‹ Archives de la BastilleChapitre 46 sur 137 · HOBIN ET SA F^MME. — D"* DE MALHERBE · texte numérisé non relu

HOBIN ET SA F^MME. — D"* DE MALHERBE

Ordre d'entrée : 4 man 1683.

MORIN piLs.

Ordre d'entrée : 13 Juin 1662.

RANDOM, PBËTSE.

Ordre à'ea'.iée : 17 juin 1662.

POITOU, MàlTRE d'école. — THOMÉ, prêtre.

Ordre d'entrée : iS Juillet f662<

Ordre g6n£nl de sortie, 29 novembre 1S62, mais au lleiiteuaut criminel

TordieUj pour les IransTérer au Grand Cbitelet.

Taux UesBle.

Betatùm de la découverte du faux Christ nommé Morin , chef des Illuminés, par Detmarets Samê-SorlinK

Après aToif reçu i'atis qu'une demoiselle nommée Malherbe était aorcièreet mariée au Diable , et avait commis plusieurs maléfices, j'en donnai avis à MM. de Rhodez * et de Rennes et an R. P. Annat ', lesquels m'exhortèrent de vérifier cette affaire par de bons témoignages. Je parlai à M. Boudou*, archidiacre d'Ëvrenx, H Ji M. le président Oranjon de Cahors , qui me diretit ce qu'ils en «aient sa. Ensuite j'appris qu'une bonne demoiselle nommée de

1. Jewi DMmareta de Salnt-Sorlln, aé k Pull en ISSS; mort à Parii, le 38 octobre 1670, tgi de qaatn-Tlnets ins.

Cet iBdfp* MpiM 4tat m paCta «mm dlaUngni. On n'a pu escora MblU le nudrig»! de la Violelle daiu la Guirlande dt Julit, et IK comédie dn Vi/ù>mairet; tela l'avait fait entrer à rAcadimie TrançalM. An reste, et c'est U meillEiire eicose qae mmm pabelMm donner-an u favear, il était ïdmI foa qae Horin; mftli celui-ci Hait U idte pardua de nbâre et de taim , tandis qw lo «oaTeirir de* riéboacbu fuaie» et la peur de l'enrer «Talent dârangd la cervelle de Deimarett, qui fut toujours fc *ti alla et bien en coitr.

9. HvdonfD de BeauiMut de Pereflie, flla d'us maUn d'itotel do ordinal de Ricbeiieo, nâ en 1605, précepteur de Louii X]V, évAqne de BhodK depaû IGtl, oominé en ISBI arcbevèque de Paris; tcorl le 31 décembre 1670.

3. FiMicoitlnnat, DéenRoacrfiNeii ISVO, eonfencardnnol; il qnltta sa cinrgtt aïk 1670 «1 moarut quatre moii «pria, le lli Juin de la mime aotiée.

&. Henri-Marie Boodou, grand archidiacre d'Ëvreui, r\4 le là Janvier 1331, i, La Fera; mort ea 1709. Ce prêtre était réputé pour nn solot et pnnait pour faire des miracles..

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tu HORIN ET SA FEUME, ETC.

ClinTiUe la connaissait depuis longtemps et savait pinsîeurs choses de sa vie. Je la vis , et elle me dit qae cette misérable avait perdu une sienne nièce, et que depuis peu de jours elle l'avait ensorcelée. J'allai avec elle chez cette femme, nommée Oenevîère de Calnlle, et nous la trouvâmes dans un lit toute extravagante, qui ne me parla que de cette Malherbe et d'un nommé Horin', dont elle disait qu'elle était amoureuse, et que je lui amenasse ; et lui ayant dit que cet homme était marié , comme ladite demoiselle de Clinville me l'avait dit , elle me répondit : a Eh bien , je serai sa concutHoe. n est Salomon, et il a bien des concubines, et sa femme serait bien peu charitable si elle ne me le prétùt pour quelques jours. » Enfin elle ne me parla que de ce Morîn et de cette demoiselle Btalberbe, et de mademoiselle de la Chapelle, chez qui celte demoiselle Malherbe logeait ; et elle me dit plusieurs fois : « Amenez<les-moi tous trois : it faut que Morio soit biûlé ou moi , mais je ne vens pas qu'on lui fasse du mal et je l'aime trop; dites^mot la vérité, l'a-t-oa brûlé? il avait fait semblant de se convertir pour se tirer de prison, mais il ne l'est pas. » Après plusieurs discours pareils, je la laissai, et je priai mademoiselle de Clinville que nous allassions ensemble chez mademoiselle de la Chapelle, près de Saiat- Eustache, aQa d'y voir cette mademoiselle Malherbe , m'assurant que Dieu permettrait que je découvrisse toute cette méchaate cabale.

Nous y allâmes, et, ayant parlé à mademoiselle de la Chapelle, qui me parut de boa esprit, franche et charitable, nous nous mimes en discours, et je la priai, s'il y avait moyen, qu'elle vint un jour, avec celte demoiselle Malherbe, voir cette pauvre Geaeviève de Calvitie, qui avait l'esprit troublé et qui demandait à les voir avec M. Morin. Nous eûmes ensuite un grand entretien sur ce M. Morin, que cette demoiselle estimait infiniment, comme un tainl et bien plus, qui avait souffert cinq cruelles prisons pour la cause de la vérité de Dieu en lui , dont il était sorti par miracle et dont elle me fit une grande histoire. Enfin elle fit venir celte demoîselle Malherbe , qui faisait fort la dévote , et ne parlait qne de Dieu et de rélemité : et lui ayant parlé quelque temps toucblot cette pauvre Geneviève , je la tirai peu à peu vers une fenêtre ponr l'entretenir i part. Je lui dis que je sentais que Dieu me donnait

). Stqua Morin, né ren ISIS, à Richenoat, dui le psyi de Ctœt.

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HORIN ET SA FEHME, ETC. 2U

une grande confiance poar parler à elle, et qae je croyais que Dieo loi donnerait aussi une OQTerture de cœar ponr moi, comme à mol pour elle. Elle me répondit qu'elle sentâu pour moi la mfime chose et qu'elle ne feindrait point de me dire qoe Dieu lui avait bat de grandes grftces, et qu'il lui envoyait souvent les Amei det aainls qui mouraient ponr lui apprendre plusieurs choses , comma entre antres elle me nomma le pèreBoinard, dont souvent elle avait entretenu l'&me, et celle du fen cardinal' de Larochefoucanlt. Que l'esprit qui était en elle lui disait que j'étais homme de Dieu et que j'étais bien avancé aux choses de Dieu. Je lui fis dire ainsi plusieurs choses, feignant une grande franchise à lui parler, et ja la priai que le lendemain je pusse l'entretenir plus à loisir; oout primes heure à neuf heures du malin.

Mademoiselle de Clinville, & qui je fis le récit de mon entretien avec cette misérable, s'étonnait de ce que Dieu avait permisqu'elle eût tant de confiance en moi, et avait Imposé. silence au démoo qui n'osait lui donner avis qu'elle se déQ&t de moi. Sur quoi je lui dis que Dieu nous ferait découvrir toute cette cabale.

Le lendemain j'allai voir celte Malherbe , que je trouvai seuls en sa petite chambre, près d'un grenier. Elle me dit d'abord que l'esprit qui était en elle, lui avait dit tout ce que Dieu voulait foire de moi, mais qu'elle ne pouvait me te dire. Elle me parla fort de Dieu, puis Dieu l'aveuglant, elle me confessa qu'on t'avait accusée d'être sorcière et magicienne; qu'il est vrai que le diable lui était venu dire un jour que la volonté de Dieu était qu'elle vint au sabbat; ■ qu'elle le voulut bien, puisque c'était la volonté de Dieu, Je lui d^ mandai comment elle avait été au sabbat, cl ce qu'elle y avait MU Elle me dit qu'elle avait été emportée par cinq ou six petits diables, qui étaient comme ces petits masques noirs de caréme^prenant >, qui ont un violon; qu'étant arrivés là, ils étaient autour d'elle dans une place ; que le maître diable était assis près d'une grande table, oft il était fort honoré de tous, et qu'il lui tendit la main et la fit as* seoir à table. Aussitôt, dit-elle, quantité de personnes de condition s'assirent aussi ; mais ils étaient masqués, parce qu'ils n'étaient pas encore assurés de moi, et ils ne voulaient pas être connus. Alors, on servit quantité de viandes bien lardées, mais je regardai que ce n'étaient que des aspics, des basilics et autres serpents ainsi lardés,

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t»a ucsan tx sa feuk, etc.

ce qui me StgroBilmal ao cœar. Les imtceB mangealoat' de ces Mrpenis arec grand, appéthi et Us me demandèrenlpeanitiet je ne msDgeais point; loais je ne poh Bo&a, je tm rapportée dans nica Ht, EUe me tint plnsiears antres diseoarrserablableei, sur les inter» Mgalûmt qae je lui faistis. Cepeadant, mademoiselle de laChspelle monta pou me parier, et ayant su qncJqne ebose de mes oavwges de proseetda poésie, elle témcrigna grande jme de a» coanats' sance. Peu,& peu je l'appriToisaî àme parler et ft se cornmoniqaer àmoi.

D'abord elle n'ouit, craignant qneje netïnasepourtesdéenawriti mais-leS'aTant asrarétE que la seule ProvideDoe oons arait as> semblés, die s'oorrit insensiblement, Dieu le permettant ainsi p«ar la confusion des méchants, et elle commença à me parier de H.' Mono et de sa femme ; qn'il était certain qoe JéBus-Ghriitétsit'iDCor^ pore et ressuscité en Ini par son second avènement en terre ; qa'S était le Fils delluimme à qui Dieu avait donné tout jugement sor la terre, et cent antres merveàlles qu'elle me conta et qu'elle débitait avec grande facilité, KUe me dit aussi que l'esprit de la sainte Vierge était incorporé en la femme de H. Morin'; qoe c'était nne femme merveilleuse en sainteté et en connaiseanee des choses se^ erâtes et divines. Enfin, je m'élonnai fort qu'nne femme de si bon esprit, sî bonne et si charitable, se fut tellement laissée tremper par oes mistetbies. Ayant aebevé ft tout oe qu'elleme disait, eQe eut encove quelque doute de moi; sur quoi l'ayant encore rassorée, et Dieu le matant ainsi, auquel elle neponvait résister, elle me At qu'elle voulait bien me faire voir les admirables écrits de H. Horhr. BUe descendit, puis me les rapporta aussitôt en deux gros cahiers; Elle me dit qu'ils n'tiaient pas écrits de la main de Hi. Morin, mais de celle d'un bon prMre, consommé en sa doctrine, quiavaitcopié le tout sur les originaux; mais qu'ils étaient apostilles en plnsienrs lieux de la main de M. Horin. J'admirai la toute-puissance de Dieu, qni en moins de vingt heures avait mis entre mes mains àt quoi foire te proeès k cet homme.

Cet entretien fut encore long, dans leqnel j'admirais comme cette bonne demoiselle était admirablement instruite on |Hutôt séduite par tant d'erreurs ; je témoignai on grand déùr de vmr M. Horin, Bt elle me dil qu'il pourrait la venir voir demain à deex benres et

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