‹ Archives de la BastilleChapitre 28 sur 137 · DE SAINT-MARS A LOUVOIS · texte numérisé non relu

DE SAINT-MARS A LOUVOIS

Monseigneur, depuis deux jours seulement, M. de Lauzun s'est avisé de me demander si.je n'avais point eu de réponse à la lettre

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IBt FOUCQllIÎT.

qu'il s'était doonâ l'honneur de tous écrire. Je lui ai dit sor cela tout ce que tous m'avez commandé de lui dire; il me fit réponse que le Roi était le maître et qu'il ne trouvait rien & redire qne ma dureté de lui empêcher d'écrire i S, M. ponr loi faire connaître l'obéissance entière où il est de toutes ses volontés. Après mille autres belles paroles qu'il me dit sur ce sujet, il commeni^a de me dire que M. le duc de Luxembourg était bien heureux de vous avoir pour ami, et qu'assurément il n'en demeurerait pas là s'il savait vous conserver ; que pour les 400,L00 tnncs dont on lui avait parlé, il en faisait autant de cas que d'une chaosou; qu'il sSvùt bien la grande affaire de H. de Noailles avec M. de Chandenier; qo'ainsi il n'y avait rien à dire tant qu'il serait dans le cachot 06 il est, sinon de souflHr patiemment toutes mes cruautés. Sur cela, je lui ai dit, Monseigneur, que je vous allais mander tout ce qu'il me venait de dire, et qu'il me ferait plaisir d'écrire lui-même les cruautés et duretés que j'exerce sur sa personne ; que je lui donnerais du papier et de l'encre de bon cœur pour lui laisser marquer les mauvais ' traitements que je tui fais. On sait bien, ce m'a-t-il dit, que voos ne me donnez pas des coups de bftton, mais la manière dont voos me traitez est mille fois plus rude h souffrir que celle qu'on exerce envers les criminels, Grâce à Dieu, l'on ne trouvera pas que je le tois, ni que j'aie janiais désobligé personne ; j'ai toujours prêté la main à tous ceux qui ont eu besoin de moi, et moi je ne trouve personne qui ne me noyé et qui ne m'abîme de plus en plus. Cela est bien rude de se voir périr dans une ignorance crasse et aveugle comme est la mienne. Quand il commence de parler, cela ne finirait jamais, si Je ne prenais congé de lui.

M. Foucquet ' se dit toujours avoir de grandes pensées pour votre gloire, et pour ce que j'ai eu l'honneur de vous mander par le courrier que je vous ai envoyé à sa persuasion, je crains fort. Monseigneur, que vous ne l'ayez pas approuvé *, mais je ne l'aî fait que sur ce qu'il m'a dit qu'il n'y allait pas moins que du bien de l'Élal. Si j'ai fait quelque faute, je vous supplie très-humblement de me la pardonner, puisque Je n'en ai pas eu l'intenliou. (A. G.)

A Plgnerol, ea h mus 1«T9.

1. M. da Skint-Hiin aT&lt donné à Foacqaet da papier pour ferlra te iwict qu'il TOnlftft ri*él«T, et KTtil taiofi le mémoire t U conr p*r go coarrfer eitnoiJI-

3. ■ Voui «urlei aoaii bleo lUt de oe le point envoyer, répond LootoIi. ■

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Le ffl^tne au mime.

Monseignear, tout est si calme dans mes prisons qne je n'y trouve présentement que des esprits soumis et humiliés; généralement parlant, ils sont tout contrits et jeûnent comme des apAlres, quoiqu'ils disent 6tre tous malades. M. de Lauzun <fit avoir vingt sortes d'incommodités, mais il oe veut point voir de médecins ni entendre parler de remèdes. Je le trouve quelquefois le soir proche le feu dans une des couvertes de son Ut, comme si c'était une robe de chambre, me disant qu'il a la fièvre et que cela le soulage d'être en cette posture-l&. Après lui avoir demandé bien honnêtement s'il a besoin de quelque chose, je me retire de crainte de l'incommoder.

H. Foncquet n'est pas de même ; il cherche autant qu'il peut ses aises et commodités, et prend des médecines et remèdes autant qu'on veut. Je leur donne avec soin et diligence tout ce qu'ils me demandent pour leurs nécessités corporelles, et m'étudie ft les bien garder suivant l'intention de S. H. (A. G.}

A Pignerol, ce 11 man I67S.

Le même au mime.

Monseigneur, j'ai reçu celle qu'il vous a plu me Taire l'honneur de me commander de laisser parler, une fois tous les mois, la femme du sieur Buticari à son mari, en présence d'un de mes officiers; elle m'a envoyé celle que vous lui avez fait la gr&ce de lui écrire, et elle me mande que, s'étant blessée, elle ne pourra de longtemps jouir du bien et avantage que vous lui permettez, et comme ses affaires domestiques requièrent de les faire savoir & son mari, que si je les lui veux dire ou lui permettre qu'elle lui mande par des lettres qu'elle m'enverra tout ouvertes, que cela lui sera un grand avantage pour sou bien. Comme je vois que vous leur permettez de se pouvoir parler de leurs affaires domestiques, j'ai cru que vous ne trouveriez pas mauvais. Monseigneur, que je prisse quelques ' lettres qu'elle écrira à son mari, pour lui j faire réponse devant moi, et une fois pour toutes jusqu'à ce que vous m'en ayez donné la permission.

Je ne vous puis présentement rien mander de BIM. de Lauzun et Foncquet; ils sont dans une si grande tranquillité l'un et l'autre, qu'ils ne me donnent aucune tnatière de vous parler d'eux. A ce

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lU FOUCQOBT.

que je puis voir, le premier songe à sa conscience et fait loat ce qu'il peut pnur se confire en dévotion; il m'a demandé un livre qui lui puisse aider à Taire une conression générale ; je lai en ai donné UD de dix sols qui n'est rempli d'autre chose que des péchés qu'on peut commettre. J'ai cru, Monseigneur, que vous ne désapprouveriez pas cette liberté que j'ai prise sans vos ordres.

Je vous prie, Monseigneur, de me les donner sur ce que je dois Taire louchant Bulicari et Plassot pour leurs paque; ; ils les peuvent Taire, sans que personne les voie et parle, ù la messe que l'on dii è M. Poucquet, et son confesseur, qui est un homme sûr, les confessera et communiera en divers jours, de sorte qu'ils ne se verront point. (A. G.)

A PIgnerol, ce as mm 1073.

M. LESPntE-BEAUHEUABU A LUI VOIS.

Monseigneur, le nommé Daniel Ferrand a été conduit, suivant vos ordres, à la Bastille par La Ramée et six gardes de H. le marquis d'Hoquincour. M. de La Case l'a reçu et en a donné le récépissé. Ledit La Ramée vous prie très-humblement de vous ressouvenir de lui, pour le Eure employer, sur l'Ëlat pour sa chaîne d'aide-major de cette place à laquelle il n'j a point d'appointe-

menU la dépense pour conduire à la Bastille

ledit Daniel Ferrand ' en deux jours pour aller, et trois pour revenir, le louage de son cheval et la nourriture, compris La Ramée, commandant; les six gardes prenant pour eux à raison de cmtsols par homme, par jour, le tout se monte à 200 livres que j'ai avancées ainsi que vous l'avez commandé. (A. G.) A MroDDe, le 37 mus 1879.

H, nE SAINT-HARS A LOUVOIS.

Monseigneur, comme mes prisonniers ne me donnent matière cette semaine que de vous rendre compte de leur dévotion et grande résignation en tout ce qu'il plaira au bon Dieu de leur envoyer, je vous dirai, Monseigneur, que M. de Lauzun m'a paru être dans la plus grande et la plus belle dévotion du monde. 11 souhaiterait fort

eiir^nnd k Pignerol, el devint peut-4lr« le compignon

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FOUCQUGT. IStI

d'aroir un jésnite ou un père de la docb^ne cbréUenoe pour se confesser, mais je lai ai dit qu'il n'y avait point de ces sortes de genslà ici. Il a fallu qu'il ait pris le conresseur de M. Foucquet, lequel a bien demeuré deux bonnes heures Bvec lui ; il ne me parle plus mainlenaat comme par le passé, dont j'en ai bien de la joie.

H. Foacquet n'a pas été qu'une bonne heure à se confesser avec ses deux valets, et le confesseur m'a assuré qu'il ne lui avait parlé que de dévotion ou en confession, et que, touchant les affaires d» monde, l'on ne lui en demandait pas la moindre chose du monde. Pour cela, je m'en rapporte & ce qui en est; c'est à quoi l'on ne peut pas voir clair que par la suite du temps. Je crois qu'il serait bon. Monseigneur, que de fois à autre tous fissiez ounir les paquets de lettres de Pignerol, tant ceux qui vont à Lyon que ceux qui en reviennent, devant et après les bonnes fêtes de l'année; par ainsi vous sauriez tout ce qui machine en ces pays-ci. Il n'y a rien même de si aisé que de prendre l'ordinaire de Turin '. Mon lieutenant le chevalier de Saint-Martin est de retour il y a cinq jours ; pour vous obéir, Monseigneur, il dit avoir tout abandonné, toutes ses petites afiaircs domestiques. Je vous demande tr6s-humblement pardon de toutes les libertés que nous prenons de vous importuner ; cela n'arrivera plus dorénavant, mais bien de conlinuer mes soins pour me bien acquitter de mon devoir. (A. G.)

A PIpWTOl, M f KTril 1S73.

Le menu au mime.

Monseigneur, quoi que je puisse faire pour découvrir et apprendre quelque chose de mes prisonniers, tant en leur pariant qu'en faisant souvent, des visites dans tous leurs appartements, il m'est impossible de m'apercevoir la moindre petite chose du monde qui soit digne de vous Otre mandée; ils sont tellement tranquilles et soumis que cela m'étonne extrêmement en la personne de M. de Itanznn. Ce qu'il me demande très-souvent est de la poudre à mousquet, pour pouvoir brûler de temps en temps, à cause de la mauvaise odeur qu'il y a dans ses appartements ; je lui en fais brûler souvent moi-même, mais il désirerait que je lui en laissasse à son

1. C'ai-i-Jire da Faire défaliscr 1b courrier cbargd di i lettrei d'italiu en Fruica. (;'eimit ilor* un procédé irtt-onlliitlre at fréquemment employé pu Loaroli.

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contentement, ce que je n'ai voulu lui accorder. Je crois, Honsdgneur, que vous aurez la bonté de ne désapprouver pas le reftuqDe je lui en ai fait, d'autant que c'est une cliose qui peut^ervir h on prisonnier pour se sauver, ce qui n'est pas mon affaire, en ce que je vous ai répondu d'eux sur ma vie, que je le tais encore mainteoant.

Il ne me reste maintenant, Monseigneur, qu'& vous rendre mes très'liumbles remerclmeots de ce que vous avez eu la bonté de me faire payer les appointements de Campaa ; vous ne pouvez faire du bien à aucune de vos créatures qui en ait tant de reconnaissance que moi, ni qui soit plus à vous ie reste de mes jours. (A. G.) A Plgnerd, ce 93 wril 1673.

Le même au même.

Monseigneur, je me donnerai l'honneur de vous donner avis comme j'ai tait arrêter et mis en prison un nommé M. le comte de Douane, de Turin, lequel, étant & la ville, s'est venu promener autour de l'église Saiut-Maurice, qui est une hauteur d'où l'on peut voir de cAté les jalousies des fenêtres de M. Foucquet. Après avoir demeuré là quelque temps à considérer la citadelle, îl s'approcha d'un bourgeois de la ville qui se promenait par là, et lui demanda de quel cflté étaient MM. les prisonniers ; après que ledit bourgeois lui eût dit qu'il n'en savait rien, il s'en retourna à son cabaret, oà je l'ai env07é prendre avec la permission de M. de Saint-Léon. Je l'ai interrogé sur ce qu'il élait venu faire à la ville ; il m'a répondu qu'il était venu voir deux parentes qu'il a religieuses à Sainte-Claire; je l'ai interrogé depuis quand il était à la ville ; il m'a fait réponse qu'il n'y était arrivé que le matin du mËme jour qu'il a été arrêté. Je l'ai interrogé quelle connaissance il avait de M. Poucquet; il m'a répondu qu'il D'en avait point d'autre que celle qu'il avait toujours oui dire qu'il était ici prisonnier, et qu'il ne le connaissait point, non plus que ses parents. Après l'avoir questionné sur plusieurs choses, j'ai envoyé un de mes lieutenants savoir aux religieuses s'il était vrai ce que ledit comte m'avait dit avoir des parentes dans leur couvent, comme aussi dans le cabaret oii il a logé, voir s'il ne s'était point informé d'aucune chdse dé ta citadelle. Tout ce qu'il m'a dit s'est trouvé véritable. Je me suis informé da bourgeois k qui il avait parlé devant l'église Saint-Maurice, poor savoir s'il ne

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FOUCQUET. in

loi avait point demandé autre chose; il m'a répondu que non. Comme j'ai reconna que ce n'était qu'une curiosité pure et simple que ce comte avait eue, je l'ai mis en liberté après l'avoir détenu deux Jours en prison dans une des chambres de mes lieutenants, où je lui ai fait bonne chère à cause de sa qualité et le peu de mal que j'ai trouvé en lui. J'espère, Monseigneur, que vous ne trouverez pas mauvais mon procédé, puisqu'il ne peut produire que de bons effets; ccladonnera lapenr à tous ceux qui pourraient avoir quelques desseins de venir ici s'informer des nouvelles de mes prisonniers; ils verront comme nous sommes alertes, et comme ce comte est de qualité, cela fera grand bruit à Turin. It ne se pourra pas plaindre du mauvais traitement qu'il a rcQU, et il dira ce qu'il voudra de mon exactitude, laquelle je continuerai toute ma vie avec la dernière fidélité pour le service.

H. de Lauzun s'est trouvé un peu indisposé, ce qui l'a obligé à prendre quelques remèdes et à voir le médecin, lequel, en lui pai^ lant, lui a dit qu'il était dans la meilleure chambre de toute la citadelle pour la santé. J'ai vu l'heure où mondil sieur de Lauzun lui allait sauter aux crins et qu'il le battrait; il s'est mis tellement en colère contre le pauvre médecin et moi, que nous avons été obligés de sortir de sa chambre après l'avoir longtemps oui pester. Il se plaint de ma continuelle civilité, et voudrait avoir affaire à un brutal qui, après s'être repenti de ises outrages, lui dirait quelques nouvelles de ses parents; il me dit toujours qu'il ne demandera rien et qu'il se passera de toutes choses au monde plutAt que de me faire la moindre demande; mais quand il abesoin de paniers, il me met en parade les siens qui sont rompus ; ainsi il me fait de tout ce qui lui fait faute, comme des gants, des draps blancs, souliers et poudre & poudrer < ; quelquefois je ne fais pas semblant de prendre garde à cela, afin de l'obliger à me demander, mais il fait en sorte que je voie ses nécessités et que je lui demande s'il en a besoin. Je lui demanderai s'il veut que je lui fasse faire un habit d'été, et selon qu'il me répondra, je lui obéirai,

M. Foucquel se porte bien; il commence ses distillations, comme de l'eau de la reine de Hongrie et eau de chicorée amëre, et Sirop

1. L> poudre dtiii en auge dèt la An du iti* siéclt; Louis XIV ne pouTtit pu U waffrir, meii cette mode Auit trop aiile t loa» ceux qui Toul&leat diulmaler lae ■tteiniea del'ige; elle deiint générale, et leBoi finit p*r l'adopter lonqne iaiieil'

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fS8 FOOCQUKT.

de fleurs de p6cher ; il ne me parle d'aucune chose qui mérite de TOUS être mandée. Je me donnerai rhonnear, Monseigaeur, de TOUS avertir soigneusement de ioot ce qui Tiendra en ma coniuissance. (A. G.)

A Plgnerat, ce S mil 1673.

LOUTOIS A H. DE B&KHACS.

A ArrM, 10 mai 1073.

Monsieur, il est de la dernière conséquence qae l'on contione i ne savoir pas ce qu'est devenu le sieur Lefroïd, que le sienr I^egnin a mené à la Bastille, et qui vous avait prié de Taire savoir au comle Uotina qu'il était détenu prisonnier. Je tous prie de prendre sur cela toutes les précautions nécessaires, et d'obserrer. ..... ou

quelqu'un qu'il connut est ami intime de tant de

et que je vous fais saToir aussi que si vous êtes obligé à faire as.sister ledit sieur Lelroid, vous le fassiez par quelqu'un qui n'ait pas d'habitude avec < (A.O.)

H. nE BESMAUS A LOUVOIS.

Do Paris, ce 11 mu 1073.

Monseigneur, j'ai reçu votre lettre du 8 de ce mois; je fais humainement tous mes efforts, pour suivre vos ordres; je n'ai ouï parler de. rien depuis votre départ, ni vu personne qui me puisse donner aucuu soupçon, et je ne quitte pas ici un moment. Je fais observer, sur les avis que votre bonté me donne, l'homme que TOUS me marquez, et quand il voudrait me tromper, ce que J'ai peine à croire, on n'a pas oui de messe dans toute la montée que vous connaissez, depuis votre absence. Je continue nTec touU? l'application possible à vous bien obéir. L'bomme pleure sourenl, se plaint beaucoup, et ce matin il me disait que vous preniez plaisir à désobliger un grand seigneur qui possible vous le rendrait. J'écoute tout ; il me presse d'avertir l'ambassadeur ou de lui permettre d'écrire; voilà tout. Quand tous aurez la bouté de m'ordonner quelque chose, je serai trës-ponctuel k vous plaire.

£n haiU, de la main de Louvoii : Continuer à le faire garder avec sévérité, et m'informer de temps en temps de tout ce qu'il lui dira. ' (A. 0.)

I indAchtlîrftble; il s'i^t uni douie da Jicobfn

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M. BB SAIHT-IUHS A LODVOIS.

Monseigneur, j'ai reçu celle qu'il vous a plu me faire l'honneur de m'écrïre, le 27 du mois passé, par laquelle vous me commandez de dire à M. de Lauzun le contenu d'icelle*. Après l'avoir bien apprise par cœur, je lui ai dit mot à mot ce qu'elle contenait; il me l'a Tait répéter plusieurs fois, et m'a demandé à lavoir. Comme je ne montre point vos lettres, Monseigneur, à qui que ce soit, sans votre ordre, je lui ai répondu que cela ne se pouvait, attendu que vous ne m'avez donné autre permission que de lui dire. Il m'a dit, MoDseigneur, de vous mander de sa part, qu'il élail toujours trèssensible ù. toutes les honnêtetés qui lui viendraient de vous, qu'il n'avait jamais cru que vous fussiez la cause de son malheur, qu'il ne s'en prenait qu'à sa mauvaise destinée, et qu'il n'en attend de fia qu'à la pitié et clémence du Roi ; mais comme personne n'a de . connaissance de ses alTaires que vous, il se voit réduit ici à mourir misérahlemeot sans votre secours et assistance; qu'à la vérité il ne vous a pas obligé à cela, qu'il n'y a que la pitié et charité chrétienne qui vous peut porter à le servir auprès de S. M., auquel cas il vous serait mille fois plus redevable qu'à son père, et qu'il était votre très-humble serviteur. 11 se prépare pour se confesser et communier dimanche prochain, jour de la PentecAte, et je crois qu'il fait ce qu'il peut pour se jeter dans une belle dévotion, mais je pense qu'il aura bien du mal à vaincre ses promptitudes ; il est toi^ours si chagrin qu'il est impossible de le pouvoir être davantage.

Pour H, Foucquet, je le trouve toujours très-lranquille ; il m'a demandé des nouvelles de la paix et de la guerre : je lui ai répondu que je ne lui en pouvais dire et que je n'en savais aucune, la vais, avec votre permission, Monseigneur, le faire babiller d'été, et lui donner ce qui lui sera de besoin pour ses nécessités corporelles.

De crainte qu'il ne vienne quelques personnes dans la ville s'informer des nouvelles de mes prisonniers*, comme l'on fit l'année passée, j'ai. prié ii. de Saint-Léon de me donner tous les moi» la

1. Louvoia Mail répondu par quelqaes mou do politetM à Lftuiun, aar u prop4Biiian de donner, «□ CsTeiir de H. de Luxembourg, ta démiulon de uplMine det gkrdaa.

1. Dn des amis de Lauiun, Barnil, *t«it disparu de la coar, M LouTola en avait ■ arerti Saim-Hara, parce qu'on aoupfonuait Barail d'eira parti pour Plgnerol.

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160 POUCQUET.

coosî^e des élrangen qui seraient venus daus la place, kAd que je puisse voir par là ceux qui Tiendraient souvent. Gomme je le connais très-exact et fort ponctuel pour le service, et que rien ne lui fait de peine pour cela, je l'ai supplié de faire conduire chez lai par deux soldats de garde tous les étrangers qui viendraient dans la ville, a&Q qu'il reconnAl leurs visages et sût ce qu'ils ; vienneot faire ; il me semble que cela ne peut produire que de irès-bons effets pour empêcher Içs plus assurés qui auraient mauvaises intentions. Si TOUS approuvez. Monseigneur, cette précaution, tods aurez la bonté, s'il tous plaît, de témoigner bon gré à mondit sieur de Saint-Léon, de l'affection auquel ($ie) il est porté ^ faire tout ce que je le requiers pour le bien du service du Roi ; je m'y attacherai toute ma vie avec tant d'exactitude et de fidélité que j'espère que tous serez content de mes petits soins. (A. G.)

A Pigaerol, ce 17 mAl IflTS.

LOUVOIS A H. DE BESHADS.

A Coatraf, ce 16 mei ISIS.

J'ai reçu votre lettre du 11 de ce mois. laquelle ne désire de réponse que pour tous prier de continuer toujours i garder avec la mCme sévérité l'homme dont tous me parlez et ft m'infonner de temps en temps de tout ce qu'il tous dira. (A. Q.)

LE DDC DE CBAROST A COLBBRT.

Monsieur, l'on me mande de Paris que M. de BoisIéTe est prêt i terminer ses affaires avec le Roi. Quoique cette nouTelle ne me donne aucune inquiétude, après les paroles que tous m'avei fait l'honneur de me donner quand j'allai prendre congé de tous, je ne laisse pas de tous supplier d'aToir la bonté de tous en sourenir, et de considérer que cela m'est de la dernière conséquence.

A CiI^B, le 17 Juin 1G7S.

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FOUCQCCT. 161

H. DK SIIHT-IUIIS L LOUTOIS.

Honseigaenr, comme voue m'avez commandé, par la vAIre du 6* mai, de ne tous écrire qu'une fois le mois, à moins qu'il ne snrvlDt quelque chose d'extraordinaire, j'ai différé jusqu'à maintenant pour pooToir découvrir quelques pratiques de mes prisonniers, aSn de me donner l'honneur de vous eu informer. Mais comme ils sont tous dans des lieux fort sûrs et qu'ils ne peuvent rien entreprendre d'eux-mêmes, contraire aux intentions de S. M., je me tiens alerte, tant au dehors de leur prison qu'au dedans, pour essayer d'attraper quelques bien intentioanés de leurs amis qui pourraient venir ici pour apprendre un rien du tout, comme le nommé Barail , dont vous me faites 1 honneur, Monseigneur, de me commander de prendre garde s'il ne serait point venu de ce c6té-ci. Je vous puis répondre que s'il en approche, qu'il sera pris et arrêté jusqu'à l'honneur de vos commandements. M. de Saint-Léon le connaît comme le pain; il a été gardé prisonnier par lui à la Bastille. Je l'ai prié de se faire amener tous ceux qui entreraient dans la ville, tant étranger»' que Français, qui ne seraient pas de la garnison; par ce moyen-là je saurai tout ce qui est dans la ville, h pouvoir soupçonner jusqu'aux religieux mêmes. Pour le voisinage d'ici, j'envoie tous les deux ou trois jours le sieur Blainvilliers, l'un de mes lieutenants, à chevalj se promener dans tous les cabarets des villages et maisons séparées pour voir et découvrir ceui qui viennent y loger. A mon avis, il faut que Barailh soit avec W. le comte du Lude, ou avec son frère qui a une petite abbaye en Bourgogne, qui était autrefois possédée par l'abbé de Castille, ou qu'il soit allé voir la mère de M. de Lauzua. Pour ici, ni à Turin, je vous réponds, Monseigneur, qu'il n'y est point; il pourrait encore êlre à quelqu'une des terres de Mademoiselle.

Je vous dirai maintenant, Monseigneur, & quoi s'occupent mes prisonniers ; M. de Lauzun fait lire son valet, parce qu'il ne le peut lui-même, ayant presque perdu la vue à ce qu'il dit; il s'est mis apparemment dans la dévotion, parce qu'il ne me parle plus que le plus bonuôtement du monde et que je le trouve très-souvent à genoux disant ses laudes devant le tableau de la Vierge que je lui ai donné l'année passée. Il ne me demande plus aucunes nouvelles, et quand je lui demande comme il se porte, il me répond comme UQ homme qui attend la fin de ses jours malheureux et de ses souf-

7crib;G00<^IC

102 POUCQL'ET.

frances : Qnand il plaira à Dieu de m'Ater la vie, je n'espère rien de ce moade; c'est pourquoi j'ai ans toute mon espérance en Dieu; la fortune ne m'a voulu chatouiller que pour me mettre en l'état où je suis. En me disant tout cela il s'arrache la barbe qui est d'une demi-aune de long ; il est dans une maigreur eitrfime et oe se plaint de rien, et ne veut point d'autre habit que celui qu'il a apporté.

Pour M: Foucquet, il se porte très-bien ; il a travaillé jusqu'i présent à faire des dislillations d'eau de la reine de Hongrie, de plantain et de chicorée amëre ; maintenant il fait du vin de cerises et en confit de toutes façons; il est dans une grande tranquillité d me demande souvent si vous ne me parlez jamais de lui ; il m'a dit même qu'il s'ennuie de ne pouvoir entendre le canon <. Je ne loi dirai aucunes nouvelles des progrès des armées du Roi sans votre permission*.

Il y a ce misérable Buticari^ qui est fort malade; il devient comme un homme fol et enragé ; il ne mange ni ne boit presque point. Comme il n'a personne pour le soigner, il nous donne beaucoup de besogne. Si vous désirez. Monseigneur, que sa femme le put voir plus souvent, et en toute liberté, dans la prison, vous feriez uee oeuvre de charité. J'oserai prendre la liberté de vous dire, Moaseigneur, qu'il est plus malheureux que coupable, et que toutes les personnes de ce pays le seront toujours comme lui.

LeM.Plassol, cousin de ce malheureux Heurtaut qui se Qt mourir l'année passée, est tout moribond, cl je crois qu'il ne la fera pas longue, si vous n'avez pitié de lui; c'est un misérable qui est incapable de pouvoir rien entreprendre jamais. Lequel, si vous aviez la bonté de lui donner la clef des champs, il lui faudrait donner par charité quelque chose pour le pouvoir conduire jusqu'en Béaro d'où il est*. Je vous demande pardon, Monseigneur, si je prends aujourd'hui tant de liberté ; mais comme vous étçs le maître, il n'ea sera que ce qu'il vous plaira, et vous ne trouverez pas mauvais que je vous dise toujours l'évan^le. (A. fi.)

A Piguerol, ce Si Juin 1073.

t. On lirait te cauou dans louiea lax places où il y avait da l'artillerie, ponr céJâbrer Ui vlctoirai rempanée* par le Roi on par lea généraai.

1. l.ouvoia Tipona : ■ Voua pouiei lai dira le progrét des arme* dn Hol, mail U DU laut piu que uila s'^tmile i autre clioBe. ■

3. n Vous pcitrrj; donner k Boticari toute la liberté que roni jugerei k propos. •

k. * Le Hoi veut bien que toaa inettiei Piauvi en liberté; en faîtaot mir Mit* laiirts au sieur de Loyauté il lui donuora vingt écus. a

ovGoo<^le

IPOUCQUET. 163

M. DE BBSM&US A LODVOtS.

Pour celui que savez ', il me tourmente sans ceiise, à son ordinaire, ne fait que pleurer et gémir, disant, comme je vous ai déjà écrit, Monseigneur, que tous croyez qu'il soit à U, de l'Isola et non à celui à qui il appartient. J'attends surtout vos ordres et les exécuterai avec le respect et soumission que je dois. (A. G.) P&rit, ce t Juillet 1078.

KASiME DE GtlSB * A COLBEBT.

— Jallict 1BT3.

Vous savez, Monseigneur, l'intérêt que je prends à la coaserra» ion de la maison de Cbaroane, étant une fondation de feu Madame, et où j'ai été élevée. Vous voyez bien que ces deux raisons sont assez fortes pour m 'en gager d'en prendre l'intérêt. On se sert de l'absence du Roi * pour leur faire une vexation inouïe, prenant le nom des créanciers de M. Foucquet pour ruiner entièrement les eaux qui entrent dans leur monastère. J'ai recours à vous. Monseigneur, pourleurfaire rendre justice, cedontjevousconjure. J'ai appris que c'est M. Mandat, conseilierau parlement, sous le nom de qui on fait ce désordre, et qui a fait rendre un arrêt du conseil privé, sans entendre les parties; il est nécessaire de leur faire défendre de ne passer plus outre, afin de donner du temps aux dames de Charonne de dire leurs raisons, car si l'on ne les empêche de travailler davantage, quand les eaux seront une fois détournées, vous savez qu'il est très-difficile de les ravoir, e\ c'est une injustice trësgrandequel'on leur veut faire, si vous n'y mettez ordre, dont je vous prie avec la dernière instance, et je vous en aurai, Monseigneur, la mfime obligation que si c'était pour moi-même. Outre toutes les raisons que je vous ai dites, ils ont de plus dans cette maison des dépAU qui me seront éternellement chers et dont la mémoire durera toujours dans mon cœur. Si elle était vivante, elle ferait auprès de vous ce que je fais aujourd'hui, et je crois, outre mon inclination particulière qui m'y porte, devoir cela à sa m:émoire. Ainsi, Monseigneur, ne me refusez pas cette grftce et celle de me croire, etc.

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