X. LE CAMUS A COLBBRT
Ce dimanche, M)At 1663. On a su dans la compagnie que j'avais eu l'honneur de voir le Roi; je n'ai pas pu m'empécher de dire, non pas en place, mais en parUculier, à quelques-uns de messieurs, la manière dont le Roi m'avait parlé et le mécontentement qu'il m'avait témoigné de la conduite de la compagnie, que je l'avais justifiée autant qu'il m'avait été possible, mais qu'il était important d'êter au Rôties mauvaises impressions dont je l'avais trouvé préveau; cela a louché, et j'espère que S. M., dans la suite, n'aura pas sujet de se plaindre. Cependant, suivant ce que vous me fîtes l'honneur de me dire, j'ai dit aussi que S, M. voulait parler à M. le premier président , et on a sursis à la délibération jusqu'à ce que le Roi lui ait parlé; il fera sa relation en même temps que moi, et assurément cela fera un très-bon effet; mais comme nous n'avons plus que ce mois, dans lequel il y a beaucoup de fêtes, faites, s'il vous plaît, qu'il ait audience au plus têt, car, suivant votre résolution, on ne parlera point de l'affaire jusqu'à ce que S. M. lui ait fait savoir sa volonté; il a élé deux fois chez vous pour vous voir, il n'y a point de temps à perdre. (B. I.)
MADAUE FELURSON A COLBEHT.
Monsiear, j'ai biea du regret d'être obligée à tous importuner pour ma subsistance, et je l'ai évité autant qu'il m'a été possible, mais cependaut l'extrême nécessité m'y contraint. Il y a deux ans. Monsieur, que mon fils est prisonnier et que je n'ai point joui de rien qui lui appartienne; devant sa prison je lui avais donné presque tout mon bien, et depuis j'ai employé le peu que je m'en étais réservé poiir ne le pas abandonner et faire aller sa maison; il y a quelque temps. Monsieur, qu'il tous plut me faire signer des quittances pour être payée des gages de son office de maître des comptes à Montpellier, lesquels je n'ai pu recevoir, parce que les payeurs me demandent ordre exprès pour cela, ou un arrfit du conseil qui le porte. J'ose vous prier trës-bumblement, Monsiear, que faisant quelques réflexions au misérable étal où je suis, tous vouliez bien m'accorder lequel il vons plaira des deux, ou bien me donner quelque provision de l'argent appartenant à mon flts, qui fut trouvé dans son coffre à Nantes, ou que son commis a remis. Vous êtes. Monsieur, sî généreux et si équitable, que j'espère que TOUS ne me refuserez point une cbose aussi juste, qui me donnera les moyens de vivre jusqaes à la liberté de mon âls, et je vons dirai encore. Monsieur, qn'il est malade et dans les remèdes, et que je suis affligée, autant qu'il se peut, de ne le pouvoir assister; pourtant, Monsieur, je me soumets à ce qu'il plaira à votre bonté d'en ordonner; j'irai demain le saTOir, si tous l'aTez agréable, etc.
LE KOI A H. DE BESHAUS.
Mons de Besmaus, je tous fais cette lettre pour tous dire que je trouve bon que tous permettiez au médecin et au chirurgien qui seront envoyés en mon cb&teau de la Bastille, par mon procureur général en ma cbambre de justice, pour traiter le sienr de Vos, d'entrer dans mon chftteau, et de voir et assister ledit de Vos pour la gnérison de ses incommodités. (Bbitish Husbuh.]
A Pari*, le U uùt 1«3.
HADAMS DE GUÉNÉCADD > A COLBEBT.
Monsieur, tous pardoonerez, s'il vous plaît, la liberté ^e prend une femme seosiblement touchée de oe point voir son mari, de vous écrire pour vous supplier Irës-bumblement de considérer que si le Hoi part sans que j'aie obtenu la permission de voir M. de Ouénégaud, que je serais dans la dernière douleur, et que c'est après bientôt cinq mois accomplis de prison, six semaines que les interrogatoires sont achevés et plus d'un mois que les témoins ont été ouïs, que je vous conjure d'examiner si cela n'est pas plus fort que quelques formalités que l'on veut observer, lesquelles assurément ne doivent point être plus fortes que les intérêts d'une femme et de sept enfants, qui ne peut donner ordre à aucune de ses affaires, qu'elle ne communique avec son mari, et laquelle a tout son bien saisi; vous me permettrez encore.'de vous dire que M. Jeannin a reçu ses parents et amis au bout de deux mois et demi ; j'espère que toutes ces raisons vous feront souvenir d'avoir la bonté de parler au Roi, devant son départ, pour la personne du monde qui en aura le plus de reconnaissance, etc.
Plrù, ce 16 Mût K63.
Ce lendredl, 17 Mât. J'ai BU de H. du Terron qu'à sa coDsidération vous vouliez bien me faire l'honneur d'appuyer auprès du Roi la prière que la Reine mère doit lui faire en ma faveur, et comme elle l'a faite et lui a donné mon placet, j'espère de votre générosité que vous me ferez cette gr&ce d'en parler à S. M. Je ne doute point, Monsieur, que, ayant cette bonté pour moi, vous ne fassiez de la bonne sorte et que je ne tire effet de votre recommandation, de laquelle je vous serai obligée toute ma vie, etc. (B. I.)
LOUVOIS A M. UE MOHTBHON.
Le 18 août 1663.
Monsieur, j'ai représenté au Roi ce que vous me marquez par
I. Claude-Alphoniine Biiriel, mkriiie k Claude d« Guânégaud, trésorier do l'Aptrgne. Hfwlaaie de Guéaégaud D'ét»it pas bieo i la cour, parce qu'elle ariit voulu se faire une potitioD A part et une aociécé h elle d^ns Paris, a Elle était DBturelleiueal euBcepiible de beaucoup de baine et de beaucoup d'amitié , dit madame de Moiteville... Elle avait une verta sana tactie; elle était awei aimable de m personae, el, parmi uo tdrieui capable dea plus grande» chosee, elle avait une gaieté extrême. •>
votre lettre du dernier du mois passé, touchant l'une des femmes qui sont auprès de madame du Plessis BeDière, et S. M. trouve bon que tous lui permettiez de se rendre en Picardie, auprès de son mari. (A. G.)
HADAHB BARBES A C0LB8IIT.
C« dimtiicho, 10 aoflt 1SS3.
Monsieur, puisque je n'ai pu avoir l'bonneur de vous voir depuis la prisOD de mon mari, quelque soin que j'en aie pris, et dans la crainte qàe j'ai d'en être encore privée pour quelque temps, à cause de l'état où je suis, je prends la liberté, Monsieur, de vous écrire pour vous témoigner le sensible déplaisir où je suis que mon mari ait été assez malheureux pour vous déplaire dans sa conduite; je vous puis assurer. Monsieur, que ce n'a jamais été son intention, mais bien au contraire de vous demander assistance dans une affaire qu'il a cru qui dépendait de vous, et s'il s'est Irouvé quelque cbose, dans le mémoire qu'il eut l'honneur de vous présenter pour vous donner lumière de cette affaire, qui ait passé les bornes du respect que l'on doit à la mémoire de feu Mgr le cardinal ■, soyez persuadé, Monsieur, je vous supplie, que c'est un effet d'imprudence d'un homme qui se sent pressé par les besoins d'une famille malheureuse, et non point par aucune intention mauvaise, puisqu'il n'a jamais été capable de rien faire contre son devoir, il en a donné assez de marques dans toutes sortes d'occasions, n'ayant épargné ni sa personne ni son bien pour le service du Roi, et c'est une vérité, Monsieur, dont je crois que vous êtes persuadé, c'est pourquoi j'espère que ces considérations vous obligeront d'avoir quelque bonté pour lui, et de la compassion pour sa famille désolée et accablée de toutes sortes de déplaisirs, de misères et de créanciers, qui n'a pour consolation que les larmes de cinq petits enfants et d'une pauvre femme grosse, qui n'attend que le moment d'accoucher. Songez, je vous supplie, Monsieur, que cq sont des innocents qui n'ont pas mérité un châtiment si rude que celui qu'ils souffrent à présent; vous seul. Monsieur, pouvez donner remède à tous nos malheurs, si vous voulez bien avoir la bonté de travailler auprès du Roi pour obtenir la gr&ce de mon mari, qui
1. Barbëi »ait ituc^ duii an mémoire qae Huoriti wtit reçn pensitai des tralUDU pour leur éviter ane larenebère dan* r^djadictillon des feriiies. Barbèa éuit encore à la BMtille en IQOA.
14* ' FOOCQUET.
est au désespoir de lui avoir déplu; il n'y a rien an monde qu'il ne fasse à ravenir pour la pouvoir mériter et la conserver avec soin, et, Monsieur, pour vous donner tonte sa vie des marques de sa reconnaissance, comme d'une chose qu'il tiendra entièrement de votre générosité, et je puis vous assurer en sa faveur qn'il ne vous sera pas un serviteur inutile. J'ose espérer tout secours de votre bonté) Monsieur, avant de l'avoir mérité, el ce sera quand vous le jugerez à propos, ne voulant tenir cette grâce que de vous, et celle que je vous demande à présent est que je puisse avoir permission de voir mon mari ponr pouvoir mettre quelque ordre ensemble à DOS affaires domestiques, afin de donner du pain à nos enfants, ce que je ne puis faire sans son assistance; c'est une cbose qui ne peut èlre de nulle conséquence et qui me mettrait au désespoir si elle m'était refusée, par le besoin que j'en ai. C'est pourquoi, Monsieur, je vous supplie d'avoir pitié de moi dans cette occasion. J'eus l'bonneur de présenter mon placet au Roi, mardi dernier, pour lui demander celte grâce ; je ne doute point qu'elle ne me soit accordée si vous me voulez être favorable, c'est ce que je vous supplie trës-bumblemeut, et de me croire, etc. (B. I.)
CBAHBRI DI JUSTICE.
Du lundi 27 août 1663.
Ce jour, Mgr le cbancelier, à l'ouverture de la cbambre, a fait entendre à la compagnie que le Roi lui avait témoigné n'être pas satisfait des longueurs qui étaient apportées au jugement du procès du sieur Foucquet, et a excité la chambre de redoubler son application pour satisfaire S. M. et terminer ce procès au plus tôt que la jusUce le pouvait permettre '. (B. I.)
1. La rot était t\\é k Hati. Aruit ion départ, il iTtlt Id^nSme engtgd Ift chambra fc m prauer; malgré eaU, Colbert Int écrlTafi la 37 loOI :
• Notre chambre de Juitice ra tonjonri de même, c'eii-à-dire arec beaucoup de lenteur de la put de H. Talon, uonobsiant les Tisilea que je rendi à la dame (la maréchale de l'Hôpital). Le pis m que le boubomma chancelier s'est lelleuieut mU dan» la tile que ces lenteurs étaient affectées el qu'il est gKgaé par la même dame depuis le départ ds Votre H^esté, qu'il en a paru aujourd'hui tout dégaOtd; ce n'est pas graud'cbose, mail il faut toujoura avob l'eipril teoda pour remédier k toai. >
Le roi lut répondit :
■ Je suis bien fiché de ce que tous me mandai de la chambre de Jastlee; Je retournerai bieatat, el toui crtdre qnâ ma présence pressera celui dont tous ma parlei; esiayez de remettre l'esprit du cbancelier et traraillei h TOtre ordioalie pour remédier aux cfaoïet qui lonl mal. •
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DK LOnVOIS A GOLBBRT.
Du 3S Ufit 1663, i Verdun, an Mir.
Lorsque feu Mgr le cardinal était à Saint-Jean-de-Luz, il reçut un mémoire des mains de deux Espagnols, par lequel ils se plaignaient de ce que depuis et au préjudice de la suspension d'armes qui a précédé le traité de paix, le gouverneur de Belle-lsie s'élait saisi d'uo vaisseau qui leur appartenait, dont ils demandaient la restitution; Sv E. envoya le mémoire à M. de Lionne, qui était lors à Andaye, et elle lui écrivit par une lettre qu'il fallait observer la suspension, et que si l'on justifiait qu'il y eût été contrevenu, il fallait réparer le préjudice qu'on y avait fait. M. de Lionne envoya à H. Foucquet le mémoire, et ensuite de sa réponse il fit l'accommodement à 3,000 livres. Hier M. de Lionne fit lecture au Roi d'un billet que lui a écrit M, Foucquet, l'écuyer, par lequel il lui marque que le conseil de H. Foucquet, son frère, lui a dit qu'il avait besoin d'une copie de la lettre de S. E. et du mémoire des Espagnols, certifiée de M. de Lionne; sur quoi S. M. trouva bon qu'il répondit h H. Foncquet, l'écuyer, qu'il était vrai que S. E, lui avait adressé le mémoire des deux Espagnols contre le gouverneur de Belle-Isle, et que sur l'instance de M. Foucquet, son frère, il avait accommodé l'aOaire moyennant 3,000 livres.
Je ne sais pas ce que veut faire de cela M. Foucquet, si ce n'est pour répondre à ce qu'on dit que M. le procureur général allègue, que le brevet qui lui fut expédié, lorsqu'il acheta Belle-Isle, a été surpris au desçu du Roi et de feu S. E. J'ai cru devoir donner part de ce détail à H. Colbert, pour en avertir M. Talon, afin qu'il ne soit pas surpris lorsqu'il trouvera la lettre de M. de Lionne dans la production de M. Foncquet >. (B.
H. TALON À COLBEItT.
Ce vendredi, six beurei dn Mir (koùt 1663). Le factum de M. de Gomont' est assurément long, mais comme dans les matières vastes la longueur est inévitable, je ne doute pas, Monsieur, qu'en relrauchant ce grand nombre de subdivisions, il
1. LooToit tTtit bien deviné l'intention de Foacqaet, et la répoiiH de U. da UoniM te trouve Impriniée dani lee dâfensea du aarioteDdent,
S. H. de Gomont BTeii été cbergé de répondre aui I^iunu Imprimai en t»ear de Fooeqoet.
IW FOUCQUET.
ne soit beaucoup meilleur que l'autre, qui, pour 6tre trop court, n'est pas intelligible et ne peut pas Taire d'impressiou dans l'esprit; mais il me semble qu'une chose est absolument nécessaire pour tirer quelque fruit du travail de M. de Goinont, savoir : qu'à chaque chef d'accusation l'on mette, par uu discours continu, un précis de ce qui est rapporté dans la requête du contredit, ce qui D'empCcbera pas que l'on ne fasse à cAté de chaque article les remarques. Lorsque M. de Gomont aura fait ces petites reformations, si vous avez. Monsieur, agréable qu'on me le renvoie, cahier par cahier, je le parcourrai aussitôt et lâcherai de n'en pas retarder la distribution. Je crois qu'avant que le procès finisse, il faudra, si nous avons du loisir, faire quelque chose de plus; mais pour moi qui fais profession de sincérité et qui ne crois pas qu'on puisse travailler bien exactement en peu de temps, je vous avoue que présentement Je ne pourras pas me distraire notablement sans qu'il y parût, . je TOUS confesserai même que j'ai quelque appréhension que mon travail ne réponde pas à votre attente, et que vous ne perdiez en cette occasion une partie de la bonne opinion que l'amitié dont vous m'honorez vous avait fait concevoir de moi, et j'aurai pourtant quelque consolation si vous êtes persuadé que je n'omettrai jamais rien de ce qui dépendra de mon petit ministëre pour servir le Roi et vous donner des marques de la passion, etc. (B. 1.)
LK TBLUEH A H. DE HOHTBHON.
A Viiiconaea, lu a septembre 1W3.
Monsieur, il est raisonnable de payer au propriétaire de la maison qui a été occupée jusqu'à présent à Monibrison par madame du Plessis Belliëre le loyer qu'il convient, et de lui faire raison de l'usage des meubles qu'il a fournis; mais je suis obligé de vous dire que le Roi ne fait pas état d'acquitter cette dépense, et que S. H. entend que ladite dame ; pourvoie. C'est ce que je puis répondre à la lettre que vous avez pris'la peine de m'écrire, du 14 du mois passé. (A. G.)
H. HOKNEROT A SÉGDIER.
Monseigneur, une maladie , dont je suis détenu depuis treize mois et dont je puis espérer pouvoir agir dans dix on douze jours, et de laquelle mes ennemis se sont et veulent encore à présent
avanli^r, particulièrement M. Gourtio ', maître des requêtes pour M. Picard*, qui a remis ane requête entre les mains de M. Cotentin ', aossi maître des requêtes, pour se pourvoir contre un arrêt qu'avez eu la bonté, Monseigneur, de m'accorder, et même donner des commissaires par icelui pour régler quelque difl'éreQt que nous avons, le sieur Picard et moi, et où un avocat ne peut agir pour moi, ne pouvant espérer de ma part pouvoir résister contre le sieur Courtin, vers MM. les maîtres des requêtes; la justice que m'avez tant de fois. Monseigneur, rendue, me fait entreprendre de TOUS supplier me vouloir accorder votre ordre vers ledit sieur Cotentin, pour ne vous rapporter, Monseigneur, ladite requête de douze ou quinze jours, tant en quartier que hors de quartier, auquel temps, si je ne défère à icelle, Je me soumets dès à présent à la perte de ma cause, quoiqu'elle m'importe de plus de %S0,000 livres. La mort de M. Ceberet, qui avait la bonté de vous parler quelquefois. Monseigneur, de mes affaires, étant survenue depuis ma maladie, me fait avoir recours au père Bernard pour TOUS présenter la présente, etc. (B. I.)
Ce 18 Mptembre lUS.