LE ROI A M, DE BESMADS
Mons de Besmaus, je vous fais cette lettre pour vous dire que, toutes fois et quantes que les sieurs Ponce! et Renard, commissaires députés par ma chambre de justice, vous feront savoir qu'il sera nécessaire de faire aller au donjon de Vincennes les sieurs Jeannin, de Lormc, Pellisson et Bernard, détenus prisonniers en mon château de la Bastille , vous ayez à les y conduire vous-même en une ou plusieurs fois, tous ensemble ou séparément, et selon que vous en serez requis par lesdits commissaires, que vous les rameniez aussi vous-mSme dans mon ch&teau de la Bastille , et , afin d'y garder la sûreté nécessaire, vous employiez à leur escorte partie des soldats de la garnison de mon chftteau de la Bastille, et qu'en outre vous demandiez au sieur d'Artagnan le nombre de mousquetaires à cheval de ma compagnie dont vous aurez besoin, lequel vous les enverra toutes les Fois et au lieu et heure que vous lui marquerez, suivant l'ordre que je lui en donne par la lettre ci'joinle, laquelle vous lui ferez rendre, vous recommandant d'apporter, pour l'exécution de ce qui est en cela de ma volonté et la sûreté de ladite conduite, tout le soin et la diligence possibles, de quoi me reposant entièrement sur vous, etc. (BarnsH Museih.) A Saim-GermaiD cn-Lkye, le sa juillet icei.
MADAME FODCgUET AU KOI,
Le30JailletlM3.
La seule consolation des malheureux est de se plaindre; Votre Majesté ne le défend pas; on m'en donne tous les jours de nouveaux sujets. Si je ne sers mon mari , je sers du moins Votre Majesté, en lui disant ce qu'aucun autre que moi n'ose lui dire, qu'elle ne s'irrite point si on lui parle "si hardiment; rien au monde ne lui fait tant d'honneur et ne montre mieux qu'elle règne mieux dans ses États.
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FOiîCQHET. 59
L'arrêt doDoé depuis peu au conseil de Votre Majesté pour ordonner à ia chambre de justice de passer outre au procès de mon mari , est un des insignes arliflces de nos ennemis ; on veut persuader à Votre Majesté que cela est juste , parce que son conseil l'approuve.
filais qu'elle sache. Sire, que pas un de ce conseil ne le croit juste, sinon, peut-être , parce qu'on lai a dit en particulier que Votre Majesté le veut absolument.
Et quant à la chambre de justice, il est constant, Sire, qu'elle se croit elle-même incompétente^ mais qu'elle apparence y avait-il qu'elle se crût excusable d'obéir aux arrêts du conseil, auxquels on n'eût pas eu recours, si on n'eût recoonu le juste scrupule, ou plutôt la grande répugnance de cette compagnie à passer les bornes de sa juridiction?
De cette sorte. Sire, pendant que Votre Majesté croit décharger sa conscience sur sou conseil et siir la chambre de justice, ce conseil et cette chambre prétendraient entièrement décharger leur conscience sur celle de Votre Majesté, qu'ils croiraient devoir répondre de tout ce qui se fait d'extraordinaire par son commandement. Si Votre Majesté veut être pleinement éclaircie, qu'elle ait la bonté de le demander en particulier à quelqu'un de la chambre même, lui commandant, sous peine de son indignation, de lui dire la vérité; il en parlera à Votre Majesté encore plus fortement que moi, pourvu que Votre Majesté ne l'ait pas choisi ni parent, ni dépendant, ni créature du sieur Colbert, ni de ceux qui ne sont connus à Votre Majesté que par lui, et qui croient lui avoir la première et la plus grande obligation des gr&ces de Votre Majesté.
Mais, Sire, ce qui a étonné tout Paris, qui va étonner toute la France, et bientôt après toute l'Europe, c'est d'apprendre que le sieur Colbert lui-même ait eu la Hardiesse d'assister dans ce conseil oh l'arrêt a été donné, comme juge de mon mari, lui qu'OD sait publiquement être sa plus véritable partie, lui que personne n'ignore avoir depuis six ans été son adversaire déclaré, avoir inspiré tout ce qu'il a pu de chimérique et de faux contre lui :
Premièrement, h S. Èm., dont il voyait les jalousies et les défiances étemelles; puis à Votre Majesté, où son emploi lui donne moyen d'être à toute heure , lui qui a soustrait à Sainl-Mandé tous les papiers qui pouvaient servir à la justification de mon mari; lui, Sire, qu'on sait avoir consulté et sollicité contre la vie de mon mari,
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eo FOUCQUET.
ce que nul n'ignore dans Paris; lui qui s'est expliqué , non pas une fois, mais plus de cent, comme j'offre de le prouver et vériAer à Votre Majesté, non pas par-devant une seule personne, mais devant plusieurs, que mon mari méritait la mort, en des termes fort injurieux, el qui marquent assez l'intérêt particulier qu'il croit avoir à perdre mon mari, et à 6ter un témoin aussi instruit de ses actions, • dont il a raison de cacher avec tant de soin la connaissance à Votre Majesté.
Votre Majesté considérera, s'il lui piatt, si l'on peut souiïrirun lel juge, aussi bien que ceux qui croient n'être juges que par lui et pour lui, sous le Roi le plus équitable du monde, en un royaume où, par les ordonnances, le juge le plus naturel ne le peut être du moment qu'il s'est ouvert à qui que ce soit de son opinion sur le procès.
Mais, Sire, comme il ne garde nulle mesure dans sa cruauté, je n'en puis point garder dans la vérité et dans ma douleur.
Je ne prétends pas excuser auprès de Votre Majesté les dépenses de mon mari , quoiqu'il fût aisé de prouver qu'il les a pu faire légitimement, ni tout ce qui peut lui avoir déplu, puisqu'il les condamne sans doute lui-même, sans avoir d'autre espérance ni recours qu'en votre royale clémence.
Au lieu que les dettes de mon mari excèdent de beaucoup tous ses biens, j'offre. Sire, à Votre Majesté plusieurs dénonciateurs formels, personnes de probité et de condition, et de prouver que le sieur Colbert, qui nous persécute si cruellement, qui a occasion, en parlant tous les jours à Votre Majesté des finances, de lui montrer les cboses tout autrement qu'elles ne sont, possède lui-même effectivement plus de douze millions de bien. Votre Majesté peut juger aisément d'où il les a tirés , et s'il les a eus de patrimoine, que sa modestie apparente ni toute son adresse ne peuvent couvrir, quoiqu'il les ait mis en toute'sorte de nature, en argent comptant, en argent et en banque, en offices, en contrats, en rentes, en affaires , en terres , dont il y en a jusqu'à neuf ou dix de compte fait en diverses provinces, sous le seul nom de Berrier, si pauvre il y eut trois ou quatre ans, qu'il n'eut pas de quoi faire l'avanrc d'une ferme des entrées, où le sieur Colbert avait prié qu'on lui donnât part, et en fut exclu par là seulement, lorsqu'on avait persuadé avec beaucoup de peine aux intéressés de les recevoir.
Je n'avance rien. Sire, à Votre Majesté, dont je n'aie souvent ont dire à mon mari qu'il avait des preuves dans son cabinet que le
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FODCQUET. «I
sieur Colbâ*! aura sans doute détournées; je ne laisserai peut-être pas d'en recouvrer d'autres quand Votre Majesté le voudra.
Je ne cherche point à l'aigrir contre qui que ce soit; mais à lui faire coonattre la vérité et l'injuslice de nos ennemis; qu'elle ait. Sire, autant et plus de bonlé que de justice, ou du moins que la justice De soit pas toute pour les uns, et sa bon^ toute pour les autres.
J'esp6re toutes choses, Sirs, en cette bo[ité et en cette clémence, aussi bien que mon mari, qui, tout malheureux, et tout coupable qu'on tflche de le Taire paraître à Votre Majesté, eût toujours presque tout donné pour elle ■. (B. A.)
LE ROI k H. D AKTAGnAH.
Je vous fais, cette lettre pour vous dire que mon intention est que vous ayez à laisser entrer dans le donjon de mon cb&teau de Vincennes les personnes qui doivent être confrontées au sieur Foucquet, qui est déteiiu prisonnier, lorsque lesdits commissaires députés par ma chambre de justice pour instruire son procès le désireront, sans y apporter aucune difllculté. (B. A.)
Ssinl-GenD*ln-«n-Laye, le dernier Juillet I66î.