SS MORIN ET SA FEHIIE, ETC
Mais la vérilé de ce démon de madame Horin me fut depaù biea confirmée, et comme il ne peut du tout souffrir ceux qui sont de la part de Dieu , quoique Dieu ne lui permette pas de les dëcoarrir à ces misérables.
Madame deMoraogis me donna la connaissance do sieur Bornais, qui est un bomme dé?oué à Dieu pour la conversion des hérétiques, ayant grande gr&ce de Dieu pour cela, et si grande charité qu'il ne craint pas d'Être souvent dans le prêche, et d'en être ennronné et battu h sa sortie , comme il lui est arrivé souvent. Cet homme, durant Id guerre de Paris, ayant reçu avis de la cabale de Morin, fit en sorte de prendre connaissance avec eux, et de faire semblant de Touloir être de leur secte, comme d'effet ils le crurent; de sorte qu'il fut longtemps parmi eux comme pour en être instruit, de quoi il me Bt la relation , et comme il les fit enfin prendre prisonniers. Kntre autres choses, il me dît qu'un Jour, étant à dtaer chez Horin, avec quelques autres de cette secte qui tenaient Morin pour leur Dieu, il se trouva à table auprès de la femme dudit Morin, qui le regardait fixement, et disait qu'elle ne roulait point manger; toutefois, le sieur Bornais lui ayant présenté un morceau de viande, elle se mît à crier ; Je hr&lel Les autres la prirent et la jetèrent aur son lit et fermèrent les rideaux. Étant là, elle se mit à hurler effroyablement, comme un chien, l'espace d'une heure et demie; de quoi les autres ne s'étonnaient pas; puis elle ne fut plus entendue.
Le ^ieur Bornais m'a donné la relation de tout ce qui s'était passé entre lui et eux, écrite de sa main, oii cela est décrit au long; ce qui fait voir maoifesfement que ce démon n'est point une rêverie , mais qu'il ne peut souffrir ceux qui sont envoyés de la part de Dieu pour découvrir cette secte. C'est pourquoi il ne fout pas s'étonner s'il a obligé cette femme, en la'tourmeotanl, à me renvoyer ma promesse, et & tourmenter son mari pour rompre avec moi et pour renvoyer l'argent. Ce n'est point une chimère, et ce qui fait voir que ce n'est point fourbe pour tirer de l'argent par une nouveauté, mais ce qui est admirable, c'est que ce démon n'a pas le pouvoir de les avertir qu'en même temps ils retirent de moi tous les papiers qu'ils m'ont donnés et les lettres qu'ils m'ont écrites, qui sont leur condamnation. Au contraire, ils m'en font donaer encore, tant les démons sont aveugles ou impuissants lorsque Dieu le vent.
D.qitizeabyG00l^lc
HORIN RT SA FEMME, ETC. iH3
Dans la relftlioD que le sieur Bornais m'a donnée, est l'abrégé de la doctrine de la secte qu'il appelle des illuminés, laquelle il a rédigée en seize articles, et tous conformes aux écrits qu'ils m'ont donnés. Mais ils ne lui avaient point dit encore que Morin est le Fils de l'homme, entendu fils de Dieu, ou le Christ esprit, pour son second avènement en terre et pour le jugement dernier, ni que Dieu a fait alliance avec les démons pour faire une Église universelle composée de toute secte, dans laquelle tous doivent entrer, soit catholiques, soit hérétiques, soit schismaliques, soit mahométans, soit païens, soîl juifs, soit magicien ou sorcier, Dieu et Satan étant d'accord ensemble.
Le 34 février, la Malherbe vint me trouver, et me dit que son diable l'avait bien tourmentée aussi sur mon sujet , avouant qu'il la battait et outrageait quelquefois, et qu'il voulait qu'elle o'eût plus de commerce avec moi, mais qu'enfla il s'était apaisé et lui avait dit qu'elle vint me revoir encore; qu'elle s'en allait voir Morin et sa femme; qu'elle me donnait avis que Morin était tourmenté en esprit, croyant que l'on prépare quelque chose contre lui, pour le mettre en prison, mais qu'il avait résolu de présenter encore un écrit au Roi , et que c'étiit chose concertée et résolue , qu'il fallait que le Roi se convertit (c'est-à-dire à. le croire le Christ
et à le faire reconnaître pour le principal des pasteurs), sinon
Je ne puis écrire le reste, et il ne doit se dire que de bouche. C'est la même chose que Morin lui-même m'avait dite; sur quoi je n'avais pas fait de réflexion, me moquant de ses prédictions. Mais il est certain qu'une sainte personne , qui demeure dans une ville de Picardie , à laqnelle j'avais écrit quelque chose touchant la damnable doctrine de Morin, et qu'il prétendait paraître devant le Roi , me fit réponse le 23 janvier, et me dit entre autres choses ; J'ose vous assurer que cet homme, quelque abominable qu'il soit, périra sans faire plus qu'il n'a fait, etc. J'ai à vous prier instamment que l'on se garde bien de faire paraître ce méchant devant le Roi. Il ne demande pas d'y paraître avec bon dessein ; car, outre qu'il n'en peut avoir de bon , je crains qu'il n'en ait de mauvais. Le diable, sans doute, enrage contre le Roi; et s'il faisait, etc., il régnerait sur l'enfer comme sur la terre et s'y rendrait redoutable.
Voilà quel est l'avis d'une s^ute , lequel n'est pas à négliger, puisqu'il ny a point de péril à se garder, et que nous avons assez
D.qitizeabyG00l^lc
tM MORIN ET SA FEMME, ETC.
de qaoi faire arrêter et punir les ennemis de Jésus-Cbrist et de l'Église, et du Roi qui en est le protecteur, puisqu'il ea est le filsalaê. Elle est la vieille et bonne amie de feu ia sœur Barbe, qui viol de là après & Paris trouver le F. Condren ', et lui découmt udc conspiration contre le feu Roi, que Dieu lui avait révélée et qui fut découverte, comme cela est notoire. (B. A.)
LE LIEUTENANT CRIHIHBL TARDIEU A SÉGCtBR.
Aaût IW2.
Monseigneur, suivant les ordres du Roi, j'ai fait instruire le procès aux nommés Horio, Randon et Thomé. La doctrine de Horio est très-pernicieuse, et, dans l'instruction du procès, j'ai été obligé de faire arrêter un maître d'école nommé Poitou, crainte qu'il ne l'enseignât. Le porteur, qui est le steur Gallyot, greffier, qui a travaillé avec moi , vous dira le mérite de l'affaire , et de quelle importance elle est. Il va pour recevoir vos ordres, et savoir si le Roi veut que le premier soit jugé; vous ajouterez, s'il vous platt, foi h ce qu'il vous dira, étant autant et plus instruit de l'affaire que moi. (B. L)
JODBtIAL DE l'abbé DESLTONS.
8 ociohre t«ei.
M. Orandin, professeur de Sorboone , me parla d'un nommé
Morin, qu'on dit illuminé et qui est présentement à la Bastille, lequel il a examiné ; il veut que nous sommes dans l'état de la gloire commencée où la loi et les prophètes ne sont plus de saison et d'usage, etc.; il avait déjà deux prêtres, l'un prêtre de Sainte- Madeleine d'Amiens, nommé Randon, et l'autre de Saint-Marcel, au faubourg de Paris, nommé Thomé. On les a pris tous les deux, et sans cela M. ie,cbanceliGr aurait négligé ce fantastique. Il est natif de Richement, près d'Aumale, maître écrivain et de l'école. Il se dit le Fils de l'homme, qu'il est le suppôt de Jésus-Christ, qui n'a été que supposé, que sa femme est la vierge Mane, et en passant devant elle il la salue comme par adoration, etc. C'est Desma-
D.qitizeabyG00l^lc