‹ Archives de la BastilleChapitre 3 sur 98 · VIII AVERTISSEMENT · texte numérisé non relu

VIII AVERTISSEMENT

moins audacieux épousaient des filles de la finance, sans s'inquiéter de la probité des pères. Le maréchal d'Ëstrées avait épousé la fille de Morîn, le plus riche juif de l'époque. M. de Saint-Aignan avait fiancé son fils A la fille de Boislëve, un riche traitant : la dot avait été payée d'avance; dans l'intervalle, Boislève est impliqué dans l'afi'aire de Foucquet; on ne pouvait décemment épouser la fille d'un prisonnier au Chàtelet : M. de Saint-Aignan garda la dot et laissa la femme. Uii parent de Montausier, M. de Jonzsc, avait mané son fils à la fille de Catelan, autre victime de la chambre de justice, et il écrit à Cûlbert : On ne fait de ces mariageS'là que pour mieux servir k Roi, Presque toute la cour se mésalliait ainsi , et ce n'était plus qu'un sujet de plaisanterie. Madame de Grignan appelait cela en riant : fumer ses terres.

Dans la noblesse, le mariage était presque toujours une atTaire où le cœur était compté pour rien et l'argent pour tout. Souvent le mari ne voulait pas approcher une femme qu'il méprisait; d'autres se b&taient d'assurer la durée de leur maison , puis ils allaient chercher le plaisir dans des amours de théâtre et de carrefour. Ces unions malheureuses donnaient le jour à des enfants d'une santé débile et accablés d'infirmités. Les portraits de la cour, conservés à Versailles, nous montrent, malgré les flatteries de l'art, des hommes flétris et contrefaits. Quelle différence avec les images des ateus que nous voyons encore dans la province I Le maréchal de Luxembourg et bien d'autres encore étaient bossus. Cela était si ordinaire que les difi'ormités n'empêcbaient pas les femmes d'être vantées et admirées; témoin mademoiselle de la Valliére, qui était boiteuse, et Madame, qui avait la taille contrefaite. Est-il étonnant que la plupart des grandes familles aient disparu? Les vices du sang les condamnaient fatalement, et leur ont été plus funestes que la guerre et les révolutions. Cette faiblesse désarma les rancunes de Louis XIV; il épargna toujours, autant que le permettait la politique inaugurée par Richelieu, ces hommes dont l'ambition se bornait à la faveur du maître, et à l'honneur de mourir sur les champs de bataille. Il réservail toutes ses défiances, je dirai

AVERTISSEMENT. ix

plus, sa haine, pour la noblesse de robe. C'est qu'effectivement elle était plus à craindre. Sa force élait réelle; il a fallu la révolution pour la détruire, et la monarchie est tombée avec elle.

La robe était-elle, comme la noblesse d'épée, un corps ruiné, rachetant sa misère par te courage et par le sentiment de l'honneur, souvent mal compris, mais toujours énergique et vivace? Il n'en est rien. Au commencement, le Roi nommait lui-même les magistrats, et le parlement acquit une grande renommée de savoir el d'équité. C'était un sujet d'admiration pour les étrangers, et Henri IV menait les hôtes royaux assister aux plaidoiries du palais. L'on choisissait alors les hommes les plus honnêtes, les plus habiles et les plus instruits; mais avec l'établissement de la paulette, qui, moyennant une redevance annuelle, perpétuait dans les familles le droit de rendre la justice, comme s'il se fût agi d'une ferme , le corps de la magistrature ne fut plus le même : au lieu d'oUiciers occupés h distribuer la justice à tous, on eut des propriétaires cherchant à faire valoir leur bien. Pour tirer un meilleur parti des offices de judicature, le gouvernement y avait attaché un droit de noblesse, qu'il ne voulait cependant pas reconnaître, et qu'il laissait bafouer sur le thé&tre. Les parlementaires en vinrent à se croire les supérieurs, ou au moins, les égaux des anciens seigneurs, tandis qu'Us remplaçaient tout au plus les scribes des grands vassaux '. Jamais prétentions ne furent plus mal fondées, et l'on ne comprendrait pas la puissance des parlements si les vices de la législation, lorsque toutes les familles étaient ruinées par les procès, qui mettaient les plus grands noms à la merci des juges, et surtout si leurs biens immenses et leurs étroites liaisons avec les financiers n'expliquaient l'obéissance des autres ordres , la haine du gouverne-

1. Od •'duanera, auis doate, en meTOjuitJageriùnslQii ccrps dont lei cheft étaient alon des hommet tels qu* Lamoignoa et Btrlaj; aoui me Tant-il rappeler que le gooTemeiDent n'était rfaeni le droit d'acheter iea charges de premier prMdeat et de procnreur général, ou plalfit, qu'il arantait à ses candidats l'argent nécessaire pour les piyer. Celte somme n'étant jamais rembounje, ta place Ini rerenait i la mort du titolatre. L'adminiairatioD cbobissait les plus habiles et Iea plna intègre*, et leur renoniDi6e, après aroir donné un grand luttre aux pariementi. Ici proi^ encore auprès de la postérité, quoique ces mt^tnXt aient preMine toajonn été en oppoamon arec eeoi qu'ila condoiaaient.

Page 1