‹ ARCHIVES DE L'ART FRANCAIS. TOME PREMIERChapitre 34 sur 84 · JOSEPH VERNET · texte numérisé non relu

JOSEPH VERNET

LETTiE A m***.

Annoté par M. ManU.

Monsieur,

Les complaisances et les bontés que vous avés pour moy me rendent importun auprès de vous; j*ay eu l'honneur de vous écrire il y a peut de jours pour vous faire scavoir mon arrivée en cette ville, vous me Tavez ordonné : mon étourderie me fit oublier de vous faire une prière, la voicy.

Un beau frère, sculpteur, que j'ay si Avignon, dont j'ay eu l'honneur de vous parler et que vous me fittes la groce de me promettre d'employer dans les bâtimens, s'il vennoit a Paris, pourroit en attendant d'avoir cet avantage faire des bordures pour les tableaux que je peint pour le Roy ; il en fairoita mesure que je fairoit des tableaux ; il pourroit se charger de la dorure et les fairoit rendre à Paris comme si elles y avoient estée faittes; je puis avoir l'honneur de vous assurer monsieur qu'elles seroient au moins aussy bien que toulles celles que je puis avoir vu à Paris, et j'ose avancer qu'elles seroient mieux. Pour être mieux assuré de ce que j'avance icy on pourroit luy en faire essayer une, et je m'engage à les luy faire faire à deux cents livres ou cents écù meilleur marché que les

quatres qu'on a déjà faits pour mes quatre premiers tableaux; comme M. Cocliin a été chargé de faire exécuter les dittes bordures je luy en ay écrit pour qu'il m'aida en celte affaire ; j'ose espérer que vous voudrez bien me faire ajoutter celte obligation à tant d'autres que je vous ay déjà.

Je suis avec le plus vray et le plus respectueux attachement,

Monsieur

Votre très humble et très

obéissant serviteur

Vernet.

AToulon,cell^8^'M755.

L'original de cette lettre, évidemment adressée à Tun des secrétaires ou commis du marquis de Marigny, porte en marge les traces de son enregistrement et la date de sa réception dans les bureaux de Tintendance des bâtiments du roi. On y lit cette note : Direction générale n° 23. Affaires générales. 8 novembre 1733.

Elle nous montre J. Vernet au début de la grande entreprise dont Louis XV Tavait cimrgé, la représentation des principaux ports de France : déjà, il avait peint les deux vues de Marseille (1734)« \e golfe de Bandol (1733) et — il le dit lui-mômc — un quatrième tableau. Il arrivait à Toulon, dont il devait reproduire le port et la rade sous trois aspects difi'érenls (1736;. Le Louvre a hérité de toutes ces peintures.

Quant au beau-frère^ sculpteur et doreur décadrés, que Vernet recommande h la bienveillance des bureaux de M. de Marigny, nous avouerons que nous Tignorons un peu. Nous lui connaissons un frère, peintre de décor, cl non pas sculpteur, qui travailla beaucoup aux ornements delà salle de spectacle de Versailles {Mercure,

Août 1770) (1) ; mais ce n'est point de lui qu'il s'agit ici. Joseph Vernet avait épousé en Italie une Anglaise, Virginie Parker, dont la famille était venue s'établir à Rome. Le sculpteur pour lequel il réclame du travail, esl-ce un frère de sa femme ? Ne serait-ce pas plutôt, puisque l'artiste demeure à Avignon, le mari d'une sœur ? Déplus patients chercheurs le diront.

(1) Ce frère de Vernet qui, à vrai dire, était moins artiste qu'ouvrier, est apparemment le même qu'un Ignace Vernet auquel les auteurs de la Notice des tableaux et dessins qui furent vendus en 1790, après la mort de Joseph, attribuent deux Vues du Vésuve, Leur père, Antoine, le chef de cette illustre dynastie, était luimôme un décorateur fort employé : il peignait des figures et des armoiries sur les panneaux des chaises à porteurs. Quant à l'auteur des Vues des ports de France^ on sait que, né à Avignon, le 14 août 1714, il mourut le 3 décembre 1789.

J.-B. DESGiyiPS.

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