LETTRE DE LOYS HOVRIER
YNIAGIER
Communiqijée par M. Charles Grandmaison.
La lettre suivante, qui nous est communiquée par M. Charles Grandmaison, existe en original au département des manuscrits de la Biblioilièque Nationale, dans un recueil composé de lettres adressées à Louis XI et faisant partie du fonds de Gaignières (n^ 372). Elle est sans suscription ; mais il est à peu près certain qu^elle n*est pas adressée au roi. Comme Jarzé, lieu duquel la lettre est écrite, était un marquisat de TAnjou appartenant à Tun des généraux des finances do Louis XI, Jean Duplcssis Bourré, et que celui-ci y fonda un chapitre vers Tan 1500, il est plutôt à croire que la lettre lui est adressée. Nous ferons aussi remarquer que la lettre implique que LQÙis Mouricr était venu travailler à Jarzé et n*en était pas.
Mon très honoré Seigneur, je me recommande humblement à votre bonne grâce. Monseigneur» plaise vous me mander en quel lieu de Teglise j'assoierai la besoigne que je vous ay faite» et envoier gens se bien cognoissans en art d*ymagerie pour veoir s'elle est telle que je la vous ay promise» ce que je crois quelle soit et mieulx. Le piège» que je vous ay baillé» vieulx avoir à descharge et aussi me vieus-je descharger de la besoigne et du louage du logeis» où elle est icy. Il me faut aller besoigner ailleurs qu'icy» pour veoir si je le profïiteray mieux que je n*ay icy.
Monseigneur» je prie Dieu qu il vous doint très bonne vie et longue. Jarzé» ce 21 jour de juilliet.
Votre très humble serviteur,
LOYS MOURIER.
CLMDE HELLAN
(d'abbeville) Coimaiiiqué par N. HaurÉAU et annoté par I, AïATOLR DR lOHTAIGLOIl.
Les trois pièces suivantes, qui existent aux manuscrits de la Bibliothèque Nationale, et nous ont été indiquées par M. Hauréau, à la bienveillance duquel ce recueil a déjà et aura encore, nous Tespérons, plus d une obligation, sont de deux natures : les unes se rapportentà la date de la naissance de Nellan, lautre est une lettre même du célèbre graveur abbevillois.
L'extrait de baptême est précieux, car il rectifie la date seulement approchante qui en a toujours été donnée. Je ne parle pas des dates de fantaisj^ mises sur ses portraits d'Odicuvre; dans celui gravé par Elisabeth Marlié Lépicié, on le fait mourir à Tâge de 94 ans, ce qui le ferait naître en 1594; au bas du portrait même de Mellan, coupé par Odieuvre pour être mis au format de sa collection, on va plus loin encore dans Tautrc sens, car on le dit âgé à sa mort de 44 ans, ce qui le ferait nattrc en 1644, après la moitié de ses chcfs-d'œuvrcs. Je parle de la meilleure date qu*on donne, celle de 1601. Il parait même qu'elle résultait de son épitaphe; car en Tindiquant à Saint-Germain-FAuxerrois, Piganiol, assez exact en ces matières, le dit mort le 9 septembre 1688 à Tâge de 87 ans. Rien n*est si fréquent que ces inexactitudes de quelques années.
Avec rextrait de baptême nous avons cru devoir imprimer la lettre du curé de Saint-Wulfran ; si elle n'ajoute pas dc'renseignements nouveaux, elle nous apprend au moins que c'est un autre artiste, Héquet, graveur aussi, mais encore plus éditeur, qui lai avait demandé cette recherche. L'on sait d'ailleurs qu'il était d'Abbeville ; mais la phrase : c Votre sœur Thérèse, notre voisine, » qui le prouverait, explique en même temps Tintérêt qu'il prenait à ce qui touchait un confrère et un compatriote. Quant à la lettre de Mellan, adressée au plus important éditeur de gravures dans le second tiers du dix-septième siècle, c'est un fragment de l'énorme
correspondance qi|e celqi-ci a entretenue avec tous les artistes de son temps ; il paraîtrait même qu'il les avait gardées avec soin et qu'une partie au moins passa après sa mort, probablement avec des planches de son fond$, entre les mains du père de ]j|^|;|çtte; car on verra assez souvent dans les notes de celui-ci : a Mon père avait une lettre de.... adressée à François Langlois, dit Ciartres, » ou encore : « je trouve dans une lettre de.... à François Langlois. » Que celte correspondance nous serait précieuse, et, si on la retrouvait maintenant, que d'éclaircissements elle nous donnerait! Avec les notes perdues de Marolles, avec celles aussi que Yignon paratt avoir écrites, si Ton en croit les marges de VHistoire de Blois d0 Bernier, ce serait la plus riche source de renseignements sur les artistes de la première moitié et du milieu du grand siècle.
La lettre pof te pour suscriptipu : « Monsieur — '- Monsieur Hecquet^ graveur — en la place de Gambrày à Paris. )>
Monsieur
Aussitôt; votre lettre receue,jay chercbp m)apti$t^r§ qi},§ vous désirer. Je Tay trouvé enfin, le 33^- de may 1598. l\ n^ est parlé aucunement de sa mère ni de la profj^ssipn de son père. Je vous l'envoyé tel que JQ ^'ay trouvé. J^ xnç suis inforcoé dç quelqu'ancien du quartier ; on n'en a pas de connoissance ; il fiaut que le père et la mère soient morts, il y a très longtems, ^t W 1?^ pergpwp ç'ep soit al)p fof J jeunp à Earis ^t depuis est demeuré inconnu au païs ; au reste, je vous envoyé ce que j'ay trouvé; je voudroiâ en trouver plus.
Je ne say que depuis quelques mois la mort de voire chère fille; je ne doute pas que cette perte
i)!fiit ^té sçpsible ^ufant à s^ chère mçre qu'à son cher père ; je vous assure que j'aj pris beaucoup de part ^ votre doulevfr. Permettez que j'aye l'honneur d'assijrçç ^e niQ$ resppçts W^^ votre épouse. Votre sœur Thérèse, notre voisine, se porte bien et vous salue, Faites moi l'honneur de me croire,
Monsieur , Votre très humble et obéissant serviteur,
J. M. Mauchembert Curé de Saint-Vulfran de la Chaussée.
A A^beville, ce 4 septembre 1735.
Extrait des registres aux baptêmes, sépultures et mariages de Saint Vulfran de la Chaussée à Abbeville, diocèse d'Amiens, généralité de Picardie, pour l'année mil cinq quatre vingt dix huit.
Le vingt trois jour de mav mil cinq cens quatre vingt dix huit fut baptizé Claude Melan fils ^e Claude (1). ij^e parrins Nicolas Maillard et RobçrJ Mauchant, la marrinne Maillard.
Je soussigné, prêtre curé de la paroisse de Saint Vulfran de la Chaussée à Abbeville, certifie le présent extrait conforme à son original. En foy de quoy j'ay
(1) Florent Le Comte (éd. de Bruxelles, T. UI, p. 393) nous apprend qu'il était receveur du domaine à Abbeville ; dans la notiee de la collection d'Odieuvre, il est devenu N. Mellan ; nouvel exemple de cette perpétuelle confusion de TN qui commence par vouloir dire : prénom inconnu, et qui finit par devenir r^icolas oa tout autre nom commençant par un N.
signé ce jourd'hui troisième jour de septembre mil sept cens trente cinq.
F. M. Mâuchembert prêtre curé de S^ Vulfran de la Chaussée.
Monsieur, j*ay receu la vostre du 27 janvier, par laquelle vous marquez m'avoir escrit plusieurs fois ; mais vous me donnez subiect de croire le contraire, sachant bien que vous avez receu de mes lettres par Mons*^ de Vallauez et un portrait de M. du Peiresc (1), sans m'en auoir donné aucune nouuelle, ni de mon frère, par la lettre que ie vous auoië prié de luy donner. Je ne vous parle point des lettres que ie vous ay escrites, il y à long temps, touchant du plus belle asortiment quy estoit en Italie; ie pouuois nous y seruir de beaucoup et auoië désir de nous auancer Targant ou répondre pour nous, d'autant que il n y auoit rien à perdre, ny pour Tun, ny pour Tautre, à cause que ie vous ay toujours cognu gallant homme, et, quand il nous plaira me commander, ie vous ser-
(1) Ce portrait de Peiresc, fait eu pendant d'un portrait de Gas- * sendi, est daté de 1637, Tannée môme de la mort de Peiresc arrivée en 1636; Mellan en avait dû prendre le dessin en 1634 ou 1635, temps pendant lequel il demeura h Aix comme le prouve la curieuse suite de planètes astronomiques : « Phasium lunœ icônes quas anno salutis 1634-1635 pingebat ac sculpsit Aquis Sextiis Claud. Mellan Gailus praesentibus ac flagitantibus illustrîbus viris Gassendo et Peyreschio. » Son portrait nous apprend qu*il était à Rome en 1635, et une autre pièce qu'il y était en 1636. C'est donc en revenant d'Italie qu'en 1637 il se retrouvait à Aix.
uiray de cœur et d'affection. Je vous suis obbligé de la peine que vous auez prise pour Tamour de moy, quand nous m'auez escrit ce que Ton nous à dict de mon affaire en Angleterre. J'en ay entendu parler, il y a quelque [temps], mais ie n'ay poinct heu d'assurance, c'est pourquoy il nous plaira en écrire un peu, puisque l'on c'est adressez à vous, ce ser [a pour] vous y servir aussi bien qu'à Paris (1). Pour les bons aduis que nous me donnez de la peinture, ceulx, qui vous les ont dites, ne sont pas bien informez ; car c'est tout au contraire. Lorsque i'estois à Rome, je donnois les occasions aux aultres; je crois que nous en scavez quelque chose. Lagallerie deGennes, ie ne Tay poinct voulu faire ; je vous parle de Gennes parce que nous m'en parlez. Pour tant d'aultres occasions, il y aurait
(1) Il est presque cerUin que cette aiïairc d'Angleterre est la proposition qui fut faite à Mcllan de se fixer à Londres. Voici comme en parle Florent Le Comte (T. III, p. 394), avec une erreur facile à reconnaître : « Le succès de ses ouvrages lui attira Testime a de Chai les II, roi d'Angleterre, qui lui fit proposer des appoiiite- « mens fort favorables, au ras qu'il voulut passer dans ses états; « mais Tamour de la patrie se montrant supérieur à tous les avan- « tages qu'on lui offroit, suspendit un peu de lems tous ses des- « seins; de manière qu'étant revenu en France, il prit femme à « Paris en 1654, où il fit son établissement. » On a vu qu'il faut lire Charles P% car Charles II ne monta sur le trône qu'en 1666, et le fait s'est passé avant 165 i. Malheureusement l'humidité a ici et dans le post-scripium détruit le papier à l'endroit où la lettre était pïiée ; tout ce que nous avons restitué se trouve entre crochets. Nous ferons remarquer ce qui suit, les demandes que Ton faisait à Mellan de peindre, et l'excellent conseil que lui avait dû écrire Langlois de ne se pas laisser détourner de la gravure. On ne pouvait mieux comprendre les intérêts de l'art et de Mellan, qui, s'il n'eût été que peintre, ne serait qu'un des innombrables et pâles élèves de Simon Vouet.
tpB à djre et à r^c()pter : Tay p^rd^^ |>initié pQ^^,n| l^ojpcj pfejpd^q c|>rgçijit de çej tine. per^t)pne. ^^s^% cl^acun sc^y s^ affaires. Je me s^is ^rrçt^? pour graiier ifne chose [ort j^p^iuelle (^), q\ifi ypiî5 en sçrçz bj^n ^y§e, Rarcej que uous ep pourrez auoir du pro^^. Vous, po^^ifez iugçf par là si ie m'ajflpse ^ chose qu^ ie ^e doil)s ; ie ne Içsse poinct de uoi;^ $ç^yoi[r boq giçg.
Monsieur;
Vpstre plus affectionné f^çruitçur
D'Aix, le jçîVj^* du Char^au^l 163^.
Si uous uoiez Mons"^ Vignpn, fa[itçs lui], i^ ypjj^ prie, un humble baise main de ma part, car ie s\ûs bien son sfiruiteur et à M[ons^ Dau]id graueur; ie luy ay escript à Gennes. Je uous suplie de demander à mon frère, si mon pe[re et ma] mère se porte iDiç^i ç^ ^^ m'en donner aduis ; vous me ferez un grand plaisir. Je seray [à Paris au]nouueau temp^ et plustost comme ie çvpis. Je bois à uqstre santé et à tpu^ pos ^^l[is]•
Monsieur Chartre dict
L'Anglois marchant libr^
demeurant  Paris.
(1) ^ous regrettons de ne pas pouvoir même supposer quelle e§t «etté chose fort nouvelle. Nous ue connaissons ae Hellan aucune pièce datée de 1638, et la seule datée de 1637 est le portrait de Peirèsc cité au commencement de la lettre. '