‹ Archives de la BastilleChapitre 49 sur 137 · MORIN ET SA FEMME, ETO. 3Ï · texte numérisé non relu

MORIN ET SA FEMME, ETO. 3Ï

Dies. et eu rue de la gloire de Dîea purement, même sans autre avis que pris en Dieu selon l'esprit* vous voulez bien ïTeoglément suivre et sincèrement observer tout ce que nous vous ordonnerons, sans réserve de temps ni de cbose, tant au regard du spirituel et samaturel possible que du temporel et corporel, jusqu'à vous réduîre en l'état de la Providence divine où nous sommes, si Dieu le TCut el nous.

Que si, après avoir de votre part envoyé le tout sérieusement et désintéressement {sic) à Dieu, vons consentez pour son amour et gloire, et par confiance en lui, à telle soumission aveugle et sincère ' envers nous, vous prendrez la peine de m'apporter ensuite à votre commodité, dedans trois jours, ce jour Saint-Tbomas comptis, vos noms et surnoms propres ci-dessous par écrit, ou en autre billet, pour témoignage de votre conaentement^ que vous laisserez chez nous quand je n'y serais paa, sans alors en ce cas vous y arrêter davantage que pour y donner* ensemble le bon jour.

Que si regardant derrière aox conséquences par vaine crainte, respect bumaîu ou autrement, vous ne consentez pas à telle susdite soumission aveugle et sans réserve pour la gloire de Dieu, vous ne serez toutefois empéclié de votre part de venir cbez nous, quand et autant que Dieu le permettra, mais k votre égard et des saints cnir ciliés de la première grâce, enJa commuoion desquels vous fites, je me décbai^ à la face du ciel et de la terre, pour toujours et dès maintenant, comme pour lors de votre refus (supposé), de toute conséquence à cbarge et reproche pour vous, et proteste même devant Dieu du refus de votre soumis^on k qui vous-la demande de sa part, ou du don qu'en feriez comme pour épreuve et par curiosité, ou sous autre intelligeace qu'aveuglément et sîucèremeol pour la pure gloire de Dieu, sans vous enquérir ni mettre en peine ce que Dieu en veut faire par moi; car c'est en vérité de la part de Dieu, un en essence et trois eu personnes, que je vous demande cette soumission, et spécifiquement de la part du Fils de l'homme en noua, eateodu fils de Dieu. C'est ce que vous témoigne simplement votre ^i sdiso Dieu, Simon Morin, qui restera toujours votre meilleur

Ayant reçu cette lettre, je doutai si je feraia réponse, ne voulant donner aucun consentement pour chose qui pût être mal; mais jt^esnt que si je nre feignais d^dhérer & quelque chose pour décoa-

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Tiir sa cabale, tout commerce cesserait entre nous, je loi eoTOyai

ce consenlemeot conditionnel :

Je sonssigoé reconnais que pour Dieu et rue de la gloire de Dieu purement, même sans autre avis qae pris en Dieu selon l'esprit, je Teux bien aveuglément suivre et observer sincèrement tout ce que Simon Morin m'ordonnera de ta part de Dieu et selon Dien, sans réserve de temps ni de choses, tant ^u regard du spirituel et samatnret possible que du temporel et corporel, jusqu'à me ré- . duire en l'élat de la Providence divine si Dieu le veut, et même si Dieu le veut en lui ; fait à Paris ce jour de Saint-Thomas, 1661.

J'allai ce jour-là même voir mon directeur pour lui dire ce que j'avais fait, me confiant en Dieu pour découvrir cette cabale, et renonçant de tout mon cœur à tout pacte avec le démon. A quoi il me répondit que je n'avais rien à craindre. J'allai ensuite voir M. de Rennes qui me mena chez le H- P, Annat, auxquels je communiquai le tout, et les priai qu'ils sussent du Roi, Ou qu'ils avisassent ensemble avec M. de Rhodez, si l'on se contenterait des preuves que j'avais ou si je devais poursuivre par l'ordre du Roi ou par le leur à m'engager davantage. Hs me dirent d'abord que je m'étais biea hasardé de donner un tel écrit. Je leur dis qut je ne craignais pu tous les démons quand ils seraient ensemble, et quand ils m'empo^ teraient comme Notre-Seigoeur sur le pinacle du temple, et que la condition que J'y avais mise me garantissait de tout mal. Us me pro* mirent de s'assembler pour cet effet, et le lendemain ils me firent réponse que je devais encore feindre avec ces personnes afin de découvrir le pins que je pourrais de leur doctrine et de leur cabale'.

Le même jour, Morin me renvoya la promesse ou reconnaissance que je lui avais écrite et signée, avec une lettre que je lui avais écrite âes demandes que je lui faisais et la réponse au dos, et an bas d'un autre billet que je lui avais écrit, il écrivit ce qui ensuit :

J'aurai le bien de vous voir aujourd'hui ou demain, à une heure après midi, si vous êtes chez vous. Voici que je vous renvoie votre consentement; suffit qu'on le connaît, il n'y a point de précipitation en Dieu, auquel nous vivons, nous mourons, et nons sommes, où le devons faire et connaître. Signé : Morin.

1. Let ëiéques et le confetsear Jouent ici on rAle bien ^galier, li n'ijoute pu le meiuoDge i l'iodlgaité de m condolie.

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Je lui avais écritle 20 décembre 1661 , pour lui faire des qaeslions qui se réduisaient à trois demandes, à quoi il me répondit :

Touchant tos demandes, ami, la première que je tous paile par la plus grande force de mon esprit, la seconde que je tous dise ce que c'est que d'être au-dessus de la foi, et la troisième comment l'on deTÎent impeccable, en sorte qu'on n'ait plus besoin de recourrer la grâce perdue, trois mots, ce me semble, vous doivent satisfaire, saToir : demeurer en charité; car outre que c'est la plus grande force de mon esprit que de demeurer et parler en cliarité, car qui j demeure y parle quand Dieu veut, c'est que qui demeure en diarité est au-dessns de la foi et impeccable, puisqu'il demeure en Dieu, où tonte lumière habite sans obscurité, et où il ne peut y avoir de péché, en sorte qu'il n'a besoin de recouvrer de grflce, parce que la grâce ne se perd de qui demeure en charité, et qu'aussi Dieu, source de toutes gr&ces, demeure en lui fontaine jaillissante i vie étemelle. Dieu fasse à tons la grâce acQ-seulement de l'entendre, mais aussi de l'expérimenter, afin qu'ayant bu de l'eau proposée à la Samaritaine, il n'ait jamais soif; ainsi soit-il.

Quaot & ce que vous me demandez si cet état est celui de la gloire qui a commencé dans quelques-uns en 1630, vous savez qu'il a été dit aux apôtres : le royaume des Cieux est en vous, et que le règne de Dieu viendrait sans observation. Ces deux choses se colligeat, l'une que l'état du royaume des cieux et fidèles est inébranlable qnant à la grâce de sépulture en J.-G., et dès les apOtres ; ainsi mCme dans l'état de nature il y a en toujours des fidèles, es quels la sagesse était créée dans le ventre, qui a opéré les œuvres fidèles eu tant de patriarches et de prophètes ; l'autre, que le règne de Dieu a db venir sans observation de temps, j'entends le temps qu'il veut faire régner les siens, lesquels jusqu'à son retour et effet de son second avènement ont été en l'opprobre des hommes, et cachés sous la CQUvèriure de diverses calomnies et persécutions. Or, nous eotendoDS que le temps pour les relever d'opprobre et pour les faire régner est venu, et l'observation qui en est particulièrement faite en 1630, n'est que d'accommodation au nombre d'ans, es quels on a coutume de déployer plus grande grâce de Dieu par jubilé et pleines indulgences; ainsi le principal effet de l'œuvre présente de ta révélation de la gloire des enfants de Dieu est une exhibition des plus grandes miséricordes de Dieu pour tous les hommes, comme

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\!t38 HOIÛN ET SA TEHHE, ETC.

le couronnement et accomplissffment de tootes les itréeédnttes, et des promesses qui regardent la clfttnre et coBflrmatîoD da sahit sans délaissement d'aucun, quoiqu'en différent degré. Outre, ami. qa'il y a difFéreoce entre les personnes enserelîes en J.-C. et celles ressQScilées en lui, et différence encore de n'être ressnscité que selon r&me, et d'être ressuscité en corps atnsr qu'en ftme ; ces derniers étant ceux-qoi ont part à la première résurrection par jonction dcstïuits degrftce à la bonne nature en eux ob la sagesseett créée dans le Tentre, et les autres sont ceux qui ont part seulemeat à la présente résurrection joint à la première grftee soos sacrement, leur chair étant encore eusevelie en J.-C.; mais Dieu, qui ordoDse loM en nombre, en pmds et eu mesure, sera tout ft chacun dans son temps. J'ai grand'Joie seulement que vons ayez été moyen ft'IHtti de produire un ouvrage si doux et utile à l'attrait des esprits qai s'occupent peu i peu à Dieu, et qui ne croient ses mystères e( m les cherchent que par béuéfiee d'iOTentaire, et vous réitère ma parole qu'en tant ce queDieu vous donnera pour moi tous me trouverez disposé d'y correspondre comme tous m'avez témoigné loi bien vouloir correspondre en noos, voire même d'aller quérir de l'eau chez vos voisins, encore qu'il y ait'une fontaine cbeevous, surfit qne je vous en aie fût ma déclaration. I^ix et bien vous soit.

Depuis, m'étant veau voir, je lui parlai touchant la séparation de la partie si^érieure de l'esprit d'avec l'&me ou partie inférieure; laquelle séparation Dieu opère en quelques personnes suivant le que dit saiot Paul : Tramiens tuque ad divisioaem anima et >p'.ritus. U commeaija à se défler de moi, croyant que je le voulais faire parler touchant l'abandoonemeot du corps à toute œuvre. U ne tae réponditrien alors, puis il témoigna à quelques perscunes qu'il ne me parlerait plus, et même U voulut me le faire savoir par écrit, par celte lettre qu'il m'écrivit le jour de Sainte-Geneviève 1662 :

Avoua parler fratie, ami, puisque vous le voulei, Dieu n'est point trouvé dans l'empressement, ni moins de celui qui te tente. Jugovous vous même, et vous ne serez point jugé ; car quand voos atdites la dernière fois que vous étiez dans toutes sortes de liberté el dégagements des faits de la partie supérieure dans l'intérieure, cette liberté a été entendue ou en bonne part, et des enfants de Dieu, ou en mauvaise part, et des enfants du diable oo hommes eorrompus. One si vous l'avez entendue en bonne part, c'est tenter Wtn

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MOBIN ET SA FEUHE, ETC. S»

que d'en TODloir apprendre davantage sur ce sujet, voire avec précipit^ion et tout à l'heure présente, sans aUeadre le temps et les occasions de sa providence, vonlant que Dieu s'accommode i nons, pour okfime dods découvrir ses secrets, et les balancer possible k Qotre jugement, et non pas nous accommoder à Dieu. Que si voas avez enteadu cetle liberté en mauvaise part, il est manifeste que fmis avez tenté Dieu alors, vu même que vous avez souhaité confiance de nous, pour voir si nous étions en pareille liberté et éprouver la nôtre, voire de vous confier sur ce mauvais fondement ce que nous aurions pu avoir pour le Roi. Or, jugez si cet esprit double est bon; partant, ami, vons me dispenserez, s'il vous plait, de vous voir et parler davantage quant à ce qui est des secrets de Dieu et de ses enfants, car le péché contre le Saint-Esprit est une plaie incurable, dont tenter Dieu est du nombre ; outre que ce serait inutilement employer la parole de vérité que 4e vons dire, par comptaisance il l'homme, ce qae vous dites savoir et espérimenter; que si celle déclaration par vons est mensongère, afin de pénétrer les secrets d'autrui, comme par surprise et souplesse, vons vous 6tes rendu indigne d'en apprendre davantage^ Pour cela vous n'en sauriez par moi autre chose que ce que Dieu vous a fait on ferait expé* rimenter par dd surcroît de sa bonté en surmontant voire mal par son souverain bien, c'est de quoi je le supplie très-instamment ; mats à vous parler franc, ce n'est point besogne faite, et vaadrait mieux en vérité n'avoir point connu la grftce ijD'après l'avoir comme se voir capable de tenter Dieu et le Saint-Esprit; et ne pouvez autre chose que, en avouant la dette en sa f-résence, vouloir bieo TOUS conformer à subir dans le temps et dans l'éternité tont ce quii Ju) plaira, liais laissant ces choses à part, je vons dirai que j'ai suivi un avis, comme de la providence de Dieu, savoir de cker> cher emploi près de M. de fiffrtillac, au moyen de H. Dubois, on de mes anciens amis de l'extraordinaire; mais comme la recommandation des gens de probité, cooraie tous, y peut beaucoup servir, pour raison m£ake qu'il serait expédient de retirer mon flls près de moi, et qu'il y eftt aussi de quoi s'occoper, j'aurais h vous prier d'y vouloir prendre quelque soiu, si cela ne vous était point i charge, ou à quelque autre emploi et que vous jugeriez plus propre pour nous. La volon^ de Dieu néanmoins soit faite sur toute chose. Ainsi soit-il et à jamais en chacune de ses «réatures. C'est dans ce sentiment que je reste, Monueuret ami, etc.

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StO MORIM ET SA FEMME, BTC.

Deux jours après cette lettre il ne laissa pas de me veoir T<»r, où je lui Alai la défiance qu'il avait eue de moi, et lui dis que puisqu'il avait l'esprit de J.-C. en lui il savait mon intérieur, et que je n'avais ni mauvais dessein ni finesse avec lui, mais que j'avais voulu av(»r son avis pour savoir comment je me devais comporter en quelques occasions, me rencontrant quelquefo-s à parler avec des filles en particulier touchant les choses spirituelles, et qu'encore que Dieu depuis plusieurs années m'eût fait de grandes gr&ces, me soutenant continuellement contre les tentations, et que j'eusse comme une assunmce morale d'fitre assisté dans ces conférences pour le salut et la perfecUon des Ames, toutefois, me confiant en Dieu, je ne laissais pas de me défier de moi-même, et que souvent je fermais les jeux en écoutant quelque fille qui me parie pour n'avoir point de mauvaises pensées pour elle en la regardant, et que peut-être il jugerait que c'est se défier de la confirmation en la gr&ce de Dieu, n'ayant plus de volonté et n'ayant plus que la volonté de Dieu, qui ne peut pécher, comme il met par ses écrits, et que quand j'aurais les yeux ouverts je ne tomberais pas en de mauvais désirs avec l'assistance de la grâce surnaturelle, et que c'est peut-être l'état des imparfaits de se défier ainsi de soi, ou plutôt de Dieu en soi. Qu'à la vérité quelquefois ces filles me parlent de la tentation et que je me sens tenté aussi ', et que je le priais de me dire ce qu'un homme, dans l'état surnaturel, au-dessus de la loi, et Dieu ayant sanctifié la nature et le corps, ainsi qu'il l'écrit, peut faire en telle occasion de désir naturel réciproque. A tout cela il me répondit enfin, en peu de mots, qu'il ne fallait pas faire aucune action corporelle par adhérence à la volonté hrutalc de son propre corps, mais par adhérence à la seule volonté de Dieu. Je lui demandai encore si l'on ne pouvait pas être porté à telle action par la liberté des enfants de IMeu qui a sanctifié la nature et le corps, et par pure charité envers son prochain, comme il le déclarait par ses écrits. Il me dit que cela se pouvait aussi de la sorte, ne pouvant contrarier sa propre doctrine, quoiqu'il se défiAt de moi. Nous passâmes à d'autres discours, et enfin, recommençant âme craindre, il me dit qu'il croyait que Dieu était content de lui, de tout ce qu'il avait fait pour les vérités divines jusqu'ici, et qu'il était résolu de laisser là letout;etsur cela il me pria de lui procurer quelque emploi pour faire subsister sa bmille.

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