H. PONCET A COLBERT
Monsieur, étant allé hier à Saint-Mandé, pour délivrer quelques bardes appartenant à un domestique de M. Foucquel et à un pauvre menuisier, le tout en exécution des arrêts de la chambre de justice, el ayant fait lever le scellé que je reconnus sain et entier, je fus surpris, en entrant dans la chambre de M. Foucquct, que j'aperçus deux portes ouvertes qui y répondent, savoir celle de son cabinet, le sceau rompu, la serrure forcée, la gâche à bas, dans ledit cabinet, et deux endroits de l'huisserie emportés à l'endroit de ladite gâche, et l'autre qui répond t l'appartement où était le lit de M. Foucquet, ensemble la porte de sa chambre en pareil état, ît la réserve de la gâche. Ensuite, ayant monté en haut, je
1. On Mail CAitiitiencf le 3 juin i Juger le procès de Damoat.
FOUCQUET. m
trouvai toutes les chambres et garde-robes ouvertes, le concierge et sa femme, uq jardinier allemand, présents et gémissants.
Avant que de former quelque soupçon, je voulus voir les avenues par lesquelles ou pouvait avoir entrée dans ces logements ; je trouvai le tout en bon état, bien fermé par dedans aux verroux, avec mon scellé sain et entier, les fenêtres hors de tout soupçon, bref, jusqu'à une porte du côté du commandant, tout se trouve en bon état; mais en ce lieu s'est trouvé le mal, je tâcherai de vous l'expliquer au mieux qu'il me sera possible.
Au bout de l'appartement de M. et madame Foucquet il y a un petit escalier qui dégage ledit appartement et le sépare de quelques logements destinés pour les domestiques, l'abord desquels est par un autre escalier, à l'autre bout, vers la rue du village; c'est là où le commandant a son lit; il y a trois ou quatre pièces de suite, la dernière desquelles a une porle sur le même petit escalier el qui est vis-4-vis de celle qui donne entrée vers l'appaiv tement de M. Foucquet, lellement que ces deux portes, sur un ' même escalier, sont vis-à-vis l'une de l'autre, celle du cAté du commandant, qui ne se ferme qu'ans verrous, de son cûté, et l'autre du côté de madame Foucquet, qui se fermait à la clef, à un simple lour, au-dessus de la serrure de laquelle il y a un trou fait exprès pour ouvi;ir la porte, aussi le scellé apposé en différents endroits d'iceile s'est trouvé rompu.
Lors, je commençai à concevoir un soupçon, et mandai le commandant, lequel me dit que depuis un an qu'il était audit lieu il n'avait ouvert la porte qui de son appartement répond sur le petit escalier, où nous étions tous, reconnut que ladite porte se fermait de son cûté et qu'on n'y pouvait venir que par la porte de son appartement, qui est de l'aulre côté, vers la rue de Saint-Mandé; ajouta même qu'il n'avait prêté sa clef à qui que ce fût; reconnut que le concierge ni le jardinier ne venaient point en ce lieu-là, et lui ayant fait voir que le vot s'était fait par cette porte, je lui fis observer que toutes les fenêtres el portes, qui n'avaient été ouvertes depuis un an et plus, que j'y fus, pour certaines tapisseries qu'il fallut restituer au sieur de Barcos, étaient chargées d'araignées, et que sa porte , ainsi que toutes les autres forcées, n'en avaient aucunes, et qu'elles étaient comme celles par lesquelles on passe journellement; je lui fis voir que toutes les autres avenues étaient au même état que je les avais fermées et scellées , il ne me put
répondre autre chose, sinon qu'il n'était jamais passé par cette porte qui faisait l'issue de son appartemenL vers M. Poucquet, et que d'ailleurs il y avait une porte du eôLé du réservoir, par laquelle le jardinier ou le concierge pouvaient entrer ; nous nous y transportâmes, et nous lui fîmes voir qu'elle se fermait du cAté de l'appartement du sieur Foucquet avec un bon verrou, que nous trouvâmes en état, ainsi nous lui ftmes voir que le vol s'était fait du câté de son appartement.
Gela me donna occasion d'envoyer prier le commandantde Vincennes d'y venir; le sieur de laCbapelle, sergent, qui commandait, vint à l'instant, auquel tout fui montré, et le sieur de la Ferronnays, sous-lieutena^it, qni était dans le parc, en étant averti, y accourut; enfin, les uns et les anires ayant vu la chose au doigt et à l'œil, je fis entendre au sieur de la Ferronnays qu'il était nécessaire d'avoir un autre commandant, ce qu'il fit, en ayant chargé ledit sergent, qui eut peine d'accepter cette charge, voyant tout ce désordre, mais comme la porte par laquelle s'est fait le désordre étant fermée et mon scellé y apposé, il n'y avait rien qui pût lui donner soupçon, les autres portes étant en bon état, et ainsi que tout le désordre était renfermé, il l'accepta de la bonne sorte; et à l'égard du oximmandanl, je l'ai donné à la garde du sieur de la Ferronnays, pour le représenter toules fois et qunntes, et il s'en est chargé; après cela je me retirai. J'oubliais à vous dire que les soldais de la garnison changent tous les jours, et qu'ainsi on ne peut jeter le soupçon sur aucun d'iceux, cl à l'égard du domestique, je l'ai fait purger par serment sur ce fait, lequel à mon sens ne le regarde pas.
Si le commandant est coupable, c'est un crime de conséquence; car pourquoi tant de soins à apposer les scellés aux portes et fenêtres, fermer toutes les avenues avec exactitude, si ceux qui sont préposés à la garde sont eux-mêmes les voleurs? C'est de quoi, Monsieur, j'ai cru devoir vous avertir. Ledit sieur de la Chapelle, sergent, crie au secours, disant qu'il fait besoin à Vincenncs, et prie qu'on donne l'ordre nécessaire au plus lût; vous y aviserez par votre prudence, s'il vous plait '. (B. I.)
Paris, ce 11 Juin ICSd.
nulle part. La fnmilld du surin-
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M. FOUCAULT A COLBEBT.
Ce Jeudi BU soir,12! ]uio ISM-
M. le Bossu est demearé d'accord aven M. le cbancetier de ses qualités, mais il lui a dit que le Roi l'ayant honoré de sa commission, il estimait qu'il avait reçu le pouvoir nécessaire pour connftllre de tout ce qui sa traiterait à la chambre. Cependant il n'est rien de plus certain que ce défaut ne se saurait suppléer, et que ce serait une nullité essentielle dans les jugements. M. le chancelier en est demeuré là avec lui, et a jugé qu'il serait bon que le Roi lui m savoir s& volonté sur ce sujet, afin qu'il la put faire entendre audit sieur le Bossu, et lui 6ter par ce moyen tout prétexte de demeurer juge.
J'apprends à la Bastille que M. de la Baziniére s'est expliqué, que l'on ne le conduirait point à Moret; je ae sais pas ce qui en est, mais la dilTérence du traitement qu'on lui a fait jusqu'ici a fait un peu parler, et la continuation pourrait être encore plus mal interprétée; cela n'est rien néanmoins s'il est du service d'en user ainsi.
M. le comte d'Estrées ■ s'est un peu éle\é contre M. Fontenay, pour l'adjudication des maisons de M. Morin; l'assaut a été vigoureusemeot soutenu, mais avec toute la modération possible. L'on aordonnéce matin, par arrêt, que dans la fin du mois Userait tenu de rendre les lieux libres. Cet arrêt conllrme l'adjudication, et il importe de ne pas relâcher dans les commencements qui sont observés.
L'affaire de Dumoot est sur ses Ans; si elle s'achève samedi, l'on pourra se rendre Si Foniainebleau dans les premiers jours de la semaine prochaine.
L'on est en peine de pouvoir trouver un moyen assuré pour faire déposer les commis de l'épargne sur la fausseté des rôles, car si la chose vient à s'éventer, les témoins seront infailliblement divertis. H. de Fonten»y travaille à cela.
M. Berrier a fort en télé son commerce, cehi ne l'cmpeche pas de se trouver partout ailleurs avec son application accoutumée.
1. Le mftréchst d'Ettrëet aiait épousé Is illle de Horio, dii le la'iî, et demeurait EU» douie chei ton bean-père.
laS FOUCQUET.
Le même au mémo.
A Puis, ce Teodredi au loir, 13 juin lUt.
J'ai retiré tous les coffres du Louvre, en sorte que les gardes ne gardent plus rien, el n'ont qu'à se retirer, lorsqu'ils auront reçu leur ordre'.
n n'y a aucuns papiers en la maison de madame Plessis Bellière; lors de l'apposition du scellé en sa maison, il s'y est trouvé de deux sorles de meubles, les uns appartenant à M. le marquis de Créquy, qui lui ont été rendus par ordre du Boi, et les autres qui sont à madame du Plessis; ils ont été séquestrés dans des lieux scellés qui ont été laissés à la garde des gardes établis de l'ordre du Roi, qui y sont encore, et ces lieui fermés sont ceux dans lesquels vous, Monsieur, avez cru qu'il pouvait y avoir des papiers, mais il n'y a du tout que la vaisselle d'argent et les autres meubles de madame du Plessis; il faut, s'il vous plaît, savoir ce que vous désirez qu'ils deviennent, car si l'on ôtait les gardes sans autre précaution, ces meubles demeureraient à l'abandon, n'y ayant dans la maison que de petits domestiques, tl n'y a donc que deux expédients à prendre, ou celui de les remettre à l'intendant de M. le marquis de Créquy, et de l'en faire charger par bon inventaire, ou d'y laisser les deux gardes en garnison, si mieux l'on n'aime y mettre deux huissiers du Cbâlelet, dont les frais seraient moindres; mais en tous cas il faut nécessairement un ordre adressant à M. le lieuteuant civil qui a fait l'inventaire pour se faire rendre compte . par les gardes de leur commission, et exécuter l'ordre qui lui sera donné par le Roi; cette formalité est absolument nécessaire. Si je le reçois avant que de partir, je ferai en sorte qu'il sera iucootinent exécuté par M. le lieutenant civil.
M, d'Artagnan a des mousquetaires de reste, il n'a point fait de difficulté de m'en promettre douze pour lundi; il serait bon néanmoins qu'il vous plût lui en écrire un mot, ou que M. Le Tellier prit cette peine.
M. le chancelier a toujours bien résolu de partir dimanche et d'arriver lundi à Fontainebleau; c'est, Monsieur, oii je remets de voua rendre compte de toutes choses. (B. L)
1. Dans le coniineDcBaieiit , la chambra n'âtant pas constimée, Il n'j avait pas de gretTe ; on mit les papiers ao Louvre, d'où on les retira pour lea donner au greffier.