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FOUCQDET. 167
dire à M. de Lauzun que je lui ferai couper les branches d'arbres qui sont devant ses fenfitres. Hier au soir je Tus le voir, oii je lui dis que cet hiver je lui donnerais de la vue, et que je ferais abattre les branchages qui lui ôtent l'air et la vue qu'il m'a dit. Il se récria l.'i-dessus. Quoi, l'on me donnera ce contentement-là après deux ans de prison dans un cacbot I J'ai bien souffert jusqu'à présent toutes vos cruautés, je me passerai fort bien de ce faible soulage* ment-là que je compte pour un rien du tout. Il me dit ensuite : L'on m'accusera de tel crime qu'on voudra, mais je n'en ai aucun qui pût mériter de faire donner le fouet à un page. Lorsque ma disgrâce m'est arrivée, j'avais fait résolution de'rompre d'amitié avec feu M. de Guitry, lequel m'a toujours empêché d'être des amis de M. le marquis de Louvoîs ; il me trouva un jour proche la porte du Roi, comme j'étais de quartier; il me donna la main et me dit qu'il serait bien aise que nous fussions amis. Je répondis à cela, ce m'at-îl dit, avec chaleur, et de ce moment je lis la résolution que je viens de vous dire; mon retardement est cause de ma disgrâce et du malheur où je suis. Je n'ai fait du mal qu'à moi-même, et il ne trouvera pas que j'en aie fait à aucun, tant grand que petit; et pourtant me voici sans secours et assistance d'aucun homme vivant, ne sachant si ma mère el ma sœur sont encore au monde, ce qu'y est devenu le bien que le Roi m'a donné. M. d'Artagnan m'en a voulu dire en venant en ce pays>ci, mais c'était dans un temps où j'avais autre chose à penser. Je ne rtôyais pourtant pas demeurer ici si longtemps qu'il y a que je suis. J'avais deux frères • dans le service, je désireras fort d'apprendre ce qu'ils sont devenus et s'ils n'ont pas été tués, comme ont été mes amis que vous m'avez nommés. Je crois que M. de Lauzun a le meilleur naturel du monde, mais je pense que tout ce qu'il me parle n'est à autre dessein que de me faire jaser pour pouvoir apprendre quelques nouvelles; cela me fait fermer davantage la bouche et entrer en méflance de lui. II s'est confessé à la mi-août, fêle de Notre-Dame; je pense qu'avec le temps il prendra le parti d'être dévAI el de craindre Dieu; il me semble n'être plus tant emporté qu'il était, mais il se plaint toujours d'avoir mal aux yeux et de souffrir beaucoup d'autres incommodités. Je lui dis, comme il est vrai, qu'il n'est pas le seul en ce
1. Fnnçoii do Caumant, cheTiUer, pni» comU de Lsuian, (raod mkrtchftl de« UVapei de l'Empereur, morl le W décembre 1707, Igé de wiitoie ans, et Jacquet de CaaiDDnt, comte de Laniun, mort en 1077.
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pays, tout le monde est malade et cela durera jusqu'au mois d'octobre, c'est uoe chose qu'il nous faut essuyer toutes les années, et prendre plus de médecines que de verres de vin,
H. Foucquet s'est tiré d'affaire par ce moyen-là; il se porle fort bien à présent, et il me parait fort tranquille. Son confesseur, qui lui dit la messe, a fait une très-grande maladie, et m'a demandé d'aller passer quinze jours au mont Genève, là où demeure sa mère, aflo de pouvoir se remettre un peu dans ce pays-là, qui est frais. H. de la Motte-Lamire m'a fait voir la lettre que vous lui écrivez sur le peu d'assiduité qu'il a pour faire sa charge ; je prendrai la liberté. Monseigneur, de vous dire que c'est un bon officier, fort capable et entendu, et qui a du mérite; mais en ce pays-ci l'on ne saurait vivre en bonne intelligence les uns avec les autres, quelque chose qu'on puisse faire; le service s'y fat! parfaitement bien de toutes façons et fort rigidement. Le peu de fidélité qu'il y a parmi les soldats et sergents qui composent cette garnison a fait que j'ai donné un sergent et deui de mes soldats à M. de Loyauté pour aller prendre le nomméCalusio h Lyon. Je crois, Monseigneur, que vous ne le trouverez pas mauvais ', puisque tous ceux qu'on y aurait envoyés d'ici auraient déserté et mis ledit Calusio eu liberté. Ce ne serait pas le compte de quelques gens d'ici qui l'appréhendent plus que je ne le fais, par le poison dont il les a menacés.
Je vous demande pardon, Monseigneur, si je prends la liberté de vous demander une grâce, qui est la liberté du misérable Buticari. qui se sèche ici tout en vie de douleur et d'affliction. S'il vous plall de lui faire cette grâce, je vous répondrai de lui comme s'il était enfermé dans la plus dure prison du monde; il a ici un beau-frère qui est conseiller, lequel me répondra de lui, c'est-;à-dire toutesles fois que vous désirerez qu'il se remette en prison ; de plus il a la plus belle maison de la ville et une cassine fort jolie, lesquelles je lui ferais brûler s'il manquait jamais à sa parole de se rendre prisonnier ici, toutes et quanles fois je lui manderais de s'y rendre, et d'entreprendre jamais aucune chose contre le service du Roi. Ainsi au contraire il fera serment sur l'Évangile d'ôlre, lui et les siens, très-fidèlcs serviteurs et sujets de S. M. Je crois que la punilioD est autant grande qu'il l'a méritée, et même pour l'exemple de tous ceux de ce pays qui pèchent en la même chose. C'est un mal