‹ Archives de la ville de Bourges avant 1790 (volume 3)Chapitre 34 sur 97 · MESURES CONTRE LA PESTE · texte numérisé non relu

MESURES CONTRE LA PESTE

Vient ensuite (lo82) une longue ordonnance du Roi prescrivant toutes espèces de mesures contre la peste. Cette ordonnance a beaucoup d'analogie avec les arrêtés

de salubrité pris par les aiiiorités de ce siècle, notamment celui du 13 avril 1832, encore en vigueur pour la propreté de la Ville. C'est à croire que, pour rédiger celui-ci, on se soit inspiré de l'ordonnance que je cite. Il est vrai que la situation de la Ville de Bourges, entourée de nombreux cours d'eau, commande, aujourd'hui comme alors, un état constant de propreté, sous peine d'être frappée souvent de maladies épidémiques.

La Ville fournissait, à cette époque déjà, des visites médicales et des médicaments aux pauvres qui ne pouvaient s'en procurer, ainsi que du bois, des paillasses. J'en trouve les comptes consignés dans ce même registre.

Dans le courant de 1582, je rencontre une foule de documents relatifs à la peste; beaucoup d'écoliers surtout en étaient atteints, ceux des Jésuites particulièrement. On fut obligé de consigner les malades dans des bâtiments isolés et d'où ils ne pouvaient s'éloigner.

En effet, « par l'ordonnance du Roy de 5 aoust 1582, pu- » bliée à Bourges, il est commandée tousmanansethabitans » de la Ville de Bourges qui ont esté atteints de la contagion » de ne sortir de leurs maisons pour aller dans celles con- » tigues, jusqu'à parfaite guarison, sous peine d'amendes » ou pugnitions corporelles et exemplaires, et deffendu à » toutes les personnes des maisons des mallades d'aller » par la rue, sans avoir à la main une verge blanche pour » être recogneues sur-le-champ. »

Cette mesure extrême n'est-elle pas la preuve de la terreur inspirée par la contagion qui régnait dans la Ville.

Du 20 août 1582, une décision porte que, « vu l'impos- » sibilité où l'on est de trouver aucun prestre qui veuille » administrer les pauvres malades, trois prestres seront dé-

)) signés d'office pour remplir ces fonctions d'une façon i> permanente auprès des pestiférés ou pestes », comme on les appelait alors.

Je retrouve plusieurs notes constatant que certains malades, résistant aux prescriptions de l'ordonnance, y furent contraints par la force.

Ainsi, du 29 août 1582 :

« A esté deffendu à la femme de feu Adrian Dreux aller

» par la Ville sans verge blanche, autant qu'elle redoutera

» la maladie, et à aller panser les mallades, et sous peine

» du fouet : et il fallu à elle ordonner pugnition cy après

» pour les propos malsonants et paroles arrogantes qu'elle

» a dictes au Procureur de la Ville lorsqu'il lui a commandé

» de porter la verge blanche, suivant les ordonnances. »

a II estoit également, sous peine de pugnitions corpo- » relies, faict deffenses de vendre des habits ou meubles » ayant appartenu aux malades atteints ou morts de la » contagion; » et il était aussi ordonné de faire la chasse et battre ceux qui seraient reconnus s'être échappés de la Ville sans être porteurs de la verge blanche.

C'était alors l'opinion générale que cette peste était envoyée par Dieu aux hommes pour « pugnition de leurs » crimes ».

Ainsi le constate le document suivant, que je relate :

« Messieurs les Maire et Eschevins de la ville de Bourges » font sçavoir à tous ceux qui sont en la maison des pestes, » tant mallades que guaris et aultres, que Dyeu, pour la T> juste pugnition de nos péchés, nous a chastiés par cette » malladye contagieuse, et ainsi qu'il est du tout puissant » et juste Juge pour nous pugnir aussi. Dans sa bonté et

» miséricorde, nous recourrons à lui avec humbles prières, » oraisons et amandements. Ayant formé l'espérance que » quand nous recognoistrons nos faultes et lui requèrerons » pardon de bon cœur, il apaisera sa colère, qu'il a bon » droict de monstrer contre nous, et dont il est besoing » qu'il fasse usaige pour faire rachapter et nous abstenir ■D de nos péchés. »

« L'on est adverty qu'il y en a aulcuns qui jusrent et » blasphèment le nom de Dyeu ordinairement, qui arra- » chent des filles de famille pour en abuser et font aultres » fautes et se livrent au scandale contre l'honneur de Dyeu » et du prochain.

» Il est expressément deffendu de blasphémer et jusrer le » nom de Dyeu ny des Saincts, et de quereller ou pro- » voquer à ni l'ung ni l'aultre, sous peine de pugnition » corporelle.

» Il est aussy deffendu de provoquer ni induire au » mal aucunes fdles ni aucune femme à l'amour, en quel- » que sorte ou maison que ce soit, sous peine d'être pendu » ou estranglé ou tué à l'arquebuze, sur le rapport qu'en i) serafaict par Jehan Baudon, Maistre barbyer, et témoigné » sur la confirmation et témoignage du S"" Nicolas Macé, » Eschevin, Receveur du taillon, pour la confiance que » Messieurs de la Ville ont en sa prud'hommye.

» Aussy est prescrit aux pestes qui commenceront à » guarir et aultres qui sont déjà guaris, de n'aller manger » des raisins en quelque sorte que ce soit et de ne passer à » Icnthour des maisons des pestes, et de la fontaine du » faulxbourg Sainct-Ainbroix, sous peine de pugnition cor- » porelle; et tous ceux qui contreviendront à la présente » ordonnance pourront être baptus et chastiés à coups de

» baston ou même pugnis selon les ordonnances. Signé » Depardieu, Greffier. »

Pour éviter que ceux des « pestes » indigents allassent en Ville « quester » et mendier, ils étaient internés soit à l'Hôtel-Dieu, soit dans une malladrerie, où ils recevaient tous les soins qu'exigeait leur état; et chaque dimanche, eu la Maison de Ville, à deux heures après midi, à ceux qui étaient valides et dispos et qui prouvaient qu'ils ne pouvaient, en travaillant, gagner suffisamment pour élever leur famille, et constataient le nombre et l'âge de leurs enfants, il était « faict distribution de pain ou bled ou ar- » gent, selon qu'ils faisoieut cognoistre leur besoin. »

Les ordonnances, les prescriptions se succèdent chaque jour.

Sur la réclamation faite par un S' Surgnoy, directeur de la maladrerie de Saint-Ladre, que ses ressources étaient insuffisantes pour le nombre de malades qui lui étaient journellement envoyés, il fut voté par la Ville, le 15 septembre 1582, cent écus « dont il devoit rendre compte ».

Ce même jour, le Maire se promenant rue Saint-Sulpice pour voir si les ordonnances sur les mesures sanitaires étaient bien suivies, apprit qu'une femme « Artigault », guérie de la peste, était allée, sans être munie de la verge blanche prescrite, à la foire de la Saint -Barthélemi, la condamna à douze sols d'amende, « applicable à la nourriture » des pauvres mallades qui sont à la maison des pestes », avec menace, si elle recommençait, d'être punie de peines corporelles.

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