III. — LES TOXINES DU PNEUMOCOQUE
Les expériences que je viens de relater montrent à l'évidence que dans tous les milieux naturels (lapins inoculés) ou artificiels (bouillons de culture) où le pneumocoque a vécu, que ce microbe y soit encore Yivant, qu'il y soit mort spontanément, qu'il y ait été détruit par le chloroforme ou qu'il en ait été séparé par la filtration, existe une substance dont l'inoculation au lapin rend cet animal réfractaire à l'action du pneumocoque vivant et virulent.
On s'efforça donc d'isoler cette substance des milieux de culture naturels ou artificiels stérilisés. A l'époque où l'on fit des recherches sur les cultures du pneumocoque, de nombreuses expériences avaient été déjà faites avec d'autres bactéries, qui démontraient que les substances toxiques et parfois vaccinantes qui s'étaient développées dans les cultures et qui s'y retrouvaient après la ûltration étaient des substances proléiques. On chercha donc à extraire ces substances des milieux où elles étaient en solution en les précipitant à l'aide de Talcool absolu ou du sulfate d'ammoniaque, ou bien en les dissolvant au moyen de la glycérine.
MM. Foà et Bonome les premiers en 1888 (7) obtinrent par L'action de l'alcool absolu ou du sulfate d'ammoniaque sur les cultures filtrées du pneumocoque un précipité qui, après dialyse, fut redissous dans l'eau; l'injection de cette solution au lapin le vaccina comme les cultures vivantes et virulentes.
MM. G. et F. Klemperer (17), qui reprirent ces expériences quelques années après, conclurent de leurs recherches que la toxine pneumonique ou pneumotoxine est une substance albuminolde soluble dans l'eau et précipitée des cultures filtrées par l'alcool absolu : elle se montre alors sous l'aspect d'une poudre d'un blanc jaunâtre, amorphe, présentant les réactions générales des matières albuminoTdes.
Us obtenaient cette substance en concentrant dans le vide à 35-37» leurs cultures qu'ils réduisaient de 500 à 200 grammes, puis ils la précipitaient dans deux litres d'alcool absolu faiblement acétique; six fois ils redissolvaient le précipité dans l'eau et six fois le précipitaient à nouveau par l'alcool absolu. Enfin le précipité dissous dans l'eau était injecté dans le sang du lapin. Cette injection, suivant la dose et par conséquent le degré de concentration de la solution, faisait succomber les plus petits lapins, et rendait les plus gros très malades. Mais, si avant cette série de précipitations par l'alcool, on prenait le soin de chauffer la culture pendant une à deux heures à 60", ou si on l'évaporait dans le vide à 60®, on obtenait, par la même série de précipitations et de dissolutions, une substance albuminolde de. coloration plus jau-