de-chaussée du Louvre pour y abriter les antiques rapportés des conquêtes d'Italie. Puis, peu à peu et avec le temps, le terrain se reconquit. Enfin les mesures d'évacuation s'étendirent aux logements inférieurs de la grande galerie, quand Napoléon, installé aux Tuileries, eut la pensée d'établir, dans une partie de cette galerie, sa bibliothèque et les archives de la secre-
tairerie d'Etat. Ces archives y sont restées jusqu*en 1848, occupant tout le dessous de la galerie, compris entre le gros pavillon dans lequel est le salon carré du Musée et le guichet de Saint-Thomasdu-Louvre, où commencent les salles de la bibliothèque du Louvre. La révolution de février a livré au public Tusage de cette biblio- Uièque réservé jusques-là aux chefs de TEtat, empereur et rofe. Les archives de la secretairerie ont été réunies aux archives nationales» et les salles qu'elles occupaient ont été reprises pour \h besoin du Musée.
« Il y a peu d'années, dit M. de Glarac, qu'on voyait encore sur d'ancienpes portes les noms d'artistes et d'ouvriers du Roi à qui ces logements avaient été accordés, et c'était devenu des titres de famille. y> M. Fontaine dut démolir, pour la nouvelle dislribution des étages inférieurs de la galerie, les innombrables cloisons qui s'y étaient multipliées suivant le caprice et les bcsoius des possesseurs. Tout trahit encore dans les ouvertures si variées de forme qui éclairent aujourd'hui l'enfilade des salles de la bibliothèque du Louvre, le travail d'appropriation que les diverses générations d'artistes avaient cru devoir faire subir aux fenêtres des logements qu'elles tenaient par brevet du Roi. Déjà, sous Louis XIV, a de nouvelles institutions qui avaient les arts pour objet, ayant exigé de nouvelles distributions dans les bâtimens de la couronne, on avait été obligé de diminuer le nombre des logements concédés aux artistes. »
Aujourd'hui de toutes ces habitations singulières de l'art et de l'industrie, ateliers de peintres et sculpteurs, magasins d'orfèvres et d'horlogers, de fourbisseurs, de graveurs et de géographes, à peine reste-t-il un souvenir dans la mémoire de nos contemporains les plus âgés, un souvenir aussi dans quelques rares descriptions de l'ancien Paris. La liberté illimitée rendue aux artistes, sur la motion de David, semble avoir interdit les privilèges même envers les plus glorieux d'entre eux. D'autre part, les grands établissements publics qui occupaient, en môme temps que les illustres, les appartements du dessous de la grande galerie, l'imprimerie royale, la Ga%etle de France, journal officiel d'alors, le cabinet des dessins du Roi, et la monnaie des médaille^, ont pris une telle ex-
tension qu'il leur a fallu, en sortant du Louvre, un palais à chacun. Enfin si le Louvre n'a plus un coin pour y héberger quelques familles d'artistes, que ceux-ci ne le regrettent, ni ne s'en plaignent, c'est que le Louvre désormais appartient tout entier aux arts.
Aujourd'huy xxix Mars mil &ix cens vingt huit. Le Eoy estant à Paris deûment informé de l'expérience que Claude Bidault ^ l'un de ses orlogers s'est acquise à la fabrique de toutes sortes d'instrumens de mathématique, et le voulant Sa Majesté à cette occasion approcher de sa personne, et le voir quelcjues fois tràuailler aux ouvrages quelle désire de luy faire faire Sa dite Majesté luy a très volontiers accordé le premier logement qui viendra à vaquer et sa gallerie du Louvre par mort ou autrement pour s'y loger auec sa famille, et en jouir sa viç durant tout ainsy que les autres qui remplissent semblables logemens dans la d. Gallerie Jlfanda et ordonne Sad. Majesté au S. d^ Fourbïf Sur Intendant de ses Bâtimens de le mettre en possession du d. Logement sy tost que vacation aura lieu sans attendre autre plus expresse déclaration de sa volonté que le présent Breuet quelle a pour ce voulu signer de sa propre main, et estre contresigné par moy son con" et secrétaire d'Estat et de ses commandémens. Signé LouiSy et plus bas de Loménie.
CoUationné à l'orignal