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XX AVERTISSEMENT

jours l'avantage. Des deux côtés, les hommes étaient fort aguerris, et, lorsque la gabelle fut abolie, les douaniers devinrent les meilleurs tirailleurs des armées républicaines, pendant que les fraudeurs combattaient dans la Vendée.

Le premier cri, dans les émeutes, était : A bas la gabelk! Néanmoins, on maintint toujours un impôt qui rapportait une vingtaine de millions en 1661, et qui valut plus du double dans la suite.

Ce n'était pas tout; on avait établi, sous le nom général d'aides, une foule de taxes et d'impôts indirects. Les aides furent d'abord des subsides temporaires que le peuple donnait au Roi en temps de guerre ; ces impôts étant moins vexatoires que les autres, on augmentait les aides quand on diminuait la taille. Peu à peu il s'était produit une quantité incroyable de taxes très-diverses et souvent absurdes. Dans plusieurs provinces on ne cultivait plus la vigne, le fisc enlevant tout le profit. Il y avait des impôts énormes sur te débit de la viande et du blé. Les droits de voiture, les péages exorbitants des routes empêchaient les transporta d'une province à l'autre; ici on mourait de faim sur des tas de blé, tandis qu'à côté les paysans mangeaient de l'herbe. Les traitants, enchérissant sur les clauses de leur bail, déployaient une fatale habileté dans l'art de pressurer les contribuables. Foucquet ajouta beaucoup à ce fardeau, D avait un talent funeste pour trouver des ressources momentanées, qui faisaient ensuite la ruine des provinces.

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Pour lever ces impôts, il y avait uii personnel nombreux et organisé de manière qu'à première vue tout désordre parût impossible. Nous verrons bientôt comment on venait à bout de frauder le trésor; il sufSt maintenant de faire connaître le mécanisme financier et les hommes qui le faisaient mouvoir.

Un surintendant, cbargé d'ordonner la recette et la dépense; trois trésoriers de l'épargne ou caissiers généraui; un contrôleur tenant registre des fonds, et le conseil des finances donnant S3n avis sur toutes les matières contentieuses : tel était le grand étal-major des finances en 1661. La chambre des comptes les surveillait tous.

Les employés inférieurs étaient nombreux : il suffit de signaler dans chaque généralité l'intendant, avec les trésoriers de France, puis les élus dans chaque élection, et enfin, su dernier échelon, les asséeurs et collecteurs dans les paroisses'. L'argent était versé dans les caisses des receveurs particuliers, qui le remettaient aux receveurs généraux, et ceux-ci au trésor.

Le surintendant ne devait de compte à personne; ses fonctions n'avaient d'autre contrôle que la volonté du Roi ; mais c'était un ùmple ordonnateur, sans aucun maniement d'espèces. Il avertissait le Roi des besoins de l'Étal ; on arrêtait en conseil , six mois d'avance, la quotité de l'impôt à répartir provisoirement entre les généralités. Le surintendant envoyait aux trésoriers de France un brevet contenant les sommes à lever dans la province. Le bureau des trésoriers, sous la surveillance de l'intendant, faisait ses observations et envoyait à lu cour un état de répartition entre les élections. Le conseil des finances, après un nouvel

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exameD, envoyait l'ordre de lever l'impOt à riatendant, qui en faisait expédier un extrait qu'on remettait aux élus. Ceux-ci, & leur tour, faisaient une nouvelle division par paroisses, dont copie était remise aux derniers agents, les asséeurs collecteurs nommés par les contribuables, qui étaient chargés d'une double fonction ; ils répartissaient l'impAt par ménages et recueillaient la taxe, qu'ils remettaient aux receveurs, et, d'échelon en échelon, l'argent arrivait aux trésoriers de l'épargne. Ceux-ci ne faisaient de service que pendant un an, en sorte que s'il y avait un ordonnateur unique, on avait plusieurs caissiers alternatif, plus dif^ciles à corrompre qu'un seul. En qualité de caissiers généraux, ils gardaient l'argent chez eux, et portaient sur un registre spécial les sommes reçues, he surintendant, qui avait ordonné la levée des fonds, réglait les dépenses; pour les acquitter, il délivrait une ordonnance de payement, portant toujours l'indication de sa cause et celle du fonds sur lequel elle était assignée. Un contrôleur général enregistrait ces mandats sur un livre spécial. Le créancier présentait ensuile son mandat au trésorier de l'épargne, qui devait l'acquitter après avoir inscrit sur un registre la date et la quotité du payement; en sorte qu'il y avait trois contrôles : le registre d'entrée, tenu par tes trésoriers, devait concorder avec leur livre de sortie, et celui du contrôleur devait être d'accord avec les leurs. A la fin de chaque exercice , les trésoriers de l'épargne remettaient à la chambre des comptes leurs registres avec les ordonnances du surintendant; celle-ci vérifiait la concordance, et tout était dit.

Dans les pays d'états, la marche était encore plus simple. Les agents de la province versaient leur quote-part dans la caisse des trésoriers de l'épargne ; le clergé et les fermiers généraux en Ûùsaient autant; mais, une fois l'argent versé, les moyens de contrôle étaient les mêmes.

Si jamais il y eut une organisation financière bien entendue, ce fut celle-là. Colbert, à la suppression près des trésoriers de l'épargne, la conserva tout entière lorsqu'il eut à son tour l'administration du trésor. Hais les meilleures institutions ne valent rien, servies par des mains infidèles. Or, Foucquet et ses

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vais étueat des maîtres achevés en matière de vol. Jamais déprédations ne furent plus audacieuses que celles dont nous allons essayer de rendre compte; le détail en sera long, mais il est nécessaire pour riuteliigence du procès.

On a vu que te surintendant expédiait aux trésoriers les mandats de payement, et que chaque dépense était assiijnée sur un fonds spécial et ne pouvait pas être payée sur un autre. Or, l'impôt étant sans cesse en retard et l'argent manquant toujours, le trésorier était contraint de donner au créancier, au lieu d'argent, un billet tiré sur le fermier ou sur le débiteur en relard, auquel on en devait tenir compte. Le billet était ordinairement protesté; le créancier revenait au surintendant, qui lui assignait un autre fonds aussi mauvais; il en résultait qu'avec le temps ces billets représentaient des sommes considérables, et comme alors les vieilles dettes étaient tenues pour périmées, ce n'était plus qu'un papier sans valeur et qu'on donnait sur la place h vil pris. Le surintendant, les commis, et même de simples protégés, rachetaient ces ordonnances, périmées en apparence, et faisaient assigner le payement intégral sur des fonds assurés. Ils réalisaient ainsi des bénéfices énormes. D'un autre cdté, les traitants, au lieu de verser au trésor l'argent de la ferme, donnaient de vieilles ordonnances, en sorte qu'au lieu d'espèces, le Roi n'avait que du papier. Les trésoriers de t'épargne en disaient autant, et comme ils n'osaient pas demander au surintendant, leur rival, le payement des vieux mandats, ils altéraient les dates. M. de Guénégaud fut convaincu d'avoir pris ainsi plusieurs millions. Des moyens de vérification , on D'en avait plus. Foucquet avait mis la main sur le registre de M. Hervart, contrôleur général; on n'a jamais su comment. Pendant tout le procès, il demanda que ce fonctionnaire représentât ce registre, sachant bien qu'on ne le retrouverait pas, ou qu'à défaut de le montrer, le contrôleur général fût condamné par la chambre. Celui-ci aurait été volé et poursuivi pour le fait d'autrui si le roi n'avait point défendu de l'inquiéter.

Tout cela ne suffisait pas ; it fallait à Foucquet des voies plus eipéditïves, et qui lui procurassent immédiatement des sommes

énormes. Le bail de la ferme se renouvelait à des époques fixes; l'adjudication avait lieu dans les formes les plus rassurantes et avec une publicité extraordinaire pour le temps : mais le surintendant, juge de la solvabilité des traitants, ne consentait à les accepter qu'au prix de plusieurs millions donnés de la main à la main, ou d'une rente considérable, payée à un préte-nom. A la dernière adjudication, en 1660, les fermiers, poussés à bout, déposèrent secrètement cbez leur notaire une protestation qui fut lue au procès.

Ce n'est pas tout : le surintendant s'adjugeait des fermes entières. A Rouen, le commerce de la cire et du sucre était libre; Foucquet le fit affermer et le donna à un préte-nom. Les épiciers de Rouen furent ruinés. Les ports de la Manche faisaient le trafic de l'buile de baleine, il fut affermé è une compagnie formée par Foucquet. Les armateurs furent perdus au profit de la Hollande.

A cette époque les places de la magistrature et des finances étaient vénales, et on les payait très-cber; augmenter le nombre des titulaires c'était appauvrir les premiers acquéreurs, en diminuant leur revenu : Foucquet faisait menacer sous maîo les compagnies d'élargir leurs cadres si elles ne lui payaient des sommes considérables.

On a vu que le surintendant oe devait pas avoir d'espèces chez lui, l'argent restant cbez les trésoriers de l'épai^e. Mais le gouvernement n'avait pas de crédit, tandis que Foucquet avait su gagner la confiance publique. Dans les moments de presse, et ils étaient fréquents, il émettait un emprunt ; les souscripteurs versaient l'argent chez lui : au lieu de le laire porter cbez les trésoriers de l'épargne, sous prétexte de diligence, il acquittait lui-même les dépenses courantes; il faisait ensuite des ordonnances, qu'on payait directement à ses commis, en sorte que sa caisse était devenue celle de l'État; tout y aboutissait, pour en sortir avec un déchet considérable et sans contréle. On n'a jamais bien su & quel taux il vendait son crédit à l'État.

Ud exemple donné de si haut ne pouvait pas manquer d'imitateurs. Tous les employés Elisaient aussi le trafic des vieilles

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ordonDaoces, et les receveurs, abusant de ce que chaque ordonnance était portée sur un fonds spécial, si ce fonds n'était pas rentré, payaient, mais en percevant un double droit. Lorsqu'il s'agissait de porter le numéraire dans les caisses publiques, les agents se disaient voler en route, et l'on fut obligé d'interdire le transport des espèces pendant la nuit, qui prêtait un voile trop favorable à ces brigandages.

Je ne parle pas des trésoriers et des élus, répartiteurs de l'impôt, qui trouvaient moyen de décharger leurs propriétés et celles de leurs amis. On a b&te d'en finir : disons seulement que les paysans, exaspérés, repoussaient souvent les collecteurs, et les agents du fisc étaient obligés de marcher ensemble, les armes à la main. Comme l'impôt de l'année précédente n'était jamais acquitté, et que l'on faisait lever celui de l'année courante dès le mois de janvier par de nouveaux collecteurs, les deux troupes travaillaient en même temps, jusqu'à ce que leur bonne intelligence fût troublée par la saisie de quelque misérable mobilier que les uns voulaient appliquer au payement en retard, et les autres à l'avance de l'année courante ; les prétendants se battaient jusqu'à ce que le plus laible abandonnât sa proie.

A ce jeu cruel, un tiers à peine de l'impôt entrait dans les coffres de l'État.

On comprend maintenant la joie du peuple lorsqu'il apprit l'arrestation de Foucquet et de ses complices. Jamais mesure ne fut mieux accueillie par l'opinion publique. L'exaspération était si grande que d'Ârtagnan eut quelque peine à sauver son prisonnier, pendant le voyage de Nantes à Angers. Le gouvernement en fut surpris. Le Roi et Colbert semblent avoir craint la popularité de Foucquet. Au lieu de le traduire ouvertemeot devant les juges ordinaires, on établit une chambre de justice contre les

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dilapïdateurs en général, sans oommer Foucquet. Ce fut une faute, et la plus grave que les instigateurs du procès aient eue à se reprocher. Derrière Foucquet, il y avait tout un monde de financiers qui se sentirent menacés. Ils étaient alliés à la noblesse de eour et à la m^istrature ; ces familles virent avec inquiétude attaquer ce qu'elles avaient de plus cher et de plus précieux. Cependant personne ne songea d'abord à résister; les amis de Foucquet demeurèrent immobiles et tremblants, sauf quelques-uns assez avisés pour fuir & l'étranger. Mais le premier instant d'effroi passé, ils organisèrent une résistance générale, et, comme l'on ne s'était pas encore défait des habitudes de la Fronde, l'administration eut quelque peine à surmonter les obstacles qu'on lui opposait sans cesse.

La chambre avait été composée de magistrats choisis dans toutes les cours du royaume, sous préteste qu'il s'agissait de juger des vols commis dans toute la France ; mais, en réalité, le Roi avait nommé ceux qu'il croyait hostiles à Foucquet. Le résultat du procès a fait voir qu'il les avait assez ]Qal jugés; mais tout le monde pensa d'abord comme lui. Les accusés cherchèrent, par tous les moyens, à éviter un tribunal si redoutable en apparence. Foucquet avait été procureur général; ses deux premiers commis, Pellisson et Bruant, étaient maîtres des comptes ; les parlements les réclamèrent. Il fallut que le Roi intervint en personne pour maintenir le droit de la chambre. Mais on ne fut guère plus avancé; les commissaires, même les plus dévoués à la cour, auraient voulu que le Roi eût plus d'égards pour l'honneur de la robe. Tous ces juges étaient des gens trèshonnétes; mais la conscience, en lutte avec l'esprit de corps, devait faiblir. Tout cela fit que la procédure traîna en longueur. Foucquet avait d'abord refusé de reconnaître la chambre : i;n ordonna que des sommations lui seraient faite»; puis, lorsque les délais furent écoulés, au moment où le jugement allait être rendu, il déclara qu'il était prêt à répondre : tout fut è recommencer. On l'accusait de faux; il obtint des expertises, des vérifications d'écritures, et on eut un procès qui dura trois ans.

Enfio, le jugement fut rendu en 1664. Une majorité de vingt-

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deux voix sur treate-ciog prononça le bannissement; les treize autres avaient voté pour la mort. Le jour même, le Roi commua la peine du baunissement en celle de la prison perpétuelle, et fit enfermer Fouc([net dans le donjon de PIgncrol.

On sait quelle fut la joie ûts financiers; mais nous ignorons les sentiments des contribuables, lorsqu'ils apprirent que celui qui les avait impitoyablement pressurés pendant si longtemps n'était condamné qu'à une peine illusoire pourun homme ricbe et qui avait des sommes considérables en sûreté bors du royaume. Au sortir de l'audience, les amis du surintendant accablèrent de leur reconnaissance les magistrats qui, en sauvant le surintendant, semblaient les avoir sauvés eux-mêmes, tandis que le Roi et le ministère comblèrent de grAces et de faveurs ceux qui avaient voté pour la mort de Foucquet. Cependant le sort de CCS magistrats fut également digne de pitié. Ceux qui avaient suivi le parti de l'indulgence demeurèrent disgraciés; le Roi ne leur pardonna jamais. Quant aux autres, une main mystérieuse et fatale parait s'être acharnée sur eux. Us moururent presque tous peu de temps après la fin du procès.

La condamnation du surintendant était-elle juste? Le lecteur, s'il a eu la patieoce de nous lire, n'hésitera pas. Foucquet n'a pas été une victime innocente. Les défenses écrites par Peltissou, admirables au point de vue littéraire, sont faibles comme plaidoyer. Pellisson, au lieu de justifier son client, accuse MazarÎD et Colbert, et se retranche derrière le pardon conditionnel accordé par le Roi. Il croyait à la culpabilité du surintendant, comme tous les contemporains, dont les mémoires sont unanimeti à cet ^rd. « C'était un grand voleur, n nous dit madame de Motteville. Suivant le contrôleur général le Pelletier, Foucquet était un homme saus aucun principe de probité, ni de justice, ni de bon sens. Bussy en parle comme madame de Motteville. Reste l'accord des gens do lettres demeurés fidèles à sa mémoire, qu'ils protègent encore auprès de la postérité ; mais leur témoignage n'est pas une autorité suffisante : les uns étaient secrétdires de gens puissants, comme Pellisson; les auties vivaient de pensions. Corneille, la Fontaine, Loret, étaient sur la liste

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de Foucquet. Quand il fut arrêté, la source se tarît entre les maÎDS de Colbert. Aussi l'appelaient-ils ministre avare, sans songer que Foucquet donnait un argent volé. Ces doléances, qui s'adressent au caissier infidèle et prodigue, prouveat seulemenl que Foucquet était habile à se faire des créatures, et à entretenir des flatteurs et des maîtresses avec l'argent d'autrui ; mais c'est là le fait d'un voleur; il mérite une punition et la justice doit l'infliger.

Pourquoi Louis XIV aurait-il grftcié Foucquet? Comme roi, il avait été volé et trompé; comme homme, il le trouvait sur soo chemin auprès de mademoiselle de la Vallière. Il dut s'indigner en découvrant les moyens coupables qui alimentaient le luxe inouï d'un boui^eois enrichi. Néanmoins, Louis XIV a commis une injustice quand il u réformé l'arrêt de la chambre. A présent, personne ne voudrait commuer la peine du bannissement en une prison perpétuelle. En 4661, cela parut tout simple; un trouva qu'il était sage de garder un homme possesseur du secret de l'État, mot bien redoutable alors. Voltaire trouve cette raison

Foucquet expia ses fautes par une prison qui dura autant que sa vie. C'est une rigueur excessive de la part d'un roi qui n'était point cruel. D'autres ont fait pis que Foucquet et s'en sont tirés à meilleur compte. Peut-être, en punissant Foucquet, Louis XIV obéissait-il aux dernières instructions de Mazarin, qui lui avait appris qu'il fallait frapper rarement, mais haut. Cela suffirait pour expliquer sa conduite au commencement du procès; mais on ne comprend pas sa persévérance à garder si longtemps en prison un homme auquel le temps avait ôté toute influence. Ce mystère n'est pas facile à éclaircir ; nous ne prétendons pas le dévoiler, seulement nous essayerons de donner une exphcation plus ou moins plausible.

Lorsque Mazarin mourut, les bruits d'empoisonnement furent si publics que Guy-Patin en a parlé dans ses lettres. L'abbé Blache accuse expressément madame d'Âsserac, une amie intime de Foucquet. Nous-môme, nous avons publié la lettre d'une demoiselle Montigny où, à mots couverts, il est question de

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l'etnpoisonnemeDt du cardinal. Serait-il trop hardi de penser que Louis XIV avait de fortes raisons d'attribuer à Foucquet la mort de Mazarin? Plus tard, lorsque le temps aurait pu conseiller la clémence, madame de BrinviDiers dénonça encore le surintendant, et nomma même celui qui avait composé le poisoD. Il n'en fallut peut-être pas davantage pour perpétuer la prison de Foucquet. En 1681, ces accusations se renouvelèrent avec plus de force devant la chambre des poisons; mais Foucquet venait de mourir,

Foucquet était assez laid; il avait la mine basse, dit Bussy. En revanche, les contemporains ne tarissent pas sur son amabililL'. La délicatesse et la vivacité de son esprit, sa bourse tuiijours ouverte i. ses amis, son crédit prêt à les servir, et un zèle infatigable pour leurs intérêts, lui avaient attaché les hommes. Quant aux femmes, quelles excuses ne trouvait pas leur cœur pour un ministre qui passait sa vie à les adorer et qui jetait à leurs pieds les trésors de la France? Jamais homme ne sut mieux se faire aimer. Tous ceux qui avaient partagé sa fortune lui restèrent fidèles. Madame du Plessis-Beilière supporta, avec un courage inébranlable, une longue prison et une disgrâce étemelle. Longtemps après. Saint- Évrcmont, qui avait été une des victimes de la fameuse cassette, écrivait : « Je ne m'accoutumerai jamais à ses malheurs I » Les inquiétudes passionnées de madame de Sévigné sont venues jusqu'à nous, et ce n'est pas une exagération de dire que Paris et la cour tressaillirent de joie quand ils apprirent l'arrêt de la chambre ; Louis XIV dit avec amertume, dans ses mémoires : « Cet homme était maître de la moitié de ma cour, »

Sa famille fut aussi frappée avec une rigueur inexorable. Ses frères moururent tous en exil, même l'abbé Foucquet, quoiqu'il eût contribué à perdre le surintendant. II passa le reste de sa vie à se disputer avec l'évêque d'Âgde, son frère. Ces tristes querelles leur font honte et empêchent d'avoir pitié de leurs malheurs. Tout l'intérêt se reporte sur les femmes de cette famille, qu'on voit, courageuses et dévouées^ tout braver lorsqu'il s'agit de sauver un fils assez froid, un époux infidèle et sans res-

pect pour les conveoaDceB ordin^iires. Madame Foucquet poussa l'abnégation jusqu'aux dernières limites; elle partagea la captivité de son mari lorsqu'il eut la permission de vivre avec sa famille, et lui ferma les yeui, à Pignerol, en 1680. L'archevêque de Narbonne était mort depuis 1673; l'abLô Foucquet mourut le 30 janvier 1660; Foucquet l'écuyer du Roi, en 1694. L'évoque d'Ag'ln survécut à ses frères jusqu'en 1702. Madame Foucquet la mèru l'Kit morte en 1681. Ses malheurs, sa vertu, sa charité inépuisable la ârent regarder comme une sainte; sa belle-fille, madame Fuucquet, mourut en 1716, au Vnl-de-Gràce, oîl elle s'était retirée après la perte de son mari.

Foucquet avait, laissé trois fils et deux filles. L'atnée avait été mariée, avant l.i catastrophe, au duc de Gharost. Le rang de son mari la maintint à la cour, mais sans faveur. Elle y vécut obscurément, et fut une des pénitentes de Fénelon; elle attendait l'avènement du duc de Bourgogne : on sait comment ses espérances furent déçues. La seconde, après avoir partagé la captivité de son père, pendant laquelle elle attira l'attention de Lauzun, de manière à exciter les soupçons de Mademoiselle, épousa, en 1683, le marquis de Monsalez, et mourut en 1720.

Les fils passèrent leur vie dans l'exil, au fond de la province; l'un d'eux entra chez les oratoriens, et ses qualités l'auraient porté à la tète de l'ordre si son nom ne lui eût fermé toutes les avenues. Le» deux autres prirent le parti des armes; mais ils quittèrent bientôt le service, où on les accablait de dégoûts. L'un d'eux, le comte de Vaux, avait épouse la fille de madame Guyon, riche héritière dont il n'eût point d'enfitnls; l'autre, le comte de Belle-Isle, s'unît à une demoiselle deLévis, qui lui donna deux fils. Ils furent, sous Louis XV, le chevalier et le marquis de Belle-Isle, si fameux par leurs talents, par leur prodigieuse élévation et par leur inaltérable amitié. Le chevalier cachait, sous une enveloppe ordinaire, des qualités qui le firent l'&me de leur association; tandis que le marquis, bien fait, spirituel et galant, la représentait au dehors, dans la guerre et dans la diplomatie. La carrière de MM. de Belle-Isle ne fut pas toujours heureuse. Us connurent, comme leur aïeul, les ennuis de la Bastille, où ils

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Turent mis eo i724 ', mais i]s en sortirent bientAt et jouirent de la plus grande faveur. Ils gouvernèrent la France avec le cardinal de Fleury. Cependant la Tatalité attachée au nom de Foucquet ne se démentit pas ; le chevalier de Belle-Isle périt au . combat d'Eiiles, en 1745 Le maréchal resta rcul avec son fils, le comte de Gisors. Ce jeune homme, l'orgueil et l'espoir des peux frères, semblait destiné à porter au plus haut point la gloire de sa maison, lorsqu'il fut tué, à vingt>sept ans, pendant qu'il s'efforçait de rétablir la bataille de Crevelt, perdue par l'incapacité du comte de Clermont. Le malheureux père chercha dans les affaires une consolation qu'elles furent impuissantes & lui donner. Il mourut lui-même en 1761^ et avec lui s'éteignit la famille de Foucquet.

Ainsi s'écroula tout d'un coup cette maison que tantd'honlmes habiles avaient élevée. Les dignités entassées sur la tëto de M. de Gisors s'évanouirent en un moment, cl les richesses qui avaient coûté à Foucquet l'honneur et la liberté passèrent en des mains étrangères. Le souvenir des malheureux occupe si peu la mémoire humaine que les contemporains n'ont pas daigné nous informer du temps et du lieu de la mort du surintendant. Ce problème exerce encore la curiosité des chercheurs et des érudits. Si cette indifférence servait à détourner la postérité des voies malsaines oîl entraînent l'ftpretc au gain et la soif des hon*. neurs, la captivité de Foucquet et les malheurs de ses enfants n'auraient pas été tout à fait inutiles.

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