‹ ARCHIVES DE L'ART FRANCAIS. TOME PREMIERChapitre 4 sur 84 · LETTRE DE M. LE BRUN À M. PICAUT DU 3« JUILLET · texte numérisé non relu

LETTRE DE M. LE BRUN À M. PICAUT DU 3« JUILLET

(Fonds séguier, n^ 709, tome XLI, p. 32.)

 Monsieur — Monsieur Picaut — chez Monseigneur le Chancelier — en court.

Je ne scay, Monsieur, si vous aurez receu un billet qtie je vous ay escrit pour vous prier de vouloir présenter à Monseigneur le Chancelier les deux lettres

qu'il m'avoit promis de sellier, Tune est une nsttij»^- Kté et l'autre Un privilegis. J'avois mid ces deux lettres avec le billet que je vous envoyé ; je ne scay si voils ^urez reçeu l'un et l'autre. Je vous prie de me levottl(nr mender au plus tost, parceque j'en siûs fort en peine. Je vou6 baise très humblement lei mains et sufe de tout montxe'ur.

Monsieur,

vostre très Ibumblé et très obéissant sèrvitènr,

Le Brun.

i Paris ce 3"^* juillet.

M. Hatiréau, conservateur des manuscrits à la Bibliothèque nationale, a bien voulu nous indiquer et nous communiquer luimême le précieux recueil de dessins, dont nous publions la dédicace. L*exquîse complaisance, avec laqudle 11 nous a obligé dans nos recherches, nous a été d'autant plus sensible, que nous n*y avions aucun titre. Nous avons bâte de Ten remercier.

A — Monseigneur — le — Chancellier —

Monseigneur,

JcTpàsserôiË dans vostre Ëspnt pour téméraire, si je pretendois vous faire un présent des desseins que Hi^osïre fibéràrifé m*a pemfis de rassernbfer des plus beaux ouvrages defe Scdlpteuris Anciens-, puisque ce n'est qu'une restitution de ce qui est à Vous et une révolution de ce qui doit retourner à son .principe. Si nton travail vous satisfaiet» Monseigneur, il vous doit

estre d'autant plus agréable que vous le regarderez comme le fruict d'une plante que vous avez eu la bonté de cultiver, et les deffauts que vous y remarquerez me seront pardonnables ayans esté commis dans une saison que vous aviez destinée pour mes estudes. Ceux qui ne considèrent que la grâce des contours , la justesse des proportions et les autres parties du dessein, y rencontreront possible de quoy se contenter, mais vous, Monseigneur, qui passez plus avant, que la conuoissance parfaicte que vous avez de tous les misteres, des Cérémonies, des Divinitez, et en gênerai de toutes les représentations des Anciens, descouvrirez dans cet ouvrage plusieurs particularitez, qui jusques a ce jour ont esté inconnues aux plus sçavants. J'ay tousjours eu, Monseigneur, une inclination très forte a rechercher ces belles curiositez, et un de mes principaux soings a esté d'assembler dans un volume racourcy toutes ces marques des grandeurs de r Ancienne Rome, alïîn qye vous pussiez avec facilité les prendre pour vostre divertissement, lorsque vous donnez quelque moment de relâche aux plus importantes affaires de ce Royaume ; et me suis souvent estonné des vaines perquisitions que plusieurs curieux ont faictes de la majesté de celle qui fut autresfois la première ville du monde, parmy les pierres et soubz de^ ruines, dans les quelles ilz ont creu qu elle estoit ensevelie, comme si elle consistoit en bastimens que la nécessité d'y loger une multitude de jpeuple^ et le

nombre infini des esclaves qui y estoient emploiez ont eslevez à une grandeur prodigieuse. N'est-il pas bien plus a propos d'admirer sa magnificence dans ces magistrats qui paroissent autant de Roys aux yeux des Ambassadeurs des princes estrangers, et dans la quantité des pièces rares dont TÂsie et une partie de l'Europe ont embelli cette superbe mère des maistres de l'univers? Il n'est pas difficile à des personnes commodes d'entasser plusieurs monceaux de pierre^ les unes sur les autres pour bastir des édifices somptueux ; mais il faut avoir une puissance bien absolue pour dépouiller des villes si fameuses de leurs plus riches ornemens, et obliger les excellents hommes de ce temps là de ne rien produire qui ne fust dédié à la gloire de Rome; aussi voyons nous la plus part de ses superbes Âmphiteatres et des autres monuments, renversez ou abandonnez à l'injure des saisons, mais ces reliques précieuses dont j'ay faict un recueil sont en si grande vénération qu'elles sont enchâssées dans les lieux plus apparens des places publiques ou dans les principaux pallais de l'Italie. Si l'art avait peu leur donner le mouvement comme l'Esprit et les belles expressions, elles tiendroient compagnie à tant de rares manuscripts qui viennent enrichir vostre bibliotecque, afin de rendre hommage avec eux à celuy qui comble de bienfaicts les beaux Esprits de nostre Siècle, et vous tesmoigneroient, Monseigneur, la part qu'elles prennent aux grâces que vou« avez départies

à ceux de rAcademie Rovalle dont vous estes le Protecteur, puisque c'est par un Ministère que ces grands hommes dont elle est composée doivent arriver au souverain degré de perfection que Testude de noz reliefs ne leur a peu faire entièrement acquérir; mais le poids et la solidité de leur matière les arreste dans une prison honorable, et tout ce qu'elles peuvent faire est de se présenter a vous dans ce petit volume, ou jay encor laissé place pour celles qui n'ont pas encore esté découvertes ; j'ay souvent eu la pensée de remplir le vuide qui le faict juger deffectueux, des tesmoignages de ma reconnoissance, mais n'ayant peu trouver de paroles assez expressives, je laisse faire cet office à noz Antiques, dont le silence aura plus d'éloquence que tous les remercimens que je vous pourrois faire de voz liberalitez. Il suffit. Monseigneur, que vous ne doutez pas de mon ressentiment, et qu'ayant l'honneur d'estre une de voz créatures, vous souffirirez aussi que j'aye celuy de me qualifier avec toute sorte de respect et de soubzmission,

Monseigneur^

vostre très humble très obéissant et très

obligé serviteur

Le Brun.

LeTolume petit in-folio, relié en maroquin brun, aux armes de Séguier, et dont Vépistre ci-dessus est la dédicac'% et tout le texte

à la fois, est intitulé par Le Brun lui-môme : Idwe d'Aniicques tirées d'après celles qui sont à Rome. Sur la feuille qui précède la ^èéicace sont dessfnées les armoiries du chancelier Seguier. Le recueil lui-même se compose de 65 fenilles,.sur lesquelles sont copiées les figures antiques suivantes, dans Tappellalion desquelles nous observons avec soin les litres et Torlbographe de Le Brun : ''Œsculctpe. — Jupiter, — Un autre Jupiter as*is. — Captif, — Autre Captif, ^— Pendant du Captif précédent. — Bercer, — Autre Berger,

— Bâchante, — Fille de Niobé, — Autre Fille de Niobé, — troisième Fille de Niobé, — Reyne d'Egipte, — Sibile. — Autre Sïbile,

— troisième Sibile, — Faustine, — Agripine. — Reyne d^Egipte. — Afripine, — Flore. -^Oftes. — Autre Cww. — Trd6tèm« Ceres, -^ Ceres cherchant sa fille, — Vestate. — Minerve, — Sibile. — Bâchante, — Autre Bâchante. — Troisième Bâchante. — jlu.se. — JVereide, — Ceres. — Autre Ceres, —Ici commence le Livre de la Milice tiêi Anciens Romains: — Balailte de Constantin. — TrUtmphe de Constantin, — Casque des Antiens Romains, -^ Labarifert portenssigne du Labarum cornette de LEmpereur. — Draconarii.portenseigne du Dragon, — Archer avantcoureur. — Imaginifert portenseigne de Clîrnagt du Prince, — ^ignifertpoftenseigfte. — Aiftîitifert portenseigne de C Aigle. — Vient enfin le lAvre delà Religion des jiineiens:Romaim : — Pi'estresseEgiptienne, — Sacrificateur Egiptien, — Seconde Prestresse Egiplienne. — EgiptienrPrestre portant le feu saci'é, — Sacrifice de Mdrcorel, — Victimaires. — Figure desMnillets'desqitel%*fretppoient la iHcHmeles Anciens Romains ei'Figuteàe V autel, ^^(âaleldeetPUr^ funis ei ChandelUer des Anciens Romains. — UaspergiUe ibes Anciens Romains ei Façon duBenestier antique, — Escu de forme ovale ei Petit coffre ou tendent leur eu cens. — Cage Pullaire^ Baêton augurai des Anciens Romains eiSympUUe, — aHgnéè^Pontificale accompagnée du Cousteau^ Cousteau du quel estoit démembrée la victime et Cousteauxque lesViclimaires portoient, — Peau de la victime et Olle Vase ou faisoient cuire leur chair. — Chapeau de F lamine et Figure du Disque des Anciens Romains, — Figure de la médaille d'argent de M, Lepidus, — Urne ei Tombeau des Anciens Romains.

Tous ces dessins, de môme que les armoiries dédicatoires dont nou« venons de parler, sont exécutés uniformément, à là plume,

lavés à Tencre, et quelquefois au bistre, et soutenus dans les ombres par des hachures de plume très-soignées, qui rappellent, dans quelques figures,, la manière de Séb. Leclerc Ils ont de hauteur moyenne 0,195 millimètres, de largeur, 0,125 millimètres. Certaines figures de femmes sont d*une grande finesse de dessin, particulièrement, la Cérès (f<>. 34), la Vestale (26), la Cérès (i4), la Faustine (17), la Sybile (14), le Sacrifice de Marc-Aurèle (53), et les formes en sont beaucoup plus serrées qu'elles ne furent plus tard. Ce recueil» tout beau et tout curieux qu'il soit, n'a point la supériorité et la force d'interprétation du recueil d'antiquités dessinées par Errard et Poussin que possède la bibliothèque de l'Institut. Lebrun y est déjà tout entier, facile dessinateur et correct, sans grande délicatesse. Quoiqu'il assure que tous ces dessins sont du temps, où il étudiait à Rome, comme pensionnaire de Seguier, qui l'avait recommandé au Poussin (nous avons an Louvre de bien intéressantes étudies, que Lebrun dessinait alors aux trois crayons, d'après les Jeux d'Amours du tableau de Marset F^nu^ du Poussin), je lie les accepterais pas parfaitement sur sa parole, comme étant du môme temps et de ht même suite; ce qui m'aiderahà le prouver, c'est que qnelques-unes des figures, et non des plus htides, sont découpées et collées avec soin sur leur feuillet, et Ton entrevoit déjà dans une ou deux, non plus la sculptiire antique dans son contact immédiat, mais celle de Girardon et de Regnàudin. H n*est pas inutile de remarquer que dans la lettre dédicace à Séguier, il est question de sa dignité de protecteur de rAcadémie royale ; or, le chaneelier n^xerça le ^protectorat de l'Académie que depuis la mort de Mazarin jusqu'à ia sienne, c'est-à-dire depuis 1661 jusqu'à 1672, une quinzaine d'années après le retour de Lebrun d'Italie. Dieu nous garde de idfer d'ailleurs les éolides éludes, quelebrun fit à Roine des costuttites &t déseèuluTtiôsabtiqiïcs, d'Uprès les'monartiedts sculptés; il en saisit même mieux l'intérêt historique que la beauté idéale. Ces études, dont il fit le reste de sa vie si bel usage, lui valurent le juste renom du plus savant peintre de son temps. Bn lisant ces qtielques lignes, que nous transcrivons, en pen*seràit que Desportes a voulu faire allusion au recueil que nous avons décrit I « Lebrun s'appliqua à dessiner les statues et les bas-reliefs

antiques; il s*attacha de plus, et par Tavis du l'oussin, à bien observer, dans tous les monuments de Tantiquité, les différents usages et les habillements des anciens, leurs exercices de paix et de guerre, leurs spectacles, leurs combats, leurs triomphes , sans oublier leurs édifices et les règles de leur architecture. Enfin, il étudiait d'après le Poussin lui-même, et il fil des morceaux, qui dans une exposition publique, furent attribués k ce fameux peintre. Il en envoya aussi plusieurs au chancelier pour lui montrer en même temps et sa reconnaissance et Fusage qu'il faisait de ses bienfaits. — Il quitta Rome en 1646. y> Si nous avons transcrit ces deux dernières phrases, c*est qu'elles nous ont paru être la meilleure annotation à la première lettre de Lebrun, celle de 1644.

(Correspondance Bouillaud — vol 32 •)

Il n'y a rien de la main de Lebrun dans les cinq pièces suivantes ; ce sont des copies de lettres fameuses, à lui adressées, avec la traduction qui fut faite de ces lettres et de la réponse de Lebrun.

Airill"»« sig' e mio Pad«« Rever™^ Ilsig' Carlo le Brun. Ill™« sig' e Pad"' Rever™«

Le virtuose prérogative di V, S. 111"°* che volano da per tutto con meravigliosi applausi, ban dato giusto motivo a questa nostra Academia del Disegnio, nella congregatione havutasi il di 15. del corrente» di dichiarar la con acclamatione universale Academico di merito. E se bene la medema a ricevuto gran Iode nel pensiero, e molto più nel esequirlo, ad ogni modo sa non doverle si altro cbe la sola cooperafione alFIntimatione del congresso. Mentre il gran merito di V. S. 111°"* poteva, corne a saputo, sûperare ogni diflS-

coltà. Si compiacia dunque di gradirne questo riverente avviso» Mentre io che ne v'appresento il capo, mi glorio d'essere il primo a riconoscerla, non solo per Âcademico» titulo che punto non altéra la sua ri-* guardevole conditione, ma per Padrone specialissimo» che (k per sempre sottoscrivermi

di V. S. Ilh» Devotissimo serv'*

DoMENiGo GuiDi Principe (1).

Roma i675.

16 decemlire

Altra lettera del medesimo al med"*^

Iir« sig' e Pa°* Rever™^ Vive in si alto grado di stima V. S, 111°** nel con-

(i) DomenicoGuidi, prince, en 1670 et en 1675, de rAcadémie de St-Lue, était un sculpteur très-renommé et très-employé à Rome. Il était né en 1628, à Massa di Carrara, et il avait eu pour maître Alexandre Algarde, dont il continua la manière. Nagler dit quHI fut appelé en France pour travailler à la décoration des jardins royaux ; rien de moins prouvé. On plaça à Versailles, au delà du bassin de Neptune, sa statue de la Renommée écrivant 1 histoire de Louis XlV, qu'il avait exécutée à Rome, d'après le dessin do Lebrun, et Thomassin Ta gravée. Une remarque, au moins cu«rieuse, à faire ici, c'est que, quelques mois après avoir transféra à Lebrun son titre de Prince de l'Académie de Sl-Luc, Domonico Guidi fut, comme en échange de civilités gracieuses, nommé membre de l'Académie royale de peinture etsculpturc de Paris, Je 24 juillet 1676. Il mourut, selon VAbecedaHo piUorico.en 1700, Vannosanto (l'année du jubilé); selon D'Argenville le fils, qui cite Pascoli, et selon Nagler (JHclionnaire des artistes)^ Guidi mourut à Rome en 1701, à l'&ge de 73 ans. L'un de ses amis les plus intimes était ce Pietro Santé Bartoli, de Perouse, peintre et surtout graveur renommé, dont Bellori parle dans la lettre que nous publions plus haut.

cetto del m<mdo tutto, che non contenta la nostra Academia d'haver la annoverata fra suoi, hà volute conptù sag^a risoltttione acdamarla suo Direttore e Pope. E se bene V. S IH"* prima d'esserne dichiarato, potea. eome rieco di glorie prevenire inlieramente tutti gli honoriy nulla dimeno han tutti ereduto d'accompagnare il suo mento, quando non sia ritiscko a bastanza il premiarlo. Kon poAea la nostra Academia sotto piu nobil giogo humiliare la propria granëezza, Mentre compariendo a V. S. III™» gli honori, a saputo moltiplicarli a se stessa. Ë perche la sua assenza non puô farne godj^e la pieneza del ^ubilo, l^a 1^ piedesima Academia con non minor Iode eletto il sig*^ Carlo Ërard a sostener la sua veoe. DaHa di oui ppesenza e sooimo valore tutti noi, come in tevsiasimo e^p^eçchio rimiraremo Timmenso fascio délie virtù di V. S. 111°"*. lo poi che col primo voto e con la voce ho disti^t^ trà le piu interessati la mia devotione, ne porto a V. S. ÏU""^ cou Tavviso anche la dovuta alle^ezza, con la quale deponendo nelle sue mani il mio prescritto Dio^ minio farô provare a questa Academia, che ¥• S. Ill"-* 3apra cosi accresc0rgli le glorie, corne a stesso a fattQ nascer gli aHori. e qui di novo mi sottoscrivo

di V. S. ni"»»

aff"* e devof^ servitore

DOMENIGO GUIDI.

Koum 1675 (i). 22 décembre.

(1) Desportes s'est donc trompé de presque deux annte quand

TMmQf¥n^^

Très illustre seig' et très honoré Poltron»

Les Prérogatives: 4}e8 vertos ée V. S. 111°^® dont la

reputfa^ÎK^ 8.-ejSitw4 j^.tQ^tls monde avec des applaudissements merveilleux» ont %¥{$e justice pqrté Q(»stire Académie du Dessein de la peinture^ dans l'assemblée tenue le 15® du courant, à la déclarer l'un de ses Académiciens de mérite et de yaleur» avec acclamatiiDn universelle. £ltbien que la pensée qu'elle an açonçeue luy ayt attiré une grande louange, et que l'exécution Fayt eoeores au^^ntée, etle scait neantmoins que pour cette ftetion il ne lui est deu autre chose, sinon que f0U6 coopériez à la déclaration qu^^elle a faicte dans son Asdefloblee; d'autant que te grand mérite de Y. S. IM"** fou¥ok, comme elle a sceu, surmonter tous obsitades et toutes diilicultez. <}u'il luy plaise donc d'àveiragreabk^ Tadvis que je luy en donne avec respect. Me^ oepefidant qui en représente le chef, je me glori-« fie piètre *le premier qui le recognois non seulement pour Académicien, titre qui ne diminue et n'altère

H a dît que « ce fat en i6T7 que TAcadémie Romaine de peinture, fondée par b papa firéj^oir^ XIII» rendit un hommage éoUtaoté ta peinture française en la personne du premier peintre, qu'elle élm po«r soa Prînoe, e'est-ià-^re JDireeteop. Pour loi marquer davantage son estime, elle Télut, quoique absent, et contre ses fè0k6, m écfwU à ce sujet une ieiVre pleine d'éloges^ assaisonnés de toutes tes fleurs 4e Çéloquence itatierm^i et lui continua Taoï^e u^-r ifftirte ié itxéme homieur. »

point sa condition tant considérable et si relevée» mais aussi pour mon particulier patron, ce qui faict que je me souscriray toujours di V, S. 111"*

très dévot servit'

DoMENico GuiDi Principe.

Dé Rome 16 Décembre 1675.

Autre lettre du mesme au mesme.

Tres-Illustre seîgn' et très honoré Patron

Tout le monde a conceu une si grande estime de V. S. 111°** qu'elle s'est acquise à un tel degré d'elevation» que nostre Académie non contente de l'avoir associée à ceux qui la composent, après une plus prudente délibération elle a voulu la déclarer son Chef et Directeur, Et bien que V. S, 111"* desja comblée de gloire avant cette déclaration, eust peu entièrement surpasser, et s'élever au dessus de toutes les marques d'honneur, tous ont neantmoins estimé qu'il estoit à propos de les donner à son mérite, veu qu'ils n'auroient pu dignement^le recognoistre et luy donner un prix suffizant. N'* Académie ne pouvoit sousmettre sa propre grandeur à un plus noble commandement, puisqu'en distribuant les honneurs à V. S. 111"* elle a cognu qu'elle s'en acqueroit de nouveaux. Et dautant que v'* absence empesche n'* mesme Académie

deVen resjouir pleinement^etavecentiere satisfaction, Elle a esleu avec applaudissement accompagné d'égale louange le Seig' Charles Erard pour tenir sa place. Dans la présence et grand mérite duquel , comme dans un miroir très-poli, nous contemplerons et regarderons les vertus qui se trouvent réunies en V. S. 111"*^. Et d'autant que j'ay donné le premier mon sufirage, et qu'entre ceux qui ont pris le plus d'interest en cette affaire, j'ay faict paroistre par mes paroles une affection toute particulière, en donnant à V. S. 111°*^ Tadvis de ce qui a esté faict, je luy tesmoigne la joye que j'en doibs ressentir, avec laquelle luy remettant entre les mains la Principauté que j'ay eue, je feray en sorte que N'® Académie cognoistra par expérience que V. S. 111°^' scait les moyens d'en accroistre la gloire, par lesquels elle a fait naistre les lauriers qui accompagnent et embellissent la sienne. Et icy je me souscris de nouveau

deV. S.I11™«.

très affectionné et très dévot serviteur

DOMENIGO GuiDi.

De Rome le 22 décembre 4675.

Les Memorie perservire aiiastcnHa délia Romana Accademia di S. lucafino allamorle di Antonio Canova compilate da Melchior Mis^^ fini [Romay 1823), après avoir cité quelques extraits des deux lettres précédentes de TAcadémie deSt-Luc, donnent le texte italien de la réponse si italienne de Lebrun, dont nous avons trouvé ici la traduction suivante :

Je reçeus avec un très grsmd contentement Tagrea-* ble adris que j'avois esté associé à vostre excellente «t renommée Académie » et je ereus estre obligé à vous en faire les remerciemens que je devois pour une grâce si singulière. Mais ds&s le temps que je pensois à ies faire, je me trouve surpris par Taccroissement d'un autre honneur, qui est celluy que vous m'avez faietf me déclarant prince et chef de cette mesme Aca^dennre, qui est si excessif qu'il m'a estonné, considérait que de Testât d'appreiïtif et novice je suis monté si viste à celluy de superieor» et de peu de mérite à la grandeur de cette (Kgnité. Ce qui est cause que je ne peux recognoistre en cette action, sinon que le principal fondement que vous avez eu pour faire cette élection est la volonté que vous avei eue de me faire cet honneuf y afin que tout le mérite consiste dans la civi*lité et la &veur de ceux qui l'ont faiete, et non pas dans les qualitez de celluy qui a esté eleu ; ce qui me faict d'autant plus priser et estimer l'honneur que j'en reçoist et me donne ensnitte de vifs ressentimens des obligations infimes que je vous en ay, dont je ne croy pas que je puisse jamais m'acquitter, si ce n'est qu'il vous plaise accepter les offres que je vous fais de mon affection et de la volonté que j'ay d'employer entièrement avec tonte la chaleur et promptitude possible, ma personne et ma propre vie pour le service et l'utflité de vostre illustre Académie. Mais bien que l'ésloignement des lieux m'empesche de pouvoir y satisÊnre

entièrement, selon mon désir, je me trouve néantmoins appuyé sur la valeur et le grand mérite du seîg' Charles Errard, que V* S"*" ont choisi avec une prudence extraordinaire pour en mon lieu en faire les fonctions ; sur lequel fondement je me trouve asseuré dé ne point tomber du degré d'élévation où je suis, et que sa très clsdre expérience et science peut m'acquerir ime gloire qui sera accompagnée de louanges qui dureront à jamais. Je m'arresteray icy pour finir la présente, avec la seule mais sincère protestation que je fais des infinies obligations que je vous ay , rendant aussi des grâces infinies et avec autant d'humilité à V. S. pour les extraordinaires faveurs que j'en ay receues, qui avec les grands ressentimens que j'en confesse, font que je me diray tous jours de V. m. S"«

très humble et très obligé serviteur

Charles Le Brun.

Paris, 31 janvier; 1676.

Al ill°>^ et excell"'^ Âcademia del Dissegno sotto l'îfivoeatione di san Marco (Ksez di san Luca).

Voici le texte italien tel que le fournit Missirini ; il n*y manque que les deux dernières phrases :

« Si^pdori , ho ricevuto con summo giubilo Tobbligante avviso deila mia aggrega;&ione alla vostra eccellente ed illustre Accademia e sono tenuto farvene que' vItI ringraziamenti, che si addicono ad una grazia cosi singolare. Ma nel tempo stesso che a ci6 volgevo il pensiero mi sono ritrovato sorpreso per Taccrescimento di un altro onore, queUo cioè di avermi dichiarato Principe, e Capo délia

vostra Âccademia. Una taie clezione mi ha trasportato fuori di mé, considerando , che dallo stato di Novizio in cui ero , avete voluto improvisamenle farmi salire a quello di Superiore. E poichè con si poco merito sono stato inalzato alla grandezza di questa dignité, penso , che il principal fondamento di questa elezione sia derivato dalla sola vostra volontà di onorarmi : onde tutlo il merito délia grazia, non nelle qualité deirEletto, ma unicamente nel favore degli Elettori è riposto. La quai cosa fa , che io apprezzi di più Tonore ricevuto, e che io senta piu vivamente le infinité mie obbligazioni, délie quali non saro mai per rendermene scarco, se la bénignité vostra non si degna accogliere le mie offerte, il mio zelo, e la mia salda volontà d*impiegarmi colla possibile prontezza, e soUecitudine in tutto ciô, che da me dipeude a servigio, ed utililà delrillustre Accademia. Che se la lontananza de'luoghi si oppone, perche io non possa, corne pur vorrei, mandare ad effetto interamente questo mio buon volere , roi veggio nonostante appogiato sul gran merito, e sapere del Sig. Errard, che Voi Signori, colFestréma vostra prudenza avete eletto a far le mie veci. Sul quai fondamento mi trovo assicurato di non cadere dalfeccelso loco , ove vi è piaciuto collocarmi. Parigi 10 febbraro 1681 {cette date est fausse , chacun le voit ; celle de notre traduction est lout-à-fait probable). Le Brun. »

A cette gracieuse lettre, ajoute Missirini, Tillustre artiste joignit le don de soixante pistoles d'or, et dei estampes gravées d*aprës ses batailles et ses compositions d'Alexandre. L'Académie lui ayant fait rhonneur de le maintenir dans sa charge de prince, pour Tannée suivante, Le Brun lui adressa cette nouvelle réponse, de Paris le 2â décembre 1676 :

« Mi trovava cosi elevato per Tonore da voi fattomi , ch'io non pensava , che la gloria ricevuta fosse capace di alcun augmento. Intanto io vedo, che li vostri favori hanno più di una sorte di grandezza, e che il loro pregio consiste egualmente neirampiezza, e nel numéro. Io dirô anche, miei signori , che corne gli ultimi beneficj sono per Tordinario la corona di quelli, che sono preceduti, io devo sentirmi altretanto piu debitore alli vostri , poichè quantunque sia

grande la prima grazia , ella sembra al présente non essere stato allro , che il grado, e la preparazione alla seconda. Non tocco gli elogi , de quali le vostre leltere sono piene : So , che la gentilezza ve gli ha deltati , e che sono piuttosto una lezione di quelle, ch'io mi devo sforzare di essere , che un testimonio di quello chMo sia. Questo è il principal uso, che io voglio famé, lontano dal prenderne alcuna presunzione : cioë a dire, che io conserrerô merooria etema délia voslra bonlà , ed avro parlicolar cura di adempire il mio débite ; e di corrispondere con zelo al posto, ove mi avete collocato. Le Brun. »

Dans la péroraison de son discours sur les honneurs de la peinture et de la sculpture, prononcé à TAcadémie romaine de St-Luc, le second dimanche de novembre 4677, à Toccasion du concours pour les prix des jeunes peintres, sculpteurs et architectes, essendo principe delC Accademia il signor Carlo Bruno, J. P. Bellori disait: « Questa sia immorial Iode del nostro Principe il signor Carlo Bruno, che co i lumi del suo pennello arrestar pu6 Io sguardo del suo Alessandro ; ed intanto ch'egli colora, e finge la fuga di Dario, ed i Macedonici trionfi, vieppiù chiare memorie del Gallico Alessandro esprime, ed adombra. Ma qui pur tra noi ravviso il Regio onor, de' Romani pennelli, e scalpelli industri ; eletti a celebrare i pregj del Gran Luigi, mentre la nostra Accademia ancora fatta consorte delli Reali auspicj, riposa aU'ombra de' bei Gigli d'oro, nella protezione delFEminentissimo Principe il Signor Cardinale Francesco Barberini, e deir Illustrissime ed Eccellentissimo Signor Marchese Gio. Battista Colbert, sotto il cui auspicatissimo patrocinio ben si possono ehiamar felice le nostre arti, e gli studj délia gioventù... » Ces derniers compliments à Louis XIV et à Colbert font allusion à la jonction des deux Académies, de St-Luc et de France, opérée sous le principat de Lebrun, par Tentremise d'Errard, à la fin de 1676. Missirini cite toutes les pièces de cette grande affaire : la procuration donnée à Errard par l'Académie royale de Paris, la lettre de Testelin, secrétaire de l'Académie de Paris, à l'Académie de St-Luc, les lettres patentes de Louis XIV, contresignées de Colbert, etc., etc.

ROBERT TOURNIfiRES.

{Mourait des registres de la paroisse de St^Pierre

de Caen.)

AujourdTiui Vendredi dix-neuvième jour de mai mil sept cent cinquante deux, le corps du Sieur Robert Le Vrac Tourniere» peintre ordinaire du Roi, ancien Professeur de Facadémie de Peinture et Sculpture, âgé d'environ quatre vingt quatre ans, décédé d'hier sur cette paroisse, muni des sacrements de pénitence et d'Extrême onction, a été inhumé dans le Cimetière proche cette Eglise, par moi vicaire soussigné, en présence de Louis ï^eVracTournière, neveu dudit, eî de M* Pierre Charles Rrunie, P^^e chapelain de cette paroisse, qui ont signés, approuvé Louis, en interligne et une rature nulle et Le Vrac, en interligne bon, signé, Louis le VracTournière, Rrunier, F Le Tellier, vie. de St-Pierre.

Cette pièce, que nous devons encore à Tamitié de M. Trebutiea» outre qu'elle nous donne un nom nouveau et inconnu de Rol;»ert Tournière, constate irrévocablement la date de sa mort que d'Arr genville nous avait d'ailleurs indiquée assez exactement» à yn jour prè$. p'Argenville le disait âgé à sa mort d'environ 77 ans ; ^n i^eveu, mieux informé, pouvons-nous croire, lui en dppoe environ 84 : cela change de 7 ans la date de naissance, et la repcje jp^qu'à V^^née 1668.

TflfiODORE GtMCADLT.

LSmtBS DU G^^' DB FORBIN RELATIVES A L'ACQUISITlOIf DU NAUFRAGE DE LA MÉDUSE DE GÉR1CAULT.

L'administration des musées, alors que sous les trois derniers règnes elle relevait immédiatement des ministres ou intendants de la maison du roi, a été souvent, et avec passion, accusée de favoritisme et d*in différence pour les cbefs-d^œuvre et les artistes qui faisaient la gloire de la France. Il a couru, notamment à pro-> pos du Naufrage de la Méduse de Géricault, des fables malveillantes, qui ont encore quelque crédit (Voir la Revue des arts de M. T. Thoré dans le Constitutionnel du 21 juillet 4847). Nous avions depuis longtemps à cœur de mettre à néant ces contes d*atelier, qui tendent toujours à représenter Tautorité monarchique, comme fatalement inintelligente des beautés et des besoins de Fart. Il nous est permis de le faire aujourdliui, en publiant des lettres, qui feront un étemel honneur au noble cœur, à la généreuse initiative, à Tinfatigable persistance de M. le comte de Forbin. Qu^on se rappelle, pour entière justice, les violentes critiques, dont toute Técole de David et le public bourgeois, MM. Kératry et Landon en tète, assaillirent, au salon de 1819, la grande œuvre de Géricault, et qu'on n'oublie pas que Géricault était de ceux, qu'on appelait alors les libéraux, et que ses amis répétaient partout que son magnifique et terrible naufrage était, avant toute valeur d'art^ un acte d'opposiiion aux Bourbons régnants. Voici donc les lettres, que, sous différentes dates, M. de Forbin, directeur des musées royaux, écrivit, d'abèrd à Géricault lui-même, puii à M. le marquis de Lanrl^n, ministre de la maison du roi, puis enfin à M, le vicoo)te de La Rochefoucault, chargé du département des beaux-art^. Par la mort déjà éloignée des deux grands artistes qu'elles intéressent, te eamte ilag. de Forbin et T|ié«dore Géricault, eea. kUrea s'ap-

partiennent plus seulemeal à radministration, elles appartiennent à Thistoire.

Louis-Nicolas-Phi1ippe-Augu$tc, comte de Forbin, né au château de la Roque d'Anlheron en Provence, le i9 août 1777, est mort à Paris, rue Taitboul, n" 5, le 23 févriejr i841 ; la France littéraire publia alors quelques nobles pages de M. de Marcellus, dans lesquelles sont encadrées des notes de M. de Forbin lui-même sur sa propre vie. Quant à Jean-Louis-André-Théodore GéricauU, la commission, chargée par TAcadémie de Rouen de rechercher dans quelle maison il était né, après avoir trouvé dans le Registre de la paroisse de St'Romain^ pour i 791, Textrait de baptême qui constatait sa naissance à Rouen, le lundi 26 septembre 1791, « du légitime mariage de Georges Nicolas GéricauU, homme de loy, et de Louise Jeanne Marie Caruel de cette paroisse, » est arrivée à constater que notre grand peintre était venu au monde dans la vieille maison de Rouen, portant alors le n** 7 de la rue de TAvalasse ; cette habitation de sa grand-mère maternelle, démolie en 1822, occupait Tespace couvert aujourd'hui par les b&tisses portant les n<^ 13, 13 bis et 13 A. Voir le Rapport de la commission dans le Précis analytique des travaux de l'Académie royale des sciences j belles lettres et arts de Rouen^ pendant Vannée 1842 (Rouen, PeriauXy 1843). Le second et dernier biographe qui ait jusqu'à ce jour, à notre grande honte, recueilli sur cet illustre initiateur de notre jeune école, qui devrait avoir vingt historiens, les souvenirs encore palpitants de ses ajnis, M. Charles Blanc, dans ses Peintres français au XIX* siècle^ a noté pieusement la maison de Paris, rue des Martyrs, n^ 21, où Théodore GéricauU mourut au bout de sa longue maladie, le 18 janvier 1824.

Le comte de Forbin à M. GéricauU.

31 décembre 1819.

Je m'empresse de vous prévenir , Monsieur , que M*^ le directeur général du ministère de la maison du Roi a bien voulu , sur ma proposition» vous confier

Texécution d'un tableau (i) du prix de six mille francs, payable moitié sur Tannée 4820, moitié sur Tannée 182i . Je me félicite d'avoir pu contribuer à vous faire accorder une distinction aussi flatteuse» et je ne doute pas que vous ne vous attachiez à la mériter par de nouveaux efforts , dont je trouve la garantie dans les preuves de talent que vous avez données à Texposition de cette année. Le succès qui vous attend me fournira» je Tespère» l'occasion de vous signaler encore à la bienveillance du roi » et de vous faire obtenir de nouvelles marques de sa munificence.

AS.E.U M''' de la ilf^* du roi.

2 février 1822.

Monseigneur» je crois devoir proposer à'V. E. d'acquérir le tableau de M. Géricault» représentant le Navr frage de la Médme. Cet ouvrage , plein de verve et d'énergie» annonce le talent le plus distingué et que Ton ne saurait trop encourager. La manière de M. Géricault a de la grandeur » de Toriginalité » et son ou-

(1) M. Louis Batissier nous apprend dans la vivante et émouvante biographie de Géricault, insérée par lui dans la Revue du dix-neuvième siècle (24 pages in-8<^), que le tableau commandé parle roi, à Géricault, à la suite de Texposition de 1819, était un Sacré-Cœur de Jésus ^ et que celui-ci, peu satisfait de ce sujet, en confia Texécution à Eugène Delacroix. Le tableau fut, en effet, peint par Delacroix, signé par Géricault, qui en remit naturellement le prix à son jeune ami. Ce ne fut point un Sacré-Cœur de Jésus qui fut représenté, mais une Notre-Dame des Douleurs qui fut envoyée aux Dames du Sacré-Canir de Nantes.

vrage a obtenu beaucoup de succès chez les artistes en France et aux yeux de tout le public en Angleterre. Ce tableau est revenu à Paris, parce que son auteur désire qu'il reste en France, et, pour faôfiter TexéoitioB de ce y<Bu , il propose de le céder au gouvernemeirt pour le prix de 6,000 fr. et consentirait même à être payé moitié sur l'exercice i8^, et ie reste sur celui de Tannée 1823. Cet ouvrage est de la plus grande dimension ; il a coûté beaucoup de temps , d'étude et d'argent à M. Géricault, et ce serait peut-être dégoutter un homme appelé à £sûre le plus grand honneur à l'école française, que de repousser une demande aussi juste et aussi modeste. Le Naufrage de la Méduse pourrait être placé dans une des grandes salles de Versailles, et je siûs certain que le temps consolidera la réputation de cette production éner^que et puissante.

AS.E.le M""' de la W du roi ( Jf'* de^ Lauristonh

17 mai I82i.

Je prends la libarté de rappeler à V. E. la propo«rtion que j'eus l'honneur de lui faire le 2 février dernier d'acquérir pour la collection duEoiet inoyenaant la somme de 6,000 fr. payables sur deux exercicei^, le tableau de M. Géricault représentant le Naufrag0 de la Méduse^ qui a recueilli des suffrages si unanimes au salon de i 81 9 et obtenu ensuite tant de succès en Angleterre.

AS.E. le M^^ de la maison du roi.

Monseigneur, on â souvent ^dressé à l'administration des arts le reproche de ne pas encourager exclu^ siyejment le genre historique qui ne peut trouver de protection que chez le gouvernement. J'ai souvent ent^fidu citer à Tappui de cette critique peu fondée l^exomple de l'oubli dans lequel on laissait un ouvrage ii^pertanty composition hardie, d'une exécution large, vigoureuse , et qui promet à la France un habile artiste de plus. Le Naufrage de la Méduse , tableau de près de 20 pieds , prouve que son auteur M. Géricault a puisé dans le^ ouvrages d^ Michel-Auge le grandiose qui ne plait pas à la multitude , mais qui constitue le véritable peintre d'histoire. On ne put pas acheter ce tableau en 1819, époque de son exposifion et de son succès, surtout chez les artistes. M. Géricault montra cet ouvrage à Londres, et son désir le plus vif était qu'il fût à son retour acquis pour la collection de S. M. où cette production tiendrait une place fort distinguée. Ce sujet qui représente un grand désastre et qui montre l'homme luttant contre une mort cruelle, est plutôt un hommage à la Providence qui secourait ces infortunés qu'une critique de l'ineptie qui se livrait à ce danger. M. Géricault est tout-à-fait découragé par l'espèce d^abandon dans lequel on Isôsse son tableau, qu'il offre depuis drax ans

de céder pour 5 ou 6 mille francs ; c'est ce qu on paye aujourd'hui un petit tableau de genre. J'ai été trop frappé de ce contraste , pour ne pas me croire obligé de le signaler à V. E. J'ose donc lui écrire aujour-^dTiui ce que j'eus l'honneur de lui dire avant-hier à ce sujet et qu'elle semble accueillir avec l'esprit de justice qui la distingue. On pourrait prendre cette somme sur la caisse du Musée qui rentrerait dans cette avance sur les exercices de 1824 et 182S. L'ouvrage de M. Géricault serait placé à Versailles, et tous les artistes applaudiraient à cette acquisition.

A M'' le V* de la Rochefoiieauld, chargé du dép*

des beatix-arts.

30 octobre 1824.

Monsieur le vicomte, vous pouvez vous rappeler un tableau de feu Géricault qui produisit une vive sensation au salon de 1819; cet ouvrage d'une grande dimension représentant le naufrage de la Frégate la Méduse est surtout remarquable par la hauteur, la gravité de l'ordonnance, et par l'extrême énergie de l'exécution. Aucun peintre sans exception, depuis Michel Ange, n'avait été appelé à sentir et à rendre le genre terrible d'une manière plus puissante que feu Géricault.

J'offris en 1819 à cet artiste, mort il y a peu de

mois, d'acquérir son tableau pour le prix de 40,000 fr. Animé par un succès éclatant, ce jeune peintre refusa cette offre et porta son ouvrage en Angleterre, où le produit d'une exposition publique lui rapporta une somme assez importante. On doit dire à Téloge de M. Géricault qu'il ne voulut pas vendre son tableau aux Anglais et qu'il me fit la proposition à son retour de le céder au gouvernement Français pour la moitié de la valeur qui lui en avait été offerte en 1819. La longue maladie de M. Géricault et sa mort nous firent perdre de vue cette affaire. La succession de cet artiste fait vendre ce tableau aux criées publiques à l'iiôtel de Bullion.

L'importance de cet ouvrage le place hors de la portée des amateurs ; on s'arrache à des prix très élevés les moindres esquisses de ce peintre; mais l'enthousiasme des admirateurs s'arrête devant le Naufrage de la Mééuse qui a 22 pieds de longueur sur 18 de hauteur environ ; la concurrence ne s'établira donc pas, à moins que ce ne soit avec quelque galerie étrangère. Dans tous les cas ce tableau ne devant pas être vendu plus de 4 à 5,000 fr., vous serez sans doute d'avis, M"^ le V^ , que je fasse faire une offre par une personne inconnue aux vendeurs et bien au fait de ce genre d'affaires en lui donnant des instructions précises qui ne lui permettraient pas de dépasser la somme de 4 à 5,000 francs.

Ce grand et bel ouvrage demeure, malgré quelques

incorrections, une des productions les plus fortes et les plus originales de notre Ecole, et décorerait très avantageusement le château de Versailles. Veuillez bien me faire connaitre vos intentions dans les vingt quatre heures, la vente étant 4rrévocablement fixée à Tun des premiers jours dé la semaine.

Le vicomte de la Rochefoucauld à M. le comte

de Forbin.

!•' novembre f 82#.

Votre idée, Monsieur le comte, me semble ttèà heureuse. Il convient que le Musée possède la prddàction la plus importante d'un peintre qui. quoi<}ue mort bien jeune, avait déjà fait preuve de taiit de ta^ lent. Puisque vous croyez que le prix du taMeau du Naufrage de la Méduse ne dépassera pas 4 à 5,000 fr. , je vous autorise à Tacheter, m'en rapportat^t entièrement à votre expérience et à vos lumières sur le choi!l des moyens à employer pour faire cette accfuisition.

A M. le V* de la Rochefoucauld^ chargé du dépa/rtemsnt des beaux-^arts, etc.

8 novembre 1824.

M' le V*% vous m'avez autorisé verbalement à offrir à M' Bonnèfond, peintre de Lyon, la somme de

6>000 fr. fcvT prix <tè B6Û tableau représenlatnt k ChamèfB à hnàr. Cet artiste me fak sayoir qu'il vient de veûdre cet ouvrage à la vâle de Lyon moyennant la srettmie de 8,000 tt.

Quant à Tafiaire du tableau de M. Géricault repre^ sentant lé Naufrage de la Méduse, ce tableau a été mis aux enchères au prix de 6,000 fr. Il ne fut ajouté que cinq francs à ce prix par M. Dreux D'Orcy, ami de M. Géricault. J'ai cru d'après le sens de votre lettre devoir prendre le marché de ce dernier ce qui porterait le prix de cette acquisition à 1,005 fr. de plus que vous m'avez autorisé de le faire ; mais il m'a paru indispensable de saisir cette occasion et de mettre à profit la bonne action et la bonne volonté de M. Dreux Dorcy, qui ne s'est mis en avant que dans l'espérance que le tableau de son ami appartiendrait au gouvernement, et serait convenablement placé dans l'un des Musées royaux. J'espère avoir bien interprété vos initiations, et vous prie de régulariser cette opération qui administrativement et consciendeusement me parait juste et excellente. La dimension seule de ce tableau a pu s'opposer à ce qu'il fût porté à un prix aussi élevé que les moindres études de feu Géricault, et déjà les amateurs demandaient que le Naufrage de la Méduse fût coupé en quatre parties, et la somme de 20,000 fr. eût été le résultat de cet acte barbare; la conduite du commissaire expert et celle de M. Dreux Dorcy ont été à cet égard dignes de tous éloges.

J'ai fait Tayance des 6,005 francs sans le payement des quels le tableau ne pouvait pas sortir de Thotel de Bullion. Le prix de ce tableau serait imputé sur Texercice 1825 et d'ici là vous pourriez autoriser la Caisse du Musée à me rembourser cette avance.

M' Géricault a laissé de nombreux amis ; Tannonce de cette acquisition dans les journaux serait du meilleur effet.

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