‹ ARCHIVES DE L'ART FRANCAIS. TOME PREMIERChapitre 33 sur 84 · DU 21 AOUST · texte numérisé non relu

DU 21 AOUST

Par deuant les No'** du Roy au Cbastelet de Paris soubsignéz fut présent M*"* Jean Varin con*' du Roy en ses con*'* Intendant des bastimens de Sa Majesté Conducteur et graueur gênerai des monnoies et moulins de france gisant au lict malade de corps , toutesfois sain d'esprit mémoire et jugement comme il est apparu ausd*' Notaires par ses discours et entretien Lequel désirant pendant qu'il plaist a Dieu luy laisser libre Tusage de sa raison disposer de ses dernières Volontez a fait dicté et nommé ausd. Notaires son testament co* il ensuit Au nom de la très Saincte

Trinité Premièrement il a recommandé et recommande son ame a Dieu le Créateur le suppliant par les mérites Infinis de la mort et passion de Nostre Sauueur et Rédempteur Jésus christ la vouloir admettre en son s* Paradis quand elle sera séparée de son corps pourquoy II implore l'Intercession de la glorieuse Vierge Marie et de tous les Saincts et Sainctes, Item veult et entend le d' sieur testateur ses debtes et torts faicts» si aucun y a, estre payez reparez et amendez par l'Exécuteur de son présent testament sous nommé ; Item désire led* s' Testateur son corps estant priué de vie estre inhumé en l'église S* Germain TAuxerrois sa parroisse proche du Heu ou repose celuy de feue dame Jeanne des Jours sa femme , Laissant au surplus a la discrétion dud* sieur Exécuteur Testamentaire d'ordonner de ses obsèques et funérailles et des prières qui seront a faire après son decèds ainsy qu'ils adui* seront, Item ledit s*^ Testateur donne et lègue la Somme de Trois cens liures pour estre distribuée par led. s** Exécuteur aux panures de la d. paroisse de s^ Germain comme II le jugera a propos, Item II donne et lègue à Thospital gênerai de cette ville de Paris la somme de Mil liures, Item il donne et lègue à Antoine son cocher et à s^ Germain son grand lacquais et a chacun d'eux La Somme de cinq cens liures qui est Mil liures pour les deux pour rescompensce de leurs Seruices oultre les gaiges dud. cocher, a la charge qu'ils prieront Dieu pour le repos de son ame quant a

SCS aultres domesticques désire qu*ils soient paiez des gaiges qui leur seront deubs au jour de son deeeds. Item Veult et entend led. s"" Testateur qu'il soit dit deux annuels de messes à son Intention durant la première année qui suivra son deceds scauoir un en lad. Eglise S* Germain l'auxerrois, et l'autre en celle des Religieux Capucins de la rue neufue s* honoré donnant pour chacun desd. annuels La somme de trois cens liures qui est six cens liures pour les deux qui seront paiez de quartier en quartier par led. s' Exécuteur» Item il donne et lègue a dam"^ Jeanne Yarin sa sœur vefue du feu s"" Nicole deux cens liures de rente et pension viagère la vie durant de lad. dam"^ par le deceds de laq^^^ lad. pension demeurera esteinte au proffit des héritiers dud. s' Testateur, Lequel donne et lègue à Jean Jacques son filleul La somme de trois cens liures vne fois paiée, Item ledit sieur testateur donne et lègue a Damoiselles Anne Marie Jeanne et Marianne Jubert de Brécourt ses petites filles (1) la somme de six vingtz mil liures qui est soixante mil liures pour chacune d'elles a prendre sur les plus clairs et apparens biens et effaicts de la succession future dud. sieur Testateur, Et en cas que dam"® Marie Jubert de Bre-

(1) Ces petites-filles de Warin étaient filles de Anne Jubert, sieur de Brécourt, d'une famille noble de Normandie, qui avait épousé Marie Warin le 6 janvier 1652, à peine deux mois, comme on voit, après la mort de la sœur utérine de celle-ci. Varie-Anne Jubert de Brécourt épousa, le 17 août 1674, Jacques de Malortie, qui appartenait également à une famille normande. (Lachesnaye-Desbois.)

courl leur sœur à présent Religieuse novice dans le mo« nastere des Religieuses de la Congrégation à Vernoy n'y fasse pas profession led. S^ Testateur veuU et entend que lad. somme de Six vingtz mil liures soit partagée esgalement et par tiers entre lesd. Dam"** ses deux sœurs et elle, lesquelles Damoiselles led^ sieur testateur substitue Tune a Tautre en cas qu'elles décèdent sans enfans nez en légitime mariage Et moyennant led. legz desd. six vingtz mil liures elles ne pourront demander aucun compte aux Sieurs leurs deux oncles fils dud. s' Testateur de Tadministration qu'il a eue ou aura de leurs biens jusqu'au jour de son deceds comiM leur tuteur ou autrement, led. sieur Testateur déclare avoir esté aduerty depuis quelque temps que le sieur francois Varin le plus jeune de ses deux fils a contracté clandestinement mariage auec la nommée Gobillon dont il a tesmoigné plusieurs fois aud. s' son fils que la fréquentation luy estoit très desagréable et comme led. s^ son fils ne peut auoir conclu de mariage sans vne désobéissance qui luy attire la Juste Indignation dud. sieur Testateur il veult et entend que si led. s' francois Varin a commis une faulte si Indigne de pardon il soit entièrement priué de sa succession, et aud. cas que led. mariage ait este fait et contracte Iceluy s** testateur suiuant le pouuoir que les loix lui donnent a exherede et exherede led. s*" francois Varin son fils par le présent testament ne voulant pas qu'il prenne aucune part en ses biens, Item led. s^ testateur dé-

clare qu'il doit au s^ De Lauau son commis la somme de vnze cens liures de reste de ses gaiges du passe jusqu'à présent et de l'argent qu'il a foumy et desbourse pour led. s"" Testateur qui veult que lesd. vnze cens liures soient paiez aud. s' De Lauau auec ce qui courra de ses gaiges jusqu'au jour que led. s' Testateur décédera. Et pour exécuter et accomplir le présent Testament led. sieur Testateur a nomme et eslu M' Vincent Trésorier gênerai du sceau le priant d'en prendre la peine et de prendre conseil dans les choses qui résulteront de lad. exécution testamentaire de M' Gocquelart ad*^ en parlement son intime amy aussy bien que led. s' Vincent » réuoquant tous autres testamens et codiciles qu'yl pourrait auoir faicts auparauantle présent auquel il s'arresteco^ estant sa dernière volonté ce fut ainsy faict dicté et nommé par led. s^ Testateur ausd. Notaires et a luy par l'un d'eulx en la présence de l'autre leu et releu en vne chambre hors œuvre ou il est au lict malade ayant veue sur le jardin de la maison ou il demeure seize rue des orties par. susd. S^ Germain l'auxerrois L'an Mil six cent soixante douze le vingt Vniesme jour d'aoust depuis quatre heures de relevée jusqu'à sept heures du soir et a signé

Warin.

Ogier. Moufle.

Et le vingt-cinquiesme dud' mois d'aoust Mil six cens soixante douze sur les Vnze heures du matin unman-

dénient dud. M^^ Jean Varin dont le testament est deuant escrit les notaires du Roy au ch*^' de Paris soubsignez se sont transportez en sa maison déclarée aud. testament ou estant ledit S^ Varin a requis lecture luy estre faite de son d* testament lequel luy aiant esté leu par l'un desd. No'** Tau® présent Iceluy S' Varin aiant dit le bien entendre a led. s*^ testateur tousjours sain d'esprit et jugement quoyque malade de corps en ad* joustant aud. testament et y innovant par forme de codicille faict dict et nomme ausd . Notaires ce qui en suit scauoir est qu'il a reuocqué et reuocque rexheredation par luy prononcée par led. testament contre led. s' François Varin laquelle il n'entend avoir lieu ny effect quoyque son dit fils Tait bien méritée s'il a contracté mariage avec la personne y nommée scachant bien que c'estoit contre la volonté dud. s' son père qui luy recommande et le charge de ne point passer oultre audit mariage s'il n'estoit point accomply lors du deceds dud. s^ testateur et de résister aux instances et sollicitations qui luy pouuoient estre sur ce faites et de vaincre en ceste occasion la facilité de son naturel.

Warin (paraphe) (paraphe)

Ledit sieur testateur supplie très humblement le Roy de vouloir agréer le présent qu'il luy fait de la statue de sa Majesté qu'il a sculptée en marbre blanc

pour marque de son respect et de sa recognoissance des boutez dont il a pieu a Sa Majesté luy donner en plusieurs occasions des témoignages fort advantageux pour luy. Comme aussy de vouloir honorer de sa protection la famille dud. s"^ testateur et d'agréer la desmission faite par led. s"^ testateur en faveur dud. S"^ François Varin son fils de sa charge de conducteur des machines des monnoies au moulin de Paris. Et en cas que sa majesté eust agréable lad. desmission led. s' testateur veult et entend que led. s' François Varin paie par chacun en un quart des fruits et esmolumens de lad. charge au s' Henry Varin son frère fils aususd. s^ testateur pour emploiera sa subsistance » et qu'il donne un employ le plus honneste qu'il pourra au s^ De Lauau a présent commis dud. s^ testateur lequel donne et lègue à Mademoiselle Bertin son jon et le diamant qu'il a au doigt lequel est espacez et taillez en table. Et au surplus veult led. s' testateur son testament estre exécute selon sa forme et teneur ce fin ainsy faict dicte et nomme par led. s*" testateur auxd. no"^®* et a luy pour l'un d'eulx ou la présence de l'autre leu et releu en la chambre ou il est au lict malade les jour et an susdicts et ont signé,

Warin Ogier Moufle

NICOLAS LMCRET.

Annoté par I. P. lA!ITZ.

Dans le voyage de la reine» il est arrivé plusieurs accidensy mais surtout de Provins à Montereau» où le second carosse de dames s'embourba de façon qu'on ne put le retirer.

Six dames du palais furent obligées de se mettre dans un fourgon avec beaucoup de paille quoiqu'en grand habit et coiffées ; il faut représenter les six dames le plus crotesquement qu'on pourra et dans le goust qu'on porte les veaux au marché et l'équipage le plus dépenaillé que faire se pourra.

Il faut une autre dame sur un cheval de charrette, harnaché comme ils le sont ordinairement , bien maigre et bien barrasse et une autre en travers, sur un autre cheval de charrette comme un sac, et que le panier relève, de façon qu'on voye jusques à la jarretière, le tout accompagné de quelques cavaliers culbutez dans les crottes et de galopins qui éclairent avec des brandons de paille.

Il faut aussy que le carrosse resté paroisse embourbé dans Téloignement , enfin tout ce que le peintre pourra mettre de plus crotesque et de plus dépenaillé.

L'élrange pièce qu'on vient de lire est tirée des manuscrits de la Bibliothèque nalionale, et porte en marge, écrite par une main du

dix-huitième siècle, cette seule indication : Copié sur Cong^ en-' voyé par Ai, le D, d'Antin au S' Lancret^ qui a exécuté ce dessein : mais, si succincte qu*elle sok, cette note, rapprochée de la pièce elle-même, en dit assez pour que nous n hésitions pas à reconnaître dans le voyage de la reine, dont il est ici question, celui que Marie Lccsinska dut entreprendre, en 1725, pour aller rejoindre à Fontainebleau son futur mari, Louis XV.

On se rappelle en effet que la jeune princesse, qui, le 15 août, avait élë épousée au nom du roi par le duc d'Orléans, quitta le surlendemain la ville de Strasbourg où le mariage par procura* tion s'était accompli. Saluée dès lors du titre de reine, elle se mit en route avec une suite nombreuse, voyageant en grand appareil, et si souvent arrêtée à la porte des villes et des villages par de longs discours et de pompeuses présentations, qu'elle n'arriva à Provins que le 2 septembre. Le cortège y passa la nuit et repartit le 3 pour Montereau. Le lendemain, le jeune roi vint à la rencontre de la reine, et ce ne fut que le 5 que purent être célébrées, dans la chapelle de Fontainebleau, ce que le journal officiel d'alors appelle « les augustes cérémonies. »

C'est donc dansla soirée du 3 septembre 1725, pendant le trajet de Provins à Montereau, que dut arriver l'accident dont le duc d'Antin se montre ici si touché. L'impression dut être vive, puisqu'il jugea que pour en conserver le souvenir, ce n'était pas trop du fin crayon de Lancret. A. l'exacte relation qu'il en donne, on est tenté de croire que le vieux duc a été témoin de la scène, et il a pu l'être en effet, ayant été particulièrement chargé par le roi d'accompagner la reine dans son voyage de Strasbourg à Fontainebleau. On devine du reste au ton de la note que, pour le duc d'Antin à peine consolé par les gaîtés de la régence, des solennités un peu tristes de l'ancienne cour, ce ne dut pas être un mince plaisir que de voir les dames du palais, en grande toilette d'apparat, embarquées dans une aventure digne du Roman co^ mique» Ces dames de la voiture embourbée, ce n'était rien moins que la duchesse de Tallard, la duchesse de Béihune, la comtesse d'Egmont, la duchesse d'Épernon, la marquise de Prie, la marquise de Rupclmonde, la marquise de Nesle et la marquise de Ma-

tignoD, toutes illustres à la cour ou par leur naissance ou par leur fortune, et qui, parties de Chantilly dans les carrosses du roi, ne s'atlendaient pas à revenir en charrette « dans le goût qu'on porte les veaux au marché. »

A peine arrivé, le duc d'Antîn, que son titre de surintendant des bâtiments du roi mettait en relation constapte avec les artistes, commanda à Lancret, — on vient de voir en quels termes, — un dessin qui pût lui rappeler la comique aventure des dames de la reine. Nicolas Lancret, — néàParisen 1690, académicien en 1719, et mort en 1743, — était à cette date au meilleur moment de son talent et de son succès. Le duc d'Antin dut être bien servi ; mais, ce dessin, dont le surintendant avait donné le sujet, où Lancret avait mis son esprit et sa finesse, qu'est-il devenu ?

Page 1