FRANCISCO GOYA
Communiqué et annoté par M. P. Mantz.
Ledit jour y (16 avril 1828), il a élé déposé au bureau de l'état civil , un procès-verbal fait par le commissaire aux décès , duquel il résulte que François de Goya y Lucientes, âgé de quatre-vingt-cinq ans, natif de Fuentetodos (Espagne), veuf de Josefa Bayeo, fils
de défunt , est décédé ce matin à deux heures,
Fossés de Tlntendance , n° 39» d'après la déclaration des sieurs José Lio-de-Molina , propriétaire , même maison , et Romualido Yanes, négociant, Cours de Tourny, n^ 36, témoins majeurs, qui ont signé ledit procès-verbal.
L'adjoint du maire : de Courssou.
L*acte de décos de Goya , tel que nous Tavons relevé sur les registres de Félat civil conservés à la mairie de Bordeaux, redressera Terreur de tous ceux qui , sur la foi de M. L. Viardot {Notices sur les principaux peintres de l'Espagne , 1839, p. 306, et Musées d'Espagne , 1843, p. 167), fixaient à 1832 la date de la mort de Fillustre auteur des Caprices, Le vieux Goya est venu s'éteindre à Bordeaux dans la nuit du 15 au 16 avril 1828.
Mais si, comme on a lieu de le croire, les déclarations des témoins sont exactes, si le singulier artiste avait quatre-vingt-cinq ans quand il est mort, ce n'est plus en 1746, mais en 1743 qu'il faudrait le faire naître , et les affirmations de MM. Viardot et Th. Gautier {Artiste ,juin 1845) devraient être rectifiées en ce sens.
L'acte de décès, que nous venons de reproduire, nous met encore sur la voie d'un renseignement de quelque intérêt : il nous donne
le nom de la femme deGova, et ee nom se lie étroitement à celui de Tun de ses mattres. On lit partout que Goya fit ses premières armes à Sarragosse, sous Don José Lusan, et qu'il parlit'ensuile pour Rome. Mais là les biographes le perdent de vue. Une curieuse note, insérée au Mercure de France^ nous apprend qu'en i77l, « Francisco Goja , Romain {ne), élève de M. Vajeu, peintre du roi d'Espagne , M remporta le second prix de peinture proposé par l'Académie de Parme , et que le sujet du concours était Annibal jetant du haut des Alpes ses regards sur Tltalie {Mercure , janvier 1772). L'artiste, que le correspondant du Mercure nomme Vajeu, est, à n'en pas douter, François Daycu de Subias, qui fut, en effet, peintre du roi d^Espagne, et qui, si j'en crois ce qu'on rapporte de ses fresques du cloître de la cathédrale de Tolède , serait une sorte de Vanloo espagnol , très-amoureux des tons roses et des lignes flamboyantes. Goya, plus jeune que lui de dix ou douze ans, l'avait rencontré dans l'atelier de J. Lusan, leur commun maître, et était ensuite devenu son élève, son ami, et peut-être son parent ; car pourquoi la femme de Goya, Josefa Bayeu, ne serait-elle pas la fille ou la sœur de François Bayeu ?
Rentré en Espagne et nommé peintre du roieni 780, Goya appartient dès lors aux biographes. Sa \ie est connue, du moins dans sa période heureuse et féconde. Mais à quelle date et pourquoi vint-il se réfugier à Bordeaux , la ville de France la plus indifférente aux arts et aux artistes? On Tignore. Il avait jadis raillé les puissants ; sa mordante caricature n*avait épargné ni les minisires du roi, ni les moines. Logé chez la duchesse d'Albe, qui sut mettre son crayon moqueur au service de ses jalousies de femme, il avait osé s'attaquer à la reine Maria-Luisa , à son favori Godoï , le prince de la Paix. C'en était assez peut-être pour se voir forcé de chercher hors de son pays la sécurité et le repos. Goya s'expatria et il vint mourir à Bordeaux, où, trop vieux pour beaucoup produ're, il n'a guère laissé qu'un nom qu'on oublie et un souvenir qui s'éteint.
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