MORIN ET SA FEMUR, ETC. S
gemeot qu'elle en fait*; que ces deux femmes doivent sauver tous les hommes bons et méchants, et qiie nul ne périra; que comme les hommes ont péché et mérité l'enr^ par la femme , tous tes hommes doivent aussi 6tre sauvés par la femme.
Or, afin de lui donner courage de me découvrir tout , je lui dis que je ne craindrais point de communiquer au monde ces belles choses quand je les saurais. Elle m'avertit de ne point témoigner de curiosité à M. Morin, et qu'il était résolu de me dire tout, si j'avais patience. Madame Morin vint la voir, et je fis connaissance et amitié avec elle, et je lui promis que j'irais voir son mari l'aprèsdtnée.
Je l'atlai voir sur le soir, où nous nous parlâmes comme avec une grande franchise. Je lui fis quelques demandes sur l'état d'im* peccabtiité dont il parlait dans ses écrits, et Dieu voulant le confondre et le dénoncer, par leur propre écriture, l'obligea de me dire qu'il ne sentait pas en lui de liberté ponr me parler, mais que si je voulais lui demander quelque chose , je n'aurais qu'à le lui envoyer par écrit et qu'il m'écrirait sa réponse.
n ne laissa pas de me dire plusieurs choses, et entre autres, qu'il ne faut plus penser à la mort de Jésus-Christ, mais à sa résurrection, laquelle il entend s'être faîte en lui. Ainsi, il ne veut plusque l'on pense à Jésus-Christ, ni souffrant, ni mort ; il dit que les ecclésiastiques ne parient d'autre chose et en Font tout leur commerce, et ne commandent autre pratique que de penser aux souffrances et à la mort de Jésus-Christ , parce qu'ils n'en savent pas davantage, et que ce n'est que l'état de grâce, mais qu'il faut s'éleverà la résurrection, qui est l'état de gloire et bien plus relevé.
Ainsi le démon avec les jansénistes ne fait autre chose, par toutes ces damnables inventions de sectes , que de diminuer et anéantir les mérites de Jésus-Christ et de sa mort, et il suscite de faux chrisis ou des aniéchrists, pour les faire adorer, en parlant d'un état de résurrection et d'élévalion comme plus noble que l'état de souf- Trance et de la croix.
Je lui dis que j'avais vu par ses ^rits qu'il avait la clef de David ; mais il me répondit que la clef de David qu'il a est pour ouvrir et fermer les péchés, pour les délier et lier, et non pour expliquer les sens des Écritures, parce que tout jugement lui a été donné.
11 prétend que l'impeccabilïté est en lui et en ceux qui sont AU Tins et parfaits comme lui , que toutes sortes d'oeuvres sont iodif-
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23i HOHIN ET SA FEHHE, ETC.
férentes d'elles-mftmes ; que l'impeccabilité glt à adhérer iDieneo foi, Bans résenre d'œuvres ; qu'il ne fout s'attacher à aDcnn conmandemoat particulier de Uea, mais à sa voloatié en général, sgrtout depuis qu'il est ordonné de rmoocer'à soî-niftme.
Qu'il faut s'absteiùr soarent de la oommunion, et qne les gourmands spirituels ofCensent plus Dieu qne les charnels , et qœ paix sera à qui s'en abeliendra et qù s'en modérera.
Je vis mademoiselle de Clinville, qui cet une fort s^e filie, à qui je contai tont ce que j'avais fait depuis la connaissance qn'eOe m'avait donnée. Elle me dit que cet homme avait perdu beaucoup de filles, qui, sous prétexte de dévotion , le suivaient comine un saint et l'aimaient ardemment. £t l'une des plus dévotes l'ajvit été voir dans la prison de la Bastilie ', il la voulut iodaire à mai Dequoi elle fuL si surprise et affligée qu'elle s'en vint aux Jésuites crier à son confessoir qu'elle était perdue, ajant cru si longtemps cet homme st saint. Le confesseur la consola, et elle le pourra témoigner. J'ai parlé depuis à use que j'ai interrogée, et qui iaseasiblement m'a coufessé qu'il lui avait fait on enfant. La Malherbe l'étant venue voir depuis peu, lui apporladu vin qu'elle lui fit bure, et lui fit regarder dans un miroir, oix elle demeura tout éblotiic; puis elle devint insensée, en sorte qu'elle se mitàdanser sanscease, et voulait que ceux qui entraient dans sa chambre dansassent arec elle, et elle les y contraignait. CetJeHalherhe l'ayant ainsi troublÉe, lui redonna l'amour si grand pour ceMorin, qu'elle ne s'en cachait point et disait tout haut son amour pour lui. Elle s'offrit de le liri ameœr, et voulait qu'ils couchassent ensemble en sa présence, voulant être sur le même lit. Mais l'bâtesse entendantcela fil gnoà bruit et la chassa, l'appelant maquereUe, et qu'elle l'empCcherait bien de faire un bordel de sa maison. L'une et l'autre lepourrool témoigner.
Le lendemain , jour de Saint-Thomas 1661 , je reçus d« gmtd matin une lettre de la part de Morin, qui me fut apportée par aoc jeune flile, ftgée de 20 à 2S ans, dont la teneur ensuit :
Ce 11 décembre 1661.
Monsieur et ami, afin d'abréger le temps qui est court, et que dos conversations ne soient comme eu l'air et sans fruit pour être saos ordre, j'ai charge de vous demander, avant de passer outre, si pour
1 . Horin svait iU enromé den fob k la Bittllle ■ «n 14M et en 104».
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