‹ Archives de la BastilleChapitre 47 sur 137 · Jtamn Bontdler, Sl« d'âne (hiKfère · texte numérisé non relu

Jtamn Bontdler, Sl« d'âne (hiKfère

D.qitizeabyG00l^lc

MOniN ET SA FEHHE, ETC. 131

que si je voulais m'y troaver elle en aarait bien du contentement. Alors voyant que cette doctrine s'accordait fort à celle de Ch&rpy*, sor le SDJet da second avènement, je leur demandai si elles n'avaient point TU ce livre. Elles m« dirent que non, et je lenr pntmis de le lear envoyer le lendemain matin. Hais, étant en ce quartier-là, je le portai moi-même à cette demoiselle Malherbe, qui, entre plusieun discours , me dit qu'elle voyait souvent le Diable en un coin près d'elle, mais sans rien voir, sinon deux yeux de chat, et qu'il lui parlait de plusieurs choses. Elle me dit aussi que les saints la venaient voir souvent et lui parlaient (ne voulant pas me dire encore que c'étaient des diables), et que cela la scandalisait, parce que des personnes hors de la chambre entendaient plusieurs voix qui loi parlaient, et que lorsqu'on avait heurté et qu'elle ouvrait, on ne trouvait personne avec elle.

L'après-dtnée, je me trouvai chez mademoiselle de la Chapelle, b trois heures, et M. Hortn était déjà en la chambre de la Malherbe seul avec elle. M'étant assis entre eux deux , il Tut quelque temps sans rien dire, ayant les yeux comme fermés et comme dans un grand recueillement. Je me trouvai obligé de loi parler du désir que j'avais eu de le connaître, des grandes gr&ces que Dieu m'avait faites de me détacher des choses du monde et de me faire aimer des personnes spirituelles et divines , comme il me paraissait par ses écrits admirables dont j'avais déjà lu plusieurs choses. Je lui dis ensuite que Dieu m'avait donné quelque goût dans ces matières. £^fin, il ouvrit sa bouche et me dit : a Monsieur, tous parlez beaucoup, n Je lui dis qne Dieu m'avait fait parier , puis m'avait fait taire, pois m'avait fait écrire; que je me laissais conduire à son esprit et que l'esprit de Dieu voulait que je lui parlasse, puisqu'il ne me parlait pas,poarIui demander quelques lumières <sur les choses qne je ne savais pas.

Sot quelque propos, je dis qu'il y avait toujours quelque chose de l'homme en nous, jusqu'à la mort. Il me dit : Je vois qu'il y a encore de l'homme en vous. Alors Toyant que si je m'humiliais tant devant lai, qui voulait paraître si haut et si divin , il pooTait me traiter longtemps en novice, à quoi nous perdrions plusieurs journées, je lui dis ce que j'arais appris des élats intérieurs, selon leurs degrés, et l'anéantissement dans lequel Dieu m'avait mis. Alors il

I. Cbarpj'ëiRhantntraTiBloDnBiK; il BTÛt été aussi mis & la BasIfJIe.

D.qitizeabyG00l^lc

X3i HOnilt ET SA FEMUE, ETC.

méprit la main et me la serra avec les deux siennes, et medil qu'il voyait bien que j'élais spirituel, et que je serais bieiilàt parfait. Uademoiselle de la Chapelle, qui élait alors .venue avec nous, ne fit autre chose que de me rouloir donner une grande opinion de .la sainteté de M. Horin. Je lui dis ce que j'en avais conçu dans ses écrits, fei^tnt d'admirer tout. Avant que j'arrivasse, il avait lu quelque chose du livre de Gharpy, et je lui dis que je croyais qu'ils avaient beaucoup de choses l'un de l'autre. Il me répondit : Je vois bien qu'il a lu mes écrits. Sur la On de l'entretien, avant que de nous séparer, je lui demandai s'il lisait le livre de Charpy, qui élail là sur un siège; il me voulut Taire croire qu'ayant l'esprit qu'il avait, c'est*à-dire celui de Jésus-Christ , il savait tout ce qui était dans ce livre, sans le lire. Je lui promis de l'aller voir dans l'Ile Notre-Dame où il loge, et il me promit aussi de me venir voir, croyant qne j'allais être un de ses grands sectateurs. Le lendemain, j'allai chei la Malherbe, qui me dit que son esprit lui avait encore parlé de moi, et qu'il me le ferait savoir. Elle me dit que Dieu lui avait donné le jugement de plusieurs Ames après kur mort, et qu'il les lui envoyait. Elle médit que l'esprit du cardinal Mazarin était entré daus celui du Roi , ce qui faisait qu'il suivait ses maximes.

Mademoiselle de la Chapelle me parla aussi. Elles croient nue sorte de métempsycose et une certaine producUon d'esprits de l'un en l'antre. Mademoiselle de la Chapelle croit que l'esprit de madame Morin s'est produit dans le sien , et ils croient que l'esprit de M. Morin sera bîentfit produit dans le mien. Elle me dit que madame Morin est sa mère, et qu'elle a produit son esprit en elle. C'est ce qui fait, lui dis-je, que vous êtes si savante en sa doctrine, laquelle elle m'étala d'une étrange sorte. Elle me dit que Dieu avait créé le monde tout seul ; que Jésus-Christ, Dieu et homme, avait racheté le monde , et que maintenant Dieu avait été contraint de faire alliance avec le Diable pour sauver le monde, et que cela se fait en ce second avènement du Fils de l'homme qui est en la personne de M. Horin, Elle me dit que madame Morin est la mère des prédestinés pour les sauver par la miséricorde et par l'amoar, et que mademoiselle Malherbe est la mère des réprouvés pour les sauver par la justice ; que l'esprit de la sainte Vierge est incorporé en madame Morin, pour sauver les hommes par l'amour, et que le Diable est en la Malherbe, non comme possédant, mais comme pos- :sédé par elle pour sauver les hommes par sa justice, et selon le ju-

D.qitizeabyG00l^lc

Page 1