‹ Archives de la BastilleChapitre 95 sur 98 · M. LEVÉ A COLBERT · texte numérisé non relu

M. LEVÉ A COLBERT

A Pigoerol, ce i" août IMS.

Monsieur, le logement que je fais faire à la Pérouse, pour mettre M. Foucquet, estacheTé;M.de Saint-Marsprétend t'y conduire, samedi huitième jour du courant; l'on pourrait bien l'y mener plus tôt, mais nous avons résolu de laisser sécher ledit logement cinq ou six jours, et puis les logements dudit sieur de Saint-Mars et des offlciers ne peuvent être sitAt achevés, et seront assez mal; mais il n'y a pas moyen de les faire autrement, le lieu n'étant biti que de terre et les matériaux étant fort difficiles de les y porter, et les payer beaucoup plus cher qu'ils ne valent, à cause qu'Us voient que l'on est pressé. Je n'ai jamais vu de si méchantes gens, si l'on avait guerre, le sieur Foucquel ne serait pas là en sûreté, le lieu n'étant fort, et au milieu des bandits et du plus méchant peuple du monde. (B. I.}

OOURVIUE A COLBBBT.

Monsieur, la nécessité oïl va me réduire la vente de ma chatte, et le déplaisir de me voir si longtemps éloigné <, rendent bien excusable la liberté que je prends de m'adresser à vous comme à la personne du monde la plus capable de connaître le malheur de mes adiires, et d'avoir la générosité d'empêcher que je ne tombe dans une ruine entière; si j'avais aussi peu d'attachement au service du Roi, comme j'en ai eu toute ma vie pour le bien, l'élat où je suis ne me serait pas si difflcile à supporter, et je n'Alerais pas. Monsieur, à l'application continuelle que vous avez à la gloire de

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S. H. le temps qu'il faut pour entrer en quelque considération de l'accablement où ce dernier coup me va metire. Si le Roi tirait quelque avantage de ma perle, si elle vous ctail bonne à quelque chose, je la soulfrirais sans me plaindre, parce que je la croirais juste, et que je serais persuadé que vous n'y consentiriez pas, qu'en vue de cette justice csaclc que vous préférez à tous les intérêts du monde. Je sais que vous avez plus de pénétration que personne pour discerner le vrai d'avec le faux. Vous êtes naturellement si équitable qu'il n'y a point de prévention qui vous empècbe d'écouter la raison, et qu'elle n'est jamais plus puissante auprès de vous que quand elle parle en faveur des malheureux. Je me sens tellement pénéiré de cette confiance, que je suis prêt de rendre tout ce que j'ai au monde entre vos mains pour recevoir après cela, de la seule bonté du Roi, les moyens de subsister dans un coin du royaume, où il me soit permis de vivre en repos avec la qualité du moindre de ses sujets ; mes espérances n'auront après cela de bornes que celles que votre générosité y voudra mettre, et alors ce que S. M. aura la bonté de m'accorder me tiendra heu de toutes les richesses du monde, et sera plus propre à me rendre heureux que tout ce que j'aurais pu acquérir, si j'avuis été plus intéressé, parce que je ne le devrai ni à mon iudustriu ni au service de mes amis, et que je le tiendrai du Roi seul et de vous. Si cette soumission. Monsieur, ne mérite pas d'être écoulée, je ne vois plus de ressource pour moi, mais si vous avez la bonté d'y être favorable, j'en aurai d'autant plus de joie que ma reconnaissance et mon inclination s'accorderont ensemble pour m'engager à être, elc.

L'occasion de la vente de la charge de secrétaire du conseil* me contraint de représenter que si elle est vendue à un bas prix comme

1. Les secrdlairet da coiueilteD lient la plumsau conteil de» finances; ils étaient qa>U« et servaient par quartier. Gaurrille avait payé sa charge 1,100,000 lir., an 16S8. Maiarin, surpris qu'un ancien Isquais pQt se .ptrmetlro une si Tarte dépense, lui demanda en riant Jusqu'où il poussait son ambition ; Goarvillelui njpoodit qu'il se bornerait i nne cbarge de tréeerier de l'épargne; mai* raffaire de Foocqoet survint, et les Irésorien furent supprimés.

Pendaot que Gourrille se tint caché, Berrier eut une commiision pour (aires* chute.

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il y a apparence qu'elle le va être, je me trouverai hors d'état de pouvoir jamais retourner en France, sans que le Roi tire aucun avantage de mon accablement; je ne vois d'autre remède à cela que celui de faire supplier M. Colbert do vouloir emp£ctier que celte charge ne soit vendue, puisque les deniers qui en proviendront ne surfirent pas, h beaucoup près, à payer les dettes qui y étaient hypothéquées', sans compter mes autres créanciers, et si l'on ne peut obtenir cette grâce, il faut supplier M. Colberl, avant que de la faire vendre, d'avoir la bonté d'eulrer un peu en matière par lui, ou par quelqu'un qu'il voudra commettre, pour voir le misérable état de mes affaires; et comme il parait, par ce que l'on me mande, qu'il est persuadé que j'ai touché 800,000 liv. depuis que je suis sorti de la cour, je jure sur tout ce que je pu îs avoir d'bonoeur au monde, et me déclare indigne d'aucune gr&ce si j'ai touché plus de 18,000 liv., comme il le verra ci-après.

En parlant de FontainebleauS M. Colberl me demanda 500,000 liv. d'argent comptant des deniers provenant de la Guyenne; l'envie que j'avais de bien faire les choses à son gré me fil passer pardessus toutes les considérations que je pouvais avoir alors, et je comptai 400,000 liv., tant de ce que je pouvais avoir mis à couvert que d'emprunt et d'un dépôt qui m'avait été mis entre les mains parLanglade^ d'une partie de l'argent de sa charge, et donné ma promesse à M. Berrier qui recevait ladite somme de cent ou six vingt-cinq mille livres pour lui être payée dans un mois, qu'il fit ensuite souscrire à La Bussière*. L'envie que j'eus de sortir encore avec honneur de cette promesse m'obligea, m'en allant en Angoumois, d'envoyer un courrier aux commis qui étaient enGuyenne, avec ordre de voîturer à Bordeaux tout ce qu'il y aurait de fonds, tant pour m'acquitter en toute diligence le billet que j'avais donné que pour retirer quelque chose dans la vue de m'acquitter de ce que j'avais emprunté en partant de Paris.

Quelqu'un des commis manda à La Buissiëre que j'avais fuit en-

1. Goarrllle prétendait atoir emprunta plus de T(K),(H)D liv. pour payer cette acqoiûtjan.

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