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IL — VACCINATION

Tout milieu naturel ou artificiel dans lequel a vécu le pneumocoque lancéolé renferme une substance chimique ie nature mal déterminée dont l'inoculation confère aux animaux les plus réceptifs l'immunité contre l'action de pneumocoques vivants et virulents. Aussi bien peut-on vacciner les lapins, non seulement par l'inoculation de cultures vivantes atténuées ou virulentes et, dans ce dernier cas, à doses très faibles, mais encore par l'injection préventive de bouillons de culture filtrés dans lesquels a vécu le pneumocoque, et aussi de macération d'organes broyés d'animaux morts d'infection pneumonique, ou même d'organes humains provenant de sujets morts dans le cours d'une pneumonie franche.

Ce sont ces divers procédés de vaccination que nous allons examiner et critiquer, car tous ne sont pas également efficaces et comportent une technique variable suivant les cas.

Les pneumocoques, qu'on doit toujours recueillir dans des poumons

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humains hépatisés, à Tautopsie de pneumoniqaes se comportent an peu différemment suivant les cas :

a. Tantôt, au point d'inoculation, lorsque celle-ci est pratiquée sous la peau, se développe un œdème qui, par son aspect, son intensité et son extension rappelle Tœdème charbonneux ou l'œdème de la septicémie de Pasteur; la rate est peu augmentée de volume; elle est rosée et sa consistance est normale. Le pneumocoque qu'on retrouve dans la sérosité de l'œdème sous-cutané, dans le sang du cœur et dans les divers organes a son aspect classique ; il parait pourtant pourvu d'une capsule plus nette, plus tranchée, que n'importe quelle solution hydroalcoolique d'une couleur basique d'aniline met en évidence avec la plus grande facilité.

6. Tantôt, et plus souvent, au point d'inoculation se forment, sous la peau, parfois même dans les muscles sous-jacents des hémorrhagies diffuses, étendues, souvent accompagnées d'un exsudât ûbrineux plus ott moins abondant et quelquefois d'un peu de pus. La rate est énorme, dore, sa surface est bosselée. Le pneumocoque qu'on retrouve au point d'inoculation, dans le sang du cœur et les divers organes, a son aspect classique; il s'y montre rarement k l'état de coccus isolés, d'habitude à l'état de diplocoques, souvent en chaînettes de quatre & six coccus. La capsule est peu nette, plus difûcile à mettre en évidence, et le plus souvent apparaît sous forme d'un simple halo incolore entourant les diplocoques ou les chaînettes.

Ces deux formes du pneumocoque déjà vues, étudiées et décrites parM.P.Foà (14), semblent bien n'être en réalité que deux formes d'un seul et même microbe : leur forme est la même, leurs caractères biologiques, leurs propriétés pathogènes sont les mêmes ; on les retrouve indifféremment dans les exsudats pneumoniques humains. Enfin, j'ai maintes fois constaté qu'on pouvait, avec les cultures vivantes ou filtrées de l'une des deux espèces, vacciner les lapins contre l'action des cultures virulentes de l'autre. Et pourtant jamais il ne m'a été possible» par les réensemencements successifs sur divers milieux (gélose, bouillon, sérum de chien, de lapin), par le passage par la souris oh le lapin, par les modifications de la température des étuves (33® à 37* G.) de transfonner l'une de ces variétés en l'autre. Je ne pense pas d'ailleurs qu'il s'agisse là d'une différence de virulence, comme le croit M. P. Foà (14), car l'une et l'autre variété peuvent être douées d'une virulence égale, bien que j'aie souvent observé que la variété œdématogène conservait plas longtemps sa virulence dans les réensemencements successifs, que la variété hémorrhagipare que l'on doit souvent faire passer par le lapin pour lui rendre sa virulence.

Je pense donc que pourvu que le pneumocoque utilisé pour les vaccinations vienne d'un exsudât pneumonique humain et qu'il ait fait safQsamment sa preuve au triple point de vue de ses caractères morphologiques, biologiques et de ses propriétés pathogènes, on peut, à

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Texemple des auteurs qui se sont occupés de cette question des vaccinations pneumoniques, utiliser Tune ou l'autre de ces deux variétés.

Tous les essais de vaccination ont été faits sur les animaux les plas réceptifs à l'égard du pneumocoque, la souris et surtout le lapin que l'inoculation de pneumocoques virulents fait périr de septicémie. On comprend» qu efiet, que des résultats obtenus sur des espèces aussi peu s ensibles que le mouton ou le chien ne seraient nullement probants.

l^ Vaccinations avec les pneumocoqucB vivants et virulents. *- Les premières vaccinations qui aient été faites ont été obtenues au moyen de pneumocoques vivants et virulents inoculés au lapin à dose insuffisante pour provoquer la mort, et nous avons vu que ce résultat a été purement fortuit : on inoculait au lapin des pneumocoques virulents ou soidisant tels qui ne le tuaient pas ; après une maladie plus ou moins longue, l'animai se rétablissait, et l'on constatait que des réinoculations de doses de pneumocoques mortelles pour les animaux témoins restaient sans effet sur les animaux que la première inoculation avait vaccinés.

C'est ainsi que A. Frienkel (15) le premier, en 1887, injecta sous la peau de l'oreille de lapins du. sang de lapins qui venaient de succomber à une septicémie pneumonique : la plupart de ses animaux succombèrent, mais quelques-uns n'eurent qu'une inflammation intense de l'oreille, guérirent et furent désormais réfractaires à de nouvelles inoculations très virulentes.

Bientôt après, en 1888, MM. Foà et Bordoni-Uffreduzzi (8) firent avec un microbe qu'ils avaient décelé dans des cas de méningite cérébrospinale épidémique et qu'ils identifiaient avec raison au pneumocoque lancéolé de Talamon-Frienkel, des essais systématiques de vaccination. Ils inoculaient tous les trois ou quatre jours sous la peau des lapins, de très petites quantités de cultures virulentes : puis, au bout de quelque temps, ils constataient que l'injection des cultures très virulentes pratiquée dans la cavité pleurale et mortelle pour les lapins témoins, laissait survivre les animaux ainsi vaccinés.

Plus récemment enfin, MM. Emmerich et Fowitzky (4) ont pu vacciner les lapins en leur inoculant dans la veine de l'oreille 0««,4 d'une dilution d'une culture virulente dans 25 fois son volume d'eau ; au bout de treize jours, alors que la fièvre était tombée et que l'animal s'était complètement rétabli, ils pratiquaient sous la peau une injection de 4 ce. d'une culture virulente qu'ils pouvaient répéter au bout de trois semaines et de six semaines aux doses de 8 et de iO ce, sans déterminer chez l'animal aucune réaction ni locale ni générale. Ces inoculations intensives intra-veineuses de cultures très virulentes sont, au dire des auteurs, le procédé qui confère au lapin l'immunité la plus solide et la plus durable, et donne à ses humeurs, pour les essais de guérison que nous étudierons plus loin, les propriétés curalives les plus remarquables.

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Cependant, MM. Foàet Scahia (U) n'ont jamais pu constater cette propriété vaccinante des cnltores yirulentes, lors même qu'ils les inoculaient à des doses inûnitésimales ; ils tuaient en 24 heures les lapins auxquels ils inoculaient 1 ce. d'une dilution dans du bouillon stérilisé de 0,000 0000005 de ce. d*une culture très virulente. En employant des doses dix fois plus faibles, ils ne tuaient pas les lapins, mais ne les vaccinaient pas non plus.

Il semble donc que toutes les fois que l'on a réussi à vacciner le lapin par l'inoculation de cultures vivantes et soi-disant virulentes, il s'agissait en réalité de cultures plus ou moins atténuées. Ce mode de vaccination ne m'a également donné que des échecs constants : la culture est virulente et elle tue à quelque dilution qu'on l'inocule; ou bien elle est atténuée, elle ne tue pas, mais elle ne vaccine que contre l'action de cultures également atténuées, c'est-à-dire que Timmunitë ainsi obtenue est toute relative, et n'a qu'une médiocre valeur.

n est vrai que le degré de virulence d'une culture est, comme son degré d'atténuation, chose difficile k apprécier, surtout lorsqu'il s'agit des cultures du pneumocoque dont la virulence varie non seulement d'une culture à l'autre, mais même pour une même culture, d'un jour & l'autre, sans qu'il ait été possible jusqu'à présent de saisir les causes de cette variabilité dans la virulence.

Il semble pourtant qu'on puisse réserver l'épithète de virulentes aux cultures dont l'injection sous-cutanée à la dose de quelques gouttes (2 à 5 gouttes par exemple) tuent en quelques heures (du soir au lendemain matin) un lapin adulte du poids de 2 kilos. — Or, avec de telles cultures, il est impossible de vacciner, à quelque dilution qu'on les inocule.

i? Vaccinations avec les pneumocoques vivants et atténués. — On ne peut guère comparer, au point de vue biologique, une culture atténuée à une culture virulente diluée, si forte que soit cette dilution. Et en eifet, les résultats de l'inoculation de l'une ou de l'autre de ces cultures ne sont nullement comparables. Nous venons de voir qu'une culture virulente, même à une dilution considérable, tue le plus souvent l'animal inoculé, mais ne le vaccine pas. Une culture atténuée, au contraire, injectée à dose insuffisante pour déterminer la mort, vaccine l'animal inoculé.

Dans la pratique, on peut considérer comme atténuée toute culture âgée de 24 heures qui, injectée dans la veine marginale de Toreille d'un lapin adulte du poids de 2 kilos, à' la dose d'un demi-cent. cube, le laisse se rétablir complètement et survivre après une indisposition passagère de trois à quatre jours (ascension thermique de 40<> à 41 «, diarrhée, amaigrissement et perte d'appétit).

Une culture moins atténuée donne des résultats fort inconstants, car elle peut tuer bon nombre des anims^ux auxquels on l'inocule; nne culture plus atténuée, qui injectée dans le sang à la dose de 2 à 3 ce. ne

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ie tue pas et môme ne détermine chez lai qu'âne réaction générale insignifiante ne le vaccine que très incomplètement, et ne fait que retarder sa mort lorsqu'on lui injecte des doses même minimes (1/2 ce. sous là, peau) de cultures virulentes.

M. Netter, qui Tan des premiers, dès 1887-88, observa l'action vaccinante du pneumocoque atténué, parvint à rendre réfractaires & l'action de pneumocoques virulents des lapins auxquels il avait inoculé des cultures atténuées (21), ou bien encore des lapins et des souris sous la peau desquels il avait introduit des fragments desséchés, depuis quinze jours à trois semaines, de rates d'animaux morts de septicémie pneumonique (22). Il s'agissait bien là de pneumocoques atténués, car ce microbe conserve sa vitalité, sinon toujours sa virulence dans les organes desséchés, et dans le sang conservé en tubes clos des lapins qui ont succombé à l'infection pneumonique. L'immunité ainsi obtenue était assez solide, puisque M. Netter a constaté sa persistance au bout de deux et trois mois.

MM. Emmerich et Fowitzky (4) n'ont obtenu, au contraire, par l'inoculation de cultures atténuées que de mauvais résultats : chaque jour pendant quatre jours consécutifs, ils inoculèrent à des lapins, sous la peau, des doses de cultures atténuées variant de 1 à 7 ce. , à partir du quatrième jour, une culture plus virulente à doses progressivement croissantes (i/2 à 5 ce.) ; le dix-huitième jour enfin ils injectèrent dans la cavité pleurale 1 cc.de culture très virulente, et neuf jours après i'*,2 de la même culture au même endroit; vingt-huit heures après le lapin fut sacrifié, et on ne décela la présence du pneumocoque ni dans le sang ni dans les organes. Le lapin était vacciné, puisque les témoins des dernières inoculations virulentes intra-pleurales succombaient en un ou deux jours, mais son immunité était fort imparfaite, car MM. Emmerich et Fowitzky constatèrent que le filtrat obtenu avec la macération de ses organes ne jouissait que de propriétés très faiblement curatives, comparées aux propriétés curatives si remarquables des humeurs des lapins vaccinés par les cultures virulentes diluées.

MM. Foà et Scabia (14), au contraire, qui tout récemment ont repris ces expériences, trouvent que le meilleur mode de vaccination, celui qui confère aux lapins l'immunité la plus durable et la plus solide, est l'inoculation de cultures atténuées : ils le préfèrent k toutes les inoculations de cultures filtrées, ou précipitées par l'alcool ou le sulfate d'ammoniaque.

La divergence de ces résultats s'explique par l'extrême variabilité de la virulence des cultures de pneumocoques employées par ces divers auteurs. Gomme les conditions de cette variabilité de virulence nous échappent, et comme l'appréciation même du degré de virulence d'une culture est fort difficile à déterminer, on ne peut guère recommander un pareil mode de vaccination. On ne peut arriver que par tâtonnements à trouver une culture assez atténuée pour ne pas tuer le lapin.

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et safûsamment vimlente pour le vacciner; encore les résultats obtenus dans une série d'expériences ne peuvent^ils être comparés entre eux puisque la virulence peut varier d'un moment & l'autre.

U est donc préférable de recourir actuellement k l'un des procédés de vaccination que nous allons étudier.

3^ Vaccinations avec les cultures stérilisées. — L'introduction dans la technique bactériologique de la Ûltration comme moyen de stérilisation des cultures microbiennes fit faire un immense progrès & la question des vaccinations chimiques. On put dès lors démontrer d'une façon indiscutable qu'il était possible de rendre réfractaires à l'action de certains microbes vivants et virulents les animaux réceptifs pour ces microbes qui avaient préalablement subi l'inoculation non plus de ces mêmes microbes atténués, ou môme virulents et très dilués, mais de milieux artificiels de cultures oii ces bactéries avaient vécu, et que la filtration avait dépouillés de tout germe vivant. Cette nouvelle méthode de stérilisation par la filtration était d'autant plus importante pour les vaccinations pneumoniques que la toxine pneumonique est très instable et très sensible à l'action des températures même peu élevées, ce qui rend absolument impossible la stérilisation par la chaleur.

La technique de la filtration des cultures est des plus simples : une culture de pneumocoque dans du bouillon nutritif, après un séjour de deux à trois jours dans une étuve à 35<^ on 37<* est versée dans le récipient supérieur de l'appareil connu sous le nom d*appareU filtreur de Kitasato. Cet appareil, muni d'une bougie filtrante de Chamberland ou de d^Arsonval, a été préalablement stérilisé par un séjour d'une demi-heure dans l'autoclave de Chamberland à la température de 120<» C. Le vide est fait au moyen d'une trompe à eau, dans le récipient inférieur qui reçoit le liquide filtré.

Les cultures du pneumocoque très faiblement troublées, sans dépôt visqueux, filtrent avec la plus grande facililé, et l'on peut filtrer 250 gr. environ en une ou deux heures au plus.

Hais ce procédé , si parfait qu'il soit au point de vue de la stérilisation de la culture filtrée, n'en a pas moins un très grave inconvénient : les filtres retiennent une grande partie des toxines de la culture, aussi doit-on employer de grandes quantités du filtrat obtenu pour conférer au lapin une immunité solide et durable. On peut donc stériliser les cultures qui ont atteint leur complet développement, an bout d'un séjour de deux à trois jours à l'étuveàS?^, en les additionnant d'un peu de chloroforme qui, outre son action antiseptique énergique, n'exerce aucune action fâcheuse sur les albuminoîdes microbiennes. La culture ainsi aseptisée doit être directement inoculée, sans filtration préalable : la décantation, ou môme le chaufi'age pendant quelques heures à 65° suffisent pour séparer la culture du chloroforme ou pour faire disparaître le chloroforme par évaporation.

Quel que soit le moyen de stérilisation employé, que l'on se soit

▲RCH. DB UBD. SXPER. — TOMB V, 18

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adressé à la Ûltration ou au chloroforme, on ne doit pas employer la culture stérilisée en nature.

Il peut arriver que les cultures simplement stérilisées soient vacci* nantes : Foà etBonome les premiers, en 1888 (7), G. et F. Kiemperer (17), Arkharow(i) l'ont observé; je l'ai constaté également dans quelques cas fort rares. Mais, en général les cultures simplement stérilisées vaccinent très difficilement; de très grandes doses sont mortelles; de très petites sont inefficaces ; des doses moyennes rendent le lapin malade sans le vacciner. J'ai d'autre part observé que les lapins vaccinés au moyen de cultures stérilisées par la filtration et employées telles quelles, ne vaccinaient les lapins que très incomplètement. Quelquesuns de ces animaux succombaient à la première infection d'épreuve, souvent même avant le témoin ; d'autres survivaient, mais ils maigrissaient, et au bout d'un mois succombaient après avoir perdu la moitié de leurs poids.

On peut dépouiller les cultures de ces propriétés toxiques en les exposant comme l'ont indiqué G. et F. Kiemperer (17) pendant deux à trois jours à 4i<> ou 42<» dans une étuve, ou mieux encore pendant une heure à deux heures à 60<*,ou comme Foà et Scabia( 14) pendant trois heures à 65<*.

Ce chauffage des cultures pendant trois heures à 60-65<* doit être fait avant la filtration; le chauffage du filtrat des cultures, tout en s'opposant à leur action nocive, ne développe nullement leurs propriétés vaccinantes. Lorsqu'on s'adresse au chloroforme pour stériliser les cultures on peut au contraire chauffer la culture avant ou après la stérilisation ; mieux vaut même la chauffer après, car on sait que le chloroforme bout à 60<*,8 ; le chauffage après stérilisation par le chloroforme a donc le double avantage de détruire les propriétés toxiques des cultures et de laisser subsister leurs propriétés vaccinantes, tout en enlevant par évaporation le chloroforme mis dans les cultures.

Je dois enfin insister sur le mode de chauffage qui dans ces opérations a une importance capitale. Le chauffage àl'étuve doit être proscrit surtout si l'on opère avec de grands ballons de cultures, et si ceux-ci sont obturés avec un capuchon de caoutchouc : au bout de trois heures, la température de la culture peut être de 65®, mais elle n'a certainement pas été telle pendant les trois heures de séjour à Tétuve. On doit en tous cas chauffer les cultures au moyen d'un bain-marie à 65®, enlever les capuchons de caoutchouc, et ne laisser le ballon obturé qu'avec les bouchons de ouate : c'est le seul moyen d'être sûr d'avoir un liquide dont la température constante a été celle du bain-marie, pendant tout le temps qu'elle y a séjourné.

Le chauffage au bain-marie donne des résultats constants ; le chauffage à l'étuve, expose à des mécomptes, comme je l'ai plusieurs fois observé.

G. et F. Kiemperer (17) ont remarqué qu'on ne peut vacciner ni avec

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les cultures dont le chauffage a été modiOé ni avec celles auxquelles on ajoute des substances chimiques autres que le chloroforme. Le séjour pendant quatre à cinq jours à la température de la chambre leur fait perdre leur toxicité, mais les dépouille en même temps de toute propriété vaccinante.

Pour obtenir des résultats constants et comparables dans des expériences de vaccination par les cultures stérilisées, il est de toute nécessité de n'employer que des cultures de pneumocoques de virulence à peu près égale. On doit, en effet, vacciner non seulement avec des cultures aussi virulentes que celles qui servent pour l'infection d'épreuve (P. Foà et Bonome (7)), mais encore avec des cultures de première ou deuxième génération (Foà et Scabia (14),Mosny (19), de pneumocoques très virulents.

MM. Foà et Bonome (7) avaient eu effet déjà noté que Tinoculation préventive de cultures filtrées de pneumocoques peu virulents n'était ni toxique ni vaccinante, et ne préservait pas les lapins contre l'injection d'épreuve de cultures vivantes et virulentes.

Lors même qu'on emploie comme vaccin des cultures stérilisées de pneumocoques très virulents, les résultats sont loin d'être aussi constants et aussi satisfaisants qu'on pourrait le supposer. Ainsi, MM. Foà et Scabia (14) ensemençaient du bouillon nutritif avec du pneumocoque très virulent provenant de sang de lapin mort de septicémie pneumonique. Ce sang recueilli dans une éprouvette était mis à l'étuve à 33 à 35*; au bout de vingt-quatre heures, l'éprouvette étaitscellée, etdéposéeà l'abri de la lumière, à la température de la chambre. Au bout de trente à quarante-cinq jours, le pneumocoques'y montrait encore vivant et virulent comme au premier jour. Les bouillons ensemencés avec ce sang, stérilisés au chloroforme comme nous l'avons indiqué puis chauffés pendant trois heures à 60<* à 65<* étaient inoculés sous la peau de lapins, à petites doses pendant quatre à cinq jours consécutifs. Or, malgré la virulence de ces cultures, et le procédé de stérilisation employé, l'immunité obtenue était très inconstante et très peu solide : les lapins résistaient parfois à la première injection d*épreuve pratiquée huit jours après la vaccination, mais presque tous succombaient à la deuxième innoculation virulente d'épreuve. Leur sérum était impuissant à vacciner d'autres lapins.

En résumé, si favorables que soient les conditions dans lesquelles on se place, si virulentes que soient les cultures employées, si parfait que soit le chauffage destiné à les dépouiller de leurs propriétés toxiques en laissant subsister leur pouvoir vaccinant, si faible enfin que soit la déperdition des toxines lors de la stérilisation, l'emploi des cultures chauffées et stérilisées de pneumocoques virulents est un moyen de vaccination infidèle. Les expériences nombreuses que j'ai faites (19) m'ont fait abandonner définitivement ce moyen de vaccination et adopter l'emploi de macérations d'organes broyés de lapins morts de septicémie pneumonique.

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4^ Vaccinations avec la macération filtrée d'organes de lapins morts de septicémie pneumonique. — La technique de ce procédé de vaccination est des plus simples. On inocule à un lapin adulte du poids moyen de deuK kilos, un demî-cc. environ d'une culture de pneumocoques très virulents qui, suivant qu'on l'injecte dans la veine ou sous la peau, doit tuer le lapin en douze à trente-six heures. Je me sers pour faire ces inoculations virulentes d'une culture de pneumocoque dans le séram de lapin sain : ce milieu de culture donne aux pneumocoques même très atténués une virulence extrême.

Lorsque le lapin a succombé à l'inoculation intra-veinense ou sous* cutanée de pneumocoques virulents et qu'on a constaté au microscope la présence, à l'état de pureté, de cet organisme dans le sang, on prend ses muscles et quelques viscères (foie, cœur, rate) qu'on hache menus avec tous les soins antiseptiques nécessaires. L'autopbie doit être faite et les organes pris et hachés le plus têt possible après la mort, car le moindre degré de putréfaction diminue ou détruit complètement le pouvoir vaccinant de ces organe s.

Le hachis ainsi obtenu est mis dans un ballon de verre stérilisé et additionné d'un poids d'eau distillée stérilisée double de celui du hachis des organes, et de quelques cristaux de thymol qui s'opposeront à la putréfaction sans exercer aucune action nuisible sur les toxines qu'on se propose de recueillir. On pourrait encore, avec les mêmes avantages, additionner cette macération de chloroforme, ou bien d'essences d'ail ou de moutarde.

Cette macération est alors dépo sée pendant vingt-quatre heures à l'abri de la lumière, dans un endroit frais, à la température extérieure en hiver lorsque cette température n'est pas supérieure à iO<^ G., en été dans une glacière.

Au bout de vingt-quatre heures, cette macération est filtrée sur un linge fin, et le résidu solide est exprimé fortement soit à la main, soit au moyen d*une presse. Le liquide épais, trouble, rougefttre ainsi obtenu est filtré d'abord sur du papier Chardin : puis une deuxième fois à travers une bougie filtrante de Chamberland ou de d'Ârsonval, adaptée à un appareil de Kitasato. Le vide obtenu avec une trompe à eau, et qui équivaut environ à la pression d'une atmosphère, suffit à donner en trente-six et quarante-huit heures 150 à 200 grammes d'un liquide limpide, transparent, rose, assez épais, qui doit être utilisé de suite, ou recueilli avec pureté dans des ampoules de verre stérilisées qu'on scelle à la lampe et qu'on conserve au frais à Tabri de la lumière.

Il est inutile d'employer, pour cette filtration des pressions élevées de 40 à 50 atmosphères, que donnent par exemple l'appareil de M. d'Arsonval à pression d'acide carbonique. Aussi les pressions de 300 à 400 atmosphères employées par MM. Emmerich et Fowitzky (4) nous semblent-elles fort exagérées.

MM. Foà et Bonome (7},'qui, les premiers en 1888, se sont servis de ce

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filtrat pour vacciner les lapins contre la septicémie pneumonique, en ont obtenu d'excellents résultats.

Les expériences nombreuses que j'ai faites (19) m'ont démontré que c'était là le mode de Taccination le meilleur, car il confère au lapin une immunité solide, qui persiste pendant un à deux et trois mois. De plus, les lapins ainsi vaccinés, après une courte et légère maladie, se rétablissent et engraissent, au lieu de maigrir et de succomber an bout d'un mois à six semaines, comme les lapins vaccinés au moyen des cultures chauf. fées et stérilisées.

11 est inutile de cbauffer cette macération vaccinante comme les cul- -lires: on doit l'employer après flltration sans cbauffage préalable. Il semble que les pneumocoques ou leurs toxines aient perdu leur toxicité dans l'organisme du lapin qu'ils tuent, soit sous l'influence de l'élévation de température (40<* à 4i<»,5) qu'ils provoquent, soit grâce à des modifications inconnues et indéterminées des toxines qu'ils sécrètent, ne laissant persister dans Torganisme du lapin qui a succombé que les seules substances vaccinantes.

5<* Vaccinations avec les exsudais pneumoniques humains. — L'immunité déterminée expérimentalement chez le lapin par l'inoculation préventive de milieux stérilisés naturels (macération d'organes hachés de lapins morts de septicémie pneumonique) ou artificiels où le pneumocoque avait véc fit penser qu'on pourrait arriver au même résultat en inoculant au lapin des exsudats ou des humeurs provenant d'individus atteints de pneumonie franche.

M. Netter (22) pensant qu'au moment de la crise les pneumocoques perdent leur virulence, inocula aux lapins des exsudats de pleurésies à pneumocoques datant de longtemps, et des salives inolTensives des premières semaines, et les vaccina.

MM. G. et F. Klemperer (17), au contraire, montrèrent queles pneumocoques prélevés chez des pneumoniques après la crise n'avaient nnllement perdu leur virulence, qu'ils étaient parfaitement capables de iaer la souris ou le lapin, mais qu'il n'en était pas moins possible pour i^la de vacciner les lapins avec ces exsudats ou ces humeurs provenant ^e pneumoniques, et préalablement stérilisés, de même qu'on les vaccinait avec les cultures, ou avec les macérations stérilisées d'organes de lapins morts d'infection pneumonique. Ils vaccinèrent ainsi des lapins en leur injectant sous la peau 20 ce. d'un exsudât pleural puru- Jent métapneumonique dont Tasepsie avait été constatée par un ensemencement préalable, ou bien en leur inoculant des crachats rouilles jpiis avant la crise et aseptisés par la chaleur.

Bien plus, MM. Klemperer observèrent que le sérum sanguin ou la sérosité des vésicatoires, prélevés chez des pneumoniques après la crise, se montraient capables non seulement de vacciner les lapins, mais même de les guérir, lorsqu'on les avait préalablement infectés avec du pneumocoque virulent. MM. Klemperer avaient observé cette action vac-

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cinante et curative du sérum des pneumoniques jusqu'à trois mois après la crise, pendant un temps du reste yariable comme la durée même de l'immunité chez l'homme.

Cependant M. Belfanti (2) qui répéta les expériences de MM. Klem-^ perer avec des crachats pneumoniques chauffés à 60<* n'obtint que des insuccès . Il essaya également de mélanger ces crachats à une égale quantité d'eau ; il les laissa vingt-quatre heures dans la glace, les ultra sur papier, puis sur porcelaine, et en injecta 10 ce. dans le sang des lapins, et, dans ce cas encore, il n'obtint guère qu'un retard de lamort des animaux ainsi inoculés.

Aussi n'estron pas surpris de voir M. P . Foà échouer presque constamment dans des expériences analogues qu'il entreprit avec M. Carbone (10, 11,12) et avec M. Scabia (H). Ces auteurs, dans des séries d'expériences nombreuses et fort intéressantes s'adressèrent successivement an sérum sanguin prélevé chez des pneumoniques aux divers stades de la maladie avant la crise, ou chez des pneumoniques guéris, quelques heures à cinq jours après la crise. — Dans toutes ces expériences, le sérum des pneumoniques, avant ou après la crise, s'est montré toxique au même titre que les cultures, tantôt tuant les lapins par une intoxication rapide, sans présence de pneumocoques dans leur sang ni dans aucun de leurs organes, tantôt déterminant chez cet ani* mal des paralysies aiguës et mortelles des extrémités antérieures et des muscles du cou. Si les lapins résistaient assez longtemps pour qu'on pût éprouver chez eux les effets d'une inoculation virulente, on les voyait souvent succomber avant les témoins.

Lorsqu'on prélève le sérum des pneumoniques longtemps après la crise, on n'observe plus ces effets toxiques, mais les lapins inoculés ne sont pas vaccinés.

Les savants italiens ne furent du reste pas plus heureux lorsqu'ils s'adressèrent directement à l'exsudat pulmonaire pris sur le cadavre et filtré, ou bien encore à l'extrait glycérine de poumons humains hépa« tisés filtré à la bougie de Chamberland, ou stérilisé au chloroforme, concentré ou dilué, chauffé ou non de 60 à 63». Les lapins en expé-^ rience succombaient en huit à quinze jours, intoxiqués, sans pneumo^ coque ni dans le sang ni dans les organes.

Si réels que soient donc les faits observés par Netter et par G. et F. Klemperer, les expériences de Belfanti, et surtout de Foà, Carbone et Scabia montrent qu'il est très rare d'obtenir par ce procédé une immunité solide et durable contre l'infection pneumonique chez le lapin, et l'on ne saurait le recommander comme une méthode efficace de vaccination.

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