MORIN ET SA FEMME, ETC
de davantage, pour passer de l'état de gr&ce à celui de la gloire; car Dieu, par son Saint-Esprit, tous instruira assez sur cette matière, TOire plus en un clin d'œil que nul autre ne peut faire par des volumes entiers pendant longues années, et s'il n'y a aucun aide eu vous qui vous soit favorable en ce passage, il ne vous sera lonjours communiqué qu'au moyeu de Dieu que vous obligerez en doiu» selon le degré de la charité qu'il a mis en vous par gr&ce, et les voies que sa providence vous offrira. Car, comme verrez par celle datée du môme jour que la vôtre qu'il ne m'est nullement souvenu de baillera votre laquais, je n'ai autre charge de Dieu, et pour voas et pour tous ceux qui n'adhèrent à l'esprit de Dieu, ains à l'esprit de l'homme seulement qui contrefait Dieu et prend sa place, à qui ne s'y connaît, de renvoyer chacun à Dieu en esprit, en réparant la foute des pasteurs et directeurs d'aujourd'hui, qui, ne s'absenlant des ouailles comme le Fils a fait, empêchent l'effet du Saint-Esprit en elles et en eux, suivant même cette parole du Fils à ses apAtres : n II est expédient que je m'en aille, car sî je ne m'en vais, l'Esprit ne viendra point, et le Consolateur ne vous sera point donné. » Sur quoi je vois la nécessité de son absence pour donner lieu au Sainl- Ësprit d'effectuer es ouailles le principal de la grâce. Partant, ami, je serais moi-m6me détenteur de ce bénéfice en votre faveur et de tous ceux qui s'adresseront à moi, et voleur de la gloire de Dieu enespritavec les directeurs ordinaires, si je ne vous renvoyais non plus qu'eux au Père, et si je demandais davantage de vods qu'ayez force et foi pour marcher seul sous l'appui de Dieu en esprit. Ce que n'ayant garde de faire, nous n'avons qu'à nous maiatenir en charité au respect les uns des autres, chacun s'entr'aidant en ce qui est et sera de son possible; moi de ma parole, en votre endroit, quand la nécessité et l'occasion s'en offriront par le vouloir de Dieu, et vous de vos œuvres charitables envers nous semblablement, tant que Dieu nous laissera dans la nécessité du temporel. Quant aux sacrements, c'est au même esprit de Dieu à vous en relever, si le devez Être, pour ce que Dieu étant jaloux de sa gloire, il veut que le principal honneur lui soit dA de tout le surnaturel et de la liberté qu'il donne à ses enfants, et ils doivent tirer toute leur gloire du Père, uniquement; attendu même que ce serait recommencer une nouvelle Babylone que de tirer sa gloire les uns des autres. Mais Gomme je n'ai i tirer ma gloire d'aucun homme après mon action de grâces aux pasteurs ordinaires des rudimeols
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HORIN ET SA FEHME, ETC. SB»
de la foi qu'ils m'ont enseignés, et que les hommes maintenant ne me peuvent couférer que le terrestre et uon le surnaturel que je tiens de Dieu seulement, je n'ai aussi à souiTrir qu'aucun, à l'égard du surnaturel, tire sa gloire de moi comme homme, ains de Oieu purement et de l'esprit de Christ, auquel esprit chacun vrai chrétien doit marcher. Dieu tous fasse la grAce de le faire. Ainsi soit-il. Qitaut au fait de l'archange et des siens en faveur du Fils de l'homme et des enfants de Dieu, ce sont lettres closes, et ponr eux et pour le Fils de l'homme même ; car nul ne sait le jour ni l'heure, mais le Père seul. Ce que vous savez aussi bien que moi. C'est pourquoi prenez garde que toutes telles vos demandes, et que je vous dirige, ne soient de l'homme sus-menlionnë qui, contrefaisant Dieu comme son singe, et prenant sa place, ne témoigne grand zèle et bienveillance en tentant autrui; car vous ne devez ignorer de tout ce que dessus, et que la gloire de Dieu n'est autre chose que de ne tirer sa gloire des hommes. Et quand même je tous devrais diriger, ce ne serait plus moi, le faisant sur vos demandes tant affectées, ains ce serait votre esprit même qui vous dirigerait par moi, et je ne serais que son instrument. Raison pourquoi il vous doit être mani> feste, et à moi très-notoire, que tous devez tirer votre gloire de Dieu purement et non de noua, ni d'aucun homme, pour ce que vous donneriez trop à l'homme et à vous-même, et trop peu à Dieu.
Le premier jour de février 1662, je lui écrivis la suivante pour réponse à ses deux précédentes.
Je crois, très-cher ami en J, C, que Dieu a voulu que comme homme vous ayez pris sérieusement le discours que je tous aTais fait, comme en riant, de la proposition qui m'avait été faite de prendre un directeur jésuite. Et il l'a permis ou plutôt fait en vous afin de TOUS faire écrire la lettre admirable que vous m'avez envoyée, qui est capable de confondre les docteurs et les directeurs, et dans laquelle il y a plus de doctrine et de sapience que dans beaucoup de livres de théologie. Je ne m'étonne plus si les docteurs et les autres ecclésiastiques qui tous ont persécuté, n'ont plus voulu vous mordre, et n'ont point osé vous approcher, vous voyant pourvu de telles armes, contre lesquelles les arguments de leur scholastique étaient bien faibles; caria plupart n'entendent point le spirituel ou mystique. Gr&ces à Dieu, je n'ai pas besoin de tels directeurs, ni de
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S70 HORIN ET SA PEUUE, ETC.
conseils de Tons si je dois les prendre; ce serait prendre des aveugles ponr guides. Il t a lonf^temps que Diea me dirige et m'enseïgiu, et vous en mm pu voir quelque chose dans le livre que Dieu SQuIm'a dicté et pour 1r composition duquel je n'ai vu ni livre, dî directear, ni docteur. Vous avez pu voir, par ma lettre du 26 de ce mois, que je nevonlais que vous pour directeur, selon la soumission que je vous avais déjà envoyée de hire tout ce que vous m'ordonneriez, vous reconnaissant pourleFils de l'homme et le Fihde Dieu-eavous; car, parle seul esprit de Dieu, je vous discerne el TOUS me discernez aussi. Les onailles connaissent leur pasteur elle pasteur connaît ses ouailles. Toutefois, si vous merenvoyezà Dieu, j'y demeurerai comme j'y étais auparavant.
3'avais oublié il vous écrire, sur votre lettre du 16 dernier, que je n^entendais point du tout venir à vous comme entremetteur, uiponr accommodement entre vous et les ecclésiastiques. Je n'ai nul commerce avec eux pour leurs intérêts, soit spirituels, soit temporels, el n'en veux point avoir. Je m'adresse à la plus haute puissance d'ici-bas pour réparer plusieurs désordres, ayant agi en eela immëdinteracnt par ordre de Dieu; maisje ne feindrai pas d'agir aussi par votre ordre, auquel je ferai gloire de me soumettre, si vous ne me renvoyez point. Car par la soumission aveugle et sincère que vous avez désirée de moi, pour faire tout ce que vous m'ordonneriei, et je ne croîs pas avoir failli en me soumettant après votre semonce, & votre direction et à vos ordonnances, j'étais donc bien éloigné de pensera vous demander conseil pour prendre un directeur; jamais je n'ai eu cette intention. Ce serait quitter Dieu pour retourner i I^omme; mais en vous recherchant, j'ai cherché Dieu et non l'homme, n'ayant nul besoin de vous comme homme, sinan pd charité. 'Donc, très-cher ami, si vous le voulez, j'irai dorénavant
t pour agir par zèle, couditil nés; soit pour agir par chsieu m'en fournira les moyeos
par les -mouvements de Dieu seul :
de .Dieu envers les puissances souverain
Hté envers votre famille, selon que Die
parsa Providence. Mais je ne prétends point vous imporiune^ de
questions, n'ayant pas nécessité d'en faire. Je ne laisserai pas d'agir
librement pour vous écrire quand Dieu m'en donnera le mouft'
ment. Vous me ferez réponse comme itvous plaira, et j'apprendni
lonjoure de vous quelque chose de sublime pendant ce carnaval,
auquel tempS'Ies puissances du monde n'ont guère le loisir d'écov-
'ter de grandespropositions pour la gloire de Dieu.
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MOBIN ET SA FËUNK, bTC. m\
Le 3* de février, Uorin étant veou me voir, me dit qu'il avait fait réponse k ma dernière, et qu'ilfavait donnée chez mademoiselle de Ja'Ctnpelle pour me l'apporter.
Dans notre entretien, je lui demandai ce qu'il entendait par état de gloire; s'il eotendiiitia gloire éternelle, si nous ne mourrioas pas Ions, et si les corps ne devaient pas ressuadter pour jouir delà gloire ao ciel avec les imes. Il me répondit que la gloire de oettu vie était pour ceus qui se détacheraient de leur propre volonté, et de toutes les choses du monde, pour adhérer à Dieu seul •en e^rit, en adorant le Père enespiit et vérité; que ceux-là, apr&s eette vie, suivraient l'Agneau partout, soit au ciel, soit en la tecre. Que les corps ne ressusciteraient pas, parce que la chair et le sang n'hériteraient point du ciel ; mais que V&tat suivrait le corpscéleste de Jéaus-Çhrist partout. Que les antres fîmes de ceux qui auraienl Téco moralement bien et svec débonnaireté, quoique non détachées de leur propre volonté, et des choses du monde, auraient leur gktive étemelle en la terre, selon le texte : Mansueti hereditahnaterram, les débonnaires hériteront la terre; mais que oelles-l.'i ne suivraient pas l'Agneau pascal, c'est-à-dire le corps céleste de Jésus- Christ, I oit au ciel, soit en la terre. Je lui demandai ce qu'il entendait par le corps céleste de Jésus-Christ. Il me répondit que le Fils de Dieu, avant que de venir au monde, avait un corps céleste, Bt qu'il prit dans la Vierge un corps terrratre. Jeluî dis que jamais je n'avais ouï dire que Jésus-Christ eût deux corps, l'un céleste et l'autre terrestre, ni qu'il eût un corps avant que de venir sur la terre.'Il me répli<iiia que chacune des trois personnes divines avait un corps céleste et un support sur lequel subsistait sa personne, qui par ce corps était ciroonscrite de lieu; qu'autrement il n'y aurait pas trois penonnes distinotes, et que c'est pourquoi il tmt qu'il y ait trois-supports. Je lui dis qne jamab je u.'avais entendu parler de cela, ttt-qu'il n'en était rien dit dans la sainte Écriture ni dMB les Apdtre». U me répumdit qu'il était vrai, mais que Jésus- Chnst avait dit qu'il avait plusieurs choses à leur dire, qu'ils nu pouvaient pas parter.alors, et que tout cela était révélé par ce second avénemeot. Je lui damanttai si. chaque corps céleste de chaeondcs trois -personnes divines était créé ou incréé. 11 me dit qu'il nepauTait'pas meirépondre sur-le-cfaamp, que je lui demandais dM chous bien «ublims, et que , peut-Aire Dieu lui donnerait de-qnoi me^saliaraire. Je ne voulus pas le pcesser davantage là^es-
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272 HORIK ET SA PEHHE, ETC.
BUB, pour ne pas le faire câbrer, et pour ne lui pas âoaatr de
soupçoD.
Je lui demandai sealement si les Ames, après la mort des corps, seraient en gloire éternellement sans les corps. Il me répondit qu'elles ne seraient jamais sans corps, et qu'elles passeraient de .corps en corps, de génération en génération, selon le passage de l'Écriture; que ceux qui auront été des parfaits durant celte Tie, sniTraient l'Agneau partout, et se mêleraient dans les plaisirs des hommes comme Jésus-Christ lui-même, qui prend ses plaisirs arec les enfants des hommes. Je lui demandai si ceux-là en engendreraient d'autres. Il me répondit qu'ils feraient ce qu'ils roudraient; que tous reTivraient en leurs enfants ou autres, de génération en génération, et seraient ainsi c<Hitinuellement en ^oire, et qu'il n'y aurait point d'autre vie ni d'autre gloire étemelle; que les parfaits pourraient aller au ciel et partout avec l'Agneau, et que les autres n'habiteraient que la terre etu'auraientleurgloireque sur la terre; que c'était là le règne ou l'Église du Saint-Esprit, et la commanion de tous les saints, parce que tous seraient sauvés sans réserre d'aucun.
Il me dit encore que c'était maintenant l'accomplissement des six derniers articles du symbole : Je crois au Saint-Esprit, parce que c'était maintenant le règne du Saint-Esprit;
Je croîs la sainte Eglise universelle, parce que l'Eglise allait être toute sainte %t universelle;
La communion des saints ou Sdëles, pour ce que chacun serait fidèle, et en communion ensemble, croyant et adorant le Père eo esprit et en vérité ;
La rémission des péchés, parce que oui ne pécherait plus;
La résurrection de la chair, parce que la chair serait ressascilée de toute infirmité et sanctifiée, et ne pécherait plus;
Et la vie éternelle, parce que les âmes vivraient étemellemeot en gloire, en passant par la mort de génération en génération à jamais.
Sur cela , il me promit de me faire voir un écrit qu'il a fait sur ces six derniers articles du symbole, lequel il donna^ quelques jours après, 6 mademoiselle de la Chapelle, pour me le donner avec sa lettre du 3 février, qu'il lui avait déjà laissée. Cet écrit est un cahier intitulé : Bouctier de la foi, lequel on peut lire tout entier, ou l'examen que j'en ai fait en un cahier séparé, à la fin duqud est
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