IX. — PALUDISME CHRONIQUE
Obs. LX. — P.-N. G..., âgé de 36 ans, entre à Thôpital Brancovan, le i6 décembre 1891.
11 souffre depuis cinq ans de la fièvre paludéenne chaque été.
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La proportion des leucocytes du sang est de 1/300.
Les polynucléaires sont plus nombreux, dans la proportion de 1/100 environ ; ils sont plus allongés ; tandis que les mononucléaires sont plus arrondis. Bien des leucocytes polynucléaires sont en ?oie de dégénérescence, gonflés, à noyaux diffus et fragmentés.
Plusieurs hématies sont fissurées, plus volumineuses et portent une vacuole à leur surface. On distingue quelques hématozoaires sphériques endoglobulaires à pigment diffus.
Obs. XLL — J. S..., âgée de 12 ans» est reçue à Thôpital des enfants le 13 février 1892.
Elle souffre depuis son bas âge, elle est cachectisée et présente une rate considérable.
Le sang provenant de la rate contenait des leucocytes mono- et polynucléaires en proportion presque égale.
Les cellules mononucléaires sont de deux sortes : les une petites ; les autres volumineuses mais plus éparses, en proportion de 1/10. Les polynucléaires sont volumineuses pour la plupart; il n'y en a que quelques-unes qui sont moins volumineuses et riches en protoplasma. Diminution assez considérable du nombre des hématies (4 mm. environ).
Il existe encore des cellules oblongues assez fréquentes, du volume des leucocytes polynucléaires, à noyaux oblongs. On distingue aussi certaines formations rondes du volume des leucocytes à protoplasma uniforme, pâle, occupant une sorte de zone à Tintérieur des cellules ; elles sont représentées dans la proportion de i/^0; leurs extrémités polaires restent pâles et on ne peut pas discerner la limite entre le noyau et la cellule.
On trouve en outre des formes sphériques libres, pauvres en pigment, qui présentent une certaine ressemblance avec les hématozoaires.
Le sang, provenant du doigt, contient de nombreux leucocytes mono- et polynucléaires ; on n'y observe pas de parasites. Les globules rouges sont inégaux.
Obs. XLII. — G. J..., âgé de 8 ans, entre à l'hôpital des enfants le 4 mars 1892. Cachexie palustre avec hypertrophie de la rate.
Le sang renferme des hématozoaires sphériques endoglobulaires, pigmentés, occupant presque tout le globule, ou bien libres à pigment noir et à périphérie pâle, gonflée et moins colorée que le centre. Les globules rouges sont de volume différent.
Les leucocytes sont un peu multipliés; les mononucléaires sont plus nombreux, à noyaux irréguliers, gonflés, pauvres en protoplasma, il y en a enfin qui ne sont plus représentés que par le noyau sans protoplasma.
Obs. XLJII. — J. E..., âgé de 13 ans, est reçu à Thâpital des enfants le 24 mars 1892, pour une infection paludéenne chronique avec hypertrophie de la rate. Anémie profonde.
Le san^ frais contient des parasites extraglobulaires à pigment iln» disséminé, mobile dans certaines formes, immobile dans d'autres.
Il existe de nombreux leucocytes mono- et polynucléaires dans une proportion presque égale; certains d'entre eux possèdent un peu de pigment. Diminution considérable des hématies.
Le 29 mars le sang ne renfermait plus de parasites.
RÉSUMÉ
Nous avons réussi à constater la présence du parasite de la malaria dans trois, voire même dans quatre cas de paludisme chronique, apyrétiques, avec grosse rate et anémie profonde.
L'hématozoaire est présenté sous la forme ronde, finement pigmentée, occupant tout le globule rouge, qui est contracté dans certains cas.
Dans un quatrième cas le sang provenant du doigt ne renferme pas de parasites ; mais on constate dans la rate certaines formes sphériques, à peine pigmentées, libres, qui paraissent être des formes particulières du parasite. Dans tous ces cas on a pu constater la multiplication des globules blancs et surtout des leucocytes polynucléaires.
Obs. XLIV. — V. J..., âgée de 4 ans et demi, est reçue à l'hdpital des enfants, pour une leucocytémie avec hypertrophie de la rate et taches de purpura.
Elle a longuement souffert de la fièvre paludéenne.
Le sang renferme un grand nombre de leucocytes^ dans la proportion de 1/25 environ. Les uns sont petits, très pauvres en protoplasma, à plusieurs noyaux , les autres sont volumineux, pauvres eux aussi ou très riches en protoplasma.
Pour un leucocyte polynucléaire il y en a 7 de mononucléaires, dont 2 petits et 5 volumineux. On distingue des cellules éosinophiles assez épsu^es. Globules rouges déformés. On n'y trouve pas de parasites.
La malade a succombé le 23 décembre. L'autopsie nous a fait voir les lésions caractéristiques d'une leucocythémie mixte.
Pour apprécier les différences entre les auteurs français et
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italiens et d'autre part les faits constatés par nous, il faut tout d'abord résumer les opinions et les points obscurs concernant l'hématozoaire de la malaria.
Le paludisme est dû, sans aucun doute possible, à la présence dans le sang d'un parasite, probablement de la classe des protozoaires. Ce parasite monocellulaire protoplasmatique, hyalin, possède un noyau vésiculeux contenant des nucléoles. Ce protozoaire se divise directement sans karyokinèse (?), en donnant naissance à des spores. L'opinion de Laveran, qui prétend que le parasite est seulement accidentellement accolé aux hématies n*est plus soutenable.
Une autre question, plus difficile à résoudre, c'est celle du polymorphisme ou de l'unité du parasite. Laveran n'admet pas de rapport entre les caractères morphologiques du parasite et les formes cliniques de la maladie; tandis que Golgi, Gouncilman et d'autres trouvent ime différence essentielle entre le parasite de la fièvre quarte, tierce et la fièvre irrégulière estivo-automnale. Quelques auteurs italiens vont encore plus loin, en signalant des différences entre les différentes formes de la malaria maligne, quotidienne, mixte, etc.
Le cycle de développement de la malaria est sans doute celui découvert par Golgi. De petits corpuscules non pigmentés et amœboïdes pénètrent, au commencement de l'accès, dans les hématies, ils augmentent de volume, produisent par leur nutrition du pigment, ensuite ils se reproduisent, pendant l'accès, par segmentation régulière ou irrégulière. Chaque type de fièvre est produit par le cycle de développement du parasite. Les corps flagellés sont, d'après les auteurs italiens, des formes de dégénérescence et les croissants des foimes stériles de la fièvre estivo-automnale.
En comparant ces affirmations avec notre expérience personnelle nous croyons avoir affaire à un parasite, dont la place dans le système n'est pas encore bien établie. Il s'agit tout d'abord d'un petit corpuscule rond de 1-2 {x. de diamètre libre dans le sang, d'une structure très simple : une vacuole entourée d'une membrane fine uniforme, réfringente et qui ne se colore pas par les couleurs d'aniline (fig. 18 a). Ces corpuscules entrent dans les globules rouges (fig. 17) ; il se déve-
loppe autour de cette membrane un peu de protoplasma homogène, se colorant d'un bleu pâle par le bleu de méthylène (fig. 19). En même temps apparaissent, à la partie opposée du protoplasma, quelques grains de pigment (fig. 20-32), le protoplasma s'éloigne souvent tellement du noyau qu'il reste lié à celui-ci seulement par im mince prolongement (fig. 25). Il semble même que les corpuscules amiboïdes vacuolaires puissent se développer jusqu'à un certain point aussi en dehors du globule rouge (fig. 28 a). Le développement du parasite endoglobulaire peut être celui représenté dans les figures 26, 27, c'est-à-dire que le protoplasma entourant le noyau augmente en même temps que le noyau vacuolaire, ou bien le noyau seul se multiplie (fig. 30), ou enfin la masse protoplasmatique se divise en plusieurs fragments, dont chacun ou quelques-uns seulement renferment des vacuoles (fig. 28- 29).
Parfois, surtout s'il y a beaucoup de parasites, on voit aussi des hématies dans lesquelles ont pénétré plusieurs corpuscules vacuolaires (fig. 29).
Dans certains cas le corps amiboïde et surtout le protoplasma mobile pourvu de pseudopodes multiples remplit rhématie sans produire d'abord beaucoup de pigment (fig. 35 et 36). Ensuite l'augmentation du protoplasma produit un g^onflement de lliématie (type tierce) ou bien, si le développement du parasite dure plus longtemps, l'hématie se rétracte autour de la masse protoplasmatique, dans laquelle le pigment devieat plus grossier (type quarte).
Durant la croissance énergique du parasite, l'hématie dégénère, souvent elle se gonfle, de vient plus plastique et change facilement de forme (fig. 33). Nous avons rencontré ces phases de développement au commencement de l'accès, mais elles étaient ordinairement mêlées, de sorte qu'on ne pourrait pas vérifier comme absolue la loi établie par Golgi. De même on voit souvent, déjà au commencement de l'accès ou après l'accès, les formes de division du parasite. Cette division est en effet régulière ou irrégulière, et dans la fièvre tierce ou quotidienne on trouve un plus grand nombre de segments que dans la fièvre quarte.
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