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I AVERTISSEMENT

ment, et la crainte de toucher & un corps si riche et si puissant au milieu de la ruine et de la faiblesse générales. En effet, l'administration était pauvre, la noblesse indigente, la bourgeoisie sans existence assurée, el le peuple accablé par toutes les borreurs d'une misère incroyable.

En 1660, les familles de la robe étaient, pour la plupart, toutes nouvelles. lies chefs étaient des fils de marchands ou de traitants, qui avaient acheté une place de magistrat : les moins habiles en affaires prenaient une simple charge au Chfttelet; les plus heureux, des sièges de conseillers et de présidents au parlement. Une fois établies, ces familles étaient inébranlables. La guerre ne décimait pas les parlementaires; ils restaient sur leurs bancs, ou au fond de leurs hôtels, pendant les batailles. Le luxe ne ruinait guère des gens qui affectaient, en général, une austérité pharisaïque.

Chacun de les rubans me coûte une eenlcnce,

disaient-ils à leurs 6ts comme à leurs femmes. Beaucoup avaient dans leur intérieur des manières de sénateur romain; tl> portaient la robe chez eux et tenaient leur famille à une distanne respectueuse. On peut juger quel devait être l'ennui de leurs ieunes femmes, lorsqu'elles n'avaient pas, dès les premières années, été assouplies par l'habitude. Les âmes perverties avaient recours au poison, comme madame de Brinvilliers, et les plus sages cherchaiiinl dans l'austérité de la religion et dans les occupations de la bienfaisance l'oubli de la vie quotidienne ; telles furent madame de Miramion et madame Legras; toutes ces célébrités du vice , toutes ces héroïnes de la vertu , avaient le même besoin, celui de s'étourdir et d'oublier.

Ces magistrats, habitués h décider en maîtres absolus de la vie des particuliers et de la fortune des familles, ne purent jamais se plier à l'obéissance. Chaque fois que l'administration essayait une réforme, le parlement faisait des remontrances; il fallait un lit de justice pour le forcer & obéir. Colbert et Turgot furent obligés d'imposer ainsi les mesures qui font leur gloire, et cet esprit était encore si entier à la veille de la révolution, que les

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gens du parlement firent à Louis XVI leurs plaintes, au nom de la justice outragée, lorsqu'il abolit la torture. Ils n'admettaient aucune réforme judiciaire : c'était toucher à leurs revenus. Cependant ils étaient très-riches; les procès interminables et les frais de justice énormes rapportaient beaucoup aux juges. Ils exigeaient strictement leurs gages et leurs épices : jamais un arrêt n'était espédié qu'après payement, et si le juge n'avait mis au bas de l'original la taie et habui (j'ai reçu). Le prix excessif des charges montre assez ce qu'elles valaient. Le gouvernement cherchait en vain à les réduire, la hausse ne s'arrlïtait jamais. C'était le placement le plus sûr que pût faire un financier sage et prévoyant.

Les magistrats avaient, outre leur bAtel h Paris, des fermes aux environs, afin de pouvoir y passer les jours de vacation. Le parlement avait accaparé presque toutes les terres de l'Ile-de-FraDce, de la Brie, de la Beauce et de la Picardie, et à deux pas de Paris, Saint-Gratien, Ormesson, Basvilte, Champl&treux et Maisons.

là plupart des familles de robe ont traversé impunément la révolution. Presque tous les commissaires de la république étaient d'anciens avocats, et, excepté les chefs des parlements, trop en évidence, les juges et les conseillers conservèrent leurs biens et la liberté, grftce aux relations du palais.

Après la robe venait la haute bourgeoisie, partagée en deux classes.

Dans la première étaient les vieilles familles, qui remplissaient depuis longtemps les charges municipales ; elles affectaient un train de vie modeste. Les femmes vivaient au milieu d'un confort sans éclat; elles évitaient les toilettes tapageuses, et les hommes étaient vêtus de simple drap. Un bon bourgeois possédait ordinairement une maison à la ville et une propriété à la campagne. Ces familles étaient attachées au gouvernement, mais leurs alliances et leurs goûts les rapprochaient des parlementaires.

Venait ensuite la finance, composée des éléments les plus divers. Beaucoup de financiers étaient protestants; quelquesuns, et les plus riches, étaient des juifs plus ou moins convertis. Au zvn' siècle, un préjugé général faisait mépriser les ûnan-

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