‹ Archives de la BastilleChapitre 75 sur 98 · Le cbBDMlisr parut l'endonnir peodaat ce lUiconn · texte numérisé non relu

Le cbBDMlisr parut l'endonnir peodaat ce lUiconn

FOUCQUBT. 323

lier et Colbertme demandant peu auparavant le jugement si j'étais toujours de infime sentiment, je leur répondis de bonne foi ca que j'en pensais, que M. d'Ormesson m'avait toujours paru fitre homme juste, et que je ne voyais rien qui me pût foire changer d'avis; M. le Tellier me répondit sèchement qu'il n'était pas assez habile homme pour s'être si bien conduit, et que j'en pourrais bien être la dupe'. (B. 1.)

CHAHBBE DE JUSTICE, A L ABSEHAL,

Du vendredi 28 novembre 1664, à 9 heures du matin.

Avant l'entrée de l'accusé, l'article concernant les quatre prêts faits* sous les noms de le Blanc, Dutot, Francfort et Ancillon a été discuté sur les pièces, entre lesquelles l'état trouvé à Fontainebleau, dans ta cassette peinte de M. Foucquet, intitulé : Pour compter avec M., en blanc, de la somme de 600,000 liv. pour les intérêts de celle de 1,100,000 liv-, et a êlé particulièrement examiné.

Sur les dix heures trois quarts, l'accusé, mandé, est entré à la chambre et a salué tous messieurs avec son attention accoutumée, et s'est mis sur la sellette, après avoir réitéré ses protestations et soD refus de répondre, de ce faire interpellé par trois fois.

Ce fait, M. le chancelier lui a dit que M. le procureur général prétendait qu'il avait pris intérêt dans des prêts, qu'il y en avait entre autres un de H millions, dont la plus grande partie était supposée ; que pour 1,100,000 liv. qu'il avait fournies, il avait tiré 600 el tant de mille livres, que la preuve s'en était trouvée dans sa cassette par l'état qui en avait été dressé parFleureau, commis du sieur Jeannio, et qui lui avait été présenté; que l'on avait écrit et produit sur cet article, que le sieur Jeaonin, trésorier de l'épargne,

1. Hidftme de Sétigné tlin voir le «urinlendint k I* wrtle de la chambre; II élalt teul me d'ÀrlaitDio , toiii par cinquante moaaqaetairei qut l'racortalmt à diataoce. L'émuiioa de madame de Sdvîgnd fut ai grande, qu'elle a donné U«a à plus d'un comnienlateur de l'aecuter d'iToir éprouvé un teotiment trop tendre pour FoDCtiuet; In admirateurs l'ont JnsttBée comme ili ont pu.

3. • H. le chancelier, dit d'Ormenoo, flt lire !«• piècea dea quatre prtta, «t comMe il donnait une diapoiitioa h cette aOUre contre H. Foucquet et contre ts vrai aens de la piËce, Je lui répliquai piuaieun tola..... M. Puasort Toulut insiater. Je lui répliquai, M «nflo il eoaflnt qge ce n'était pia l'article le plui tort da procta. >

9vait été entendu el lui avait été confronté, et qu'il vit s'il avait

quelque chose à dire.

L'accusé a répondu qu'il suppliait trës-humblemeut M. le chancelier de lui permettre de lui dire que l'affaire des octrois n'était pas entièrement achevée.

M. le chancelier lui a dit que la compagnie eu était satisraite. L'accusé a réparti que M. le chancelier lui permettrait de dire qu'il était de l'ordre qu'il fût entendu sur toutes les difficultés snr lesquelles la compagnie pourrait faire fondement.

Répliqué par M. le chancelier que la compagnie avait considéré son affaire, qu'elle l'avait examinée jusqu'aux moindres circonstances, tout vu, tout pesé; qu'elle n'attendait pas la vérification, ni à former son jugement sur les réponses de lui accusé, qu'elle ; ferait néanmoins, en jugeant, toutes les considérations qui devaient être faites, et qu'il pouvait dire tout ce qu'il jugerait à propos pour sa défense, et serait écouté.

L'accusé a demandé que l'on n'opinât sur aucun fait sur lequel il n'eût été interrogé ; qu'il y avait des faits principaux qui ne lui avaient point été proposés,

M. le chancelier a dit qu'il l'avait interrogé sur tout ce qui lui avait paru de plus considérable ; qu'il ne lui avait pas véritablemenl parlé du fait du sieur Martel, mais que l'instruction s'en était faite avec lui ; qu'il consistait en un mot, en ce que Le Sec, trésorier de la bourse de Languedoc, voulant vendre une terre parce qu'elle était surchargée de taillis et qu'il ne pouvait trouver de fermiers, Bruant lui fil dire par un de ses parents qu'il s'en accommoderait; que le prix ayant été convenu, le contrat fut passé au profit du sieur Martel, lequel en paya le prix montant à 150 et tant de mille livres en deniers comptants, et le surplus en un billet de tOO,O00 livres qu'il avait de lui, accusé, conçu pour argent prêté, et qne pour payement de cette partie de 100,000 liv. Bruant donna à Le Sec, à la décharge de lui accusé, des octrois sur certaines villes, d'où le procureur général induisait qu'il avait payé ses dettes particulières des efTets du Roi.

L'accusé a dit qu'il tâcherait de répondre par ordre à tout; que

l'on lui avait demandé si l'ordonnance de comptant de Morisel

avait été retirée, et si le comptant en avait été déchargé, comme

pour en faire un chef d'accusation contre lui.

M. le chancelier lui a dit que ce n'était pas pour en faire un chef

d'accusation contre lui, cela n'étant pas absolument de son tait, sinon en ce que pour l'ordre, et pour empêcher les surprises qui se pouvaient faire, un surintendant en devait prendre le soin.

L'accusé a répondu que celte ordonnance de comptant avait été déchirée, qu'il avait vu les cinq états de menus de comptant de l'année 1657, et qu'elle ne s'y était point trouvée.

M. le chancelier a dît que l'on ne s'arrêtait pas à ces choses, mais que lui accusé avait mis en avant par ses écrits et par ses réponses que cette affaire des octrois avait été avantageuse au Roi par une augmentation de finances de 700,000 liv., et que feu M. le cardinal avait trouvé bon que l'on conservAt cet avantage an Roi ; que cependant ce n'étaient que des apparences, mais qu'au fond le Ro; n'en avait reçu aucune sorte de bénéfice, d'autant que, sons prétexte d'un dédommagement prétendu par Moriset, on lui avait accordé la jouissance des octrois pour une année, montant à 900,000 liv., dont autrement il aurait dû tenir compte au Roi; que si Moriset n'avait point été dépossédé, le Roi aurait profité.

L'accusé a dit à M. le chancelier qu'il prendrai! la liberté de lui demander s'il se voyait dans le procès que Moriset eût touché celte jouissance; qu'il demeurait d'accord que M. Talon l'avait dit, mais que dans la vérité du fait, Moriset n'avait jamais eu qu'un arrêt sans exécution quelconque.

M. le chancelier a dit que c'était toujours un titre contre le Roi.

L'accusé a répondu que c'était une prétention plutAt qu'un titre, que Moriset n'avait rien touché, que cette même année avait passé dans le traité de Baron, qu'au plus c'était un titre pour une antre affaire, et qu'il n'y avait point de traitants qui n'en eussent beaucoup de cette qualité dont l'on ne faisait jamais un fort grand état.

M. le chancelier a dit à l'accusé de répondre à l'article du Sec.

L'accusé a répondu qu'il avait donné des reproches contre Le Sec qui devaient rendre sa déposition suspecte ; qu'il avait parlé avec afTectation et fait un récit des tailles dont sa paroisse était surchargée fort inutile au fait ; qu'il ne sait pas la manière avec laquelle la vente de sa terre fut négociée, mais qu'il y a apparence que, puisqu'il a vendu, il voulait bien vendre, et qu'il avait été le proposant ; que, de quelque façon que les choses se soient passées, ce qu'il pouvait dire de plus positif était que le sieur Martel lui ayant prêté une somme de 100,000 liv. pour employer

anx affaires, il loi m avait tùt son billet pur et simple, at qa'ajant été donné en payement à Le Sec, Bruant loi avait proposé de prendre des octrois en payement; que lui qui répond était bien aise de se défaire de cette denrée, que l'on en él^t conveno, qn'il les avait donnés à Le Sec à uu liera moins qu'il ne les avait pris de Baron, parce que sa promesse que l'on lui rendait était de l'argent comptant, et que lorsqu'il avait traité avec Baron il avait pris dn temps, mais aussi qu'il avait compris les intérêts dan& sa promesse; cela si véritable qu'à le prendre sur le pied de la vente que Baron avait faite à Bonneau des octrois de Normandie pour 600,000 liv., et qui avait 900,000 liv. de finance, il avait promis de payer 330,000 liv. pour des octrois qui n'avaient que 359,000 liv. de finance, et il n'y a pas d'apparence que Baron eût voulu le traiter pour lors pins rudement qu'il n'avait fait Bonneau. Qn'il était donc vrai de dire qu'il avait fait sa promesse et pris du temps pour eu payer le contenu ; il n'avait en cela rien fait d'extraordinaire, puisqu'il avait payé les intérêts k bien haut prix, et i plus de quinze pour cent qu'il avait incorporés dans sa promesse, qu'ainsi tout était bien payé, et que c'était pour répondre à la difficulté qui lui avait été faite d'avoir joui sans avoir rien payé. Qu'il avait à répondre à beaucoup d'autres choses; que l'on lut avait objecté, que ces octrois qu'il avait pris étaient des eSets du Roi, mais que dans tous les temps le Roi lui avait toujours dû, et plus considérablement qu'il ne saurait dire. Mais qu'il prétendait bien plus, qu'il y avait preuve au procès que les payements étaient faits, que c'était à Bruant à en représenter les acquits, qu'il les avait emportés, ou qu'ils avaient été par d'autres voies divertis. Qu'il y avait eu deux procureurs généraux qui avaient travaillé à son procfes, et qui ne convenaient pas de leurs faits; qu'ils n'avaient pas même avancé les faits sur lesquels il était interrogé présentement. Que M. Talon avait dît que faute de payement du contenu en la promesse faîte par lui qui répond, celles de Baron étaient demeurées à l'épargne, que la promesse de Baron était du 20 février 16S9, que tous les payements k l'épargne avaient été consommés le dernier décembre 16S8 ; qu'en novembre 1659, il avait écrit à Bruant de faire compter Baron, qu'il lui en avait fait des instances réitérées, et de le faire venir de Nonnandie à cet effet; qu'il était donc prouvé qu'il y avait eu des payements, puisqu'on le voulait faire compter. Mais qu'effectivement il y avait eu un compte, que Baron l'avait demandé

PODCQUET. 3r

par sa sollicitation réitérée, et qu'il prenait droit par ses pièces.

M. le chancelier a demandé à l'accusé pourquoi Baron retenait sa promesse, s'il était vrai qu'il eût payé et compté.

L'accusé a dit qu'il fallait tout dire, sans faire des difficultés quand il n'y serait pas, et qu'il répondrait à toutes choses, encore que les faits soient nouveaux.

H. le chancelier a dit que les juges pouvaient faire leurs difficultés sur les réponses d'un accusé, qu'un procureur général peut avoir omis à relever quelques articles, qu'il n'est pas présent à l'interrogatoire pour proposer les instances qu'il y aurait à faire, qu'il est du devoir des juges de suppléer ce qui est nécessaire pour l'éclaircissement de la vérité, que c'était la seule chose que l'on cherchait en son affaire.

L'accusé a répondu que cela était raisonnahle, mais que, lorsque l'on lui proposait des faits qui n'avaient point été posés au procès, il avait raison de s'en éclaircir et de repasser sur les pièces qui lui restaient, et avait droit de répondre sur ce qu'il avait vu depuis, et sur les pièces qui lui reviennent. Qu'il disait donc qu'il y avait eu des payements de faits, que Baron Tavait su, qu'il en avait dressé l'état, qu'il avait agi comme véritable traitant ; que véritablement les pièces ne lui étaient pas confiées, crainte qu'il n'en abusftt, mais que l'on lui communiquait toutes choses, el qu'il en retenait des mémoires; qu'il avait fait sommer Bruant de lui rendre ses traités et les pièces qui lui avaient été déposées, et qu'il n'avait demandé ni prétendu aucune indemnité.

M. le chancelier a dit qae Baron avait donné sa procuration à Bruant.

Répondu par l'accusé que c'était au prieur de BrUc.

M. le chanceUer ayant demandé à M. d'Ormesson ce qui en était, il a dit que la pi'ocuration n'était point rapportée, mais la déclaration de Baron portait qu'il ne faisait que prêter son nom, et qu'il ne prétendait rien en l'aiTaire.

Sur quoi M. le chancelier a repris pour dire qu'après cette déclaration si expresse, il n'était pas nécessaire que Baron fdt présent à aucune chose.

Réparti par l'accusé qu'il était présent à tout et qu'il avait tout signé, que s'il avait une indemnité il la devait représenter, et que s'il n'eu avait point l'on lui aurait pu dénier toutes choses, n'ayant rien pour son assurance par devers lui.

3W FOUCQUCr.

Répliqué par M. le chancelier qu'il n'avait fait que prfiter m» nom et qu'il n'avait rien touché.

Répondu par l'accusé qu'il n'avait potnl touché, mais qu'il ava'l agi, cela si vrai qu'il pourrait, nommer des hommes qui avaient traité tfile à tête avec lui pour achat d'octrois ; que véritablement l'on en parlait après au prieur de Bnic parce qu'il avait été ainsi convenu ; ijue cela s'appelle agir de concert, que ce fait était prouvé, que le procureur général avait voulu le combattre, mais qu'il n'en avait pu venir à bout. Que Baron avait fait sommer de lui rendre l'état par lui rendu et ses billets, donc il y a eu des payements faits et des billets expédiés.

Faites l'explication, lui a dit M. le chancelier; était-ce sur sa promesse ?

Sans doute, a répondu l'accusé. Baron demande qu'on lui restitue les payements par lui faits sur ce traité; ce ne pouvait être que sur sa promesse.

M. le chamelier a ajouté que le sieur deOuénégaud avait dit qu'il avait sa promesse, et a interpellé M. le rapporteur de dire ce qui en était.

M. d'Ormesson a dit que le steur de Guénégaud l'avait dit ainsi. Et M. le chancelier, continuant, a dit que si les payemente avaient été faits & Bruant, il avait fait fonction de trésorier de l'épargne.

Répondu par l'accusé que la chose était tout au contraire, qu'il était surpris que M. le chancelier, qui entendait si bien l'ordre des finances et de l'ëpai^ne, lui eût voulu faire cette objection ; que si Bruant avait les billets, il ne pouvait pas avoir l'argent ; que Baron n'avait pas ainsi demandé de l'argent, mais des billets. Que lui qui répond avait dans ses inventaires un billet pour H. le chancelier dont il avait fait acquitter le contenu, que cela ne pouvait conclure en aucun cas qu'il en eût les deniers par-devant lui, et que cela signifiait tout le contraire.

Répliqué par M. le chancelier* qu'il lui en avait obligation. Reparti par l'accusé que cela n'était rien, qu'il ne le disait que pour un exemple, pour faire entendre le fait, qui est que toutes les décharges pour bonnes dépenses acquittées ne sont pas à l'instant portées à l'épargne, l'on les assemble pour les porter toutes

t aU. lechuioilieTpvat «'o(r<uu«decetex«Dple, BdUd'Onoeuon.

FOl'OQUET. 3»

selon l'occurreDce des affaires que pour n'avoir pas fait porter des décharges bien promptemeot à l'épargne, ce n'était pas un crime. Qiie c'est pour cela qu'un trésorier de l'épargne ne fait jamais contraindre un traitant, dont il a les promesses, sans avoir préalablemebt demandé au surintendant : A-t-il satisfait; sachant bien qu'il peut être quitte, encore qu'il n'en ait pas les décharges. Que c'est ce qui est arrivé au fait de Baron; que sa promesse se trouvant postérieure à tous les payements faits, l'on pouvait raisonnablement conclure qu'il y avait des payements. Que le prieur de Brnc faisait toutes les diligences pour retirer les pièces depuis l'éloignement de Bruant ; que Baron agissait de son côté, auparavant qu'il eût ancré Berner; qu'il avait réclamé les papiers, qu'il avait fait des sommations à cet effet, que c'était le prieur qui conduisait et' qui le faisait agir, et que leur concert paraissait dans cette procédure. Que par un des articles de la sommation de Baron, il demandait trois billets à lui appartenant pour ses appointements de secrétaire des galères réformés sur le traité des octrois ; que ces billets étaient des décharges, et conséquemment que c'était une preuve par écrit qu'il y avait des décharges pour acquitter la promesse de lui qui répond et retirer celle de Baron de l'é-

H. le chancelier a dit que la femme de Baron avait demandé la même chose.

Répondu par l'accusé que ce ne pouvait être cela ; que l'on lui proposait en même temps quantité de faits ; que cela pouvait embarrasser et faire mal interpréter ses réponses, et qu'il demandait que ce que l'on aurait à lui demander fût positif.

Reparti par M. le chancelier qu'il se garderait bien de lui imposer.

Reparti par l'accusé que ce fait d'appointements des galères n'était pas au procès; et revenant à son fait, il a dit que c'étaient trois billets appartenant à Baron, pour appointements de secrétaire des galères, assignés sur les octrois ; que c'était le fait qni était posé et prouvé par la sommation de Baron, qui a dit la vérité auparavant que d'être gagné.

M, le chancelier a dit que ce témoin gagné l'avait assez épargné, qu'il ne l'avait point nommé, et qu'il n'avait pas beaucoup sujet de s'en plaindre.

L'accusé a répondu que Baron ne lui en avait jamais parlé, et

330 FOUCQQET.

qall ne le pouvait pas dire. Je sais bien, a ajonU l'accas^, qu'il ponrait dire qne j'ai tué un homme au coin d'un bois , mais il a Toalu «lire les choses avec quelque apparence ; sa pensée principale n'a pas été de me perdre, mais il n'a pas fait dincnlté de se sauver à mes dépens. Il est obligé en cent choses envers le Roi, à représenter des billets qu'il n'a pas; il a affaire à des personnes puissantes qui le peuvent faire contraindre. Il sait que ce sont mes parties, il dit ce qui est le plus approchant des pièces, mais fort éloigné de la vérité, pour les contenter ; avec cela il n'a pas dit qu'il n'était pas traitant. Il a demandé les papiers de ses traités comme en étant le propriétaire, mais non pas de simples salaires comme un homme qui prête purement son nom.

M. le chancelier lui a dit que Baron pensait à soi, et à conserver sa liberté do cAté du Roi ; il était caution de Picart, il avait donni ses promesses, c'est pour cela qu'il redemandait ses pièces.

L'accusé a demandé si ce fait était dans le procès, ajoutant que de sa part il disait ce qui était au procès, que ce qui venait de Ini être dit était une pure échappatoire, que si cela était ainsi exprimé par sa sommation, il en fallait demeurer d'accord ; mais au contraire si, par sa déposition postérieure à cette sommation et concertée avec ses parties, il dit en hésitant qu'il n'est pas (raitant, il se voit par cette sommation faite avec grande liberté, à sa requête, dans un temps non suspect, qu'il dit qu'il est traitant; il demande les originaux de son traité, toutes les ordonnances et les billets, et l&-dessus on veut argumenter et conclure qu'il n'est point traitant, contre an accusé, pour lequel, dans une matière douteuse, tout doit être traité favorablement. Qu'il revenait aux trois billets du secrétariat des galères; qu'il est facile déjuger que Baron ayant épousé une femme qui avait demeuré proche madame la duchesse d'Aiguillon, dont le neveu était général des galères, il avait pn avoir avec facilité ces billets; que la dépense en était bonne, qu'il était question d'en retirer payement, que Baron demandait pour ses billeb certains octrois qui se montaient à 2,450 liv.; mais que, posé que l'on eût donné ces octrois pour l'assignation portée par ces billets, le prieur de Briic avait intérêt d'en faire retarder l'exé* cution jusques à ce que le traité fût acquitlé ; que c'est ce qui fut feit, en ce que les billets avec les expéditions des octrois furent déposés entre les mains de Bruant. Conséquemment, que c'étaient des billets assignés sur les octrois qui devaient servir de décharges,

qu'ils Matent redemandés par Baron à Bnianl, qu'il fallail bien qu'ils eussent été déposés, et qu'ils eussent été emportés par Bruant arec les autres décharges auxquelles ils étaient jointe ; que l'on n'avait pu retirer la promesse qu'en portant toutes les décharges, comme celles des b&timents et autres dont il avait parlé ; que cela se fût fait avec un peu de temps, mais que le retardement, qui n'avait pas procédé de lui qui répond, n'était pas un crime.

Midi étant sonné, l'accusé s'est retiré de l'ordre de H. le chancelier, et a fait en se retirant ses salutations accoutumées.

WUBHAL nE M. GOUOKT.

Du dimanche 30 novembre 1664.

Chez M. Chamillart, lui, M. Hotmao, M. Berner, M. Langlois, M. Foucault et moi.

M. Foucault a dit que cejourd'hui M. d'Artagnan a dit que M. Foucquet se plaignait fort de ce qu'il y a déjà quinze jour» qu'on l'interroge sur la sellette en la chambre et qu'il n'en est pas encore au quart des faits; il dit que c'est une oppression, et qu'on ne veut pas le juger, qu'il s'en plaindra hautement; que l'on l'a fait venir à onze heures et demie, et qu'on l'a interrogé seulement trois quarts d'heure, et que, de plus, l'on passe une partie du temps en des choses inutiles; le sieur d'Artagnan ayant ajouté qu'il voit le sieur Foucquet avec un tel emportement qu'il parait que demain il veuille faire insulte à M. le chancelier.

Il a été répondu qu'il demande une chose que l'on souhaite et que l'on désire plus que lui, c'est à savoir : la fin du procès. H. Foucault a ajouté que cela est bien contraire à ce que H. Foucquet dit le dernier jour, et qui avait été dit auparavant par M. Duverdier, conseiller au parlement de Bordeaux, c'est à savoir : que M. Foucquet n'entendait pas que l'on se servit au procès ni d'aucun chef ni d'aucun fait qu'il n'eût été particulièrement interrogé sur ce fait, parce qu'il prétend avoir de si bonnes défenses sur tous les chefs, que, quand il y aurait répondu, il espère qu'il n'y restera pas la moindre difficulté en son procès.

332 FOL'CQUET.

Sur ce que dessus, trois choses oot été agitées : la première, à l'égard de M. Foucquel; la seconde, à l'égard de M. le chancelier; et la troisième, pour la ralidité du procès et pour satisraire le public.

A l'égard de M. Foucquet, commeDl l'on pourra faire exécuter ce qu'il désire , ou du moins ce qu'il a témoigné à H. d'Artagnan; car, d'une part, il ne faut pas qu'il soupçonne que M. d'Arlagnao ail rapporté ce qu'il a dit, puisqu'il ne lui a pas donné charge de le dire , comme il fait quelquefois, et, d'autre part, si l'on fait paraître k M. Foucquet que l'on veut avancer, en cas qu'il ne se soit pas encore engagé d'avancer, il ne manquera pas de crier, et de faire publier partout qu'on le veut précipiter et qu'on le veut faire périr; qu'il ne suTQt pas que, du côté du Roi, l'on ait les intentions justes et sincères, mais qu'il faut encore sauver les apparences, et principalement à présent plus que jamais , vu que , non-seulement le pubbc est en faveur de H. Foucquet, mais même la plus grande partie des juges de la chambre s'ouvrent fort pour lui, en sorte qu'il semble que la cause du Roi est abandonnée; à quoi l'on a ajouté la circonstance de ce que M. Foucquet avait dit à la chambre, et M. Duverdier auparavant lui, qu'il entendait qu'il fût interrogé sur chacun des chefs et sur chaque fait en particulier.

A l'égard de M. le chancelier, il faut le ménager pour sa pei^ sonne, et pour son &ge, et pour sa dignité ; que, comme il sent bien qu'il n'a plus de force de corps ni de l'esprit comme il a eu autrefois, attendu son grand âge, il veut faire tous ses efforts afin de montrer qu'il ne manque point de vigueur, ni de mémoire, ni de bonnes intentions; que c'est lui qui veut interroger M. Foucquet comme il est interrogé; et, comme il n'a pas assez de force pour interroger longtemps , parce que cela incommode sa santé, il ne fait entrer M. Foucquet qu'à onze heures et demie; on l'a déjà prié plusieurs fois de le faire entrer plus tAt, et même de ne pas insister contre M. Foucquet quand il a répondu, parce que cela ne sert de rien , l'interrogatoire sur la sellette n'étant point pour convaincre l'accusé, mais que c'est inutilement qu'il lui en a été parlé, d'autant qu'il croit que c'est qu'on le soupçonne de n'être point assez fort.

A l'égard de la validité du procès, et pour satisfaire au public, il faut voir comment se fera ce changement, si ce sera en donnani plus de temps à l'interrogatoire de M. Foucquet, ou en changeant

de méUiode de l'interroger, eo faisant ea sorte qu'en quelque cas que ce puisse être l'on donne à M. Foucqnet toute la liberté de parler, et qu'il puisse dire avec loisir tout ce que bon lui semblera.

Le tout mis en délibération, il a été arrêté que le Roi sen trèshumblemenl supplié de témoigner à M. le chancelier que son intention est que le procès soit jugé avant les fêles de Noël pour des raisons importantes & son état, el qu'il prie M. le chancelier d'entrer de bonne heure et de ne faire que proposer chacun chef k M. Foucquet, en le laissant parler sans lui rien répliquer; que cela ne soit pas commencé demain , car il s'en plaindrait, mais qu'on l'enverra quérir & l'heure ordinaire, que M. le chancelier l'interrogera eo la manière accoutumée , et que, comme M. Foucquet ne manquera pas de se plaindre , l'on s'accommodera le lendemain de sa plainte, afin que l'on voie que le changement vienne sur son réquisitoire; el par ce moyen l'on satisfera à M. Foucquet, à M. le chancelier, au procès et au public.

M. Berrier m'a dit qu'il avait ordre de M. le chancelier que j'allasse à quatre heures aujourd'hui chez lui '

Chez M. le chancelier, lui, M. Berner, M. Foucault et moi. M. le chancelier nous a dit que le Roi l'avait envoyé quérir, et lui avait dit qu'il désirait abréger le procès de M. Foucquet, et qu'il fût jugé avant les fêtes , pourquoi il fallait abréger l'interrogatoire ; qu'il n'y avait qu'à proposer à H. Foucquet chacun chef, le laisser parler tant qu'il voudrait, ne lui répliquer rien; mais, après qu'il aurait fini un chef, en prendre un autre, et faire ainsi de même tous les chefs *.

M. le chancelier noiis a dit que c'est abréger le procf:^ , que c'est à lui un grand soulagement , el répéta plusieurs fois qu'il eo était bien aise, qu'en ne pouvait lui faire un plus grand plaisir, et qu'il l'aurait lui-même demandé ; néanmoins il nous a témoigné en plusieurs endroits qu'il en avait du chagrin , en disant que c'était un nouveau conseil, qu'il ne voulait pas être garant du mauvais succès d'un changement qui donnerait beaucoup d'avantage à M. Fouc-

1 . Od tenait cbez H. Ch&millart un conseil Mcret «ù l'oa déllbémit tor la dlrectioD h donner k l'affaire da larlntenduit.

2, On Toit qa'on irampait d'Onnetun, lonqu'on lui disait : n Dimancfae, U. le cbancelier cbaiM Berrier et Foucault , qui allaient i l'ordinaire pour lin-

ibyGoogle

qnet et à tous ceux qui se trouvent assez ouvertement de sod parti, et que, puisque c'était le corDUiandemenl de la [mipre bouche de soq mattre. il obéirait. (B. M.)

CHAMBBE DB JESnCX, A L'IBSEHIX,

Du lundi l" décembre 1664, sur les 9 heures et demie du matin.

M. d'Artagoan ajant donné avis au Roi que M. Poucquet se plaignait que l'on éloignait le jugement de sou procès, et qu'au lieu de faire des séances de trois heures l'on ne l'interrogeait que trois quarts d'heure, qu'il fallait que l'on lui voulût faire quelque surprise , qu'il s'en plaindrait à la chambre et qu'il demanderait que l'on avançât son procès ; d'ailleurs le Roi, ayant été informé de tous cAlés que l'interrogatoire qui se faisait à M. Foucquet affaiblissait son affaire dans l'esprit des juges, et l'exposait dans le public à la censure des mal-intentionnés, voulut que l'on cherch&l les expédients pour empêcher que la chose ne passit plus avaut.

Pour cet effet. M, Colbert m'ayant dit qu'il fallait assembler MM. les procureurs généraux Langlois et Oomout, l'élat de l'affaire fut examiné, et arrêté que M. Cbamillart écrirait une lettre à M. Colbert pour donner avis au Roi que l'interrogatoire qui se faisait à un accusé sur Vi sellette n'était que pour en reconnaître la personne, lui proposer le sujet principal de son accusation, et l'entendre sur tout ce qu'il aurait à dire, et que le reste n'était que formalité. De quoi M. Colbert ayant été rendre compte au Roi, S. M. aurait mandé le jour d'hier M. le chancelier, et lui aurait dit qu'elle était fort contente de la manière avec laquelle il avait jusqu'alors interrogé M. Poucquet ; mais , comme cela tirait en longueur et qu'il importait de finir celte affaire, que son intention était qu'il proposât les faits & l'accusé sommairement et sans beaucoup de détails, qu'il écoutât tout ce qu'il voudrait dire , que ses réponses fussent rédigées par le greffier, et que sans autre instance ni réplique il passât à un autre fôit , et que les séances fussent les plus longues que faire se pourrait. M. le chancelier faisant entendre au Roi que ses instances étaient fort utiles au bien de l'affaire , et lui en expliquant les raisons , le Roi aurait appelé M. Colbert pour les entendre ; sur quoi , après des ouver-

FOUCQUBT. 335

tares faites de part et d'autre, M. le chancelier a témoigné qu'il ferait ce qu'il plairait au Roi lui ordonner.

Après ces ordres donnés, Oomont et moi ayant été trouver M. le chancelier pour pressentir de lui de quelle façon il avait reçu ce qui lui avait été dît par le Roi, il nous témoigaa, avec quelque sorte d'émotion, qu'il comprenait bien que c'était une partie faite, qu'il obéirait, quoiqu'il prévit qu'il eu pourrait arriver de grands Îdcodvénieots, mais que cela le soulagerait beaucoup, et qu'il n'en serait garant, et qu'il ferait venir l'accusé dès les neuf heures sur la sellette, et le laisserait parler sans réplique et sans interruption; et, comme il pourrait arriver de l'inconvénient de ce changement de conduite si soudain et sans aucune raison apparente, et que l'accusé, s'en prenant garde, changerait peut-être de dessein, M. Colbert jugea & propos d'y apporter quelque tempérament, et ayant TD M. le chancelier sur les huit heures du matin , il lui proposa d'attendre venir M. Foucquet, lequel apparemment ne manquerait pas de se plaindre que son interrogatoire traînait en longueur, et qu'il pourrait prendre de là occasion de dire à HM. les commissaires que l'accusé le demandant, il était à propos d'entrer de bonne heure, de l'interroger et de finir son interrogatoire incessamment, et cependant traiter pour aujourd'hui l'affaire en la manière accoutumée, à la réserve de lui proposer les faits simplement, sans aucune instance.

M. le chancelier étant tombé d'accord de cet expédient, l'affaire a fort bien réussi ; car, l'accusé ayant fait ses plaintes de la brièveté des séances, M. le chancelier, après qu'il a été retiré, a dit que, pour loi ôter tout prétexte de plainte, il fallait entrer désormais de bonne heure et convenir, dès le lendemain, l'interrogatoire à neuf heures précisément, et a dit à H. d'Artagnan de faire venir sou prisonnier dès les neuf heures du matin.

M. le chancelier, avant l'entrée de l'accusé , s'est encore fait représenter le mémoire de Pleureaa, commis de M. Jeannin, concernant les intérfits du prêt de 1,100,000 livres ; s'est fait faire lecture des autres pièces, même des interrogatoires concernant les prêts, et sur les onze heures a fait entrer l'accusé, qui s'est mis sur la sellette, après ses protestations accoutumées, et a fait refus de prêter serment, de ce interpellé par trois fois.

Ce fait, M. le chancelier lui a dit qu'au dernier jour il lui avait fait entendre que le procureur général prétendait que, dans son

336 FOLCQUET.

iaveataire, il s'était trouvé uo état dressé par Fleureau, commis dn sieur JeanoÏD, par lequel il paraissait que , pour une somme de 1,117,192 liv., empruntée sous le nom du sieur Jeamiin, avec intérêt au denier vingt, il avait tiré 528,470 liv. de profil, toutes déductions faites; que d'ailleurs il avait été intéressé eu plusieurs autres prêts faits au Roi , dont 11 avait pris des intérêts sous des noms interposés, encore qu'il fût ordonnateur et qu'il n'eût jamais M liqnider ses prêts ou avanres, ni fait ordonner ses remboursements, et que néanmoins, sous prétexte d'avances, il prétendait que les deniers du Roi lui appartiennent.

L'accusé a dit qu'il avait vu l'accusation, mais qu'il n'en avait jamais vu le fondement : « l'on me représente un état ou mémoire que l'on dit avoir été trouvé dans ma cassette ' ; l'on le dit, je le veux croire, car la nullité de cet inventaire lui aie toute foi ; je ne connais ni l'écriture de Fleureau, ni la personne môme; il n'a point été entendu contre moi , il ne m'a point été confronté; mais, soit l'étal par lui présenté ou un autre, j'en conviens, hors du titre, qui n'a nul rapport avec les articles qui sont contenus dans ce mémoire. Au fond, j'ai fait un prêt, en 1658, avec M. Jeannin, à la prière de M. le cardinal Mazarini, dans un temps difficile; il m'en a remercié en termes fort obligeants et pleins de reconnaissance; j'en ai eu les lettres ceux qui en ont les doubles les peuvent représenter; ce mémoire de Fleureau, étant informe, pourrait être désavoué, n'étunt reconnu, ni signé, ni accompagné d'aucun témoignage ni preuve qui le rendit authentique; h qu'au plus, c'élail un mémoire dressé comme a voulu le commis malhabile, fort imparfaitement et plein d'erreurs, et dans lequel il n'y avait rien de certain que l'article de onze cent et tant de mille livres, dont le commis rendait compte, et des Intérêts qui avaient été reçus pour lui accusé; que tout le reste n'est rien du tout; qu'ainsi le titre ne répondait à aucun des articles qui sont dans le corps de l'acle. Qu'en effet, M. Jeannin avait dit le fait comme il était, que les deniers avaient été donnés à Longuet, trésorier de l'extraordinaire des guerres; qu'il avait expliqué le fait de son commis qui ne savait le détail des prêts; que l'argent avait été donné aux sieurs de Villacerf, Le Bas et autres, par ordre de M. le cardinal; que le commis, dans ce mémoire, s'était trompé, en un seul article, de

i. Uaa cMselte trouvée dans le cabinet du suriatendant i PonUUaettleku,

660,000 livres, aiasi qn'il l'avait marqué par ses écritures, pour montrer qu'il ne savait pas le déUil des prêts, et qu'ils D'avaient pas passé par ses mains ; mais que ce qui avait été par lui négocié, comme les intérêts, y était marqué fort exactement, et le reste seulement en gros ; qa'enfln ce mémoire n'était par lui apostille ni approuvé , et qu'il ne pouvait être tiré à conséquence contre lui , puisqu'il n'était de son fait, et qu'il ne l'avait leçu que pour le voir et l'examiner; qu'au fond, laissant à part les formalités, il fallait savoir si le Roi avait été trompé ou non; que la preuve que le Roi ne l'avait point été est que pour 10,800,000 livres que le Roi avait toucbées de net, il n'avait payé pour deux années que 1,648,000 et tant de livres d'intérêt, au denier dix; que les obligations men* tionnées au mémoire en faisaient foi qui n'étaient payables qu'en deux et trois années; que l'argent est actuellement entré dans les cofTres du Roi ; que M. le procureur général avait voulu faire une preuve du contraire; mais, ayant fait faire un procès-verbal sur les registres de l'épargne, il s'en était départi, et qu'ainsi ce chef d'accusation était abandonné, et si, depuis, il l'a renfermé et réduit à ce mémoire , ça été par honneur de ne pas renoncer à un chef d'accusation qu'il avait relevé avec tant de bruit.

L'accusé s'arrètant, M. le chancelier lui a demandé s'il avait quelque chose à dire.

Répondu par l'accusé qu'il avait écrit et produit sur ce fait; qu'il espérait que la compagnie ferait considération sur ses défenses; mais qu'il supplie M. le chancelier et la chambre, s'il y avait quelques difficultés qui ne fussent pas suffisamment éclaircies , de les lui faire , et de l'interroger sur tous les faits du procès , étant prêt de répondre à tout.

Répliqué par M. le chancelier que, pour tout expliquer, il faudrait qu'il fit l'extrait de toutes les écritures de part et d'autre; que c'était à lui i voir si ce qu'il avait répondu , écrit et produit le satisfaisait, ou s'il avait quelque chose à dire davantage, et qu'il s'en pouvait expliquer, et que l'on l'écouterait volontiers.

A quoi a été dit par l'accusé que la première séance il avait été interrogé pendant trois heures ; que son interrogatoire ne se faisait plus que de trois quarts d'heure; que tout ce temps que l'on retranchait aurait pu être employé & l'interroger; qu'il disirait être entendu sor tout, et qu'il espérait que la compagnie en demeurerait satisfaite.

SI

ibyGoogle

M. le chancelier lai a dit qu'il eût à répondre sur la vérité des

L'accusé a répondu qu'il l'avait prouvée Formellement , quoiqae oela ne le regardât point, mais M. Servien , qui avait signé les ordonnances ; et s'il y avait quelque chose en cela qui se fût passé au préjudice du Roi , sa succession serait responsable de 10,800,000 livres; mais qu'il ne fallait que le bon sens pour faire juger qu'il n'y avait point eu d'abus , que l'on ne pourra jamais présumer qu'en 1658, au retour d'une campagne très-fâcheuse, M. le cardinal se faisant représenter l'état des fonds, l'on lui ait pu cacher un prêt de 10,800,000 livres, et que M. Servien, par le dessein de faire plaisir \ lui qui répond, eât favorisé et prêté les mains à ce divertissement; que M. de Villacerf et autres commis avaient les étals des fonds qui se faisaient chaque année , qu'ils peuvent représenter, et qu'il ne doute pas que les fonds des prêts dont il s'agit ne s'y trouvent enregistrés; que M. le cardinal se faisait donner tous les ans 18 ou 20 millions pour les dépenses les plus pressées, qu'il les faisait mettre entre les mains de Le Bas et autres commis, qu'il est assuré que ces prêts en font partie; qu'il n'a pas tenu à lui qui répond- que la vérification de ces prêts n'ait été faite sur les registres; que, faisant la perquisition , en présence de M. d'Ormessoo el de M. le procureur général, il trouva pour 9 millions d'assignations tirées sur ces quatre prâts; qu'ils en demeurèrent satisfaits; qu'il en trouva encore pour 3 ou 4 autres millions, tirés tant sur ce fonds que sur quelques autres petits prêts; qu'il cûl pu rapporter la preuve en forme si l'on lui eût voulu laisser les registres, comme il les a souvent demandés, mais que l'on lui fit entendre que le voyage de PonUinebleau pressait, et que l'on voyait bien que l'on ne pouvait faire de fondement sur cette prétention de

supposition m»! à propos avancée; mais que pour se réduire

Sur ce mot, M. le chancelier lui a dit qu'il pouvait tout dire.

L'accusé, suivant son discours, a dit que le mémoire de Fleureiu ne pouvait fïire de preuve que ces prêts étaient elTectifs ; que l'intérêt que le Roi en avait payé à dix pour cent n'était point escessil, et qu'au contraire, le Roi en avait tiré un secours fort considérable; qae c'était en 1658, dans le temps de la perte de Hesdin, auquel il y avait dans toutes les provinces de grandes dispositions et des mouvements qui avaient paru, et qu'il avait fallu réprimer; que H. le cardinal , .qui avait plus que personne connaissance de

FppCQUET- 3^8

rjBiportgnce du service de Ipi qui répond, et de son z^le envprs le Ho), et de I^ ruin^ ^ laquelle s^ Uz^Uïe fût fjenaeurée espQgé^ paf les grandes obligations dans lesq|ie)Ies il était entré pour le seryice du Itoi, si celui qui par|e fût décédé en 16S8 de la maladie qui le réduisit à l'extrémité, ]\i\ écrivit iipe lettre en des termes les pins fpfls et les plus remplis de reconnaîssaiice que l'on saurait s'imaginer, lui marquant entre autres choses qu'il serait le plus lâcl^e de tous les hommes si, s'étant engagé comme il avait fait 1 sa prière, il ayait soqlfçrti î^nt qu'il se serait trouvé ep autorité, que ça famille eût perdu un seul lésion; que sur son salut il n'y avait rjen de plus yérit^^le, que tout le fnonde avait vu cette lettre; que cependant , apr^s qije M. le cardinal avait écrit qu'il serait le plus laplfe de tous les hqmnies si tpa flile {sic) recevait aucun préjudice des services qu'i| avait rendus au Roi , ses généreui successeurs ne faisaient point de scrupule de lui faire un crime de ses aptiops ^e plus grand mérite; que le Roi l'avait su, et lui avait fait l'honpeiir fie l'en remercier auprès de la fenêtre de la chambre de M. le cardinal, qu'il se ressouvenait encore de cette circonstance ; qp'i| estimait qu'il avait éclaîrci ce fait par ses défenses, et que c'était ce qu'il avait à dire sur ce sujet.

M. le chancelier a ditàl'accuséque le procureur général avait encore fondé UD chef d'accusation contre lui sur le fait d^s parisis ' ^es entrées; qu'jl consistait à ce que le parisis des entrées av.iit été adjugé à Jean Bo|lé le 36 janvier 1656, que Bollé en avait fait sa déclaration au profit de la dame dp Plessis-Belliëre, laquelle avait fait la sienne au profit de lui , ^pcusé , le 20 septembre i636 ; que le 20 décembre ensuivant, la dapie du Plessis-Bellière avait fait un b^il à Nicolas Bailly des deux tiers du parisis sur les entrées de Paris , moyennant la ^Ofnme de 30,000 livres par chacun an, à la caution des fermiers des entrées ; que le même jour, 20 décembre 56, la dame du P)essis-Be!Iière avait déclaré qu'encore qu'elle eût fait le bail, néanmoins elle ne prétendait aucune phose, mais que ces deux tiers appartenaient à lui, accusé.

L'accusé a répondu qu'il ne voyait pas qu'il y eût en cela rien que de fort innocent, mais qu'il disait toujours qu'il ne se pouvait sourenir d'aucune date, et que l'on n'exigeât pas de lui de les dire ; qu'en gros il se souvient qu'il ayait acquis de ces droits de parisis,

1. C'étaient dei droits pijéa à Helnn Bar les marchandiam expédiées i Pari* par la ^ne. On ftccuaatt encore Foucquet de ae 'lei Ëlre Tait adjuger «ma payement.

que la dame de Viéville ' et le sieur de Bournonville, qui étdeot des amis de lut qui répond, en prirent une partie, qu'ils le plièrent ensuite de les reprendre ; que ces droits lui étaient demeurés pendant trois années; qu'il les avait ensuite vendus, savoir: un tiers à M, de Bournonville, et les deux autres tiers à la dame si belle-mère ; et que madame du Plessis-BelUëre en avait pris pour lui.

M. le chancelier lui a dit que le procureur général lui imputait encore d'avoir acquis les regrats' du Languedoc, et de s'élre fait accorder pour cela une remise considérable par l'autorité de sa charge ; que le payement du surplus, tant pour le prix de l'adjudicalion que pour l'ancienne finance, n'avait point été en deniers, el qu'il avait vendu ces regrats à Demanse, moyennant 380,819 \n., dont il avait tiré obligation sous le nom de Renaut, avocat au conseil, le 11 février i6C0, avec clause que jusqu'à l'actuel payemeot il lui serait donné 60,000 liv. d'intér&t par chacun an.

L'accusé a dit qu'il avait vu cela par les pièces, qu'il n'y avait rien à dire, que ce sont droits aliénés qui ont été revendus; que M. d'Agde, son frère, les voulut avoir ; que Renaut s'en rendil adjudicataire pour lui, qu'ayant depuis voulu acheter une charge, il les rendit à lui qui parle et qu'il les a depuis revendus. Qu^ M. Talon avait voulu faire un grand discours sur cette vente faite à Demanse, mais sans aucune sorte de fondement ; qu'il n'y a^ait rien de plus constant que Renaut avait payé le prix de son adjudication argent comptant. Que Monnerot était fermier des gabelles du Languedoc, qu'il en fut dépossédé par Demanse, mais que les regrats appartenant encore à Monnerot, Demanse les voulut retirer; que ces deux hommes s'étant échauffés aux enchères, le bail des regrats, qui n'était qu'à 40,000 liv., fut porté par Demanse à 60,000 liv.; que lui qui parle, étant devenu engagiste^ de ces regrats, lui fit la même condition, qui fut de lui payer 60,000 lii. jusqu'à son remboursement, qui n'était autre chose que de lui faire entretenir son bail. Qu'il ne se pouvait souvenir d'autre chose et que le fermier ne lui avait point été confronté.

3. Dn engagiste éaii celui qui jooîBsait d'ua droit de flouice mku Tacolté popitoelle de racbU de U part du RoL

De là M. le chancelier a passé au fait du recouTrement à faire sur les comptables, qui avait été donné &. Chartier, commis de Moanerot, et a demandé à l'accnsé l'explication de cet article.

L'accusé a répondu qu'il n'avait pas eu assez d'esprit pour concevoir cette affaire, et qu'il demeurait d'accord qu'il n'y entendait encore rien; que ce qu'il en pouvait dire par les pièces qu'il avait vues, était qu'il avait donné un ordre à Chartier de donner ses quittances pour faire le recouvrement des taxes faites sur les comptables et gens d'affaires; que l'on n'avait pas dit qu'il eût été traitant et intéressé en ce recouvrement; que Monnerot s'était fait accorder une remise de 2,000,006 de livres pour faire ce recouvrement, que l'on jugea plus à propos d'en faire charger un commis pour ménager ces 2,000,000 de livres et répandre cette décharge sur ceux des gens d'affaires qui se trouveraient trop haut taxés, et rendre le recouvrement plus facile; que Monnerot avait proposé Chartier pour faire ce recouvrement, que l'on s'en était servi ; que tout ce qui s'était fait avait été pour le plus grand avantage du Roi; que l'on ne s'était pas aussi avisé d'aller chercher aucune vérification à l'épai^e, ni de faire de procès-verbal sur un registre; que s'il y avait quelque difficulté, que l'on trouvât bon de la lui proposer, il y répondrait, et que tant s'en fallait que M. Talon y eût trouvé aucune chose qui pûf charger lui qui parle, qu'au contraire il l'avait proposé comme l'exemple de tout ce qu'il prétendait devoir avoir été fait dans l'administration des finances.

M. le cbancciier a dit à l'accusé que le procureur général faisait encore un chef d'accusation contre lui de ce que le parisis des péages ayant été adjugé le J4 août 1656 à Marin, moyeonant la somme de 50,000 livres, il en avait passé deux déclarations, l'une du 29 du même mois, et l'autre du 20 septembre ensuivant, qu'il ne prétendait rien en l'adjudication qui lui avait été faite ni aux sommes payées à cet effet, mais que ces droits appartenaient à Louis Droupi, qui en avait payé les sommes; que le 24 août 1657, Droupi avait déclaré que les deux tiers dé ces droits appartenaient à lui accusé, lequel lui avait fourni 142,600 livres, faisant les deux tiers de 230,900 livres payées, tant pour le prix de l'adjudication du total des droits que pour taxes depuis payées par forme de supplément; qu'il y avait un bail fait sous le nom de Droupi à Pierre Maigret, du 10 février 1657, moyennant la somme de 18,000 livres par chacune année, et une obligation du même jour

3*â FObcQUET.

de payer 13,d00 livres aussi par chacuu an, le tout par avance, ë à la caution de Fauveau et de Lefebvre de Bouriiay ; que Monncrot avait déposé et représenté un état des quîllanccsqii'il avait expédiées, en qualité de trésorier des parties casiielles ', ^our les droits dé lui accusé, au bas duquel état était la reconnaissance de Doublet, dil 12 août 1G."7, avec promesse de lui en fournir les décliàrgeS db l'épargne; que Doublet avait reconnu avoir doiinS celte promesse, et qu'il avait délivré sa quittance à Bruant, lequel pour argent comptant lui avait fourni sept billets de l'épargne, savoir trois du sieur Jcannin, de son exercice de IGoo, et quatre du sieur de Guénégaud, de son exercice de 1657.

L'accusé a répondu qu'il avait vu cela au procès, et qu'il s'en était expliqué par ses défenses. Qu'en qualité de vicomte de Melun. il avait les anciens droits de ces péages; que l'on lui proposa qii'il serait de la plus grande commodité des fermiers et des marchands dé payer de nouveaux droits de parisis en mCme lieu, que la dé^ pense en sbrait moindre, un seul commis en faisant la perception; que Girardin et Desbalus, qui étaient les traitants de ces droits, proposèrent à lui qui parle de s'en accommoder comme étant à sa bienséance; qu'il le Ht et denlaitda fi M. de Maupeoti et à M. de Saint-ijiiles s'ils voulaient s'en accbtnmodep ; que lé {tHs dé là fetme avait augmenté, iliais aussi qu'il y avait eii Une augmentatibn de flnaiibe considérable ; que Bruant l'avait payée, du iuoias qu'il lui en avait donné l'ordHî; qiie brdant et MM. de Maupeou et de Saiht-Oilles jugèrent à jiropos de mettre ces droits sous le nom de Dronpi; que cela eSl assez ordinaire, qu'il n'est pas véritable que celui de Morizlst sott un hotti dont lui qui parle èa sct-vlt, mais c'était l'homme de Desbalus, qu'il n'employait le hom de Blorizet qu'aux acquisitions qu'il a faites de Desbalus; qUe quabd il n'aurait pas piyé ce supplément dfe iiuauce, il n'y aurait eu rien en cela d'éxlrabrdinnire i^ un surinleildant, mais qu'il ne â'éfàit avantagé d'aucune chose, qu'il avait payé, et qu'il en rapportait les quittances des parties caSuelles qui s'étaient trouvées dans les inventaires; qu'il avait toujours agi avec un fort grand désintéressement, et n'avait eu d'applicatiou que pour le service et nullement pour ses intérêts; qu'en eObt il avait laissé agir Bruaut avec MM. db Meau-

1. On ippetaiil es parties casueJles l'trgent pafé &a Roi psr Us offlders de Judleature ei de floaaces pour conserver dans leur fuuille des olficea qui D'éWNat pu tiMdlUiresi ces droits moulaient UÈs-fasuL

FOUCQCET. 343

peou et de Sainl-Gilles qui avaient jugé à propos de faire deux baux au lieu d'un; qu'ils avaient leurs considérations particulières, et que peut-être ils étaient bien aises de ne pas faire connaître que ces droiu produisissent un si grand revenu, et qu'ils avaient pour cela fait faire une augmentation du bail par une déclaration particulière des fermiers, mais qu'il prenait si peu de part à ce détail et cette augmentation le touchait si peu qu'il fit ordonner la suppression de ces droits incontinent après la publication de la paix ; que M. le cardinal fit conserver ceux de Claraecy et de Nevers et des autres lieux qui lui appartenaient, mais que pour lui il ne considérait que le bien de l'État.

Ce fait, l'accusé s'est retiré.

Nota que H. de r<esmond décéda samedi dernier sur les onte heures du soir, d'une gangrène causée par une fièvre quarte.

CMAHBHE DE JUSTICE, A L ABSEN&L,

Du mardi 2 décembre 1064, stir les 9 heures et demie du mMin.

M. le chancelier, en entrant, a donné ordre d'amener M. Foucquet, qui, s'élant présenté avec une contenance assurée, s'est assis sur la sellette après ses protestations ordinaires, et a refusé de lever la main et de prêter serment, de ce faire par trois fois interpellé.

Lui a été dit par M. le chancelier que M. le procureur général lui imputait d'avoir fait des aliénations pour plus de 20 millions de livres dont il était entré peu de chose au profit du Roi; qu'entre autres, en l'année 1033, il avait été créé par édit huit offices de surintendant des chartes et d'un commis en chacune généralité, qu'il y avait fait attacher de grands droits, et en avait fait pourvoir ses parents et ses amis, et commis à la recette du droit des offices le nommé Husson, commis de Bernard, son commis; le procureur général le chargeait d'avoir profité de ces droits, et que ses pourvus des offices ne jouissaient que des gages y attribués; qu'il n'y avait eu que S30,000 livres de finance, et que le remboursement avait été beaucoup plus fort, ces offices ayant été supprimés depuis la paix, avec réserve de la qualité et fonction de secrétaire du Uoi en faveur des pourvus.

L'accusé a répondu que le procureur général disait ce qu'il loi plaisait, mais qu'il fallait voir ce qu'il prouvait; qu'il j avait eu ud édit de création des charges de surintendants des chartes, qu'il en demeurait d'accord ; mais que cela n'était pas de son fait, que le secrétaire d'État t'avait signé, que M. le chancelier l'avait scellé, que tout cela n'était point du ministère de lui qui parle, mais l'ouvrage du conseil du Roi et du Boi mCme. Que lorsque l'établissement a été fait l'on a proposé un traité, qu'il l'a écoulé, que les conditions en ont été examinées et arrêtées, et que cela a été de sa fonction, qu'il a fait ce qui était de son ministère; mais qu'il faut démêler ce qui l'a regardé d'avec ce qui avait regardé les autres, et que l'on ne le doit pas rendre responsable du fait d'autrui; qu'il faudrait donc prouver deux choses, l'une que cela ne fût pas bien, et l'autre que cela fût de lui. Mais qu'il se souvient qu'un conseiller d'État donna un mémoire à H. le cardinal, de la nécessité de créer des officiers dont la fonction serait de veiller à la recherche des chartes concernant les affaires dn Roi; que le trésor des chartes était abandonné, les titres dissipés, et portés dans des cabinets et bibliothèques particulières; qu'il arrivait une infinité d'inconvénients de la dissipation des litres principaux de la couronne, que l'on ne pouvait connaître quels étaient les droits du Roi, ni les aliénations qui en avaient été faites; que le Roi tirerait un double avantage de la création qui serait faite de ces offlciers, le premier serait le .payement d'une première finance qui serait considérable, l'autre serait le soin que prendraient ces officiers pour rechercher les titres égarés et la conservation des chartes; que cette proposition lui fut communiquée par M. le car diual, et qu'encore que cela blessât en quelque façon la charge de procureur général dont il était pourvu ', néanmoins il y donna les mains; qu'ensuite l'édit fut scellé , le traité fait sous le nom de Saint-Lfi avec plusieurs aulres affaires; que la vérification de l'édit étant faite, l'on remplit ces offices de personnes de condition etde connaissance afin de ne point exposer le trésor des chartes à des inconnus; que M, Marin, intendant des finances, et M. Chanut, conseiller d'État, furent de ce nombre ; qu'ayant, lui qui parle, une assignation de 50,000 livres sur le traité de Saint-L6, dont est fait mention dans les comptes de Bernard, il donna ce billet pour nue de ces

1. Le n^or des archivai M&it ité institué, & l'origine, comme an dépOt de pMw Jadidaim, et par cette raUon le procurenr général y avait U haute nain.

FODCQUET. 34S

chaînes qu'il mit sons les noms de MM. de la Guercbe et Scaron ; qu'en tout cela il n'y a rien d'extraordinaire, dî que l'on lui puisse imputer; qu'il est vrai qu'il désira faire remplir ces charges de gens de sa connaissance et dont il pût répondre ; que le prix fut payé au Rot, que M. Servien en avait disposé, lui qui parle avait reçu les droits jusqu'à ce qu'il se lût défait de ses cbarges ; que ceux qui en ont été pourvus ont travaillé considérablement à remettre tes chartes en ordre, qu'il y avait beaucoup de titres recouvrés et le lieu mfime mis en meilleur état. Que cependant M. le procureur général, ayant prétendu que ces offices blessaient la fonction de sa charge, 0t instance pour en faire ordonner la suppression; qu'elle lui fut accordée', que le compte des droits a été rendu, qu'il a été rapporté à la chambre des comptes par Husson, commis préposé à la perception d'iceux; que ce compte a été attaché à l'édit de suppression.

En cet endroit l'accusé a dit qu'il avait encore beaucoup d'éclaircissements à donner et de productions à représenter à la chambre, mais que lui ayant paru que le Roi désirait que son procès finll, il l'avait avancé de sa part, n'ayant point d'autre service à rendre h S. M. en l'état auquel était réduit.

L'accusé ayant fait entendre qu'il n'avait rien davantage à dire sur cet article, M. le chancelier lui a dit que le procureur général prétendait qu'il s'était commis plusieurs abus au traité des commissaires des tailles*; que lui accusé en avait eu gratuitement du traitant, entre autres, l'ofAce du commissaire des tailles de Melun, et qu'il en avait joui sans en avoir payé aucune chose.

L'accusé a répondu que M. le procureur général alléguait, mais ne prouvait pas ; que MM. Marin et Bordicr rapportèrent l'affaire des commissaires des tailles au conseil, qu'elle y fut trouvée bonne; qu'il y avait plusieurs traitants, mais que Margeret était celui qui se faisait davantage connaître ; qu'il offrit à lui qui parle les provisions de l'office de commissaire des tailles de Melun, qu'il les refusa; que l'on ne l'a pas fait déposer, bien que ce fût lui seul qui eu pouvait positivement parler; qu'il l'avait cité dans ses écritures, qu'il ne doutait point qu'on ne lui eût tâté le pouls, mais que n'ayant pas

i. Pu- nn éditdii mofi de Janvier 1360. ' 9. Lea comiuJaBaiTei des taille» étoieat ch&rgés ds faire eiécnler les coDtnintts (Mcernéei pir )m receveurs ; ils furent auppriméa et rétablis pln^urs fou.

3ift FOUCQUET.

voulu direice que l'on aurait désiré de lui, Ton ae l'avait pas voulu faire déposer; qu'il demeurait d'accord que lui ayant dit qu'il n'en voulait point, lui qui répond, faisant réflexion sur ce qu'il pourrait arriver que quelques-uns venant à s'en accommoder cela lui ferait de la peine, ajouta que si quelqu'un lès lui demandait il lui en dotinât dvis, et qu'il leur en pourrait bien demander la préférence; que ËrUant lui en ayant parlé pour le portera s'en accommoder, il n'en put rien tirer autre chose, sinon que l'on verrait, qu'il ne voulait pas dire son secret, qui était que ces offices «eraient supprimés en t6G2, parce qu'il avait quelque incUnatioa à favoriser les traitants; qu'il paria de celle suppression au Roi, que la suppressioa fut arrêtée en 1661, que M. Marin fut chargé de cette suppression, que tous les mémoires lui furent donnés, qu'il a eu coanaissaacc de toutes choses, dii temps de la suppression, de la matière des funds qui seraient laissés pour l'indemnité de ces officiers, et qu'il a été chargé du compte comme de clerc il mailrc ; qu'il n'y a point d'afpafence qu'il eût acquis des droits qu'il avait intention de supprimer, et particulièrement si proche de la révocation, car, à ce qu'il avait compris, cet office de commissaire des tailles de Melun ne fui mis 6s mains de ceux qui avaient soin de ses afl'aires qu'en 16C1, ttde l'on ne trouvera pas qu'il en eût jamais parlé; que le témoia avait dit qu'il les avait délivrés à Bruant pour en user comme il plairait à lui qui parle, quoique ce témoin soit allié de Bcrrier, néanmoins il n'a pu dil-e autre chose; que par ces mots, pour en ùsEr comme il plairaii à lui acclisé, l'on ne pouvait induire aulre chose sinon que d'en piycr Un prix taisonttabic; que Meusnicr avait encore déposé, que lors de la confrontation, lui qui répond n'avait pas encore appris que Mcusnier eût été chargé de la recetle du bien de lui qui répond, pour raison de quoi on lui payait 2,000 livres; qu'il était trop bien payé pour ne pas déposer au ^ré de ses ennctûis, bt qu'avec tout cela et tout reprochable qu'il était, il ne disait autre thosc sinon que Brudnl lui avait envoyé le contrat des commissaires des tailles, qu'il l'avait reçu et en avait rapporté le compte; que lui qui répond, lors de la confrontation, lui avait delliandé s'il lui en avait parlé, qu'il avait dit que non, qu'il lui avait demandé s'il lui en avait compté, il avait dit pareillement que non; ainsi c'est l'affaire de Bruant qui s'était avancé, croyant que ces clfets étaient à la bienséance de lui qui répond, mais que quand lui qui parle aurait reçu ces contrats, ayant dit qu'il les payerait, c'étail

FdUCQtJEt. 341

uile dette qu'il avait contractée ; que s'il Uvaii slipiilë une gralitlca* tioii, c'aurait été un crime; qu'il ti'y avait en cela rien de personnel; que si l'on voulait dire qu'il l'a su, qu'il ne l'a pas pdyé, et qu'il avait usé de son aulorilç. Il avait grand lort, mais que l'on pouvait entendre Margcret, qu'il s'en rapporterait à lui, quoique ses alTaircsavec le Roi le tiennent dans la dépendance de ses ennemis; niais que l'on n'a garde de lui faire donner sa déclaration, et que c'était là tout ce qu'il savait de l'affaire du commissaire des tailles. M. le chancelier lui a dit qu'il était de plus accusé de s'être servi de plusieurs ordonnances de comptant expédiées pour remises dé traités non exécutés, pour intérM de prCts supposés et dilTércnce de Ibnds pour constitutions qui n'ont point été faites; d'avoir fail expédier par cette voie des billets par les trésoriers de l'épargne, qu'il avait réformés, par le moyen desquels il avait consommé et appliqué à son prOflt les plus clairs deniers de l'épargne; qd'entre autres il y avait eu une ordonnance de 6,000,000 de livres qui étaient pour là différence de fonds du denier trois au denier dixhuit de 400,000 livres de rentes aliénées sur lés tailles ; que la constitution n'avait point été faite, et que d'ailleurs une Drdonnancd de cette qualité ne pouvait jamais rien produire; qu'il avait é\t averti par Tabouret que l'on pouvait abuser de celle ordonnance, qtie néanmoins il il'avait laissé de l'envoycl- à l'épargne par Gouri ville et Bruant, qui, par l'ordre de lui accusé, avaient fait expédiât les trente-sept billets.

L'accusé a répondu qu'il demanderait volontiers où il parulssalt et où il était prouvé que ce fût lui qui parie qui eût fail faire tout ce qui venait de lui être proposé.

M. le chancelier a dit que le procureur général prétendait que le sieur Jeannin avait dit que cette ordonnance lui avait été apportée par Gourville et Bruant.

L'accusé a répondu qu'il avait signé cette ordonnatice dans l'ordre, après le rapport qui en avait été fait par celui qui en était chargé.

M. le chancellera repris et a dit que Tabouret avait fait un traité de la déclaration de 400,000 livres de rente sur les tailles ; que son traité ayant reçu de la difllculté, il fut à Saint-Mandé en donner avis à lui accusé, et le pria de faire les ofllces nécessaires pour lever ces difficultés; que lui accusé lui dit que l'affaire ne méritait pat que l'on Qt de bien grandes solUcilaliduSi que l'en pourvoirait

& un remboursement par autre voie ; que Tabouret lui donna aïis que l'on pouvait abuser de l'ordonnance de 6,000,000 de livres expédiée pour la difTérence de fonds, et qu'au préjudice de cet avis l'on en avait fait un tel abus que les trente-sept billets qui avaient été expédiés avaient servi à consommer les meilleurs fonds et les plus clairs deniers de l'épargne.

L'accusé a répondu que l'on lui joignait quatre ou cinq faits ensemble et qu'il les fallait démêler; qu'il commençait par Tabouret, pour dire que c'était un faux témoin, qui élait personnellemeDl reprochable, eu ce qu'il élait encore présentement en décret de prise de corps rendu à la poursuife et sur les instances de lui qui parle; que M. le chancelier avait, dans l'absence du Roi, signé l'ordre pour le faire arrêter, qu'il avait élé trouvé complice d'im grand crime, de l'enlèvement des sujets du Roi fait par le sieur de Chemerault, frère de son gendre, qu'il croît môme qu'il y a preuve que l'on avait dessein sur lui qui parle, pour l'enlever, en revcnicl de Sainl-Mandé, et le mener à M. le Prince ; que ce décret sub^sle encore, qu'il a été public, puisqu'il en a produit l'imprimé; que cependant Tabouret avait désavoué lors de sa confrontation qu'il y eût eu un décret; que les preuves de sa complicité sont au procès, mais qu'ayant été renvoyé au Ch&tclct, de Laune, son associé, fil par adresse trouver des défauts dans la formalité, par lesquels il éluda sa condamnation; mais qu'ayant été longtemps prisonnier, et ayant couru quelque risque, le ressentiment lui en était demeuré personnellement contre lui qui parle, qu'il avait su avoir eu l'ordre delà poursuite; que d'ailleurs il y avait eu décret de prise de corps contre lui décerné par la chambre, que de Laune ayant répondu de lui et promis qu'il parlerait, le décret de prise de corps avait été converti en décret d'ajournement personnel, que l'on lui avait de plus accordé surséance du payement de ses dettes dont il était noyé, et, pour comble de grâces, que l'on l'avait définitivement eovoyé quitte et absous de l'accusation contre lui intentée, afin de donner force à sa déposition. Voilà pour ce qui regarde les reproches que lui qui parle a proposés et prouvés contre ce témoio. Mais sa déposition en elle-mÈme est reprochable et fausse par une infinité de contradictions qui s'y rencontrent; que le crime n'a point de conseil, que Dieu avait aveuglé ses faux témoins, et que la cervelle lui était tournée, ayant avancé plusieurs faits contraires et impossibles dans leur exécutionj qu'en effet il a dit qu'il était

FOUCQUCT. 349

venu lui proposer une aliénation de 400,000 lÎTres de rentes, et constamment c'est M. Hervart; que lui qui parle peut assurer que Tabouret ne l'avait jamais vu à Saint-Mandé ; que le témoin ajoute que la chambre des comptes et le conseil de l'hôtel de ville avaient fait des difficultés, et il n'en fut jamais parlé ni fait la moindre difficulté, chacun étant assez informé que ces constitutions avaient toujours été assez bien reçues à l'hôtel de ville par les officiers qui trouvaient leurs avantages dans ces sortes d'aliénations; que ce témoin lui dit encore qu'il avait l'ordonnance de 6,000,000 de livres, c'est-à-dire que Bruant l'avait, et qu'il prit garde, que l'on en pouvait abuser, et, par une autre déposition, par lui rendue pour lâcher d'expliquer la première, il avait dit qu'il avait rayé rendossement; que cela ne pouvait s'accorder; qu'il mettait en fait que lui qui parle ou Bruant avaient l'ordonnance; qu'il fallait donc voir s'il est vrai qu'ils l'eussent et pourquoi elle leur serait demeurée entre les maius. Que ce fait ne peut être véritable, la fonction de lui qui parle, ni de ses commis, n'étant pas de garder les ordonnances qui sortent de ses mains aussitôt qu'elles sont signées, et passent entre celles du traitant, si ce n'est après la révocation; mais que la suppression de cette aliénation n'était pas encore résolue, puisque Tabouret venait solliciter lui qui parle de faire lever les difâcultés que l'on faisait à la chambre des comptes et à l'hôtel de ville à. la passation de cette aliénation; que Tabouret dit de plus qu'il avait rayé l'endossement de celte ordonnance, il fallait donc qu'elle fût demeurée entre ses mains ; que, lors de la représentation quilui fut faite de cette ordonnance parM. le commissaire, le témoin ayant été surpris de voir l'endossement effacé, il avait taché de concilier ses contradictions par une seconde déposition, disant qu'il avait rapporté cette ordonnance depuis la révocation de l'édit; mais s'il était vrai qu'il en fût possesseur, c'était à M. Hervart qu'il la devait porter pour la biffer, M. Hervart étant son protecteur, qu'il ne s'adressait qu'à lui ; que c'était sa fonction d'eifacer les ordonnances inutiles, et qu'il n'y a point de raison pour que Tabouret ne s'y soit pas adressé; que cependant le témoin voulait faire croire qu'il s'était adressé à Bruant. Si l'ordonnance avait été présentée à lui qui parle, il aurait rayé sa signature, et M. le chancelier la sienne, que c'était l'ordre et le respect que l'on gardait en ces natures d'affaires, afin que, comme l'on pouvait tenir mémoire ou registre de ces sortes de signatures, chacun & son égard

3ij(( FpUCQUpT.

l'en pôt (Jépljarger. Qup Taboure!; ét^it 4'aitant (npipg CCQiable, qu'ilétaittraitant chargé de l'affaire, et qii'il avait, 4 sa déposition, parl^ sa décharge; que sa déposition n'était pas la seule eonyaipc;ip d^ faux, que celle de Charpentier, autre faux témoin, l'est aussi ; qqe ce ne sont que suppositions et subornations, que cen qui le font poursuivre savent bien qu'ils n'ont aucun mojeDS légififpe^; que ces témoins ont été persuadés que lui qui parle se lusserait faire le procès comjme à un muet, qu'il ne se défendrait point, pi qu'ils pourraieijt faire dire impunément toutes çboses; niais qu'il avait pais sa con&ance en Dieu, et qu'il l'aiderait. Que, pour reienir ^ son fait, il n'y ^ ^^^^ ^^ ^i Certain que le traité de cette aliéna- ^ioi) n'était point révoqué lorsque Tabouret dit être venu à Saint- Vandé, car il a dit qu^ ce fut à la fin de 1638, et depuis, les coinp))Ssions des tailles pour 1^ Guyenne, dans lesquelles parlie des fonds destinés pour cette cqnstitution se trouve eniployée, ont été expédiées; qu'ainsi ce témoin était roprpcbable et faux, et d'ailleurs unique, et pe pouvait couséquçmipent Tiire de foi. L'on ajpute,ï ()it l'accusé) que M. Jeannin avait dit que l'ordonnance avait été payée pajT Qourville et Bruant, mais il estimait qu'il n'avait tenu ce langage que depuis les visites qu'il avait reçues dans la Bastille de Berrier; que néanmoins ce n'était pas considérable, que cela ne le touchait pas; que quand il aurait donné ordre 4'^3^pédier une ordonnance dont il était sollicité par M. le cardinal , quel en aurait été le mal, hors que toutefois il n'était pas vrai; qu'il le prouvait en ce que M. Jeannin disait qu'il ne savait rien que ce qui était sur son registre, et qu'il s'y rapportait en toute cbose ; et ayant appuyé la foi jle son inlerrogaloire sur ses registres, lesquels, lors de la confrontation, ne lui ayant point été représentés, l'interrogaloire demeurait nul, puisque la pièce fondamentale était le registre qui n'avait point été vu, et sur lequel conséqiiemment lui qui parlait n'avait pu faire les observations nécessaires. Le pauvre honime avait paflé contre lui, c'était après les deux visites de Berrier et à force de le tourmenter. Qu'après deux ans, lui qui parle, ayant vu les reigistres, il avait reconnu que visiblement, au lieu d'un pour, l'on avait mis ui^f^ar d'une autre plume, d'une autre encre et d'une autre main, qu'encelaM. Jeannin n'était pascroyat^lepafcequ'ilayait parlé à sa décharge; qu'il avait dit que lui qui répond lui a.vait fait expéfjier les billets pour la quittance, mais que c'était flourville qui lui pn ^vait parlé, lui qui était le solliciteur de l'affaire; qu'il avait

FOl'CQUET. ^^

fait ses promesses à M. le cardinal, que c'était certain, ipais que l'on ne pouvait pas dire qu'il y eût eu, (Je 1^ p^rt de lui qui parle, rien de son fait, nî preuve quelconque. Qu'il disait toules ces choses pour la vérité seulement, car, quand tout ce qu'on prétend serait constant, cela ne serait rien, que l'on pouvait se faire apporter des registres si l'on doutait de la vérité de ce qu'il disait) que tout ce que l'on proposait contre lui n'était anpujé que par des faussetés et contradictions, mais qu'avec cela il n'y avait riep qui le regardât personnellement.

M. le chancelier lui a demandé s'il avajt dit ce qu'il alléguait présentement.

L'arcusé a répondu qu'il l'avait dit.

M. le chancelier lui a dit que le procureur général lui imputait que, depuis la mort de M. Servien, il avait fait cetfe ordonnance de 6,000,000 de livres dans le menu de comptant du quartier de juillet 1658, et que les billets n'avaient été reformés que depqis. Qu'il y avait eu plusieurs reformations de repiises d'épai^np à autre; qu'il y avait eu pour 4,360,834 livres converties en quittance? par lesquelles Bruant avait retiré ses promesses; qu'il n'était point nécessaire de se servir de mauvais billets pour fournir ^^^ décharges, vu que Bruant, dans un mémoire particulier du 12 décembre 1659, avait fait un état des billets et quittances de l'épargne qui lui restaient entre les mains après décharges fournies, montant j) 4,411,133 liv. 13 sols; que si l'intention de lui accusé avait été de mettre de bonnes décharges à l'épargne, il aurait réformé les billets contenus en cet état dont la plupart étaient pour de bonnes dépenses; qu'il avait néanmoins fait porter à l'épargne de mauvaises décharges, étant toujours en état et dans le pouvoir de se payer des bonnes; que le titre de cet état faisait assez connaître, ainsi que le prétendait M. le procureur général, que lui accusé s'était servi de quantité de mauvaises décharges pour retirer les quittances et billets sur lesquels il avait retiré des sommes immenses qu'il avait employées à ses usages particuliers.

L'accusé a répondu qu'à l'égard de l'ordonnance de comptant, elle avait été passée dans l'état de menu, qu'il ne voyait pas oîi en pouvait être la faute ; que l'on n'en avait jamais usé autrement, que lorsqu'une ordonnance est expédiée, l'on la passe sans difficulté^ qu'elle avait été signée de tous ceux qui avaient pouvoir de la signer, que M. Hervart l'avait signée, que c'était sa fonction particulière de

l'examiner et de la biffer, si tant eûtété qu'elle l'eût dû 6ire; qu'un commis était an bout de la table qui lisait les ordooDances one i une, que M. Hervart était là pour contrôler ce qui se faisait; qaesi le traité avait été pour lors révoqué, il ne fallait point employer cette ordonnance, mais qu'il ne l'avait point été ; que s'il avait les instnictions qu'il aurait pu prendre au greffe, il le prouverait, mais que Berrier en était dépositaire, et que tout lui était fermé; que le traité n'élait point alors révoqué, puisque l'exécution s'en pout^ suivait à la cbambre des comptes ; qu'en ce temps-là l'on faisait une imposition, et conséquemment que l'ordonnance avait été bien passée, puisque toutes ordonnances bonnes ou mauvaises doivenl passer dans l'état de comptant lorsque le traité n'a point été révoqué; que véritablement depuis la révocation du traité il était du devoir d'Hervart de faire ses diligences, mais que ce qui avait précédé n'était rien, parce que jamais l'on ne faisait de difficulté i'apédier des billets au lieu d'une quittance.

M. le chancelier lui a dit que cela pouvait être innocent ; lorsqne les billets n'avaient point eu leur assignation sur d'autres fonds; mais que le procureur générai lui imputait d'avoir réformé ces billets sur de bons fonds qui avaient consommé les finances du Roi, sans aucun emploi pour son service.

L'accusé a demandé oii était la preuve qu'il les eût réformés, que l'on ne lui avait représenté ni prouvé aucune chose; que toute la preuve que l'on lui en rapportait était l'expédition de ces rétoi^ mations, mais que cela ne concluait pas que ce fût lui, et que ce n'était qu'une présomption qui n'était pas coacluaote; que la réfo^ mation pouvait avoir été faite par M. Servien, qu'il avait fait voir des billets réformés en un temps qui n'avaient été rapportés que six mois, no an, même deux ans après; qu'en matière criminelle il fallait des preuves concluantes; que l'on avait pu contrefaire la signature de lui qui parle, que cela n'était pas sans exemple, que M. Jeannin avait fait arrêter des gens porteurs d'ordonnances pour voyages, que sa main avait été ai bien imitée qu'il ne l'avait pa désavouée, que les experts cependant avaient jugé l'écriture fausse, que l'on avait aussi contrefait des lignes entières de l'écriture du sieur de Lorme, et qu'il faudrait que ces réformations lui ensseul été présentées pour en demeurer d'accord ; que lui qui {tarie, d'ailleurs, pouvait lors des réformations lui avoir supposé des billeCs au lieu des autres, mais qu'il veut bien demeurer d'accord qu'il a pa

faire ces réfonnations, et néanmoins l'on ne lui eo pourrait impoler aucune chose, étant impossible de connaître la nature d'un billet ni d'oîi il procède; que cela est du soin de celui qui le rapporte et en fait faire la réformation, qu'il faut nécessairement s'en rapporter à sa foi, rien n'indiquant la différence des billets; que c'était toujours Hervarf ou Bruant qui lai avaient présenté des bil< lets pour les réformer, et souvent telle quantité que toute observa- Uon avait été inutile ; que la première chose par laquelle on commençait était de lui dire que les dépenses étaient pressées, qu'il y avait ordre de M, le cardinal de fournir des deniers; que lui qui répond, voyant que c'était pour bonne dépense et privilégiéej il n'avait cherché autre chose, et n'avait fait que supputer les sommes en gros, sur un petit bordereau qui lui était rapporté, pour voir si les sommes portées par les billets qu'il réformait cadraient à celles des dépenses qu'il fallait faire; que tout antre détail était impossible, et que c'était toute l'application que l'on pouvait apporter; que MM. les commissaires lui avaient demandé comment il était possible qu'on l'eût trompé pour 6 millions sans qu'il s'en fût aperçu, qu'il pouvait dire que depuis la mort de M. le cardinal cela n'avait pu être; que la destination des fonds avait été certaine, que lorsque les assignés lui venaient dire qu'ils étaient contents, il ne s'informait de rien davantage, qu'il se trouverait par les registres qu'ils avaient été payés, qu'il en donnait les états à M, le cardinal , et conséquemment qu'il n'y avait aucun mécompte. Qu'ainsi les dépenses nécessaires avaient été absolument acquittées, et qu'il importait peu si l'on avait porté à l'épai^e les véritables décharges; qu'il avait de sa part bien fait son devoir; que tout ce qui regardait la forme était de Bruant; qu'il l'avait dit pour sa défense, et l'avait dâ dire, et pour l'intérêt de la vérité, parce qu'il était constant qu'il n'en avait point abusé, qu'il avait peut-être apporté quelque confusion, mais que c'était tout ce qu'on pouvait lui imputer; que le fond le regardait lui personnellement; que la forme n'était pas de lui, que l'on lui avait pu supposer des décharges, et si on les avait présentées à M. le chancelier, il ne les aurait pas refusées, que tout le monde l'aurait fait, mais qu'il était de son soin à lui d'empêcher qu'il y eût un teston diverti, qu'il l'avait fait, qu'il s'en voulait décharger et qu'il était là pour en répondre. Qu'il revenait donc à ce qui le regardait pour dire que si l'on avait diverti les fonds du Roi pour des usages particuliers, et que l«s

ihk FOUCQUET,

dèftiers h'eùsWiït pas été Employés pbur s6n sérvicSj 68 Sefàlt coiislamment Un t>ébilUt, ttials si le diveriisserhent it'iiVàil (tbitll ttf Ml et que lout etlt été eibpldyé ail sêrVice db tloi, l'oH tie ^aw^ ^às dire qu'il y eût eu criibe. QUe l'on lu) demaUdàll i quoi il atàit employé leà deaiërs ptoTeuàUt des rérormdtions des billéls procédant de tetté ûrdonnàilce de 6,000,000 de tiv.; qu'il répondait ëU géUërdi t{Ue ces deniers àrâient été employés k de bonoes iipériaes, qu'une partie àVàit été donnée à Le Bas à l'eslraordioaln ties guerres, aux dépenses de ta UaisoD du Roi et autres pmlKgiêeS ; que l'oil lui objfectail iJUé t'bn avait troUvé sur lès registres qiie ces tétbl-màtians aVaièiit consdrtiiné 4,5O0,0O0 tiV.j qu'il Mpoddail qiife fc'êtall le Fait de diverses fEl-sbiineS, qu'il sfe trOiivait des billëh iur le ttaité dés commissaires des taillefi, qu'il y avait encore pliiàieiib promesses eh ilàlhre, qii'il y avait liné partie de &t)U,t}(IOIiT., que M^ lé tinit^Urëilr ^énét^l dieOleutait d'AcbOrd li'àtoit- point étf divehlS ad RUf, qu'il 'y aVatt eU des deniers iiiSn actuellement conibhimés qUI Ëbti&istent eii bllléls i}ui subsistent, et (lui ne fUnl poiUt conséquetûnlenl de cOttsbiamatlori véHtablG; qU'il y en avait d'âotres qui avaient été actuéllémehl et utilement Consdilimés. Oiie rbb lui objectait encore que ce n'était pas lés éiètUés itromeEsès |)^t lesquelles on avait dotiné lés tiécbargcï dé 6,1300,000 de Ht.; I^li'il répondait tjUé dans l'drdré dés finances les chdses ilé sË Hlsaieht^aspàr parcelle; ijuecelà a'iolportait jtàs, que tout férenâit àil UiéiUié bompte ; que pout- lés unes Et lés autres l'on avait doadé des déchargés, et qU'airisi la tbbse se devait (considérer en gros; qu'il aValt feit vbtr, plUs élait que le jour, par les registres de l'éitiS gne qu'il y avait plus dé bonnes dépenses acquittées tû conséquence des billéïs assignés sur dé mauvais foUds, et qui n'avaient Hch consommé, tqU'il n'y avait éU de deniers coUsobimés paf les reformations de billets procédant de l'ordoUnance des 6,000,000 de liv.; qu'il avait prouvé par t'estrait feit en présence de M. le rapporlenr et de M. le ptocuraur général; qU'il s'en trouvait pour 14 cent et tant de mille livres de l'exercice de M. de La fiazlniére, et qui étaiebl Seulement en dépM; que M. Talon avait produit un mémoire des déchargés montant à 46 cent et tant de mille livres, qu'il en avait tIroUïé pour i,400,000 tiv. pour la constitution des 1,200,000 Iit. dés rentes Sur les tailles, feans comprendre la finance des olflcts Idés payeurs montant à plUs de âOO.OOO liv.; qu'il y avait eu tm ^rocés-verbal de MM. léâ coibiitiËsairés de 9,000,000 de tiv., que

FOUCQUeTi 3SS

MM. les rappDrteun iStaieàt présents quand M. Chstoïllatt déclara qu'il n'eniendait plu» insister ; autrement ini qui pai'le aurait hit TOir les décharges dbs particuliers qui ont Acquis des rentes Aé l'aliénation des 1^200)000 liVi sur les tailles ; qu'ainsi il fallait compter 1,400,000 IÎt. par Bruant, et 800,000 Ut. de promesses non contestées; que par là Bruant se troitTait bien défendu. Pour le reste, qu'il montrait qu'B arait fait voir qu'il y en avait plus qti'il n'en allait, et cela par Uii état qu'il avait produit pour 14 cent et tant de mille Hvrbs de bonnes dépenses actuellement payées; et que si l'Oi) lui eOt donné la liberté dfe Voir les registres pendant un peli plus de isapi, il en aurait justifié pour plus qu'il en aurait ét^ besoin ; que l'on lui dit qu'il feut prouver* qu'il le fait aussi, quoiqu'il n'en fOt pas nécessairement tenu ; que M. le procureur généi^l n'en était plus que sut- les intentions; que lui qui pat-le prétendait qu'il s'en fallait rappoHer à l'ellït; que ce ne serait au (ilus que Tintention du coioniis, mais quand ce serait une t'éalité, ce ne serait que dans l'inteation; que de tout cela il n'en était point responsable^ mais qu'il prouvait tout, et qu'il faisait voir pour 1,500,000 liv. de bfmtiœ dépenses acquittées, qut l'on ne pouvait savoir que de lui nu lies registres de l'épargne où ce fonds avait été pris; que de sa part il avait dit ce qui en était, q<l'il faut bien que cela procède des deniers payés sur les billets réformés procédant de l'ordonnance des 6,000,000 de liv., puisqu'il ne se voyait point que cela eût con^ sommé d'autres fonds; que M; Cbamillart en était tellement demeuré d'accord, qu'en présence de MM. les commissaires il s'était t^tiré, et n'avait pas voulu davantage irisister, ni entrer en une plus grande vérification sur les registres ; que constamment c'étaient toutes dépenses privilégiées; que M. Charon en avait touché une partie, qu'encore qu'il fQt oncle de sa partie, il s'en rapportait à ses registres; que le trésorier de la Reine mère, celui des gattles, des chevau-légers et autres, pour dépensés privilégiées ^ en avaient touché les deniers à point nommé ; qu'il était si assuré de ce qu'il disait, et que les dépenses qui s'étaient trouvées à l'épargne avaient été acquittées, qu'il n'y avait qui que ce flllt dans le royaume de tous ces assignés qui pût représenter un billet de 100 francs, et qu'ainsi il allait bien qu'ils eussent été nécessairement acquittés^ et conséquemment il prouvait que tout avait été payé, et que l'on b'avaiit point diverti de fOnds ; que M. Cbamillart n'ayant point fait de dlfacolUi il neeroyait {Ms que personne en ptït fairt, que néaa-

moins il était prêt à répondre à tout, et qu'il s'assurait qu'il rétaterait toutes les objections qui lui seraient faites; qu'il ne saTait» l'on concevait ce qu'il proposait, mais qu'il offrait d'en donner, s! l'on voulait, de plus amples explications; qu'il était accusé de péculat, qu'il ue pouvait s'en mCme justifier qu'en faisant voir l'emploi des deniers; qu'il avait été établi surintendant pour administrer les finances du Roi en la manière qu'il le jugerait le piusi propos ; qu'il a pris la conduite la plus convenable au temps ob loul se devait faire avec empressement pour le bien de l'État, etoi l'observation des formalités aurait été préjudiciable; que l'onlni objectait que l'on aurait pu abuser des décharges, mais que cela n'était plus que l'intention d'un commis que l'on conjecturait, qu'au plus c'était un crime de confusion qui ne serait pas un grand crime; que Bruant d'ailleurs pourrait assez se défendre de cette confusion que l'on lui imputait; qu'il avait vu le danger qu'il arait couru en 1658, lorsque lui qui parle fut réduit à l'extrémité de maladie, que l'on pensa l'arrêter prisonnier pour les promesses qu'il avait données à l'épargne; que ce risque l'avait rendu plus précaotionné, et lui avait fait porter de mauvaises décharges à l'épa^ pour retirer ses promesses , mais que ce n'était qu'une espèce de dépôt jusqu'à ce que les bonnes décharges eussent été rapportées; que toute cette confusion n'avait procédé que d'empressemenl; que ce n'était qu'une simple transposition; que M. le cardinal écrivait, qu'il fallait lui obéir, qu'il avait produit une lettre deH.lt cardînalàLe Bas, pour raison d'une somme de l,200,000lîv., dont : Le Bas n'avait pas rapporté de décharge ; l'on n'avait qu'un petit i mémoire, mais Le Bas était un homme de bon compte et aisé, l'on s'y fiait, et il ne s'est point trouvé de mécompte; qu'il avait dit celi i par ses écritures; que M. le procureur général ne les avait poinl formellement contredites, et qu'ainsi il en était demeuré d'accord. Dans l'empressement des affaires, et lorsque M. le cardinal demandait de tous cOtés de l'argent dans les plus grands besoins de l'Étal, il n'y avait que deux voies à tenir, ou que lui qui parle emprunUl pour fùre des avances comme il a fait, lorsqu'il n'y avait point d'a^ gent & l'épargne , ou que les deniers se prissent sur les fonds dv Roi; qu'en cela on n'a point observé les formes; mais quec'étaitb réalité qui faisait le crime, et non pas l'interversion d'une formalité; que l'on prenait à l'épargne ordinairement des promesses im» échues qu'il fallait négocier; que ces sortes de ménagements ébiml

longs et pénibles; qu'il fallait da temps pour les coavertir eu argent; que cependant il en fallait donner comptant, et porter en retirant Jes promesses des décharges à l'épargne; mais, dit-on, il fallait laisser ces promesses à l'épargne et laisser au trésorier le soin de les négocier; que cela est proprement une illusion, que ce n'était point du ministère du trésorier de l'épargne de négocier les promesses qui n'étaient payables ordinairement qu'à longs jours, et quelquefois que dans deux années.

Midi sonné, M. le chancelier lut a dit qu'il vit s'il pouvait finir ses réponses sur cet article, sinon qu'il fallait remettre ce qu'il avait à dire au lendemain.

L'accusé a ajouté qu'un trésorier ne pouvait faire de poursuite qu'après l'échéance des promesses, mais cependant qu'il fallait de l'argent comptant; que Bruant ayant entre les mains les promesses du traitant, on le pressait de faire un prêt, et l'on faisait en sorte, par toutes sortes d'expédients, de trouver de l'argent et de satisfaire aux empressements de M. le cardinal, mais que toutes ces choses n'étaient pas du ministère du trésorier de l'épai^ne, et qu'il fallaitemployerdiversespersonnes, enmëme temps, à même effet; car quand il s'agissait de servir, il ne laissait rien d'intenté, pouvant dire que jamais personne n'eut plus de zèle *.

chambhb de nisncE, a l'arsenai., du mercredi 3 décembre 1664, mr les 9 heures et demie du matin.

M. Foucquet mandé aussitôt, et mis sur la sellette, après ses protestations, et avoir refusé de prêter serment, de ce faire par trois fois interpellé.

Lui a été dit que le procureur général mettait en fait que le nommé Cauvin comptant au conseil d'un traité par lui fait, et qui avait~ét£^p£Toqué, avait rapporté une ordonnance de remise de 200,000 liv., laquelle avait été réduite à 40,000 liv., à proportion de l'exécution du traité, que le surplus des billets, montant à 160,000 liv., avait été rapporté et mis entre les mains de Bruant,

1. a II puU deui hearet et un quut, dit <l'Orffl«£U)n, ■«ni ï'émoavoir ni «'mdiMrrMMr, ni perdre une ralion k son Minliga. n — ■ Notre cher et millieareai uni, écriTilt midania de Sévigad, > parlé deux boum ce matin, mais «1 admirabtemeat liiM qoe pluiieun n'ont pa t'eapiclier do l'admirer. ■

3S8 POUCQUET.

qu'encore qu'ils demeurassent mutiles, et qu'il» dussent 6tre ngdus, et le comptant d'autant déchargé, néanmoins l'on en iniil depuis abusé, et que l'on les avait réassignés, et oonsqmmét par le moyen d'iceux les bons fonds dultoi.

L'accusé a demandé la liberté d'acbever ce qu'il avait à dira sur lefaitde l'ordonnance des six millions, el néanmoins, pour donner auparavant l'éclaircissement du fait qui lui était proposé, a dit qu'il avait été confronté à cinq témoins qui ont déposé sur ce fail, qui tous se rapportent h Haîssat', lequel est reprochable pour avoir conservé du ressentiment d'avoir été mis prisonnier h la Bastille de l'ordre de lui qui parle, sans la participation de M. le chancelier; qu'il a déposé de son fait, et a été appelé par Beirier au conseil de ceux qui ont été employés puur perdre le répondant, qu'il a été consulté comme ennemi sur ce qui se pourrait faire, que c'était un homme de néant, qui avait fait fortune par des vmi» extraordinaires, et lequel, comme s'il eilt été im prince du ean|, s'était senti fort olfensé d'une taxe qui avait été faite sur lui comme sur les autres greffiers du conseil, qu'il en avait éclaté, tenu des discours insolents et séditieux, et tels qu'ils méritaient châtiment exemplaire, que lui qui parle en avait informé M. le cardia»! qui avait trouvé bon que l'on le mit à la Bastille; qup liaiss^l, témcùn reprochable avait dit faux, et autre chose que n'avait dit M. Mario, qui est celui qui avait examiné le traité de Cauvin. Que M. Marin uvnit été commis poi|r en|epdrf le popiplc i|e C<iuvin, il avait eu une remise de 200,000 liv. qui fut réduite à iO,000 à proportion de l'exécution de son traité; que M. Marin avait dit par sa déposition que les 1CQ,Û00 liv. de billçls restants furent r^Riis à Berrier, que Berrier dit par :>a dépositioi) qu'il avajt rcrnis les hilleM ■ M. Hervart. Mais en quelques mains qu'aient passé ces billets, c'était Mqissal qpi en avait plutût que IfiUt autre pu abuser, parce que c'est lui qqi a été obligé de les suivre et de voir ce qu'ils de- Tiendraiept, puisqu'il était traitant et qu'il ep demeurait à touJQuri responsable; queMonnerot avait fait |a mDme chose dans unç semblable occasion, qu'il avait fait sorpEpcr M- de G'iénégaud de décharger des billets, p^ircc qu'il savait bien qu'il en ét^it tenu. Cependant que Maissat n'avait tait aucune diligence pour rapporter ces billets, el ne s'en était souvenu que depuis que lui qui parle

1. Il a été quesiioD de HaiHRt dwu la premier valonw, P- SSf.

FouCQypT, m

avait été fait pnsoDnier, qqi était une preuve qu'i) savait ce qu'ils étaient derenus. RoUpt, cammis de M-. Quéi^égaud, av^it dit qu'ils n'avaient poinl été rapportés q) décl^argés; que MM. Pancet et Reûar, commissaires, pouvaient dire que Crqyn, marphaudi ^^^tt dit à la confrontation que s'étant inrormé de Maissat, gifi ét^if chargé de cette alTaire, de ce qiie les billets pouvaient être de^^ ifus, qu'il leur avait dit qu'ils ne s'eq missent point fa peine, ^t que tout irait bien. Que H. Hervart, lequel dans la multitude des pilaires, avait égaré tant de billets, pouvait bien avoir ég^ré csuiici, ou plutôt que La Guillauiiiie, son commis, les avait confié^ jt Maissat son compagnon d'once. Qu'ep prenant les choses au pir«, M. Marin avait mis ces hiHets es mains de Bernard pour les porter à M. Hervart, qu'ils peuvent avoir été égarés, savoir si par M> Hervart, Bernard, Maraud^ pu aptr^s, cela ne se vpyait point; que ce qui est de plus coniil(int est que ces tiillels n'avaient point été réformés et n'avaient r|ep ppii^qqimé ; que pe n'était rien, et qu'il ^e vcrrajt pas ce qui efi potivaU Être imputé à lui qui parle.

U- le pl)9l)celjer lui a d^m^ndé s'il avait enpore quelque chose à dire sur le fait des Ei:^ ntîHiOfli.

^4 'accusé ^ dit qq'tl croï^it n'avoir pqs sufâsananient satisfait «u mémoire trouvé dans les papiers de Bruant; qu'il avait (Jonc à r-epréseqter à la compag()ie que si les deiiiers du Roi avaient été pmiiloyés à |cur usage, il n'y avait aucun divertissemept; qu'il était facile de faire voir qu'ils avaient été employés gour les affaires du Hoi, et conséqueipiqent que l'on ne pouvait imputer qu'ils eusstiqt été divertis, et là-dessus, après ^vqjr fait upe récapitulation de pe qu'il avait dit sur ce fait le jour précédepti >{ ^ igouté qu'il avait prouvé, par le procès-verbal des billals qui subsistent, et par les propres pièces de M. le procureur général, que les deniers du Roi avaient i;lé employésà leur usage, Qu'il avait produit un extrait par lui certilic véritable des sommes actuellepient payées pour le lloi pour l,oOO et tant de mille livres, et que si M- le procureur général pouvait rapporter un billet de 100 liv. de toute cette somme, il se soumettait à tout ce que l'on voudrait ordonner; qu'il ^vait fait plus, et avait demandé & la chamt>re qu'il lui fût permis de compulser les comptes des comptables, que U- le procureur général l'avait empSché. qu'il étftit étrange qu'oa lui deniandàt un compte général de toutes fboses que l'on ne voulait pas que l'on p^t deip^uder aux subalterpes; que l'on avait joint sa

requête, qu'il avait fait ce qui était de lui pour rapporter la preuve des faits par lui mis eu avaot ; que puisque la cbambre avait joint cette requête, c'était qu'elle n'avait pas douté de la preuve, et qu'il avait offert de faire toute diligence, mais que M. le procurenr géuéraU'avait empêché, et partant l'on pouvait conclure que les deniers du Roi avaient été employés en bonnes dépenses e, qne M. le procureur général en demeurait d'accord. Que H. le procureur général, qui est forcé d'abandonner le fond, se retranche à la forme, que de là l'on peut encore conclure que le péculat en esl dehors, et que le procès n'est plus qu'une affaire de formalité, mais qu'il ne s'y trouvera pas de grandes difficultés, et il lui est facile de les résoudre. M. le procureur général, dans la forme, objecte trois choses : l'une, que les billets qui sont rapportés ne sont pas de J659, qu'il y en a des années précédentes et suivantes; l'autre, que Bruant avait d'autres décharges, témoin l'état des 4 miU lions de billets et quittances de l'épargne trouvé dans ses papiers, et qu'il n'avait qu'à les rapporter; et la troisième, d'où pouvait procéder que depuis 59 jusqu'en 1661 , ces mauvaises décharges n'avaient pas été retirées, et les bonnes portées à la place, et les choses remises daas l'ordre, et que celafEusait voir que ces bonnes décharges n'étaient retenues que pour en abuser. Qu'il répondait encore une fois que cela n'était que formalité, et ne concluait pas que les dépenses n'eussent pas été acquittées ; que les dépenses ae sont pas acquittées si promptement, quelquefois d'une année à l'autre, comme les appointements de messieurs du parlement, et qu'ainsi les billets en sont retardés ; pour ce qui est des billets po^ teneurs, que M. Chamillart se méprenait en ce qu'il avait dit que les dépenses étaient de l'année 1660, car les billets de 1400 et tant de mille livres de l'exercice de M. de La Baziniëre étaient d'octobre 1659; que ce million est encore prouvé être de 1659, que cela o'empèchait pas que les dépenses postérieures ne fussent encore bonnes pour 59; que, pour l'éclaircissement du fait, il proposen un exemple, et qu'il fdUait poser que pour les augmentations de gages aux secrétaires du Roi, en 1630, il fallait des déchaînes des deniei-s qui avaient été délivrés. L'ordre de M. le cardinal est de donner à Picon 400,000 liv,, il reçoit la partie et promet de donner des décharges, celles qu'il rapporte ensuite sânt de 60; cependant c'est pour porter à l'épargne de 16B9. Cet ordre, qui parait une confusion, provenait de ce qu'il fallait commencer par

FOOCQUET. 3U

fouroir de l'argent, et puis l'on rapportait à loisir les décharges. Que M. )e cardinal voulait que l'argent pass&l par les mains de ses gens; que, pour tirer de l'argent de l'épargne, il fallait des décharges, que celles que l'oo fournissait ne pouvaient être les bonnes parce qu'elles n'étaient pas encore fournies; et n'était pas possible qu'elles le fussent quelquefois que de bien longtemps après; rien de plus certain qu'il fallait mettre tant par mois entre les mains de Le Bas et autres, qui ne donnaient que des promesses de rapporter des déchaînes, desimpies reçus, et bien souvent de petits mémoires, que cela est démonstratif et prouvé au procès par un billet; produit par lui qui parle, écrit par M . le cardinal à fiernard, par lequel il le prie de fournir cette somme pour laquelle l'on lui ferait promesse de rapporter des décharges; que cela n'était doue que de pure formalité, puisque les décharges de 60 pouvaient Être bonnes pour remplacer celles de S9. Quant au mémoire de Bruant, qui faisait.la seconde objection de M. le procureur général, que cela n'était pas encore difficulté, qu'il y avait suffisamment répondu par ses écritures, mais qu'il en avait une autre preuve qui est que ces billets mentiounés en l'état de Bruant appartenaient à lui qui parle, et ne pouvaient £tre engagés à l'épargne pour le Roi ; qu'il ât retirer de M. Pagel, conseiller au grand conseil, les billets de Gobin pour 660,000 liv.; que ledit sieur Paget voyant que l'on faisait le procès à Gobin qui s'était absenté, après avoir vendu les billets de la remise d'un traité auquel il n'avait point satisfait, vint et dit qu'il avait fait les avances pour Oobin, lequel lui avait engagé ces billets; l'on entra en composition, ces billets furent retirés, ils appartenaient à lui qui parle et avaient été assignés sur de bons fonds pour le remboursement de ses avances, et ne pouvaient pas être conséquemment portés à l'épargne pour les alTaires du Roi.

M. le chancelier loi a demandé si ces billets lui avaient été donnés pour son remboursement, qu'ils y étaient, où eu était la preuve.

L'accusé a répondu que cela était une autre chose, qu'il avait envoyé à M. le cardinal le mémoire de ses avances, que cela paraissait par les lettres de Bruant qui tirait des décharges; c'était les siennes, qu'il en avait parlé à Sùnt-Jean de Luz, à M. le cardi- ■ nal, et que c'était de cela qu'il lui avait envoyé l'état et qu'il en était fait mention dans les lettres de Bruant. Que Tafus avait dit

gîte Bruant avajl 4eux registres, que Tun coDcernait le' affaires du Roi, et rai)tre ses alTaires particulières; que, dans celui qui coDcer- Dttit les aO^ires 4ii ^o\, toutes s^ avances et reroboursemenU s'j tFQiivaieiit employés, que l'on l'a diverti et fait divertir par Talus, que l'on avait gagn^, qui s'avait représenté que ce qu'on avaitvoulu, que rpn avmt supprimé le reste, que l'on n'a pas voulu faire paraître gQH interrogatoire, et que lui qui parle l'avait fait interroger sur faits et articles au parlement et avait la preuvn des registres doot il parle, qui ne lui ont point été représentés; que U lettre de Ltapine qu'il a produite fait voir que M. le cardinal avait reçu l'état de tontes les avances et rembour^ementa de lut qui parle, et est prouvé par là que ces assignations étaient i. lui, et ainsi que Bruant (car en cela il ne s'agit que de son fait) n'aurait pas porté k l'épargne des billets qui auraient appartenu à lui qui répond.

M. le chancelier lui a dit que ces billets donc lui appartienoeat.

Non pas tous, a répondu l'accusé, mais la plupart, et parlim que Bruant ne les devait pas porter à l'épargne ; qu'il revenait dpnc h la troisième objection qui lui était faite, qui était j^ouiquoi en t661 les décharges de 1659 étaient encore portées à l'épargne; qu'il répondait qup tout ce qui paraissait pouvoir être fait eo bien peu de temps ne s'achevait pas si vite, que tel procès, que l'on croyait terminé en trois mois, avait duré trois années, que cela se tfoyait dans le sien, auquel toutes les puissances s'acbarnaienl pomme à la conquôte d'une partie de l'Europe; cependant l'on s'était trompé dans le calcul, et que, si lui qui parle n'avait donné lea mains, l'affaire n'était pas en termes d'être sitM dnie- Qu'en la plupart des affaires il se Irquvait des difficultés imprévues qui en élQÎgpaient l'exécution, qu'en celles de l'aliéuation des 1 ,300,000 lir. de rentes sur les tailles, U. l'aget n'avait pas fait ce dont il s'ét^i chargé.

M. le chancelier lui a dit qu'il avait retenu pour lui, e( distribué à ses amis et h ses commis, des contrats de cette consUHitiou pour sommes considérables.

L'accusé a répondu qu'il avait à produire là-dessus, ip^is qqe le Boi ayant témoigné désirer que l'on avanc&t le procès, il le fallait satisfaire; qu'il avait encore à demander qu'il fût interrogé sur chaque fait, et que la compagnie ne lit aucun fpqdemept que sur ceus sur lesquels il aurait été interrogé. Que ces 1,200,000 lîv. de rentes devaient éln distribuées aux particuliers, à la décharge

du Rai; qu'il est vrai gii« ses pafqiqiB ayant des fis^jgDjklipiig oQiip leurs appointemenls et gHges dit conseil, que I'od a dp tops teinps accotitiimé de leur donD^r, il leur avHÎt 4éljvré, au Iiei4 d'argept comptant, ds ces contrats, qu'il en avait aussi pris pour «ssifronce de quelques renaboursements qui lui étaient *lus; qu'il n'avait pas entendu qu'il lui demeurnssent, sachant mieux que tout autre que cette marchandise n'est pas houne; qu'il l'avait dit par ses écritures et l'avait depuis vu ijans un mémoire p^ir lui produit stir les quatre prêts, dans lequel il avait ipis un nota qu'il ne prétendait pas cooEominer ces a&signaliqns sur ce fonds; qu'il ne l'avait pris que pour s'assurer des &0D,000 liv. qui lui éf^iient dues ; qu'il l'avait mandé à M. le cardinal, que depuis il ^vait eu d'autres fissignatioQS et qu'il avait distribué ces contrats à M. de Lionne et autres personnes h qui le Roi deyajt. Qu'il avait demandé d'en faire la preuve, et qu'il s'était bien voulu charger d'en rapporter la vériScation, qu'il l'avait olTert en présence de MM. les cquiipissaires, et que M. Cbamillart avait dit que cela était bou, d'oii il s'ensuivait que les 1,200,000 liv. n'étant pas consominéea, il était impossible de retirer les 1,400,000 liv. ni faire décharger le comptait; qu'il y avait encore un petit mot à dire là-dessus, qui él;tit que M. le procureur général prétendait que l'on ei)t Cfinsommé d'autres fonds pour ces bonnes décharges, et que c'était à quoi le procureur général s'était réduit, qu'il répondait que cela éjait impossible, pftrce que, dés le jour que le Hoi avait donué à M. Qolhprt la 0pii}D|i^s)PU de l'épargne, lui qui parle avait formé son registre et y avait fnit enregistrer tous les fonds et les avances p^r lui faites. Qu'il qe se Irouverait pas qu'il y eût fait comprendre aucune de Ces décharge qu'il rapporte, parce qu'elles n'étaient oonservées que pour les porter à l'épargne ; que le Roi voyait tout fit ord<4nnait de tout) et qu'il n'y a pas d'apparence qu'il eût voulu proposer ces décharges pour les faiie passer; qu'il avait toujours demandé) et avec de grandes instances, que M. Colbert représentât son rfigistre, qu'il prendrait droit par icelui, que l'on ne l'avait pa^ voulu faire. Que H. le procureur général avait ajouté qu'il aurait été impossible de retirer de l'épai^ne les mauvaises décharges qui y avaient été portées, parce qu'elles avaient été converties ep quittances comptables ou en remise, et que, la chose étant entiéremepl copsoipmée, il n'y avait plus de retour. Qu'il fallait que M. 1« procureur gépéral parUt contre son sens» n'y ayant point d'apparence que lui, qui

3U FOL'CQUET.

avait si longtemps étudié les registres de l'épargne, eût voulu dire cela sérieusement, que l'on sait qu'il s'ordonne tons les jours au conseil, que lorsque l'on rapporte des billets, les quittances en seront d'aulant déchargées, de même des remises dont on décbai^e chaque jour les comptants et peuvent être portées dans d'autres épargnes; il ne fallait qu'en mettre un article dans le comptant, deux lignes en eussent fait l'affaire, en insérant : il a été apport/ pour 600,000 lie. de billett, partant le comptant demeurant d'antant déchargé; qu'il en avait rapporté un exemple de 900,000 lit., que si quelqu'un de messieurs avait quelques difficultés à lui taire sur cet article, il y satisferait bien volontiers.

M. le chancelier lui a dit que partie de ces billets avait passé en remise chez M. de Guénégaud, dont on ne voyait point l'emploi.

L'accUsé a répondu que cela n'était pas ce qu'avait dit M. le procureur général, que l'on avait fixé à 4 millions la consommation, que peut-être il y avait d'autres billets passés en remise qoe l'on ne voyait pas.

M. le chancelier a ajouté que l'on n'en voyait pas l'emploi.

Répondu par l'accusé que c'était à l'accusation de prouver et de faire voir que cela avait fait une consommation.

Répliqué par M. le chancelier que l'on ne voyait pas l'emploi utile.

A été répondu par l'accusé que la raison pourquoi l'on ne voyait pas, c'était que peut-être MM. Hervart, Berrier et Tabouret, qui en pouvaient être chargés, les gardaient; mais que cela ne faisait rien contre lui, qu'il fallait prouver, et qu'en toute chose la preure demeurait courte.

M. le chancelier, passant à un antre chef d'accusation, lui a dit que le procureur général l'accusait encore d'avoir fait des dépenses et profusions extraordinaires pendant sa surintendance, en acquisitions, en sa table, en ses domestiques, en gratifications pour ses parents, amis et créatures, que cela paraissait par les trente-sepi comptes de Bernard dont la recette se montait à 23,117,280 llv. 11 sols qui sont pour 3 ans et 10 mois, savoir depuis celui de lévrier 16S3 jusqu'au dernier décembre 1656; que de cette somme il ne s'en trouvait que pour 3,318,283 liv. 3 sols d'appointements et gages, et 210,066 liv. pour intérêts des sommes portées k l'épargne; que presque tout le surplus, qui monte à 19,228,200 liv., est composé de billets de l'épargne, d'ordonnances de comptant et de

sommes reçues des traitants et gens d'aflkîres ; que de cette somme de 23,117,280 liv. 11 sols il parait avotrété consommé, savoir : en remboursement de rentes et arrérages payés 5,147,783 liv. ; en deniers payés à des particuliers et gens d'alTaires pour sommes qui avaient été empruntées d'eus, 1,512,050 liv.; en deniers distribués à divers particuliers, particulièrement à personnes de cour, sans que la cause des payements y soit expliquée, 2,967,241 liv.; en deniers payés à lui accusé, et à la dame sa femme, ou payée par l'ordre, 1,393,175 liv. ; en deniers payés, tant pour dépenses domestiques que pour acbat de meubles, parties de marchands et ouvrages faits dans les maisons de Paris et autres dépenses de ses maisons de Belle-Isle et autres dépenses, 680,628 liv.; en dépenses pour Saint-Mandé, 327,606 liv.; en acquisitions, 180,955 liv. Que de Lorme avait reçu et déboursé de notables sommes pour lui aocusé ; que Bruant avait reçu plus de 100 millions de livres par chacune des années 1658,69,60,61, suivant les déclarations et interrogatoires des trésoriers de l'épargne, qui' ont déclaré n'avoir fait que très-peu de maniement pendant les années de leur exercice, et que de cela il ne se voyait aucun registre de recette et de dépense, ni autres comptes '.

L'accusé a répondu qu'il avait satisfait à toutes ces choses par les défenses; qu'il demeurait d'accord qu'il avait fait de la dépense, et peut-être trop ; qu'il avait eu tort, qu'il en avait dit les motifs par ses premières réponses, qu'il ne les répéterait pas; qu'il avait partout constamment soutenu qu'il n'avait point employé les deniers du Roi à ses usages particuliers; que tous ses commis avaient dit la même chose, Bernard , Delorme et Pellisson , auparavant qu'ils puissent avoir communication ni pu savoir ce que lui accusé avait pu dire, ou ce que les uns et les autres avaient dit; que pour les billets de l'épargne, qu'ils avaient procédé du Roi, mais n'étaient plus au Roi, mais à des particuliers, des mains desquels ils avaient passé en celles de lui qui parlait, par le moyeu du payement qu'il eii avait fait, ou lui avaient été donnés directement pour remboursement d'avances qu'il avait faites pour le Roi.

M. le chancelier lui a demandé comment i! justifiait que ces billets fussent à lui.

L'accusé a répondu qu'il suffisait qu'ils fussent entre ses mains

1. Le copiste de Poaeaut * fait dw errenn dua cm chiffrei qal les rendent InintelH|ÂU«t.

et Uë Hb^éiit recUmés de përsotané pDilr {itôUVér quIlB fussent à lui, QU'dtitrettient il faudrait taiit une TériBcotion ft l'ét)hrgbe, qu'uU exetnple pbUTait.éclâircir cette vérité : donnAtit an trésorier dé l^Mtraoï-diliaite des guerres une somme de 100,000 lit.. iU retiré le billet; que le porteur eh est le maître et prësutné ed avoir fait te payement, ces choses ii'a;aitt AUciioe suite. Beroahl donne k M; de Motet une somme de 30,000 liv. qui lui est due par assignation ■ que dbnUe M. de Morêt? Soti billet de l'épargne senlemehl,cSla suffit; et, par ce moyen, le porteur demeuré créancier du lU)i ; il ne se t)arle ni de cession ni de formalité pour les affaires de cette qualité, él d'ailleurs (Juelle jUsUfitatîon poutrait-on présenleineht rappol'tcr, les billets it'ëtant pltis en nature ; qu'il y atail une difTér^ncé entre les somttiei qU! se (layent comptant aux assignés pout^ dépenses privilégiées, dont bh pi-end les billets [tour leur faire plaisir, et les poHeUta de billets t-éioqués; t}ue cette Révocation est un terihc ei ùile borne ^ui dteht Ife coUrs au billet, il fïut ta venir à Une vérîHcatiOn, dbs commissaires sont nommés, on garde des formes, mais en autre tas il sufHl de dire pour être cm, cela ne saurait avoir de réplique.

M. le cbancelier lui a dit que par ce qu'il venait de dire il semblait qu'il fil l'épdrgné chez lui, puisqu'ati lieu de faire payer les assignés à l'épargne, c'étaient Ses comdiis qUi en faisaient le paye^ ttJent

L'accti^é à répondu que cela ne se pouvait appeler faire l'épargne, t}u*àutremenl tout homme qui aurait prêté au Roi, bt pris & l'épargne des t)romesses d'un traitant pour sbn remboursement, iliirâit fait l'épargne : (}ue lès t;omptés de bernard prouvent ùtie partie dés prtts utils pat- lui qui parle. Il S'y voit des soiiltnes de 100,000 liv. tout d'ub article pour intérêts i>ayés à des particuliers, cela fait toir que le principal était dfl, et quand l'on avait ramassé toutes ces Sommes, elles se trouvaient monter plus baut que les etSeis tfni avaient jprocêdé du Roi ; que, dans ces mêmes Comptes, il était f;iit mention d'un prêt àù trois millions, dans lequel M. 6ervien avait intérêt; que paKië des billets pûrtée par ses comptes lui avait ëté donnée pour son rcmboursetnent, que Bernard l'avait dit, et lui av^t été confronté, que cela en nul cas ne se pouvait dire aVoir fait l'épargne, qu'âuti-ebienl tout homme qui aurait eu quelque <^se k prendre à l'épargne pourrait être accusé de l'avoir faite.

M. le chancelier lui a dit que les deniers, qu'il disait avctir en-

FOtltQUÈt- ^7

pHinl)^ poilf p^jrer lès ^Urticaliera et àciqûitte^ tés dettes âU Aoi, avaiéiit, comhlé il le lui a diéjà Tait dbsbt^et-, élé Ébspluyëâ 1 ièi dépenses dotUestiqiles, à celle de ses bâtinaetits, Qd'il n'avail point eu assez de bien de son patrimoine pour fournil' ï toutes ces dg- [lËnses.

L'accusé A dit que s'il a^It emprunté, qu'il le devait, bii qu'il l'anit payé, QU'U aMit quelques teis prêté jusqu'à 2,000,000 de liv. ad Roi ; qu'il montnel-ait bien d'bù tela étail prOvertu; mais qu'if était Indifférent s'il élÂitderaeni^ eudettâ âu non, cela n'importe pas au Roi; qu'il y avait dlhs IPB Cortiples de Bernard pour 3 bti 4 iDitlidtls d'avabces procédant des dëbtët^ marqués \nt ces tneHies corapleS àVoir élé temprUntés, de dire de qui, cela ne SBiTait de rien au procès ; qu'il lui satisfaisait de le dtl'e ; qile, si d'tin cftlé l'bti lui faisait Voit qo'il aVait fed des effets du Boi , Il ihohttTiràit de l'autre qu'il avAit davantage avâilté; qu'il ivait fait des dëpehsÉs, mais que ses appointements et revenus montaient pibs baiit l^ue tes dt'pcnsés; qiie M. liî prociiréur général he cDnlreilisait rien à cela, mais disait les choses en général ; ^ue lui qtii parle mOntl^il tih total plus graild d'avarices que lé i^ihboiirserticnt ; que cela lui suffisait ; de dire tiue Bernatd avait fait l'épargrit parte qiie, en qUatre années, lui qui parle avait prêté 6,000,000 de Uv. au Roi , t'était Irès-mal concibrë.

M. M chancelier liii a dit qlië Ti. IB ^rocùréut- géhéral lui Objectait (tué ses commis avaient acquitté des assignations des dettes aii RDI, et qde c'était faire l'épargne.

L'accusé a répondu qu'il en avait teU l'ordre, qu'il l'avaii fâtt «fHclfeiwctttént, et que Ifes assignés étaient venus & lui, des orficiers de l'armée et autres personnes privilégiées, que Is retardement dfe leur Jlâyeriient poutrail préjudicierau service du Roi; qu'il avait été audevant, avait fait prendre iBUrs assïghations, et leur en aVait fait délivrer le contenu ; que cela s'appelait Être oPfltieiix et faire plâtsir; qu'il avait âiiné à rendre serviée toute sa vife; qu'il il'eh avait Jairiats laissé échapper d'occasion; qu'il le ferait encote S'il en avait le pouvoir; que teux qui lé persétutent ilë sont pas de cette humeur; iqu'ils ne la sauraient soiiit'rir en on autre, qu'ils lui en veulent faire un crime; que ii'est là leur seiitiiiient; que ce ne seK pas celui de la cbtopagnie.

M. le chancelier lai a dit que les promesses des traitants dèvaieht être payées à l'épargne.

L'accusé a répondu que lorsqu'un homme faisait un prêt au Roi d'un million, et qu'on avait assigné son remboursement sur les promesses de marchands, il portait son argent à l'épai^e, et en reti> rait les promesses,

H. le chancelier lui a demandé par oil il paraissait qu'il eût été assigné, s'il y avait vérification ou liquidation de ses avances.

L'accusé a demandé ce que signiBait le mot de liquidation ; qa'U ne s'en était jamais parlé en de semblables affaires, et qu'il ne fallait point, par des termes inusités, abuser les esprits qui n'étaient pas versés dans les matières de finauces.

M. le chancelier lui a dit que des liquidations des finances étaient les ordonnances qui portaient que la finance de l'aliénation des socréa et cire avait été faite.

L'accusé a répondu qu'il s'agissait en cela de la finance d'un domaine qui doit être nécessairement liquidée pour parvenir i un remboursement.

H. le chancelier a poursuivi, disant qu'un homme qui viendrait dire qu'il lui est dû un million pour avances qu'il prétendrait avoir faites, n'en serait pas cru & sa parole ; mais qu'il serait obligé de faire voir quelles avances il aurait faites, et d'en faire faire la liquidation.

L'accusé a répondu que cela n'était pas son espèce, et que ceb n'avait jamais été fait, que l'on se moquerait d'un homme qui viendrait demander un million, il faudrait qu'il eût des prétentions bien établies, qu'il les représentât pour en demeurer d'accord, et pour voir à sou remboursement s'il était jugé raisonnable; mais que l'espèce était d'un homme qui porte droit son aident à l'épargne, auquel il ne fallait point de liquidation pour cela.

M. le chancelier lui a demandé comment il paraissait qu'il eût porté à l'épargne toutes les avances, ainsi qu'il le prétendait?

L'accusé arépondu qu'un homme portant deux millions à ré[Wgne, l'on lui donnait une ordonnance avec une quittance on des billets; que c'était là une fort bonne liquidation ; qu'il n'avait jamait oui parler de liquidation , sinon pour les vieilles dettes du Roi, comme pour les prêts de 1648, qui furent révoqués; que, si c'était taire l'épargne, le maniement aurait été de 100 ou 80 millions ai moins ; qu'il ne s'en était trouvé que pour cinq pour avances faites & diverses personnes auxquelles il aurait été fort aise de rendre service.

M. le chancelier lui a dit que la recette des quatre registres de Tafus montait à 16,680,047 liv. 2 sols 6 deniers , depuis le 17. mai 1657 jusqu'au 14 août 1661, qui sont 4 ans, 3 mois et 27 jours; que la plus grande partie de cette recette est composée de sommes reçues des fermiers, traitants el gens d'affaires ; que de cette somme il n'y en avait pas 800,000 liv. payées pour les affaires du Roi, et le surplus, qui monte k plus de 15,500,000 liv., était pour les dépenses de Vaux, Saint-Mandé, Belle^sle, pour sa table, pensions et gratifications faites sans ordre du Roi, et pour deniers payés à ses commis pour des affaires particulières ; que par le registre de Vatel il y avait plus de 5 millions pour dépenses faites à Saint-Mandé et à Vaux; que les dépenses faites pour Belle-Isle montaient à plusieurs millions; qu'il avait déposé entre les mains de HM. du Harlay, Chanut, Clément, et à Beile-lsle et dans d'autres endroits, des sommes considérables; qu'il avait des meubles en toutes ses maisons d'un fort grand prix; qu'il avait aussi des billets de l'épargne pour plusieurs millions à lui appartenant, et des biens en diverses provinces de toutes natures, et que toutes ces dépenses et gratiltcatioDS portées dans les registres de Tafus avaient été faites sans ordre du Roi.

L'accusé a demandé si, dans les registres de Tafus, il était porté que ces dépenses eussent été faites sans ordre du Rot; qu'il ne pouvait redire de mémoire tout ce qu'il avait répondu par ses écritures là-dessus.

M. le cbaucelier lui a dit que dans ses registres il y avait 16 millions employés en recette, et 800,000 liv. seulement employées utilement pour le Roi, et le reste en des dépenses particulières.

L'accusé a répondu que cela était une illusion; qu'il n'entendait pas ce que signifiait dépenses particulières; que ces comptes se pouvaient dire des registres particuliers de Bruant, qui ne le regardaient point dn tout.

M. le chancellera ditque les comptes de Bruant le concem^ent, puisqu'ils ne concernaient autre que ses affaires.

L'accusé a répondu que ces comptes ne lui avaient pas été rendus, qu'il ne connaissait pas Tafus, qu'il ne l'avait jamais vu, que ces comptes pouvaient être bons à l'égard de Bruant et non pas au sien; que ce que l'on disait, que les deniers mentionnés par ses comptes procédaient des affaires du Roi, il le niait formellement, et qu'il faisait voir le contraire. Quand on voit dans ses registres

370 FODCQUËT.

qu'il a été reçu de Girardia de grandes sommes de deniers, il ne faut pas pour cela conclure que ce soient les deniers du Roi, miis des emprunts qu'il avait faits de Girardin sur les promesses de Im qui parle, qu'il lui devait tout d'un article une somme de 800,000 liv.; qu'il avait aussi emprunté de FaveroUe; qu'il devait à Passait, qu'il était fait mention de toutes ces parties dans les registres, et que cependant ces emprunts n'avaient rien de commun avec les affaires du Roi ; qu'il est justifié au procès qu'il avait emprunté de divers particuliers sous le nom de M. Jeannîn, auquel il avait donné son indemnité jusqu'à 1,400,000 liv., que H. Le Tellier en iTait prêté 50,000 écus, qu'il était ainsi porté par les registres ; que c'est à M. le procureur général à montrer que cela soit provenu des elTets du Roi; que lui parle avait emprunté, qu'il avait rendu; et que tous ces registres, ni en la forme ni au fond , ne pourraient faire de preuve.

M. le chancelier lui a dit qu'il eût à répondre aux dépenses bites dans ses maisons et en sa table , et en son domestique, et dei sommes données par Bruant et par Brunier, commis de Beringbeo, à Watel, son maître d'h&tel', qui montaient pour la seule dépense de sa table à 400,000 liv. par mois.

L'accusé a répondu qu'il voudrait que l'on prouv&t cette dépense de sa table, et que le mémoire de Brunier, commis de Beringhen, fut pour cela ; que Watel n'avait jamais hit la dépense de sa table ni de son domestique, que c'était Pouilly, mais que Watel avût fait des dépenses pour le Roi; que Walel était un homme intelligent, que H. Colbert le lui avait voulu débaucher pour le donner i M, le cardinal, qu'il se rapportait à lui *, s'il n'avait pas fait la dépense du duc de Mantoue et de la reine de Suède; qu'il avait porté de l'argent à M. le cardinal, que lui qui parle l'avait dit dans son interrogatoire; qu'il avait porté 8,000 pistoles au Roi étant & Toulouse, 2,000 à M. le cardinal, à Villacerf une autre somme considérable, que M. le procureur général voulait que tout cela fût pour la table de lui qui parle; que l'on avait produit un compte de Watel, pièce fort apocryphe, et néanmoins dans icelui la dépense des ouvriers parait avoir été faite par lui, d'où il résulte qu'il se mêlait de toute autre chose que delà tabledeluiqui parle; que l'oD

I. Vatel, c'e^t ce m&ltre d'hOtel du grand Condé, Bi râineui poar t'eue «aiddf parce que la niirés était en retard, a. Vatel »'âtait ritu^i en Aii|letarre.

fait monter sa dépense k des sommes fortes, d'autant qu'elles sont comptées deux ou trois fois ; qu'il y a des achats de meubles, qu'il a été obligé d'en avoir beaucoup, parce qu'il fallait souvent recevoir le Roi. Qu'à son retour des voyages il avait tenu les tables à Vincennes, pendant plusieurs jours ; qu'il en faisait de rnSme lors des négociations de Fueusaldagne ; que l'on a voulu qu'il ait traité souvent les Reines d'Angleterre. et de Suède, et les autres princes étrangers et personnes qualifiées qui sont venues dans le royaume, qu'il fallait qu'il eût des meubles convenables et particulièrement force vaisselle d'argent dans toutes ses maisons; que le ministre et le Iloi témoignaient de la bienveillance; qu'il faisait des efforts pour répondre avec honneur; que tout cela s'était fait aux dépens de lui qui parle, et avait monté à de grandes sommes ; qu'il avait fallu donner à M. le cardinal des t^ipisseries, que lui ayant ouï estimer une tapisserie qui était entre les mains de Goulaz, lui qui parle l'avait achetée 10,000 écns, et lui en avait fait présent, que c'est une de celles qu'il a léguées à la couronne ; mais qu'il fallait calculer, et voir s'il avait plus lire du Roi qu'avancé, pour le surplus calculer ce qui lui était resté au jour de sa détention, et ce qu'il doit; voir ce qu'il avait dépensé, que tout était dans les registres jusqu'aux voies de fumier, cela fait qu'il montrerait plus de bien dans ce qu'il devait et dans ses revenus qu'il disait, et que si les dépenses étaient folies, ce n'était pas un crime.

M. le chancelier lui a dit de reprendre aux dépenses de Belle- Isle.

L'accusé a dit qu'il avait répondu, par ses écritures, à la procédure que l'on avait tenue contre lui, pour prouver la dépense de Belle-Isle; que le choix du baron de La Maule pour commissaire était bien étrange; que l'on aurait bien pu employer M. deCbevigny qui était sur les lieux, homme de vertu; qu'il ne refuserait Jamais qu'un homme de ce caractère prit connaissance de ses affaires, mais que l'on avait affecté de se servir d'un homme qu'il avait fait condamner pour des violences qu'il avait commises; qu'il n'avait aocun caractère pour faire des informations, entendre des témoins, faire faire des toisés, et toutes les autres formabtés pour lesquelles il faut avoir un caractère qu'il n'a pas ; qu'il était vrai que l'on avait fait renouveler cette procédure par le lieutenant criminel d'Angers, que lui qui parle avait eu sujet d'appréhender qu'il ne fût prévenu, que les accusés craignaient tout, qu'il avait eu ses raisons qu'il avait

expliquées daDS ses écritures , et qu'il n'en voulait pas dire iv vantage. Que La Haule, après avoir fait le commissaire, amt mené ou sollicité des témoins, qu'il avait été présent i leurs déportions,

M. le chancelier lui a dit que les témoins avaient été récolês, et lui avaient été conTrontés.

L'accusé a répondu que c'était par là qu'il prenait droit pour faire voir les inductions et sollicitations du baron de La Haule, el sa présence lorsque les témoins ont été entendus; que l'estimaboD ne se pouvait soutenir, ayant été faite sans que personne de la part de lui qui parle ait été présent, qu'il en avait prouvé l'impossibilité, et qu'elle était détruite par des marchés portés par des contrats passés en bonne forme par-devant des notaires, dans un temps noa suspect; qu'il avait fait voir tout cela par ses écritures; que H. de Chouppes avait dit que tout ce que La Maule avait avancé était faui; que la véritable preuve des dépenses de Belle-lsle se pouvait voir dans les comptes de Deschaleaux, de Georges marchand à Nantes, de Prunier, de Pellisson, et quelque chose par les registres de Tafus; qu'il y a eu de fort grands ménagements qui ont été faits pour soulager les dépenses qui paraissent avoir été faites à Belte-lsle ; que l'on avait tiré de Bordeaux des matériaux, mais que l'on y avait porté des sardines et du vin en échange; que tout le blé qui crotl à Belle-Isle appartient au seigneur, qu'il a encore servi k faire une partie de la dépense, parce que l'on nourrissait les gens de journée; que le bois se prenait sur les terres de lui qui parle, qat les témoins l'avaient reconnu, et que la preuve que l'on rapportait, quoique nulle, justiSait tous les faits que lui qui parle avait avancés; et partant que ses revenus particuliers, ceux du bien de si femme, les appointements de toutes ses charges, les pensions qu'il avait eues du Hoi, et les gratifications, les jouissances des droits qu'il avait eus pour partie de ses remboursements, et toutes choses jointes ensemble pendant neuf années, jointes k ce qu'il devait, se trouveraient plus fortes que ses dépenses, à quelque somme qu'elles pussent monter; que c'était particulièrement à ses créanciers qu'il en devait répondre, mais de quelque ex^ntiou que l'on ait pu se servir, il ne s'y trouvera point de quoi faire un crime.

Midi sonné, et l'accusé ayant témoigné qu'il n'avait rien davantage à dire sur ces articles, M. le chancelier lui a dit de se relirer;

FOUCQDET. 373

ce qu'il a fait après avoir salué messieurs, et les avoir tous fort atteotîvemeat considérés.

M. Poucquet m'a dit, au sortir de la chambre, d'un visage assez ouvert, qu'il était mon serviteur, qu'il fallait distinguer ce qui était de son procès d'avec l'estime qu'il avait pour moi, et qu'il désirerait bien savoir comme il était dans mes bonnes grâces ; à quoi je lui ai répondu qu'il savait assez ce que je lui pouvais répondre làdessus, que cela valait mieux que toute autre explication que je lui pourrais faire.

Et m'informant de M. d'Artagnan de ce qu'il voyait de la situation présente de l'esprit de M. Poucquet, M. d'Artagnan m'a dit qu'il était toujours le même ; que M. Poucquet l'avait souvent assuré ' qu'il ne changerait point, qu'il le trouverait toujours égal en toutes choses, qu'il était résolu à tout ce qui lui pouvait arriver; qu'il prévoyait bien qu'il ne resterait plus pour demain que le crime d'État, et que si l'on lui demandait peu de chose il répondrait peu, et qu'il n'en aurait pas pour une bonne heure ; qu'il voyait bien, au surplus, que j'équivoquais et ne voulais point nouer de conversalioD avec lui.

dUXBKE D£ JUSTICE, A L'ABSENAL,

Du jeudi 4 décembre 1664, à 9 heures et demie du matin.

H. le chancelier ayant pris sa séance eu la manière accoutumée, et l'accusé maodé et mis sur la sellette, après ses protestations ordinaires et avoir refusé de lever la main et de prêter serment, de ce interpellé par trois fois, lui a dit qu'il était encore accusé d'un crime de lèse-majesté par M. le procureur général, fondé sur un écrit trouvé en sa maison de Saint-Mandé parmi ses papiers et par lui reconnu, contenant un projet de ce qu'il voulait être fait par ses proches et ses amis eu deux cas : l'un s'il venait à être arrêté prisonnier, et l'autre si l'on voulait lui faire son procès'.

Après quoi M. le chancelier, prenant un mémoire qui lui avait été donné par M. le procureur général, y a lu ce qui suit :

1. Nous tTODi eUimi npcrflu de reproduire ce mémoire, qui s éU imprimé plu- ■ieurs foU, et nolamment su ISSB^ dans le recueil du procès publlA en Holluide. Il lufflt de rappeler qae Foaeqnet y suit indiqué les mesures à prendre en eu d'H> reeutioD. Ou deTait s'enfermer dîna Belle-Isle, sauieTer les proTinces, et gagner ia

nQue ce projet médité à loisir faisait voir que, pour se procurer sa liberté et empf cher qa'oa ne pût iostruire son procès ou qu'il ne fût jugé, il avait conçu le dessein d'une rébellion ouverte, de soulever et attirer à son parti, contre celui du Roi, des gouverneurs de places et de provinces, des officiers des compagnies et des armées, des capitaines de navire et autres commandants en mer où il espérait allumer la guerre, et projetait de former la révolte dans tons les endroits du royaume, de publier des libelles diffamatoires contre le gouvernement, faire faire des remontrances par les {i^lements, prendre les deniers dans les recettes, les vaisseaux en mer pour en composer une armée navale, intéresser le clergé; que l'exécution consistait en quantité de démarches qu'il avait folles ou fait faire pour préparer son entreprise et disposer les choses suivant ses intentions; que lui accusé avait exécuté ce mémoire autant qu'il l'avait pu, avant qu'il eût été arrêté prisonnier; que ce n'était pas un simple dessein, ou le projet d'un dessein, que c'était un dessein formé, el formé avec application; que ce n'élait pas l'effet d'une passion violente ou d'un dépit secret, ni une chaleur qui se fût passée en un moment, et dont il se soit repenti aussitôt qu'il y a fait réflexion, mais que c'était un ouvrage de méditation écrit avec loisir et en des temps différents, et même en des temps éloignés ' ; qu'il parait même que, par une mauvaise persévérance, il avait toujours persisté dans ses pensées criminelles; qu'on en voyait des exécutions depuis la mort de M. le cardinal Mazarin, en un temps auquel tous ces nuages et ces vapeurs qui s'étaient élevés dans son esprit et qui avaient troublé son imagination devaient être entièrement dissipés. ■

Ce fait, M. le chancelier a dit que cet écrit était si considérable en toutes ses parties qu'il estimait à propos d'en faire la lecture à l'accusé, et m'a dit de le prendre et de le lire.

En commençant la lecture de cet écrit, l'accusé m*a interrompu pour dire à H. le chancelier que cette lecture lui paraissait inutile et extraordinaire, que l'on ne lui avait point lu les autres pièces du procès.

M. te chancelier lui a dit que les autres pièces du procès n'avaient peut-être pas paru aussi importantes que chaque article de celle-ci en avait paru considérable, et a ordonné de lire l'écrit; k

i. La première rédaclioa de ce projet teinble avoir été fuie en leSTi les addition» et les cbansemeiiu paraiuent avoir été opdrés de IWB i 1060.

qnoi satisfaisant, l'accasé m'a interrompu, disant que, puisque l'on voulait lire cet écrit, il voulait aussi de sa part lire sa production et les défenses qu'il avait fournies.

L'accusé s'étant aperçu que M. le chancelier avait sur son bureau l'imprimé figuré de cet écrit, lui dit qu'il était inouï qu'on eût imprimé des choses semblables.

M. le chancelier a reparti qu'il avait commencé lui-même tes impressions de son procès; qu'aflo de le rendre public il avait fait imprimer son procès sur une colonne, et ses réponses sur une autre.

L'accusé a reparti que c'était on raisonnement et un contredit qu'il avait bit imprimer, mais qu'il était inouï que l'on eût fait imprimer des piëcesd'un procès qui devaient être secrètes, et plus encore tous les chefs d'accusation d'un procès qui ne se commu* niquait jamais qu'après le jugement, car auparavant ce pourrait 6tre une difTamation qui ne devait pas être tolérée.

H. le chancelier lui a dit qu'il y. avait longtemps que l'impression en était faite, mais qu'elle n'avait point été distribuée, que messieurs le savaient.

L'accosé M répondu que l'impression d'une chose la rendait publique, el qu'il 7 avait plus de trois mois que l'on lui avait donné un de ces imprimés.

M, le chancelier m'apnt encore une fois dit de lire ce projet, la lecture en a été bite, pendant laquelle l'accusé a été remarqué avoir toujours eu les yeux sur un crucifix qu'il avait devant lui.

La lecture achevée, M. le chancelier lui a demandé s'il avait quelque chose à dire sur ce qui venait de lui être lu.

L'acousé a dit que le fruit qu'on s'était promis de la lecture de cet écrit avait été de lui faire recevoir la confusion de l'entendre lire, que rien n'en donnùt davantage aux hommes que de leur mettra devant les yeux leurs folies, qu'il avouait que c'en était une fort grande d'avoir composé cet écrit, que M. le chancelier s'était vouhi donner la satisfaction de le faire lire, , M. le chancelier loi a dit, en l'interrompant, que l'on n'avait pas eu cette pensée, mais que le procureur général avait considéré cette pièce comme la plus importante du procès; que lui, accusé, -avait dit qu'il suppliait la compagnie qo'il ne se fit point de raisonnements en son absence qui ne lui eussent été faits personnellement auparavant, et comme il y en avait à foire sur chaque arti-

de de cet écrit, la chambre avait jugé à propos de lui en ftjre la lecture. Que cet écrit portait des choses bien contraires à ce qu^il avait dit tant de fois à la compag:aie par ses interrogatoires : que jamais personne n'avait eu plus de zèle que lui pour le bien et la grandeur de l'État, qu'il avait sacrifié toutes choses pour le service du Roi, qu'il s'était jeté et ses amis dans des engagements infiniment au-delà de ses forces pour ne manquer pas aux plus pressants besoins, qu'il avait toujours couru au-devant et s'était exposé à tout sans en appréhender les événements, qu'il n'avait jamais rien eu déplus profondément gravé dans le cœur que l'amourpourlapersonoe du Roi, sa gloire et la prospérité de ses entreprises; que cependant cet écrit, qui contenait ses pensées plus intimes, tenait bien un autre langage, que l'on n'y voyait qu'un dessein de révolte et de sédition, qu'il n'y avait pas un mot qui ne fût significatif et criminel ; que son ambition Jui avait fait oublier les obligations qu'il avait au Roi et au ministre de l'avoir placé dans une des plus importantes charges ia royaume; que pour s'y maintenir, si l'on entreprenait de l'en ftter, il n'y avait rien qu'il n'eût projeté d'entreprendre : de débaucher des gouverneurs de places et de provinces, se saisir des deniers du Roi, se cantonner dans lies places fortes, les engager dans la révolte, prendre des vaisseaux, en composer des brûlots et des armées navales, faire des manifestes, rallumer la guerre civile, s'élever contre M. le cardinal son bienfaiteur; qu'Une se pouvait rien ajouter à ce projet, exécuté par l'accusé par l'acquisilâon de places, de charges et de gouvernenients, et les engagements de personnes qu'il avait attirées dam ses intérêts aux dépens des deniers du Roi qui lui avait confié l'administration de ses finances, et qu'il lui demandait après cela si ce projet n'était que fumée et s'il y pouvait ajouter quelque chose de plus.

L'accusé a dit qu'avant toutes choses il suppliait M. le chancelier de trouver bon qu'il réitérftt ses protestations contre l'incompétence de la chambre, qui n'avait pouvoir de connaître que des finances; qu'elle n'avait aucune attribution pour juger d'ua crime d'État, que l'édit de son établissement ne le portait point.

H. le chancelier lui a répliqué que toutes ces remontrances ou protestations avaient été dites et faites par ses écritures ; que la chambre était compétente de connaître de toutes affaires de finances et crimes commis à l'occasion d'icelles; que cet écrit, sur le-

quel était parliculiërement fondé le crime d'Ëlat, n'avait été par lui fait que pour se maintenir en sa commission de la surintendance, en cas que l'on l'eu voulût retirer.

L'accusé a demandé où cela était écrit dans ce prétendu projet qu'il se fût voulu conserver dans la surintendance; qu'il n'y an avait pas im mot.

M. le chancelier lui a dit que l'arrêter prisonnier, lui faire son procès, qui étaient les deux cas qu'il prévoyait, ne pouvaient arriver -qu'au sujet de la surintendance, et en cas que l'on lui en voulût Oter la commission ; que cela avait rapport de l'un à l'autre et marquait assez intelligiblement la même chose ; que sa conscience lui avait assez reproché qu'il n'était pas innocent, puisque par son projet il ne donnait pas des ouvertures ni des moyens de se justifier s'il était accusé, mais de jeter la confusion et le désordre partout, enlever les principales personnes du conseil du Roi, et jusqu'au rapporteur même ; qu'il ne fallait point se couvrir du prétexte de cette haine prétendue de M. le cardinal, puisque le contre-coup du projet retournait contre l'Ëtat, et que le Roi eût le plus souffert de la guerre cirile dont l'accusé menaçait le royaume.

L'accusé a répondu qu'il avait commencé à dire que la chambre n'était point compétente de connaître du fait dont il s'agissait, qae l'édit ne le portait point, qu'il était postérieur à la découverte de la pièce trouvée dans ses inventaires et au dessein que l'on avait eu d'en faire un chef d'accusation considérable ; que cette accusation se pouvait dire creuse autant que sa pensée avait été creuse lorsqu'il avait composé cet écrit; que ce n'était qu'une fumée, une composition mal digérée, une pensée imparfaite qu'il avait désavouée ausûtût qu'elle était sortie de son esprit; qu'il avait bien servi le Roi dans tous ses emplois, qu'il rendait des services les plus considérables lorsque les premiers officiers de son État étaient à la lûte de ses ennemis et présidaient dans leurs conseils; qu'il était à Pontoise pour des négociations importantes et de telle conséquence qu'elles ont enfin ramené le calme et la tranquilité dans le royaume, cependant qu'un gendre et les plus proches de ces mêmes officiers ouvraient les portes des villes que le Roi leur avait confiées pour y recevoir les Espagnols, et les faire pénétrer dans le cœur de l'État; que c'était cela que l'on pouvait dire mettre le royaume en proie et attaquer la couronne du Roi, que cela

3» FOCCQUET.

se pouvait appeler an grand crime d'État*; qu'il n'avait jamik rendu que des services, et que cependant l'on allait chercher joiqu'à ses pensées pour lui en faire des crimes et le poursuivre apitalement; que Colbert * avait poussé le Roi k cette extrémité pu ses calomnies.

Qu'il n'avait point parlé dans son écrit que ce fût pour se canxKf ver la surintendance; qae la prison même lui aurait été supportable, mais qu'il appréhendait la persécntiou et la violence; que ce sont les propres mots de son écrit, qu'il est vrai que pour s'en garantir, connaissant le cardinal timide, il avait crû qa'il loi falltil faire peur, que l'on connaissait universellement sa faiblesse; que les choses se seraient portées à un accommodement et l'auraient fait sortir d'affaire, mais que tout cela n'était que fantaisie, et qu'en effet il ne se trouverait personoe à qui il en eût parlé; qoe d'une chimérique pensée l'on avait fait une diffamation pnbUqoe, l'on avait fait passer et distribuer partout cet écrit; qu'il n"; avait honte ni opprobre que l'on ne lui eût voulu faire ; que durant sa marche d'Aof^rs l'on avait aposté des gens ponr susciter les peuples à lui dire des injures et le jeter dans le mépris, qu'il le prouverait s'il était nécessaire ; qu'il avait parmi ses papiers diven avis qui lui étaient donnés de toutes parts du dessein que H. Colbert avait de le perdre; qu'il avait l'écrit que M. Colbert avait envoyé à H. le cardinal pour l'établissement d'une chambre de justice dont M. Talon devait être le procureur général, et lui qai parle le sujet de leurs poursuites et de leurs persécutions, que te moitié de cet écrit était de la main de Qourville; que cela, snrsoa salut, était véritable; qu'il avait tout su, qu'une bonne parole l'avait ramené et lui avait fait oublier toutes ces injures; qtie cela n'avait pas laissé d'avoir son effet, ayant eu affaire k des ennenûs opini&trés à sa mine, et qui voulaient s'en faire une victime. Mais, pour en revenir à son fait, qu'il ne s'hissait point de se mùnlenir en sa surintendance, qu'elle ne lui tenait pas si fort au cœur;

1. foncqoet f(iwlt «Uoalon i l> condalu Indéetoe de Séiuler pendknt l« FnHrie, *t ko gendre da obuceller, le duc de Sally, qal, en ISSO, »ut ouiert km Bipa- HDOli, Htc le ponl da Huitei, le chemin de Parii. « Le cbuicelier ■ leoti ce coup, dit mujuae de Séùgai, mftli notre paarre uni éuil échauffé; ■ et plua loin ifli éJduU I ■ Le dienceiler ne WTsit Où U mettre, et ton* le* Jugea ATtient fort eorie

3. Ci-deTsnt il di*ait H. Cotbert, quIb pouMé pu H. le cbuicelier il a-peedi rtipKt amn lut et In agtrM. (IMt da Fcmeamlt.)

qu'eo 1658 il avait oemandé sod congé par lettre, que l'on lui avait fait dea réponses obligeantes; qu'il aurait prouvé toutes ces vérilés si l'on ne lui avait écume tous ses papiers, fait des jnvenlaires sans appeler ses proches, tout enlevé, fait faire des suppositions pleines d'abominations par moi qui suis sa créature ; que l'on avait eu l'impudence de produire des papiers d'entre ceux que l'on lui avait enlevés ; que c'était contre la haine de ses ennemis qu'il se précautionnait, et non pas par aucune passion qu'il eût de se maintenir dans la surintendance ; que c'était lui qui avait raffermi H. le cardinal et qui avait disposé toutes choses pour son rétablissement, qu'il en avait la reconnaissanre de In Reine parmi les papiers de Pellisson; qu'il fut celui qui ouvrit la proposition qu'il sortit du royaume, qu'il en fit voir l'indispensable nécessité, qu'il demeura garant de son retour; que cette résolution fut exécutée', que le succès répondit i l'attente qu'il en avait eue; que l'accommodement se fit, le Roi devint le maître, et la paix fut universellement rétablie dans le royaume; que ne se voulant pas tout à fait confier à la parole ni aux assurances de M. le cardinal, il en désira une garantie, il la reçut de la Reine , qu'elle le sait ; et après ces projets si heureusement exécutés, que l'on en voulait faire paraître un autre qu'il avait aussitôt condamné qu'il l'avait conçu; qu'il n'avait jamais fait parade de ses services, qu'il était un homme souterrain, qu'il aime à servir, mais non pas à faire éclat de ses services, qu'il les prouverait toutefois si l'on ne lui avait tout supprimé; qu'il ferait voir la haine de ses ennemis dans cet écrit envoyé à M. le cardinal par U. Colbert *, par lequel il était porté qu'il en fallait surseoir l'exécution pendant six mois, le temps n'étant pas encore venu de pouvoir arracher le bien de tout le monde. Que tout cela n'était pas de la compétence de I& chambre, que le Roi ne l'avait pas compris dans son é>lit, et que si cela s'y était rencontré il lui resterait la voie des remontrances; qu'il avait dit dans ses interrogatoires qu'il n'était pas justiciable de la chambre, l'on répond à cela que le Roi a vu cet interrogatoire et a jugé que je devais (<tc) procéder & la chambre, mais cet arrêt bien entendu ne prononce pas nettement que l'intention ait été

1. Au moi* de Juillet lesa, le prioce deCondâ *T»St eilgj lereoioi deHuuio, «t mettait la paii à cette condition.

3. lA lettre de CollienaQtirdinalafelt dtdmiie i lapeile; nu eommle payé par Voncqaet l'a* «tt ouverte, et eafo; a la copie u aurlnteudaDt.

d'y comprendre ce crime d'État; que l'on avait tu cet écrit el tes engagements dont on l'accompagne, et tout cela sans que lui qm parle ail été poursnivi, que mËme l'arrêt de la chambre qni opdonne son premier interrogatoire n'en faisait point de mention; qne cette pom^uite pom* un cas de cette qnalilé était tout i Ut extraordinaire; que cet écrit était l'effet d'une flftvre chaude d'un accès violent qui l'avait travaillé; que l'on l'avait incontinent oublié en faisant toutes choses contraires, et que cela ue méritùl pas d'être relevé.

M. le chancelier lui a dit qu'il avait eu cet écrit pendant dem ans dans son cabinet.

L'accusé a répondu que tout cela était véritable, mais qu'il revenait à son décliuaioîre et à ses protestations, dont il demandait acte; que ce n'élail pas qo'il n'eût donné ses défenses contre ccl écrit, qu'elles étaient sufflsantes pour convaincre du néant de celte accusation; que M. le chancelier lui venait de demander s'il se pouvait ajouter quelque chose à cet écrit, mais que lui accusé demanderait volontiers qu'est-ce que l'on ne pourrait pas y ajouter; que s'il avait eu de mauvaises intentions il lui aurait été plus facile de faire du mal que de le dire, il ne fallait que faire tarir l'argent pour faire échouer les plus grands desseins; qu'il aurait prie des liaisons avec M. le prince, ou avec ceux qui l'approchaient; mus qu'au contraire, dans la chaleur de son plus grand ressentimeot il servait le mieux; les effets démentaient ses imaginations, il m voulait pas même concevoir aucune chose qui Itkt irréparable; que ce n'étaient que fantaisies qu'il avait couchées sur le papier i mesure que son ressentiment se renouvelait pendant deux ans. M. le chancelier a dit qu'il ne disait pas précisément deux ans. L'accusé a répondu que cela n'était rien, que la pièce portait les dates en ce qu'il était fait mention dans icelle du mariage dn marquis de Cbarost, fait en février 16S7', el de l'acquisition de Belle-Isle, qui est de janvier 59 ; qu'il avait cherché à faire peor si l'on l'attaquait; que les hommes dans les occasions violente avaient des emportements dont ils n'étaient pas les maîtres; qu'on pardonnait à un homme, lequel en tuerait un autre sur le champ dont il aurait reçu un soufflet; que l'on donnait beaucoup à l'impétuosité de la colère, dont les premiers mouvements n'élaienl 1. Le mirquls de Ctiurwt naît éfouti, le 13 février 1657, I* Slle do nriiM-

POUCQUET. 381

pas à notre dispoûlioa; que la défense était du droit nature], et qu'il j avait peu de choses qui ne fussent excusables, quand elles n'étaient tûtes que pour se garantir; que l'on venait de faire-lire sa pièce tout d'un temps, et sans faire les ratures, afin que la lectore en pût faire plus d'impression; qu'il l'avait abandonnée, et avait aussi un chiffre qu'il avait pareillement abandonné ; que la chose n'avait été en aucune façon suivie, mais qu'il j avait renoncé, et l'avût suivie par des actions tontes contraires; qu'il y avait des choses fausses et inutiles dans cet écrit pour foire voir le peu d'application avec laquelle il l'avait composé, que ce n'était qu'une boutade et une saillie d'esprit échautTé de colère ; qu'il avait fait état dans ce bel écrit de Tombelaine , comme d'une place importante, quoique ce ne soit qu'une retraite à coroeilles; qu'il n'aurait pas manqué de communiquer cet écrit h son trkre l'abbé, avec lequel pour lors il était tout à fait bien, et en qui il prenait toute créance, s'il en eût fait solidement état, et qu'en ce cas l'écrit ne se serait plus trouvé parmi ses papiers; que H. Talon avait dit qu'il s'était rendu dénonciateur contre lui au fait des finances'. Qu'ayant tout à craindre d'un homme timide, et qui ne pouvait porter plusieurs affaires & la fois, était-ce un grand crime d'avoir imaginé que l'on lui pourrait faire peur pour en venir avec lui à quelque composition quin'aboutiraitqu'àme (tic) tirerde sa persécution? Qu'il n'avait fait mal quelconque, et que l'on ne le pouvait accuser que d'une vapeur et d'une chimère fantastique.

M. le chancelier lui a demandé s'il appelait vapeur le dessein de soulever des provinces, de portera la révolte des gouverneurs, d'enlever les deniers du Roi, de fortifier des places contre son service, faire une armée navale, enlever les vaisseaux des marchands, et, enseignes déployées, déclarer la guerre au Roi et faire des manifestes comme de parti à parti, et allumer la guerre civile dans le royaume?

L'accusé a dit que tout cela était mal, mais non pas de la qualité de faire entrer actuellement les ennemis dans le royaume ; que cet écrit et toutes les extravagances qu'il contient devaient exciter de la risée dans les esprits, qu'il avait une grande confusion de s'y voir exposé, mais que c'était tout le jugement que l'on en pouvait faire.

Page 1