SOS
M. Dalembert que vous êtes bien propre a écrire l'histoire, même par la variété de vos connoissances, il n'y a que celle de Theodoric, ou tout autre héros reculé de notre tems que je crains, plus de recherches pénibles a faire et le succès pour le débit peu assuré ; quand on a un état sur, qui peut au moins nous mettre, a l'abry de tout besoin, alors on peut choisir son sujet.
Vous avez bien raison de dire que M. de Voltaire même ne satisfait pas assez au besoin, tout a l'air d'un roman, l'abbé de Vertot (quoi qu'en dise l'ordre de Malthe) na pour lui que le stile et peu de vérité.
Teniers me peint les villageois, dans leurs traveaux, dans leurs festes, ils me font plaisir. Brauwer les a peints yvres vomissants, et dans toutes les situations honteuses et dégoûtantes. Je me bouche le néz en les admirant comme peintre, l'artiste voyoit comme il sentoit, il estoit de la plus basse crapule. Boucher célèbre par son génie, a donné dans un autre excès, Fontenelle etoit son guide. Ses bergers, ses bergères etc. sont des nymphes qui ne marchent que sur des fleurs. Tout y est agréable et peut plaire, mais rien n'y est exact, ce ne sont pas des portraits vrais, ce sont des rêves d'un beau génie.
Le projet de célébrer votre Province est du plus grand interret par l'influence des événements sur nos voisins ; nous n'avons pas une bonne histoire de la Normandie, et de très médiocres de notre ville qui
mérite bien d'être citée. 11 y a quelques années que M. (lu Boullay secrétaire de notre académie donna un plan a la compagnie, il démontra très bien que les académies en province devroienl avant tout s'occuper de l'histoire du pays dans tous ses détails, il fixa dans les classes différentes la tache de chaqu'un. Pour connoitre les rivières leur situation etc. le sol du pays, les mines etc. les loix anciennes etc. les grands hommes de guerre, dans l'Eglise, les scavants, les artistes, les finances etc. Il se chargea des hommes de guerre, il donna la vie de plusieurs de nos Ducs et il auroit continué si la mort ne nous l'avoit f^nlevé a l'âge de 35 ans (i). Moi peu digne je m'elois chargé des ar-
(1) « Charles-Nicolas Maillet du Boulay, écuyer, seigneur et patron du Bouiay-Morin, conseiller du roi, maître ordinaire en sa Cour des comptes, aydes et finances de Normandie, secrétaire perpôiuel de rAcadémie' royale des sciences, belles-leitres et arts de Rouen ; juge-nè de celle de Tlmmacuiéc Conception ; membre de la Société d'agriculture de celte ville, et associé de TAcadémie de Caen, naquit à Rouen, sur la paroisse de Saint-Laurent, le 6 février 1729. » — Son éloge par son successeur, M. Hailiei d« Couronne, secrétaire perpétuel de l'Académie royale des sciences, bellcs-letlres et arts de Rouen, et en outre l'un des plus délicats amateurs et collectionneurs de peintures de son temps, fut lu à la séance publique, le 1" août 1770, et imprimé l'année suivante à Rouen, chez L. Dumesnil. Nous nous arrêtons assez longuement sur ce personnage, qui était mort le 13 septembre 1769, parce que M. Maillet du Boulay fut l'un des plus remarquables secrétaires qu'ait jamais eu une académie de province.
Il avait en effet, comme le dit Descamps, écrit la biographie de trois ducs de Normandie : en 1755, année où il fut nommé secrétaire perpétuel, celle de Richard Cœur-de-Lion ; en 1756, celle de Jean-sans-Terre, et en 1757 celle de Guillaume- Ic-Conquérant; mais, ce qui nous intéresse plus spécialement, M. du Boulay, outre des observations sur le po5ne que M. Brcani, a-sociô titulaire do l'Académie de Rouen, avait fait sur la peinture, avait écrit les
listes, le champ est assez vaste, je n'y renonce pas, mais je n'ay que peu ou point de secours. Nos phisiciens ont des frais a faire, sans pensions, ou des fonds qui dédommagent quand il faut aller chimiser dans les mines eparces ça et la, tout est resté a un autre temps.
Je ferai part de votre dessein, je crains seulement la réussite pour les fonds. M. l'intendant ne nous paroit pas occupé des lettres ni des arts, et la ville peut a peine sufïîr a ses besoins. La nouvelle révolution a tout découragé, et ce qu'on appelle patriotisme se réduit a l'interret particulier. Je ne vois pas non plus grande ressource pour les matériaux, c'est a Paris ou tout se trouve, et ce fut notre ressource pour en découvrir. Cependant ce que vous m'indiqueré, et qui sera en mon pouvoir, je vous l'envoirai.
Je vous souhaite de la sauté, du courage et au moins un état qui vous tranquilise. Je vous assure de l'estime bien sincère avec laqu'elle j'ai l'honneur d'être Monsieur,
Votre très humble et très obéissant serviteur
Rouen ce may 1773. Desgamps
Elle est toute normande, cette lettre que M. Fossë-Darcosse a
éloges des deux sculpteurs Antoine Sébastien et Michel-Ange Slodtz, et en 1768 Téloge de son compatriote, Jean Restout. Ce dernier travail, selon l'avis compétent de M. Hailiet de Couronne, et à en juger par les extraits d'un sons très-délicat que nous avons lus dans la compilation manuscrite de Guiot, le Moreri des Nor^ mands, était le chef-d'œuvre académique de M. Maillet du Houlay.
permis à notre ami Eud. Souliô d^cxlraire encore pour nous de sa riche collection d'autographes. On y respire d'un bout à Tautre cet air vivement imprégné de littérature, de science et d'art, qui anima toutes les hautes classes de Rouen pendant les quarante années qui précédèrent la révolution. En effet, curieux personnage à plusieurs faces, le Descamps, qui apparaît ici, n'est ni le peintre de genre qui fut reçu de l'Académie royale le 7 avril 1764, ni Thabile compilateur de Karel Van Mander, de Houbraken et de Campo Weyerman, et dont Thistoire des peintres flamands et hollandais est restée et restera longtemps encore, malgré les travaux modernes, bien autrement sérieux, le seul livre vraiment feuilleté sur cette grande école, dont il était par Dunkerquc, sa patrie, et par son maître Largiliière, l'un des derniers représentants. L'homme, qui écrit une lettre d'encouragement à Bernardin de Saint-Pierre, cœur et esprit inquiet, génie encore bien inconnu, un peu désorienté en ce moment sur sa ligne d'avenir, c'est le Descamp5, organisateur et directeur de l'Ecole royale académique et gratuite de dessin, peinture, sculpture et architecture de Rouen, fondée par lui en 1741 et approuvée par lettres patentes de i7S0. Le futur auteur de Paul et Virginie avait été élève do Descamps. Né au Havre, il étudiait à Rouen, c'était naturel. Je trouve son nom dans la liste qu'a donnée M. J. Girardin (Pi'éds analytique des travaux de l'Académie royale des sciences^ belles-lettres et arts de Rouen pendant l'année 1841, p. 262-3) des plus brillants élèves qui se formèrent dans l'école dirigée par Descamps : « Lemonnier, Lebarbier l'atné, Lavallée-Poussin, Lemoine, Bellanger, Descamps fils et plusieurs autres peintres dliistoire; Le Mettai, grand dessinateur analomiste; Houel, peintre de paysages; les frères Ozanne, dessinateurs et graveurs spirituels de marines et de vaisseaux; Jean de la Barihe, auteur de plusieurs jolies petites eaux-fortes et de quelques dessins très-rares et très-estimés ; Godefroy père, célèbre buriniste ; Nicolas Lcmire, Strange, Leveau, Lefebvre, habiles graveurs; Jadouille, sculpteur distingué; Couture frères, lîalorly, Vauquclin, de Ficrville, le prince de Beaujour, Prétrcl et autres architectes de mérite; Brémontier, Bernardin de Saint^' Pierri% Desvaux, Ribard, ingénieurs, etc. »
J'ai indiqué dans Fintroduclion de mon second volume des Becherches sur les peintres provinciaux, l'organisation et Timportance de Fëcole de Rouen. Le crédil que Theureusc dircciion de cette école donnait à Descamps était immense au dedans comme au dehors de la province. Son Discours, couronné par TÂcadémie française, sur i'uiiLilé des élablissemenls des écoles graluiles de dessin en faveur des métiers^ lui faisait partager avec Bachelier la popularité de ces écoles gratuites, création généreuse que chacun s*ingéniait*alors à protéger. Il était secondé à Rouen par les deux hommes actifs de ce temps, le chirurgien Lecat et M. de Cideville, Tami de Voltaire. Les intendants de la généralité le traitaient à merveille, et nous voyons par la lettre ci-dessus que, s'il ne se faisait pas illusion sur l'intérêt que les administrateurs portaient aux arts, tout du moins ne s'épargnait -il pas auprès d'eux pour ses anciens élèves, qui d'ailleurs, le témoignage est unanime, lui étaient tous cordialement dévoués. Le 'fait le plus curieux sur Descamps que nous fournisse la pièce que nous publions est, à coup sûr, ce projet de biographie des artistes normands, de l'exécution de laquelle il s'était chargé, sur la motion de M. Du Boulay. Combien la Normandie doit regretter que tout soit resté à un autre temps! Quels précieux renseignements ne nous eût po'.nt transmis Descamps sur toutes ces grandes dynasties d'artistes normands, dont il eût pu consulter, soit par ses relations normandes, soit par ses confrères de l'Académie de Paris, toutes les traditions de famille, et dont il eût pu aussi nous décrire tant de peintures et de sculptures, qui allaient, juste vingt ans plus tard, tomber sous le marteau ou la pique des sans-culolte ! La bibliothèque de Rouen a acquis le manuscrit de la Vie des peintres flamands : je ne sache pas qu^il s^y trouve mêlé aucune note sur les peintres rouennais ou normands. — Descamps mourut le 14 août 1791, figé de 80 ans.
Deux lettres de Descamps à Bernardin de Saint-Pierre faisaient partie du catalogue de vente de la bibliothèque du général de Gazan, gendre de Bernardin de Saint-Pierre; celle que nous publions est, je crois. Tune d'elles. Dans cette même vente passa au^ssi aux enchères un intéressant manuscrit autographe que j'ai eu \Ç bonheur d'acquérir, et qui est le recueil de notes, ou, comme
on a dit depuis, d'impressions de voyage, écrites par laulcur de Paul et Virginie, sur les labiés d'aubcrj;e de sa province nalale, pendant une promenade à pied qu'il y fit deux ans après la lettre de Descamps; c'est la plus fraîche et la plus délicieuse étude de la nature normande qui se puisse lire; le voyageur n'est attentif qu'aux feuilles qui verdissent, aux pommiers qui fleurissent, aux vaches des herbages, aux formes étranges des arbres ; il semble tourner le dos de parti pris aux monumenls de Tart; ce qu'il recueille de préférence, c'est quelque observation vive et naïve d'un paysan qu'il rencontre sur le chemin, d'un politiqueur de village, ou la morne sentence d'un trappiste; ce qui le frappe aussi, c'est la vraie et éclatante beauté d'une fille de ferme ou d'une enfant de pécheur. Alors, cependant, le souvenir d'un chef-d'œuvre de l'art lui vient par comparaison. Ainsi, « arrivé au port de Saint- Ouen, » il noie : « Vue d'une jolie fille, jambe fine, faite comme une des Grâces des Céleslins, » celles de Germain Pilon, vous le savez. — Aux Loges, près de Livarot, dans la maison où il est ac-cueilli, (c deux pelils lions fort mal faits étaient sur deux pclils piédestaux, devers la campagne, à l'entrée. C'était l'ouvrage d'un pauvre gentilhomme employé pour ses besoins : encore était-ce un art convenable à un pauvre noble de faire des lions. » Il y avait du sang de gentilhomme dans ce philosophe : son ami Rousseau n'eût pas dit cela. — En 1773, Bernardin de Saint-Pierre pensait à écrire l'histoire de Normandie ; il y eût mis certainement plus de cœur et plus de naturel qu'aucun homme de son temps. En 1775, il n'y songe plus guère, et s'il recueille les matériaux d'un de ses travaux futurs, ce sont ceux des Études de la nature, et il fait bien. Du reste, cet illustre vagabond conserva toujours le plus poétique souvenir de sa province nalale, et dans ses Éludes et dans ses Harmonies et dans ses fragments de VArcadie, on reconnaît à chaque page la silhouette, le détail d'un paysage normand.
GERMAIN DROMIS.
Ctuniiqné par I. ?llEL, unoté par 1. P. IilTL
La lettre que nous allons transcrire a été adressée à David par Ton de ses premiers et de ses plus fidèles élèves, Germain Drouais, qui se trouvait à Rome en août 1787, et qui, six mois après, devait y mourir. Ce jeune peintre, espoir trop vite éteint de I*écoIe académique, était né à Paris le 25 novembre 1763. D^abord élève de Brenet, et ensuite de David, Drouais concourut en 1784, et son tableau, le Christ et la Cananéenne (Musée du Louvre), parut tellement supérieur à ceux de ses camarades, que le prix lui fut unanimement accordé. Drouais partit pour Rome; mais il n*en devait pas revenir : travailleur infatigable, il usa ses forces par un labeur sans fin, et il mourut âgé de vingt-quatre ans et quelques mois, le 13 février 1788.
Les Archives de l'art français OTïidèik donné (Voir p. 140) Tinscription du monument qui lui fut élevé par le sculpteur Claude Micballon, dans Téglise S. Maria in via lata. — La courte vie de Drouais est partout racontée. Nous nous bornerons à renvoyer le lecteur à la notice que lui a consacrée Chaussard (Pausanias français. 1806. p. 337), notice toute pleine de faits et de renseignements qui avaient été communiqués à l'auteur par David luimême, et aux charmantes pages que Suard, qui, lui aussi, Tavait connu et aimé, a écrites sur Germain Drouais {Mélanges ae littérature).
Ce 10 aoust 1787.
Monsieur,
Tai reçu avec grand plaisir votre dernière lettre, avant de répondre à ce qu elle contient, votre fête qui approche m'invite à vous renouvelier mes vœux propices ; mon compliment n'ira pas plus loin, puisque
vous me connoissez, et que ramitié n'a ni temps » ni époque fixe. Votre lettre m'a remis du beaume dans le sang, et vous ne pouvez vous figurer quel besoin j'en avois ; je me suis à peu près rencontré avec votre manière de penser sur la draperie de ma figure (1) ; je l'ai fait d'un pourpre violet bleuâtre, approchant du ton de celui qui est sur votre Hector, dans votre morceau de réception (2), mais cela n'empêche pas que mes dernières teintes paroissent vertes; outre ce malheur qui m'arrive, je crains (comme vous craignez de votre corps de Socrate) d'avoir fait ma figure en général trop froide et trop fraiche de Ion pour un homme déjà avancé en âge ; c'est la peur des couleurs qui jaunissent et de faire noir qui my a porté ; vous m'exposez vos chagrins, et je vois que je ne suis pas le seul, mais heureux qui a les vôtres.
Et comme vous dites bien, la perspective est terrible; plus on va, plus on fait, et plus on est difficile. Je suis encore à travailler a ma figure ; je vas à mon atteUier et travaille avec peine, mais tous les jours ; car éloigné, je suis encore moins tranquille ; il semble
(1) Il est vraisemblable que Drouais veut ici parler de son tableau de Philoclète dans Vile de Lemuos^ la dt»rnlère œuvre qui soit sortie de son pinceau. Celle figure ne fui achevée qu'en 1788, et c'est de celle année qu'elle esl datée. Elle apparienail, il y a trois ans, elle npparli<'nl peut-élre encore, à MM. Goupil et Vibcrt.
(2) Drouais fait ici allufûon au tableau d'Andromaqin* pleurant sur le corps d'Heclor, qui fui en effet le morceau de récej»lion do David à l'Académie de peinture, en 1784.
que les défauts se rcprosenlent à vous plus énormes ; je ne pourrai avoir fini pour l'exposition, ni pour quand les figures partiront, ce qui fait si vous me le conseillez, que je la garderai pour l'année prochaine ; elle prendra du Ion d'ici à ce temps , et servira d'accessoire a ce que je désire faire ; car il faut enfin pour ma dernière année, que je fasse quelque chose d'un peu conséquent; sans cehi je ne puis retourner 9 Paris ; vous pensez je suis sur comme moi la dessus. Je vais tacher de trouver un sujet et une composition ; je vous l'envoyerai et vous prie de m'aider de vos conseils (1). Jugez comme je vais être vexé de voir tous mes camarades exposer, joyeux, satisfaits d'eux mêmes. Et moi seul servir de contraste. Enfin si j'avois le bonheur de faire quelque chose l'année prochaine, je serois dédomagé de ma vexation actuelle ; mais je ne conte plus sur rien, que quand je tiendrai et y serai ; joint à la peine que je me donnerai, c'est en vous que je fonde mon espérance ; ma situation est critique et il faut que je fasse des efforts pour l'année prochaine tacher de vous revoir sans honte.
Vous ne paroissez pas satisfait de vous même ; je vous crois; mais cela n'empêche pas qu'on écrit de
(\) Drouais ne larda pas à trouver le sujet du tableau qu'il cherchait : il résolut de peindre Cntus Gracchus sortant de sa maison avec ses amis pour aller apaiser une sédition.
Cette composition devait avoir des proportions très-vastes. Les études en étaient a peine a''>hevèes, lorsque Drouais fut emporté par une fièvre violente.
Paris que votre tableau (1) est superbe, et que c'est bien au dessus de tout ce que vous avez fait ; j'attend avec impatience des nouvelles du Salon, et de la sensation qu'il fera; sans voir, j'en repond. N'ayez aucune crainte sur l'outremer que le cuirassier a vendu à M. Pecoul (2) ; le ciel eusse voulu que ce fut à lui à qui je l'ai acheté ; c'est a son coquin de fils, qui vole son père, et qui vend de faux outremer ; j'ai cru que lui ou son père c'étoit la même chose, el voila comme j'ai été trompé. Fortin (3) est décidé a partir ; je ne cherche pas a le retenir ; il y parait trop disposé, d'ailleurs le peu d'ardeur qu'il a, est fait pour décourager ceux qui l'entourent, et c'est je crois un bien pour lui de partir ; il trouvera en vous un homme qui lui sera bien utile, et qu'il faut espérer qu'il écoutera ; nous avions fait la partie de revenir ensemble; je lui avoit conseiller (sic) d'employer cette année a faire un groupe ou une figure d'étude a se faire honneur ; outre cela, faire des petites copies de la Venus ou de l'Apollon, de la tète de la petite tragédie qui est au muséum, et pour pendant celle de l'Amour ; tout cela lui auroit peu coûté à Rome, et il en auroit pu faire
(1) Ce tableau, qui fut on effet exposé an salon de 1787, el dont le succès dépassa les espérances de Drouais, était la Mort de Socrnle,
(:2) M. Pécoul, entrepreneur des bâtiments du roi, était le beaupcre de David.
(3) l.e sculpteur Au^rustin-Félix Fortin, né en 1764 et mort en 183:2. 11 était élève de F. Lecomtc, et il avait remporté le prix de TAcadémie en 1783.
beaucoup d'argent à Paris; il avoit pour exemple Ramay (i) qui n*a pas perdu la tète, qui a fait cela dans ses moments perdu, et aucune de ses copies ne lui est restée. Enfin 3 faut le laisser faire, puisque cela lui plait.
Lorsque vous voudrez bien penser à moi et m*écrire, vexez moi, donnez moi des coups d*éperon et du feu sous le ventre. Adieu, je suis votre dévoué serviteur. Drouais.
Mes respects sil vous plait à toute votre famille ; je vous prie de remercier pour moi M** Pecoul de son ressouvenir. Fabre (2) a gagné le prix de M' de La Tour; je ne souhaite pas quil en soit de même de l'autre ; c'est un camarade que je ne regarderai pas de bon œil.
(i) Claude Ramey, né à Dijon le 39 octobre 175t, avait d'abord été élève de Devosge et ensuite de Gois. Il avait obtenu le grand prix de sculpture en 178â. — Membre de Tlnstilut en 1816, il est mort en 1838.
(2) François-Xavier Fabre, peintre d'histoire, né à Montpellier le ler iivril 1766 et mort le 16 mars 1837. Drouais Tavait connu dans Tatclier do David. Le prix qu'il mérila en 1787 le conduisit à Rome. Artiste d'un talent froid et gourmé, Fabre a fondé à Montpellier le musée qui porte son nom. Ce qui, plus que ses œuvres ei que son musée môme, conservera à son nom quelque notoriété, c'est d'avoir été l'ami d'Alfieri et de la comtesse d'Aibany.