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non-seulement par vanité, comme de nos jours, mais pour échapper aux mauvais traitements, aui exactions et à la misère qui accablaient les roturiers.
La suprématie du clergé était acceptée sans conteste par les autres ordres. Les prélats de cette époque ne ressemblaient pas aux seigneurs ecclésiastiques qui faisaient autrefois la guerre à la royauté. Le temps n'était plus où l'Église formait un État dans l'Etat. Cet affaiblissement avait été produit par les guerres religieuses et par l'esprit gallican. Le clergé, n'ayant plus de point d'appui au dehors sur la papauté, avait perdu ses prérogatives politiques; mais il avait conservé une grande influence, une liberté entière quant au ;naiiiement de ses revenus, et une indépendance que les autres ordres n'avaient plus. Cet clat de chofies a duré jusqu'à la révolution de 1789, qui, en détruisant l'autonomie du clergé, a fait de ses membres de simples fonctionnaires salariés. Il a fallu un orage aussi violent pour renverser l'édiGce à l'abri duquel tant de générations avaient trouvé sûreté et protection contre les misères de leur temps. Le scepticisme, qui ne l'a pas encore abattu, l'avait à peine ébranlé, et la réforme ecclésiastique ne s'est accomplie qu'au prix de tout le sang répandu en Vendée et dans le Midi.
Le clergé de France puisait sa force dans sa constitution même, tandis que la noblesse et le tiers état vivaient séparés par des barrières que le petit nombre des plus habiles et des plus hardis avait peine à franchir; il réunissait toutes les classes de la société, aussi trouvait-il partout secours et appui. Chacun avait intérêt à défendre un corps où les siens pouvaient chercher un asile, et vivre honorablement. Il n'y avait alors rien qui put exciter la jalousie des autres ordres. Le clergé français, quoique immensément riche, comptait relativement peu de dignitaires à traitements exorbitants, comme ceux des ecclésiastiques en Italie et en Allemagne. Les revenus étaient répartis sur un grand nombre de têtes; ils constituaient en général une rente modeste, mais sufGsante pour assurer l'indépendance et l'honorabilité. La nature des impôts que le clergé prélevait n'avait rien d'odieux; le recouvrement se faisait avec
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douceur, et ne donnait jamais lieu à des scènes révoltantes, comme la perception de la taille et de la gabelle.
D'ailleurs l'Église résumait la nation. Le haut clergé, c'està-dire les évèques, les chefs d'ordres et les supérieurs des grandes abbayes, appartenaient à la noblesse ; les sièges inférieurs, les cures et les chapitres , étaient occupés par les hommes de la petite noblesse et du tiers; enfin les cures de campagne, les couvents et les ordres mendiants recevaient les enfants des prolétaires. Ensuite, la constitution de l'Église du xvu° siècle était en avance sur l'esprit du temps; non-seulement elle avait des asiles pour les femmes, souvent malheureuses au milieu d'une société encore barbare et mal organisée, mais elle semblait reconnaître l'égalité des deuï seses, en remettent à des femmes le gouvernement de grandes abbayes, et même d'ordres entiers. Le clergé français avait gagné le respect et l'estime des populations : sous bien des rapports il était supérieur au clergé européen. Les évêques étaient nommés par le roi lui-même, sur une liste que son confesseur avait dressée. Il faut dire cependant que Foucquet vendait les évéchés argent comptant, ou les donnait à ferme, et prélevait chaque année une partie du revenu. Louis XIV supprima cet abus, qui ne se renouvela jamais. Ces prélats étaient en général des cadets de familles nobles, reçus docteurs en théologie après avoir fait plusieurs années de séminûre ; la plupart étaient des hommes instruits, éclairés. Le gouvernement leur donnait souvent la haute main sur les intendants et les gouverneurs de provinces, dont les lumières n'étaient pas toujours au niveau du zèle ; on s'en trouvait bien.
Leurs rapports avec le clergé inférieur, réservés par suite des nécessités administratives, étaient cependant ceux d'un père avec sa famille. Dans ses tournées, l'évéque logeait ordinairement chez le curé ; ils s'enquéraient ensemble des réformes à faire, et visitaient de concert les pauvres et les malades ; plus tard, lorsque le curé venait rendre ses comptes à l'évêque, il était à son tour hébergé dans le palais épiscopal. De ces rapports naissait une confraternité réelle, et qui se conciliait avec une indépendance assez grande.
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L'administration ecclésiastique se composait de fonctionnaires dont il est inutile de s'occuper ici ; l'évfique et le curé étaient seuls influents : celui-ci était l'administrateur du peuple ; il tenait les actes de l'état civil, célébrait les mariages ; il recevait l'enfant à sa naissance et conduisait le vieillard au tombeau. C'était le conseiller dans toutes les affaires, le consolateur au milieu des souffrances, et l'ami avec lequel on partageait ses joies et ses peines. Ces utiles fonctions étaient dévolues & des fils de fermiers, dégrossis par le séminaire. Leur influence était énorme. Dans presque toutes les émeutes ils marchaient à la tète de leurs paroissiens, et c'était toujours h eux qu'il fallait s'adresser pour les faire rentrer dans le devoir. A Paris même, le cardinal de Retz mettùt en émotion toute la ville au moyen des curés. Ils étaient logés aux frais de la commune; la dîme fournissait à leurs besoins. Malgré l'obéissance àw aux évêques, les curés jouissaient alors d'une indépendance qu'ils n'ont plus. En cas de dissentiment, rOf&cialité décidait. C'était un tribunal spécial, composé déjuges libres; il garantissait à tous les prêtres, quelque bumble que fût leur position, une liberté relative. Cela les relevait aux yeux du peuple, et leur donnait une grande autorité. Le souvenir en vit encore dans le cœur des paysans. Les croyances se sont affaiblies; avec la liberté, le sentiment de l'indépendance religieuse s'est accru, on va moins à l'église; mais le curé a presque partout conservé son ancienne considération.
L'évéque et le curé constituaient l'Église séculière; mais à cAté s'élevaient les ordres religieux. Pendant longtemps les populations , écrasées par les exactions de la noblesse et du gouvernement, préférèrent se soumettre à des moines qui, en échange de la liberté, leur assuraient la vie et la famille ; les serfe de l'Église ont été les derniers à se révolter, et il y en av^t encore peu de temps avant 1769. Ces ordres constituaient une classe de grands propriétaires, comme on n'en voit plus qu'en Russie et en Angleterre. Us étaient d'excellents administrateurs; les déserts dans lesquels les fondateurs avaient, en général, établi leurs communautés, devinrent bientôt des terrains fertiles. Les moines étaient très-riches. Ces richesses
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avaieDt amené un grand rel&chement, et c'est aux couvents surtout que s'en prennent les satiriques et les écrivains protestanU. Ils leur reprochent la gourmandise, la paresse et la sensualité; mais il est rarement question de ces crimes odieux si fréquents alors dans la société civile. Plusieurs causes avalent contribué à maintenir la moralité du clergé en France. Les principales furent la nécessité de s'observer en face des protestants, toujours prêts à signaler les moindres écarts, et la rivalité sourde des ecclésiastiques avec les moines. Ces concurrences sont toujours utiles et tournent au bien général.
Au zvii° siècle, la plupart des nobles vivaient dans leurs propriétés, au milieu de vassaux dont ils partageaient les préjugés et les habitudes. Ce n'étaient, en réalité, que des paysans un peu plus aisés que les autres et distingués par le droit de ne rien faire. La guerre étant l'unique occupation digne d'un gentilhomme, la noblesse entrait tout entière dans l'armée. Les riches levaient un régiment ; les moins furlunés, une ou deux compagnies; les plus pauvres servaient comme simples soldais. Après quelques années, tous se retiraient chez eux, pour continuer la vie tranquille et obscure de leurs pères. Au reste, la profession des armes était alors une ressource. Les chefs de corps étaient chargés à forfait de l'entretien de leurs hommes, et il leur restait toujours quelque proSt. Si la solde était en retard, les soldats faisaient la contrebande ou le faux-saunage & main armée, et chacun se remboursait aux dépens de l'État. Plus tard, sous le ministère de Louvois, le roi se chargea de l'entretien des troupea;les règlements de police furent mieux observés, mais les nobles sans fortune ne servirent plus qu'avec répugnance. Les habitudes militaires se perdirent à tel point que l'on fut obligé de renoncer à convoquer le ban et l'arrière-ban de la noblesse provinciale.
Depuis Louis XIII la noblesse était ruinée; Louis XIV acheva de l'annihiler. Pendant la Fronde, les soldats commandés par le prince de Condé furent soudoyés par le parlement, lies chefs ne pouvaient plus payer leurs hommes. La noblesse avait encore des privilèges, mais point d'argent, et les gentilshommes ne
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pouvaient en gagner. L'opinion les condamnait & l'oisiveté, et ce préjugé était poussé si loin, qu'il était réputé plus noble de voler sur les grands chemins que de gagner sa vie par le travail. Louis XIV eut beau déclarer qu'un noble pouvait, sans déroger, se livrer au grand commerce, ils refusèrent de prendre un parti qui les eût rendus méprisables à leurs pro* près yeux. Les chefs de vieilles familles s'enfermèrent plus que jamais dans leurs chftteaui. Ils ne pouvaient plus subvenir aux dépenses de la vie, ni à la cour, ni dans les villes. La noblesse se partagea dès lors en deux classes : celle qui vécut en province, et celle que j'appellerai noblesse d'administration. La première végétait, pauvre et persécutée par le gouvernement, qui la craignait et la ruinait en faisant peser sur ses fermiers l'impôt qu'on avait soin de rendre plus léger aux métayers des hauts fonctionnaires. Malgré cela, on ne put k dépouiller entièrement ni la détruire. Elle a survécu, et c'est elle qui constitue encore, avec les paysans, la phalange si forte et si énergique des propriétaires.
 part quelques familles de haut renom, auxquelles on remettait des places sans influence et sans responsabilité, la noblesse d'administration était, en général, composée de branches cadettes; et cela devait être, avec le droit d'ainesse. Tant que vivait le père, les enfants restaient dans le château; mais à sa mort, l'alné s'emparait de tout et mettait ses frères dehors. Les filles se réfugiaient dans quelque couvent. Quant aux hommes, ils partaient à la conquête de la fortune ; leur bonne mine était souvent leur meilleure ressource. Plus d'un fut obligé de compter sur les bontés des dames qu'il payait en complaisances. Si le début était trop humble, il quittait le nom vénéré de la famille pour celui d'un âef inconnu; personne n'avait ii rougir, et lorsque la fortune avait fait d'un aventurier un maréchal, ou même un duc et pair, il reprenait le nom de ses ancêtres, et fondait à son tour une famille riche et brillante.
Il était plus facile d'arriver à ces hauteurs que de s'y maintenir. Le gouvernement, inquiet et ombrageux, cherchait toujours à ruiner ceux qu'il venait d'enrichir. Les lois somptuaires , qui
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défendaieot le luxe aux autres ordres, laissaient uae liberté perfide au faste des nobles. En temps de paii, & eux seuls étaient permis les habits couverts d'or et de diamants, les carrosses à six cheTaux, les meubles en métaux précieux , les serviteurs sans nombre. A la guerre, les états-majors \ivaieni avec un luxe incroyable : on avait des repas à plusieurs services, où les mets les plus rares étaient mangés dans la vaisselle d'or et d'argent. Les jours maigres, le transport de la marée avait lieu entre les ports de mer et l'armée comme à Paris. Ce luxe était le môme pour tous les grades. Un officier, s'il était duc ou marquis, était obligé de tenir un état de maison pareil à celui de son général, dont il était souvent le supérieur par la naissance.
Tout cela coûtait énormément; àcbaque entrée en campagne tes officiers s'endettaient. Us prenaient de l'argent de toutes mains. Les généraux se faisaient payer pour épargner une ville *. Villars, qu'on accusait de dilapidations trop fortes, répondait sans façon que son argent n'avait été pris qu'aux ennemis. Mais ces bonheurs n'arrivaient qu'aux officiers bien en cour; les autres étaient réduits aux expédients les plus étranges. Les jeunes gens puisaient dans la bourse des veuves amoureuses. Les autres entrùent en composition avec les ânanciers. Foucquet était devenu de cette façon propriétaire d'un grand nombre de chaînes. U prétait aux gentilshommes sur leurs billets ; à défaut de remboursement, la place devait lui revenir. Bussy avait acheté avec l'argent du surintendant la charge de mestre-de-camp de la cavalerie légère; M. de Créqui, celle de général des galères; M. de Cbarost, le gouvernement de Calais; M. de Neufchèse, la place d'amiral. Les militaires n'étaient pas les seuls : des magistrats et des prêtres suivaient leur exemple. M. de Maridor devait à Foucquet le prix de la place de président à la cour des aides. Les abbés eurent aux mêmes conditions des évfichés, et les plus lucratifs. A défaut de surintendant facile, les officiers cherchaient à se refaire en enlevant les riches héritières; les
1. Od a répéta partout la retoA de Tareane !i ceui qui Ini offraient de l'argent pour érjter nu pa&ssge de troupes, a Je ne complais pai y aller. » S'il s'bd fQt fàchd conme d'one insulte & aa probltd, il aurait indigné tout aou ftat-major.